Pour comprendre l’ampleur de ce que le SBU a accompli en 2025, il faut dresser l’inventaire précis des appareils détruits. Ce n’est pas une liste abstraite – c’est le catalogue d’une hémorragie militaire qui affaiblit quotidiennement la capacité de projection de force russe.
Parmi les onze avions de combat à voilure fixe éliminés, on compte des Su-30SM, ces chasseurs multirôles de supériorité aérienne qui constituent l’épine dorsale de la chasse russe moderne. Des Su-34, ces chasseurs-bombardiers redoutables capables d’emporter jusqu’à huit tonnes de munitions et qui ont été responsables de certaines des frappes les plus dévastatrices contre les infrastructures ukrainiennes. Des Su-27, vétérans de la flotte mais toujours redoutablement efficaces. Des Su-24, bombardiers tactiques qui, malgré leur âge, continuent de semer la destruction. Et des MiG-31, ces intercepteurs supersoniques capables de lancer les missiles hypersoniques Kinjal que la propagande russe présentait comme invincibles.
Côté hélicoptères, le bilan n’est pas moins impressionnant : un Mi-28, hélicoptère d’attaque de dernière génération surnommé « Chasseur de nuit », un Mi-26, le plus gros hélicoptère de transport au monde, véritable artère logistique volante, et un Mi-8, cheval de bataille polyvalent de l’aviation russe. À cela s’ajoute un avion de transport An-26, privant les forces russes d’une capacité logistique supplémentaire.
La géographie de la vulnérabilité : cinq aérodromes frappés
Ce qui distingue la campagne 2025 du SBU, c’est sa portée géographique. Les drones longue portée de l’unité Alpha ont démontré leur capacité à frapper avec précision cinq installations aériennes majeures, toutes situées en Crimée occupée – ce territoire que Moscou considérait comme son sanctuaire intouchable.
L’aérodrome de Saky a été frappé dès janvier 2025, avec la destruction d’un Su-30SM et de plusieurs Su-24. Cette base joue un rôle critique dans les opérations russes en mer Noire, assurant la patrouille, la surveillance radar et le guidage des frappes. Chaque appareil détruit ici représente un trou béant dans le dispositif de défense et d’attaque russe dans la région.
La base aérienne de Kirovske a subi une frappe particulièrement dévastatrice en juin 2025. En une seule nuit du 28 juin, les trois hélicoptères – Mi-8, Mi-26 et Mi-28 – ont été réduits à l’état de carcasses fumantes. Mais ce n’est pas tout : un système de défense antiaérienne Pantsir-S1 a également été détruit lors de cette opération, privant la base d’une partie de sa protection contre… les drones. L’ironie est cruelle.
La base de Marynivka a vu deux Su-34 disparaître de l’inventaire russe lors de la même vague de frappes de juin. Ces chasseurs-bombardiers, d’une valeur estimée à plus de 50 millions de dollars chacun, représentent une perte que l’industrie de défense russe, déjà sous tension maximale, peine à remplacer.
L’aérodrome de Belbek, situé près de Sébastopol, a été ciblé en décembre 2025. Deux Su-27 y ont été détruits, dont l’un se trouvait sur une voie de circulation avec une charge de combat complète, prêt pour une sortie offensive. L’appareil a été pulvérisé avant même de pouvoir décoller. Un MiG-31, également armé et prêt au combat, a subi le même sort. La base a été frappée à deux reprises en quelques jours, suggérant que les Ukrainiens ont trouvé de nouvelles méthodes pour contourner et détruire les défenses aériennes russes.
L'unité Alpha : des guerriers de l'ombre aux résultats spectaculaires
Qui sont ces hommes capables d’infliger de telles pertes à la deuxième armée du monde ? L’unité Alpha du SBU, officiellement le Centre des opérations spéciales « A », est l’héritière des traditions des forces spéciales soviétiques, retournées contre leur ancien maître. Créée à l’origine comme unité antiterroriste d’élite, elle s’est métamorphosée au fil du conflit en fer de lance des opérations de frappe en profondeur ukrainiennes.
