Les chiffres qui ont mené à cette conclusion
Pour comprendre la logique derrière cet objectif de 50 000 pertes mensuelles, il faut d’abord examiner les données actuelles. Selon Zelensky lui-même, les forces ukrainiennes ont éliminé 35 000 occupants russes en décembre 2025 – un chiffre vérifié par des images vidéo provenant du front. En novembre, ce nombre était de 30 000, et en octobre, de 26 000. La tendance est claire : une accélération constante du rythme d’attrition imposé aux forces russes.
Le nouveau ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a été encore plus explicite lors de sa première conférence de presse. À seulement 32 ans, ce proche allié de Zelensky a qualifié les 50 000 pertes mensuelles d’« objectif stratégique » pour Kiev. « Le mois dernier, 35 000 ont été tués; toutes ces pertes sont vérifiées par vidéo. Si nous atteignons 50 000, nous verrons ce qui se passe avec l’ennemi », a-t-il déclaré selon le Kyiv Independent.
La mission assignée à Fedorov par Zelensky est sans ambiguïté : « Construire un système capable d’arrêter l’ennemi dans les airs, de stopper les avancées au sol, et d’intensifier les frappes asymétriques et cybernétiques contre l’ennemi et son économie ». L’objectif ultime? « Rendre le coût de la guerre insoutenable pour la Russie, forçant ainsi la paix par la force. »
La logique mathématique sous-jacente
Pourquoi précisément 50 000? Ce chiffre n’est pas arbitraire. Il découle d’une analyse minutieuse de la capacité de recrutement russe. Selon le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Boudanov, la Russie a atteint son quota de 403 000 recrues en 2025, soit une moyenne de 33 583 soldats par mois. Pour 2026, Moscou prévoit d’augmenter légèrement ce chiffre à environ 34 000 recrutements mensuels, pour un total visé de 409 000 soldats selon le Kyiv Independent.
L’équation est donc simple : si l’Ukraine peut infliger des pertes supérieures au taux de remplacement russe, elle crée un déficit net qui, mois après mois, érode la capacité combattante de l’envahisseur. À 35 000 pertes mensuelles – le niveau atteint en décembre 2025 – l’Ukraine approche déjà de ce seuil critique. À 50 000, elle le dépasse largement, créant un fossé que Moscou ne pourrait combler qu’en décrétant une mobilisation générale – option politiquement explosive que le Kremlin a jusqu’ici évitée à tout prix.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a apporté une confirmation indépendante de cette dynamique. S’exprimant à Bruxelles le 16 janvier 2026, il a estimé que 20 000 à 25 000 soldats russes mouraient chaque mois, qualifiant ce taux de « non soutenable » pour la Russie.
II. Le bilan russe : une hémorragie historique
1,2 million de victimes – le poids écrasant des chiffres
Pour mesurer l’ampleur du désastre militaire russe, il faut prendre du recul et considérer les pertes cumulées depuis le début de l’invasion en février 2022. Selon un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) publié en janvier 2026 et relayé par CNN, les forces russes ont subi près de 1,2 million de victimes – incluant environ 325 000 morts – entre février 2022 et décembre 2025.
Ce chiffre dépasse les pertes de toute grande puissance dans tout conflit depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est cinq fois supérieur au total cumulé de toutes les guerres russes et soviétiques depuis 1945 – y compris l’Afghanistan et les deux guerres de Tchétchénie combinées.
La comparaison avec la guerre d’Afghanistan est particulièrement éclairante. Durant dix ans d’occupation soviétique (1979-1989), l’URSS a perdu environ 15 000 soldats tués et 35 000 blessés. Aujourd’hui, selon les données rapportées par UNITED24 Media, la Russie perd en un seul mois autant de soldats que l’Union soviétique en avait perdu en une décennie en Afghanistan.
Le secrétaire général Rutte a résumé cette réalité avec une formule saisissante lors du Forum économique mondial : « Dans les années 1980 en Afghanistan, les Soviétiques ont perdu 20 000 hommes en 10 ans. Aujourd’hui, ils perdent 30 000 en un mois. »
Le rythme quotidien de l’hécatombe
Les statistiques quotidiennes sont tout aussi vertigineuses. Selon le ministère britannique de la Défense, la Russie perd entre 900 et 1 000 soldats tués ou blessés chaque jour. En décembre 2024, ce taux avait atteint un pic de 1 570 pertes quotidiennes en moyenne.
