Sur les 103 affrontements recenses en 24 heures, 33 ont eu lieu dans le seul secteur de Pokrovsk. Un tiers des combats concentres sur quelques dizaines de kilometres carres. Ce n’est pas un hasard.
Pokrovsk est devenue le point focal de l’offensive russe dans le Donbass. Cette ville industrielle de l’oblast de Donetsk, qui comptait environ 60 000 habitants avant la guerre, represente un enjeu strategique majeur. Sa chute ouvrirait aux forces russes la route vers Dnipro, la grande metropole de l’est ukrainien.
Depuis des mois, les Russes s’y cassent les dents. Les pertes qu’ils subissent sont colossales. Selon les donnees de la 14e Brigade ukrainienne, une formation russe engagee sur l’axe de Pokrovsk a deja perdu l’equivalent de deux fois son effectif complet, renforts compris. Deux fois. Cela signifie que chaque soldat de cette unite a ete, statistiquement, tue ou blesse, puis remplace, puis tue ou blesse a nouveau.
Depuis fin fevrier 2024, soit pres de deux ans d’offensive acharnee, les forces russes n’ont progresse que de 50 kilometres dans le secteur de Pokrovsk. Cinquante kilometres en deux ans. Cela represente une avancee moyenne de 70 metres par jour. Soixante-dix metres quotidiens payes au prix de centaines de vies humaines, de milliers de tonnes de munitions, de l’epuisement systematique de reserves que Moscou presente comme inepuisables mais qui, manifestement, ne le sont pas.
Au 14 janvier 2026, les Forces de defense ukrainiennes tenaient toujours des positions dans le nord de Pokrovsk, selon le commandement operationnel Skhid. La situation s’est stabilisee apres le retrait tactique des unites ukrainiennes de Myrnohrad, la ville voisine. Mais les combats continuent de faire rage sur les flancs, notamment dans les quartiers de Rodynske qui changent de mains plusieurs fois par semaine, et aux abords de Hryshyne, devenu le principal bastion ukrainien du secteur.
L'hiver, cet allie inattendu
Il y a un cliche tenace dans l’imaginaire collectif occidental : l’hiver russe serait l’allie naturel des armees du Kremlin, comme il le fut jadis contre Napoleon ou Hitler. La realite du terrain ukrainien en 2026 raconte une histoire radicalement differente.
Les officiers ukrainiens sont formels : le froid frappe aujourd’hui de maniere disproportionnee les unites russes a l’offensive, bien plus que les defenseurs. La variable decisive n’est pas la temperature elle-meme, mais la preparation et la logistique.
Les forces ukrainiennes operent depuis des positions defensives etablies de longue date, equipees d’abris, de systemes de chauffage et de stocks de ravitaillement. Leurs lignes d’approvisionnement sont stables, leurs reserves disponibles. Les pertes non liees aux combats – gelures, hypothermie, maladies – sont minimisees.
Du cote russe, c’est une tout autre histoire. Les soldats attaquent a travers des terrains decouverts, souvent sans soutien blinde ni mecanise. Ils sont exposes aux elements, sous-equipes, forces de progresser dans la neige et la boue glacee sous le feu ukrainien. L’Institut pour l’etude de la guerre a enregistre des dizaines d’assauts sur l’axe de Pokrovsk depuis debut janvier, sans percee confirmee.
Les Russes tentent d’exploiter les conditions meteorologiques defavorables pour infiltrer des groupes de un a trois soldats dans les localites au nord de Pokrovsk. Ils utilisent egalement le mauvais temps pour mener des assauts mecanises et motorises utilisant vehicules blindes, automobiles legeres, quads et motos. Mais ces tactiques, si elles permettent parfois des gains territoriaux ephemeres, se traduisent invariablement par des pertes humaines effrayantes.
Le bilan humain de l'obstination russe
Les pertes russes depuis le debut de l’invasion, le 24 fevrier 2022, atteignent des proportions qui defient l’entendement. Selon l’Etat-major ukrainien, au 27 janvier 2026, les forces russes auraient perdu environ 1 235 880 soldats, dont 820 pour la seule journee precedente.
Ces chiffres, fournis par une partie belligerante, doivent etre pris avec les reserves d’usage. Mais les sources independantes confirment l’ordre de grandeur. Selon les renseignements britanniques, la Russie aurait subi environ 415 000 pertes militaires pour la seule annee 2025, portant le total depuis le debut de l’invasion a pres de 1,22 million.