Les chiffres globaux de l’unité donnent le vertige. Selon les données du SBU, Alpha a infligé à l’ennemi des dommages estimés à plus de 5,5 milliards de dollars depuis le début de ses opérations de frappe longue portée. En 2025 uniquement, l’unité a détruit des systèmes de défense antiaérienne russes d’une valeur de 4 milliards de dollars – un chiffre extraordinaire pour une seule unité spéciale.
« Ce travail a produit un effet systémique », explique le SBU. « Des corridors ont été percés à travers la défense aérienne multicouche de la Russie, permettant le passage sécurisé des drones ukrainiens longue portée profondément dans les zones arrière ennemies – ciblant les bases militaires, les dépôts, les aérodromes et autres installations militaires. »
Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Elle révèle une stratégie sophistiquée où chaque frappe contre les systèmes de défense aérienne prépare le terrain pour les frappes suivantes contre des cibles de plus haute valeur. C’est une guerre d’attrition intelligente, où chaque coup porté multiplie l’efficacité des coups suivants.
L'Opération Toile d'Araignée : le coup de maître de juin 2025
Si l’année 2025 a été marquée par de nombreuses frappes réussies, une opération se distingue par son audace et son ampleur : l’Opération Toile d’Araignée (Spider’s Web), menée le 1er juin, jour de l’Aviation de transport militaire russe. Le timing n’était évidemment pas un hasard – c’était un message.
Cette opération coordonnée a ciblé quatre bases aériennes stratégiques et porté un coup majeur à la flotte de bombardiers longue portée de Moscou. Son nom fait référence à sa couverture géographique étendue, touchant des sites russes éloignés que l’on pensait hors de portée des capacités ukrainiennes.
La méthode employée relève du génie tactique. Utilisant de petits drones de frappe introduits clandestinement en Russie et lancés depuis des compartiments cachés à l’intérieur de camions cargo ordinaires, l’opération a frappé plus de 40 appareils de haute valeur – dont des bombardiers stratégiques Tu-95MS, des Tu-22M3 et des avions de surveillance A-50.
Le plus stupéfiant ? La base aérienne de Belaya, dans l’oblast d’Irkoutsk, située en Sibérie profonde à plus de 4 000 kilomètres de l’Ukraine, a été frappée. C’était la première attaque ukrainienne documentée contre une cible militaire dans cette région, démontrant une portée opérationnelle et une ingéniosité tactique sans précédent.
La planification de cette opération aurait commencé plus de 18 mois avant son exécution. Des agents ukrainiens ont introduit clandestinement environ 150 petits drones de frappe, des systèmes de lancement modulaires et 300 charges explosives en Russie via des routes logistiques secrètes. Les drones étaient dissimulés dans des cabines modulaires en bois, elles-mêmes chargées sur des camions cargo standards.
Le bilan de l’Opération Toile d’Araignée : au moins 41 appareils russes touchés, pour une valeur estimée à plus de 7 milliards de dollars. En une seule nuit.
Pourquoi la Crimée est-elle si vulnérable ?
La concentration des frappes du SBU sur les aérodromes de Crimée n’est pas fortuite. Cette péninsule, annexée illégalement par la Russie en 2014, est devenue le cœur névralgique de la posture militaire russe en mer Noire. Elle abrite des aérodromes, des ports, des sites logistiques, des infrastructures de commandement et des réseaux de défense aérienne qui permettent à la Russie de protéger les territoires occupés et de soutenir ses opérations contre l’Ukraine.
Frapper la Crimée, c’est frapper le système nerveux de l’effort de guerre russe dans le sud. Chaque avion détruit sur un aérodrome criméen est un avion qui ne bombardera pas Odessa, Kherson ou Mykolaïv. Chaque hélicoptère éliminé est une capacité de transport de troupes ou d’appui-feu en moins pour les forces terrestres russes.