Pour la seule journée du 19 janvier 2026, les forces ukrainiennes ont éliminé plus de 1 000 occupants russes, portant le total estimé des pertes ennemies à environ 1 227 440 personnels selon les données officielles ukrainiennes citées par UA.NEWS.
Face à ces chiffres, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a balayé le rapport du CSIS comme n’étant pas une « information fiable », affirmant que seul le ministère russe de la Défense était habilité à fournir des données sur les pertes. Problème : la dernière déclaration officielle du ministère sur les morts au combat remonte à… septembre 2022, lorsqu’il avait annoncé moins de 6 000 soldats tués. Le déni comme politique officielle.
III. L'arme décisive : la révolution des drones
De 16 000 à 33 000 – l’escalade fulgurante
Comment l’Ukraine parvient-elle à infliger de telles pertes à une armée numériquement supérieure et disposant d’une puissance de feu conventionnelle écrasante? La réponse tient en un mot : les drones.
Selon les données compilées par UNITED24 Media, l’évolution du nombre de soldats russes touchés par les unités de drones ukrainiens est spectaculaire. En juillet 2025, les unités de systèmes aériens sans pilote (UAS) ukrainiens ont frappé 16 262 soldats russes. En octobre, ce chiffre avait grimpé à près de 25 000. Et en décembre, il a atteint le nombre stupéfiant de 33 019.
Le major ukrainien Robert Brovdi, commandant des Forces de systèmes sans pilote (USF), a précisé que ces 33 019 militaires russes ont été frappés soit par des drones kamikazes FPV (First Person View), soit par des munitions larguées depuis des drones bombardiers – contre 26 170 en novembre.
Le chiffre le plus significatif? Près de 80% des pertes russes sont désormais causées par une seule catégorie d’armes : les drones d’attaque. Cette réalité transforme fondamentalement la nature du conflit et donne à l’Ukraine un levier asymétrique d’une efficacité redoutable.
Le « mur de drones » – une innovation tactique ukrainienne
Les forces ukrainiennes ont développé ce que les analystes appellent un « mur de drones » – une zone défensive multicouche qui transforme les assauts russes en champs de carnage. Cette zone létale s’étend aujourd’hui sur 15 à 25 kilomètres depuis la ligne de front, avec des capacités de frappe de plus en plus fréquentes jusqu’à 40 kilomètres de profondeur.
Les drones FPV ont permis aux forces ukrainiennes d’émousser les offensives russes et d’imposer des coûts exorbitants aux unités attaquantes. Cette approche a créé une zone de mort qui a transformé de nombreux assauts russes en hécatombes – et ce, à une fraction du coût des systèmes d’armes conventionnels.
Pour 2026, les Forces de systèmes sans pilote ukrainiens ont fixé un objectif ambitieux : porter le nombre de soldats russes touchés à 50 000 à 60 000 par mois. Si cet objectif est atteint, il coïnciderait précisément avec le seuil stratégique défini par Zelensky.
Le seuil critique franchi en décembre
Un événement symbolique mais crucial s’est produit en décembre 2025. Pour la première fois depuis le début de la guerre, le nombre de soldats russes tués ou blessés par les drones ukrainiens a dépassé le nombre de recrues que la Russie était capable d’enrôler. Les données open source suggèrent un taux de reconstitution russe oscillant entre 30 000 et 40 000 soldats par mois. Avec 35 000 pertes infligées par les seuls drones en décembre (sur un total encore plus élevé incluant l’artillerie et autres systèmes), l’Ukraine a atteint – et peut-être dépassé – le point d’équilibre.
L’opération « Spiderweb » du 1er juin 2025 illustre la sophistication croissante des capacités ukrainiennes. Cette attaque coordonnée du Service de sécurité ukrainien a ciblé les actifs de l’aviation à longue portée russe sur cinq bases aériennes, utilisant 117 drones dissimulés et lancés depuis des camions sur le territoire russe. Selon le Financial Times, les aéronefs endommagés et détruits représentaient environ 20% de la flotte opérationnelle d’aviation à longue portée russe. Beaucoup de ces appareils – Tu-95, Tu-22M3 – n’ont plus été produits depuis la dissolution de l’Union soviétique en 1991, les rendant irremplaçables.