BBC News Russian et le site d’information Mediazona, qui menent depuis le debut du conflit un travail meticuleux de verification independante, avaient documente au 13 janvier 2026 la mort de 165 661 soldats et contractuels russes dont ils ont pu confirmer l’identite. Parmi eux, 3,9% etaient des officiers, 10,1% appartenaient aux troupes de fusiliers motorises et 2,6% aux forces aeroportees (VDV), l’elite de l’armee russe.
Ces chiffres ne representent que les morts confirmes par des sources ouvertes – avis de deces, publications sur les reseaux sociaux, registres locaux. Le nombre reel est certainement bien superieur.
Cote equipement, les pertes russes sont tout aussi vertigineuses. Au 27 janvier 2026, l’Ukraine revendiquait la destruction de 11 609 chars, 23 954 vehicules blindes de combat, 36 691 systemes d’artillerie, 1 628 lance-roquettes multiples, 434 avions, 347 helicopteres et plus de 116 000 drones.
La Russie, rappelons-le, ne publie plus de chiffres officiels sur ses pertes depuis septembre 2022, epoque ou elle admettait 5 937 morts. Quatre ans plus tard, ce chiffre fait figure de plaisanterie macabre.
La guerre des drones : l'evolution permanente
L’un des aspects les plus frappants de ce conflit, pour qui l’observe depuis ses debuts, est l’evolution constante des tactiques et des armements. La guerre en Ukraine est devenue un laboratoire grandeur nature pour les technologies militaires du XXIe siecle, et les drones en constituent l’element central.
Les Russes, frustreS par l’efficacite des defenses anti-aeriennes ukrainiennes, ne cessent d’innover. Debut 2026, ils ont deploye pour la premiere fois le nouveau drone d’attaque Geran-5. Long d’environ 6 metres, avec une envergure de 5,5 metres, il transporte une ogive de 90 kg et peut frapper des cibles a 1 000 km de distance. Les experts notent des similitudes structurelles et technologiques significatives avec le drone iranien Karrar.
Plus inquietant encore : les Russes ont commence a armer leurs drones Shahed de missiles MANPADS Igla pour cibler les helicopteres ukrainiens qui les interceptent. Un exemplaire intact a ete retrouve dans la region de Tchernihiv, au nord de l’Ukraine, apres s’etre ecrase dans la neige. Le drone etait equipe d’une camera et d’un modem radio, permettant a un operateur situe en territoire russe de lancer le missile a distance.
En decembre 2025, les premieres images avaient deja montre un Shahed arme d’un missile air-air sovietique R-60. Il ne s’agit plus d’incidents isoles mais d’un programme systematique visant a transformer un drone kamikaze a 20 000 dollars en plateforme de defense aerienne.
Face a cette menace, l’Ukraine ne reste pas inactive. Fin novembre 2025, Defense Express revelait que l’armee ukrainienne testait un nouveau systeme d’armes concu pour contrer les bombes aeriennes guidees russes. L’Etat-major annoncait que de septembre a novembre, les unites de defense aerienne avaient detruit jusqu’a 100 KAB russes.
Les Ukrainiens ont egalement trouve un moyen de perturber la navigation satellite des kits de guidage fixes sur ces bombes grace a la guerre electronique. Lorsque le signal GNSS (notamment GLONASS) est brouille, le systeme de navigation inertielle de secours des UMPK est sujet a des derives significatives, faisant devier les bombes de leur trajectoire.
Les defenseurs anonymes
Derriere ces chiffres, ces statistiques, ces acronymes techniques, il y a des hommes et des femmes. Des citoyens ukrainiens qui, il y a quatre ans, etaient professeurs, informaticiens, agriculteurs, medecins, etudiants. Des gens ordinaires propulses dans l’extraordinaire violence d’une guerre d’agression.
Ils tiennent depuis bientot 1 435 jours. Plus de quatre ans. La plus longue guerre conventionnelle en Europe depuis 1945. Et chaque jour, ils se relevent pour affronter les 103 combats, les 99 frappes aeriennes, les 7 000 drones, les 4 000 bombardements.