Les frappes contre les aérodromes de Crimée « réduisent significativement le potentiel militaire ennemi dans la région », souligne le SBU. C’est un euphémisme diplomatique pour décrire une réalité plus brutale : l’Ukraine est en train de rendre la Crimée intenable pour les forces aériennes russes.
La révolution du drone : comment David terrasse Goliath
L’histoire militaire retiendra 2025 comme l’année où l’Ukraine a définitivement prouvé que les drones longue portée pouvaient transformer un conflit asymétrique. Face à une armée de l’air russe qui possédait au début du conflit une supériorité numérique écrasante, Kiev a choisi de ne pas tenter de rivaliser dans les airs – mais de détruire l’ennemi au sol.
Cette stratégie présente plusieurs avantages considérables. D’abord, le rapport coût-efficacité est dévastateur pour la Russie. Un drone kamikaze ukrainien coûte quelques dizaines de milliers de dollars. Un Su-34 en coûte plus de 50 millions. Un Tu-95 bombardier stratégique, plus de 100 millions. Chaque frappe réussie représente un échange asymétrique massif en faveur de l’Ukraine.
Ensuite, les pertes humaines ukrainiennes dans ces opérations sont minimales, voire nulles. Les drones sont pilotés à distance ou programmés pour des trajectoires autonomes. Pendant que les pilotes et techniciens russes meurent dans les explosions ou fuient leurs bases sous les bombes, les opérateurs ukrainiens restent en sécurité.
Enfin, l’effet psychologique est dévastateur. Comment un pilote russe peut-il se sentir en sécurité lorsque son avion peut être détruit sur le tarmac à tout moment ? Comment maintenir le moral des troupes lorsque même les bases situées à des milliers de kilomètres du front ne sont plus à l’abri ?
Les implications stratégiques : une armée de l'air russe sous pression
Les 12 avions et 3 hélicoptères détruits en 2025 ne représentent qu’une partie des pertes aériennes russes cette année. D’autres sources – missiles, défense antiaérienne ukrainienne, accidents – ont également contribué à l’attrition de la flotte russe. Mais les frappes du SBU ont ceci de particulier qu’elles ciblent les appareils au sol, là où ils sont censés être protégés, là où ils se réparent, se réarment, se ravitaillent.
L’industrie aéronautique russe, malgré les efforts de mobilisation industrielle de Moscou, peine à compenser ces pertes. Les sanctions occidentales ont sévèrement limité l’accès aux composants électroniques de pointe nécessaires à la production d’avions modernes. Le savoir-faire technique, accumulé grâce à des décennies de coopération internationale, s’érode faute de pièces de rechange et d’échanges avec les constructeurs occidentaux.
Chaque Su-34 détruit est un appareil que la Russie mettra des années à remplacer – si elle y parvient. Chaque MiG-31 éliminé est une plateforme de lancement de missiles hypersoniques en moins. La capacité de la Russie à mener des frappes de précision contre l’Ukraine diminue mécaniquement avec chaque succès du SBU.
Au-delà des avions : les dommages collatéraux stratégiques
Les frappes du SBU ne se sont pas limitées aux seuls aéronefs. Les rapports mentionnent également la destruction de dépôts de munitions aéronautiques et d’installations de stockage de carburant. Ces infrastructures logistiques sont tout aussi cruciales que les avions eux-mêmes – sans munitions ni kérosène, même les appareils intacts sont cloués au sol.
La destruction du système Pantsir-S1 à Kirovske illustre parfaitement la dimension « méta » de cette campagne. En éliminant les défenses antiaériennes censées protéger les bases contre les drones, le SBU ouvre la voie à des frappes futures encore plus dévastatrices. C’est un cercle vicieux pour les Russes : plus ils perdent de systèmes de défense, plus ils sont vulnérables aux attaques qui détruiront encore plus de systèmes de défense.
La réponse russe : l'impuissance stratégique
Face à cette campagne de frappes systématique, que peut faire la Russie ? Les options sont limitées et aucune n’est satisfaisante.