IV. La réponse russe : les limites d'un modèle
Le recrutement : un succès apparent, une fragilité réelle
Sur le papier, la Russie semble avoir relevé le défi du recrutement. Selon les déclarations de Dmitri Medvedev rapportées par The Moscow Times, l’armée russe aurait recruté 417 000 soldats contractuels en 2025. Le quota initial de 343 000 a été relevé en cours d’année à 403 000, et finalement dépassé de 3%.
Mais ces chiffres masquent des réalités inquiétantes pour le Kremlin. D’abord, ce succès a été obtenu au prix de primes colossales – jusqu’à 2 millions de roubles (environ 25 000 dollars) comme bonus de signature pour les nouvelles recrues. Ensuite, Moscou a dû recourir à des sources de recrutement de plus en plus problématiques : centaines de milliers de détenus libérés des prisons, personnes atteintes de maladies chroniques incluant le VIH et l’hépatite.
Surtout, malgré ces efforts massifs, le nombre de recrues en 2025 (environ 422 000) marque en réalité un déclin par rapport aux 450 000 de l’année précédente selon certaines estimations. La source commence à se tarir.
Le 4 novembre 2025, Vladimir Poutine a signé une loi autorisant la conscription tout au long de l’année civile – une mesure entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Ce changement révèle l’urgence : le système de conscription semestrielle traditionnel ne suffit plus.
Le refus obstiné de la mobilisation générale
La question que tous les observateurs se posent : pourquoi Poutine refuse-t-il de décréter une seconde mobilisation générale? La première, en septembre 2022, avait provoqué un exode massif de Russes en âge de combattre et une vague de protestations. Le Kremlin a opté pour une alternative : une campagne de relations publiques massive, misant sur les incitations financières plutôt que sur la coercition directe.
Cette stratégie atteint ses limites. Si les pertes atteignent effectivement 50 000 par mois tandis que le recrutement plafonne à 35 000, la Russie perdra 15 000 combattants nets chaque mois. En un an, cela représenterait un déficit de 180 000 soldats – l’équivalent d’une douzaine de divisions anéanties sans possibilité de remplacement.
La composition sociale des pertes : un facteur politique
Un élément explique peut-être pourquoi Poutine reste imperméable aux taux de pertes actuels. Comme le note le rapport du CSIS, « Poutine semble accepter ces chiffres élevés de victimes parce que la plupart de ces soldats proviennent de régions comme l’Extrême-Orient et le Caucase du Nord – et non de zones politiquement vitales comme Moscou et Saint-Pétersbourg. »
Cette cynique géographie des sacrifices permet au Kremlin de maintenir l’illusion d’une normalité dans les grands centres urbains russes. Les familles qui pleurent leurs morts sont dispersées dans les confins de l’empire, loin des caméras et des manifestations. Mais cette stratégie a une limite : ces régions périphériques ne sont pas inépuisables en hommes jeunes.
V. L'économie de guerre russe : les fissures s'élargissent
La fin du « miracle » économique de guerre
L’année 2025 a marqué la fin de l’embellie économique russe liée à la guerre. Après deux années de croissance supérieure à 4% en 2023-2024 – alimentée par les dépenses militaires massives – le PIB russe a ralenti à environ 1% ou moins en 2025 selon The Moscow Times.
Les prévisions pour 2026 sont encore plus sombres. L’Institut de prévision économique de l’Académie des sciences russe anticipe une croissance de seulement 0,7% en 2025 et 1,4% en 2026. Le Fonds monétaire international est plus pessimiste encore : 0,6% en 2025 et 1,0% en 2026.
Selon l’Atlantic Council, avec le durcissement des sanctions occidentales et la pression continue des dépenses militaires, la Russie risque de passer d’une phase de « refroidissement contrôlé » à une stagnation pure et simple en 2026, sans reprise significative avant 2027.
Le gouffre des dépenses militaires
Les chiffres officiels des dépenses de défense russes sont vertigineux. Le budget 2025 prévoyait 13,5 billions de roubles (168,8 milliards de dollars), et celui de 2026 affiche 12,93 billions de roubles (161,6 milliards de dollars). Mais les dépenses réelles, incluant les postes classifiés, sont probablement bien supérieures.