Nous ne connaissons pas leurs noms. La plupart d’entre eux ne figureront jamais dans les livres d’histoire. Ils mourront anonymes dans des tranchees boueuses, leurs sacrifices reduits a une ligne dans un communique de l’Etat-major : « 33 attaques repoussees dans le secteur de Pokrovsk. »
Mais derriere cette ligne seche, il y a des actes d’heroIsme quotidien. Des soldats qui ont tenu leur position face a des vagues d’assaut successives. Des servants d’artillerie qui ont tire jusqu’a epuisement de leurs munitions. Des operateurs de drones FPV qui ont neutralise des colonnes blindees. Des medecins de combat qui ont soigne des blesses sous le feu. Des logisticiens qui ont achemine ravitaillement et munitions sous les bombardements.
Ils ne combattent pas pour la gloire ou les medailles. Ils combattent pour leurs familles refugiees a l’ouest du pays ou a l’etranger. Pour leurs villages natals reduits en ruines. Pour l’idee, simple et fondamentale, qu’un pays souverain n’a pas a se soumettre a l’appetit imperial de son voisin.
L'etat d'urgence energetique
Pendant que les soldats tiennent le front, la population civile endure sa propre epreuve. Le 14 janvier 2026, le president Zelensky a declare l’etat d’urgence energetique sur l’ensemble du territoire ukrainien. La campagne de frappes aeriennes russes contre les infrastructures critiques – centrales electriques, stations de transformation, reseaux de distribution – a atteint une intensite sans precedent.
En plein coeur de l’hiver, des millions d’Ukrainiens vivent avec des coupures de courant quotidiennes, parfois pendant des heures. Le chauffage, l’eau chaude, la lumiere deviennent des luxes intermittents. Les hopitaux fonctionnent sur generateurs. Les ecoles assurent leurs cours en ligne quand la connexion le permet.
C’est la strategie deliberee du Kremlin : si l’armee russe ne parvient pas a briser les defenseurs ukrainiens sur le champ de bataille, peut-etre la population civile finira-t-elle par craquer sous le poids des privations. Peut-etre les manifestations de lassitude se multiplieront-elles. Peut-etre le gouvernement de Kiev sera-t-il contraint d’accepter les conditions de Moscou.
Jusqu’a present, ce calcul cynique s’est revele errone. Les Ukrainiens, loin de ceder a la panique ou au defaitisme, ont fait preuve d’une resilience remarquable. Ils s’adaptent, s’organisent, s’entraident. Les communautes locales mettent en place des points de chauffage collectifs. Les entreprises ajustent leurs horaires aux periodes de disponibilite electrique. Les citoyens ordinaires inventent des solutions de survie au quotidien.
Les negociations fantomes
Pendant ce temps, le monde parle de paix. Des emissaires se rencontrent dans des capitales neutres. Des plans en plusieurs points circulent dans les chancelleries. Des experts dissertent sur les garanties de securite et les arrangements territoriaux.
Les soldats ukrainiens sur le front ont un terme pour decrire ces discussions : « un feuilleton ». Pour eux qui risquent leur vie chaque jour, ces negociations apparaissent comme un spectacle lointain, deconnecte de la realite qu’ils vivent dans les tranchees.
Ils savent que toute paix veritable ne pourra etre obtenue que par la force. Pas par la force des armes ukrainiennes seules – ils sont realistes sur leurs moyens – mais par la force combinee de la resistance ukrainienne et de la pression internationale sur Moscou. Tant que la Russie pensera pouvoir gagner militairement, elle n’aura aucune raison de negocier serieusement.
Et les chiffres de ce 27 janvier 2026 montrent qu’elle n’est pas pres de gagner. Cent trois affrontements, trente-trois attaques repoussees, des pertes quotidiennes de 820 hommes, une avancee de 70 metres par jour au prix du sang – ce n’est pas le profil d’une armee en marche vers la victoire. C’est celui d’une machine de guerre qui s’enlise dans une guerre d’usure qu’elle pensait gagner en quelques semaines.
Notre responsabilite
Que faisons-nous, nous, les spectateurs lointains de ce drame ? Nous suivons distraitement les actualites. Nous hochons la tete devant les images de destruction. Nous nous offusquons, parfois, des dernieres atrocites russes. Puis nous retournons a nos preoccupations quotidiennes, a nos petits tracas de societes en paix.
Je ne jette la pierre a personne. Cette fatigue informationnelle est humaine. Notre cerveau n’est pas concu pour absorber indefiniment des nouvelles de guerre. Les mecanismes de defense psychologique prennent le relais, nous permettant de continuer a fonctionner.
Mais nous avons une responsabilite. Celle, au minimum, de ne pas oublier. De ne pas banaliser. De ne pas traiter les 103 affrontements quotidiens comme une simple ligne dans un fil d’actualites.
Chacun de ces affrontements est une bataille. Chacune de ces batailles implique des etres humains qui se tirent dessus, qui explosent sous les obus, qui agonisent dans la boue glacee. Chaque attaque repoussee est une victoire arrachee par des soldats epuises, sous-equipes, en inferiorite numerique, mais qui refusent de ceder un pouce de terrain supplementaire a l’envahisseur.
Nous avons aussi la responsabilite d’exercer une pression sur nos gouvernements. Pour que l’aide militaire continue, s’intensifie meme. Pour que les sanctions contre la Russie soient maintenues et renforcees. Pour que les tentatives de normalisation prematuree avec Moscou soient denoncees pour ce qu’elles sont : une capitulation deguisee.
L’Ukraine ne demande pas qu’on se batte a sa place. Elle demande les moyens de se defendre elle-meme. Les armes, les munitions, les systemes de defense aerienne, le soutien economique qui lui permettront de tenir jusqu’a ce que la Russie comprenne que cette guerre ne peut pas etre gagnee.
L'aube du 1 436e jour
Demain, les communiques de l’Etat-major ukrainien annonceront de nouveaux chiffres. Peut-etre 95 affrontements, peut-etre 115. Peut-etre 28 attaques repoussees a Pokrovsk, peut-etre 40. Les bombes planantes continueront de tomber, les drones kamikazes de bourdonner dans le ciel hivernal, les obus de labourer la terre gelee.
Et les defenseurs ukrainiens continueront de tenir. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que derriere eux, il y a leurs familles, leur patrie, leur liberte. Parce que l’alternative – la capitulation, l’occupation, l’effacement de leur nation – est tout simplement impensable.
Cent trois affrontements en 24 heures. Ce n’est pas un chiffre. C’est un cri. Un cri de defiance, de resistance, de survie. Un cri que nous devons entendre, encore et encore, jusqu’a ce que cette guerre prenne fin.
Et quand elle prendra fin – car elle prendra fin un jour, comme toutes les guerres – nous devrons nous souvenir de ces chiffres. Nous souvenir que pendant des annees, des hommes et des femmes ordinaires ont accompli l’extraordinaire. Qu’ils ont tenu la ligne contre l’une des plus grandes armees du monde. Qu’ils ont paye le prix du sang pour une liberte que nous tenons trop souvent pour acquise.
Cent trois affrontements. Trente-trois attaques repoussees. Huit cent vingt soldats russes hors de combat. Et demain, on recommence.
Bienvenue dans l’enfer quotidien de Pokrovsk.
Signe Maxime Marquette
Sources
Ukrinform – War update: 103 clashes on frontline over past day, 33 attacks repelled in Pokrovsk sector
Ukrinform – Russia’s war casualty toll in Ukraine up by 820 over past day
Ukrinform – War update: 93 clashes on front line, Pokrovsk sector remains most active
offensive »>Wikipedia – Pokrovsk offensive
Meduza – As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk, Russia bears down on Ukraine’s main remaining Donbas strongholds
United24 Media – Winter Is No Longer Russia’s Ally on the Battlefield Near Pokrovsk
Euromaidan Press – Syrskyi: Ukraine retains control of northern Pokrovsk, repels Russian pressure near Myrnohrad
Mezha – Russia’s Military Losses in Ukraine Reach Over 1.2 Million as of January 2026
Kyiv Post – Ukraine Hits Russian Long-Range Drone Launchers in Pre-Emptive Attack
RBC-Ukraine – First strike with Russia’s new Geran-5 drone
DroneXL – Shahed Drones Now Shoot Back: Russia Arms Kamikaze With MANPADS
JAPCC – Countering Russia’s Glide Bomb Warfare in Ukraine
oftheRusso-Ukrainian_war »>Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian war
GlobalSecurity – Russo-Ukraine War – 27 January 2026
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