En décembre, le ministre de la Défense Andreï Beloussov a révélé que les dépenses de défense avaient atteint 7,3% du PIB en 2025. Avec un PIB estimé à 217,3 billions de roubles (2,72 billions de dollars), cela implique des dépenses militaires totales d’environ 15,86 billions de roubles (198,3 milliards de dollars) – bien au-delà des chiffres budgétés.
En 2025, les dépenses militaires et de sécurité représentent environ 40% des dépenses gouvernementales totales, équivalant à près de 8% du PIB. Les dépenses militaires russes ont à peu près doublé en proportion du PIB depuis 2019-2021 (3-4%) pour atteindre 6,2% projetés en 2025.
Les revenus en berne
Pour la première fois depuis la pandémie, la Russie a collecté moins de recettes budgétaires en 2025 que prévu initialement. Les recettes, budgétées à 40,3 billions de roubles (503,8 milliards de dollars), devraient finalement s’établir autour de 36,6 billions de roubles (457,5 milliards de dollars).
Les revenus pétroliers et gaziers sont particulièrement touchés : 8,7 billions de roubles attendus en 2025, bien en deçà des 10,9 billions initialement prévus. La Banque mondiale anticipe un surplus mondial de pétrole qui ferait chuter les prix du Brent de 68 dollars le baril en 2025 à environ 60 dollars en 2026.
Le Fonds de richesse nationale, dont les actifs liquides ont chuté de 113,5 milliards de dollars avant la guerre à 36 milliards en juin, pourrait être épuisé d’ici 2026 selon des économistes russes cités par Free Russia Foundation.
Hausses d’impôts et distorsions structurelles
Face à ces difficultés, les autorités russes relèvent massivement les impôts. La TVA passera de 20% à 22% à compter du 1er janvier 2026. Le seuil de revenus pour l’assujettissement obligatoire à la TVA sera abaissé de 60 millions de roubles (750 000 dollars) à 10 millions de roubles (125 000 dollars). De nouvelles taxes sur les produits électroniques prêts à l’emploi sont également prévues.
Plus inquiétant pour l’économie russe : les distorsions structurelles s’aggravent. Au premier semestre 2025, les profits agrégés des entreprises ont chuté de 8,4% en glissement annuel, tandis que les bénéfices du secteur pétrolier et gazier ont plongé de plus de 50%. Le secteur de la défense en expansion rapide absorbe les ressources fiscales, la main-d’œuvre et le capital au détriment des industries civiles.
Comme le résume l’analyse : « Ce modèle se heurte déjà à trois limitations fondamentales : une pénurie de main-d’œuvre, des capacités de production épuisées, et des revenus d’exportation stagnants en raison des sanctions. »
VI. Le contexte historique : quand l'attrition a décidé des guerres
Les leçons de l’Afghanistan soviétique
La comparaison avec la guerre d’Afghanistan ne se limite pas aux statistiques de pertes. Elle offre un précédent historique sur la manière dont l’attrition peut briser un empire.
Mikhaïl Gorbatchev avait qualifié l’Afghanistan de « blessure qui saigne ». Cette hémorragie – 15 000 morts sur une décennie – a été l’un des facteurs qui ont précipité l’effondrement de l’Union soviétique, combinée au coût économique écrasant de la guerre.
Aujourd’hui, Zelensky lui-même a souligné ce parallèle : « En dix ans de guerre en Afghanistan, l’armée soviétique avait subi seulement la moitié des pertes que la Russie a subies en un seul mois de la guerre actuelle. »
Avec des pertes 30 fois supérieures au total et un rythme annuel 10 fois plus élevé qu’en Afghanistan, la Russie creuse sa propre tombe démographique et économique à une vitesse que même les analystes les plus pessimistes n’avaient pas anticipée.
La Première Guerre mondiale et la limite des hommes
L’histoire offre d’autres leçons. La Première Guerre mondiale a démontré qu’aucune nation, aussi vaste soit-elle, ne peut indéfiniment remplacer ses pertes humaines. L’Allemagne impériale, malgré une population et une base industrielle considérables, s’est effondrée lorsque la combinaison du blocus économique, de l’épuisement des hommes et de la démoralisation a atteint un point critique.
Le rapport du CSIS souligne que la Russie perd plus d’hommes que toute grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette comparaison n’est pas anodine : elle suggère que même un régime autoritaire moderne, disposant des outils de propagande et de contrôle social contemporains, ne peut échapper aux lois implacables de l’attrition.
VII. Les scénarios pour 2026 et au-delà
Le point de basculement existe-t-il?
La question centrale demeure : existe-t-il un seuil de pertes au-delà duquel la machine de guerre russe cesserait de fonctionner? Les analyses divergent.
D’un côté, des évaluations indépendantes d’organisations comme l’International Institute for Strategic Studies (IISS), RAND et les Nations Unies indiquent que les pertes militaires russes « dépassent désormais les taux de recrutement et de remplacement soutenables ». L’Ukraine affirme que les taux de mortalité russes atteignent des « niveaux insoutenables » selon Al Jazeera.
De l’autre, le rapport du CSIS nuance : « Malgré les tensions croissantes économiques, militaro-industrielles et démographiques, la guerre reste soutenable pour le Kremlin dans un avenir prévisible. La Russie continue de croire qu’elle gagne la guerre d’attrition et qu’elle peut éventuellement submerger et durer plus longtemps que l’Ukraine. »
Le CSIS esquisse quatre scénarios plausibles : (1) une percée russe et l’effondrement de l’armée ukrainienne; (2) un conflit prolongé de basse intensité; (3) un cessez-le-feu; et (4) un accord de paix.
L’impasse diplomatique
En janvier 2026, les négociations directes entre Kiev et Moscou n’ont pas repris. Un projet de plan de paix soutenu par les États-Unis, discuté à Genève, esquisse un cadre pour mettre fin au conflit, mais plusieurs éléments clés – notamment les arrangements territoriaux et les garanties de sécurité – restent indéfinis selon RCSGS.
Moscou n’a donné aucun signal public de volonté de bouger de ses exigences maximalistes – reconnaissance internationale de l’annexion des territoires ukrainiens, neutralité de l’Ukraine. L’ambassadeur russe aux Nations Unies a déclaré que jusqu’à ce que Zelensky « revienne à la raison et accepte des conditions réalistes pour les négociations, nous continuerons à résoudre le problème par des moyens militaires. »
La stratégie russe : gagner du temps
Selon l’analyse de GLOBSEC, le Kremlin cherche à tirer parti de la situation créée par les négociations de paix en cours. En prolongeant l’incertitude, la Russie réduit la probabilité de réponses occidentales coordonnées et crée des conditions favorables pour une escalade hybride en 2026. « Poutine utilise activement les négociations actuelles non pas pour chercher la paix, mais pour gagner du temps et faire pression sur l’Occident par la guerre hybride. »
La Russie espère qu’en 2026, ses forces commenceront à avoir un avantage significatif sur les forces ukrainiennes affaiblies, accélérant le taux d’attrition ukrainien et conduisant soit à un effondrement du front, soit à une capitulation diplomatique de Kiev.
VIII. Les défis ukrainiens : l'autre côté de l'équation
La mobilisation ukrainienne en difficulté
L’équation de l’attrition comporte deux côtés. Si l’Ukraine inflige des pertes massives à la Russie, elle en subit également. Le CSIS estime les pertes ukrainiennes entre 500 000 et 600 000 victimes depuis février 2022, incluant environ 140 000 morts – un ratio de victimes d’environ 2:1 ou 2,5:1 en faveur de l’Ukraine.
Mais l’Ukraine, avec une population bien inférieure à celle de la Russie, dispose d’une marge de manœuvre démographique plus étroite. Un chiffre alarmant : dans les dix premiers mois de 2025, 165 200 affaires criminelles pour absence sans permission dans l’armée ont été enregistrées – autant que l’ensemble des affaires enregistrées pendant toute la guerre avant 2025 selon le Kyiv Independent. Ces chiffres, combinés aux pertes au combat et aux difficultés de mobilisation, ne sont pas soutenables.
Les infrastructures énergétiques : le talon d’Achille
Les frappes russes de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones ont laissé le système énergétique ukrainien capable de satisfaire seulement 60% de la demande nationale d’électricité en janvier 2026. Cette guerre d’usure contre les infrastructures civiles impose un coût économique et humanitaire considérable à l’Ukraine, même si elle ne traduit pas en gains territoriaux pour la Russie.
L’avancée territoriale russe : une victoire à la Pyrrhus?
Malgré ses pertes colossales, la Russie a réalisé des gains territoriaux limités. De fin février 2024 à début janvier 2026, les forces russes ont avancé de moins de 50 kilomètres vers Pokrovsk, à un rythme moyen de seulement 70 mètres par jour. La Russie n’a toujours pas réussi à capturer l’intégralité du Donbass – l’un de ses objectifs fondamentaux.
Le coût de ces gains modestes? Selon les données ukrainiennes, environ 100 000 pertes russes pour le seul dernier trimestre de 2025, et plus de 400 000 sur l’ensemble de l’année.
IX. Conclusion : L'arithmétique comme stratégie
Une guerre de nombres, pas de territoires
En fixant l’objectif de 50 000 pertes russes mensuelles, Zelensky et Fedorov ont explicité ce que beaucoup d’analystes comprenaient déjà : cette guerre ne se gagnera pas par des percées territoriales spectaculaires, mais par l’accumulation patiente et méthodique de l’attrition.
Comme l’a formulé Fedorov : « Ils traitent les gens comme une ressource, et les problèmes avec cette ressource sont déjà évidents. » La stratégie ukrainienne vise précisément ce point faible : épuiser la ressource humaine russe plus vite qu’elle ne peut être reconstituée.
Les drones, ces essaims de machines peu coûteuses mais mortelles, sont devenus l’instrument privilégié de cette stratégie. Avec 80% des pertes russes désormais causées par les drones, l’Ukraine a trouvé un levier asymétrique qui compense partiellement son désavantage en termes de population et de ressources conventionnelles.
Les inconnues qui demeurent
Plusieurs questions restent sans réponse. Poutine, face à un déficit croissant de combattants, sera-t-il contraint de décréter une mobilisation générale – au risque d’un choc politique interne? L’économie russe, déjà en stagnation, pourra-t-elle supporter plusieurs années supplémentaires de dépenses militaires représentant 8% du PIB? Les sanctions occidentales et la chute des prix du pétrole accéléreront-elles l’épuisement financier du Kremlin?
Et du côté ukrainien : Kiev parviendra-t-elle à maintenir le moral et les effectifs de son armée face aux désertions et à la lassitude de la guerre? Les alliés occidentaux continueront-ils à fournir le soutien militaire et financier indispensable?
Le verdict de l’histoire
Ce que l’histoire enseigne, c’est que les guerres d’attrition finissent toujours par désigner un vainqueur – et ce vainqueur est rarement celui qui possède les plus grandes ressources initiales, mais celui qui les gère le plus efficacement et maintient le plus longtemps la cohésion de sa société.
L’Union soviétique a quitté l’Afghanistan non pas parce qu’elle avait épuisé ses hommes, mais parce que le coût politique et économique était devenu insupportable. Les États-Unis ont quitté le Vietnam pour des raisons similaires. La question n’est pas de savoir si la Russie peut continuer à sacrifier ses soldats à ce rythme, mais si elle le voudra lorsque les conséquences économiques et sociales deviendront impossibles à ignorer.
L’arithmétique de Zelensky est un pari sur cette limite. En visant les 50 000 pertes mensuelles, l’Ukraine cherche à accélérer le moment où le Kremlin devra choisir entre une mobilisation générale politiquement explosive, une retraite humiliante, ou un effondrement militaire.
Les chiffres, dans cette guerre comme dans tant d’autres avant elle, auront le dernier mot.
Signé Maxime Marquette
Sources
Ukrinform – Russia must lose 50,000 occupiers per month so it cannot replenish its army
Kyiv Independent – Ukraine’s new defense minister on 50,000 Russian losses goal
Kyiv Independent – Russia aims to recruit over 400,000 soldiers in 2026
CNN – Russia’s 1.2 million casualties in Ukraine
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
UNITED24 Media – Ukraine’s Drone Strikes
UNITED24 Media – Russia vs Afghanistan comparison
The Moscow Times – Russian Army recruitment 2025
The Moscow Times – Russia’s Economy in 2026
Atlantic Council – The Russian economy in 2025
Free Russia Foundation – Russia’s Budget Crisis Explained
Al Jazeera – Russian war deaths rising to unsustainable levels
GLOBSEC – Russia’s Hybrid Warfare in 2026
RCSGS – The Russia-Ukraine War in 2026
Kyiv Independent – Analysis: Manpower will define the war in 2026
UA.NEWS – Russian army losses exceed 1.22 million
Euronews – Russia suffers more losses than any country since WWII
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