Renforcer la défense antiaérienne des bases ? C’est ce que Moscou tente de faire, mais les ressources ne sont pas infinies. Chaque système Pantsir ou S-400 déployé pour protéger un aérodrome est un système qui ne protège pas le front ou les infrastructures critiques en Russie même. Et comme l’a montré l’année 2025, même les défenses les plus denses peuvent être percées ou détruites.
Disperser les appareils sur davantage de bases ? Cette stratégie complique la logistique, augmente les coûts opérationnels et ne fait que multiplier le nombre de cibles potentielles pour les drones ukrainiens.
Éloigner les avions du front, vers des bases en Russie profonde ? L’Opération Toile d’Araignée a démontré que même la Sibérie n’est plus un sanctuaire. Et plus les avions sont éloignés, moins ils sont efficaces pour mener des opérations contre l’Ukraine.
La vérité inconfortable pour Moscou est qu’il n’existe pas de parade simple contre cette stratégie ukrainienne. Les drones sont trop nombreux, trop bon marché, trop difficiles à détecter pour être tous interceptés. Et chaque succès ukrainien affaiblit un peu plus la capacité russe à se défendre contre le succès suivant.
L'Ukraine, « Silicon Valley » de la défense
Le succès du SBU en 2025 ne s’explique pas uniquement par le courage et l’ingéniosité de ses opérateurs. Il reflète également l’émergence de l’Ukraine comme véritable pôle d’innovation dans le domaine des drones militaires. Des dizaines de startups ukrainiennes développent des systèmes toujours plus sophistiqués, bénéficiant d’un terrain d’essai grandeur nature et d’un retour d’expérience opérationnel inégalé.
Cette dynamique d’innovation est alimentée par la nécessité vitale de survie. Face à un ennemi disposant de ressources apparemment illimitées, l’Ukraine a dû miser sur l’intelligence plutôt que sur la masse, sur l’agilité plutôt que sur la puissance brute. Le résultat est une industrie de défense nationale qui produit des systèmes de plus en plus performants à des coûts de plus en plus réduits.
Les leçons tirées de la campagne 2025 du SBU alimenteront sans doute les développements futurs. Quelles améliorations apporter aux drones pour augmenter encore leur portée, leur furtivité, leur létalité ? Comment optimiser les tactiques d’infiltration qui ont permis l’Opération Toile d’Araignée ? Ces questions occupent certainement les ingénieurs et stratèges ukrainiens, préparant déjà les surprises de 2026.
Les leçons pour le monde
Au-delà du conflit ukrainien, le bilan 2025 du SBU envoie un message à toutes les armées du monde : l’ère de la supériorité aérienne garantie par les flottes d’avions de combat touche peut-être à sa fin. Quand une force irrégulière équipée de drones relativement bon marché peut infliger des pertes de cette ampleur à une grande puissance militaire, les calculs stratégiques traditionnels deviennent obsolètes.
Les états-majors du monde entier étudient certainement avec attention les méthodes ukrainiennes. Comment protéger ses propres bases aériennes contre des menaces similaires ? Comment développer des capacités de frappe comparables ? La guerre en Ukraine est devenue un laboratoire grandeur nature de la guerre du futur, et les résultats de 2025 suggèrent que ce futur appartient aux essaims de drones plutôt qu’aux escadrilles de chasseurs.
Conclusion : une année charnière dans l'histoire militaire
Douze avions. Trois hélicoptères. Ces chiffres, annoncés par le SBU le 28 janvier 2026, marquent bien plus qu’un simple bilan comptable. Ils symbolisent une transformation profonde de la nature de la guerre aérienne, une transformation que l’Ukraine, par nécessité de survie, a été contrainte de pionnière.
L’unité Alpha du SBU a démontré en 2025 qu’un adversaire déterminé, créatif et technologiquement agile peut défier une superpuissance militaire sur son propre terrain. En frappant les aérodromes russes avec une régularité méthodique, en détruisant les appareils au sol avant qu’ils puissent décoller, en perçant des corridors à travers les défenses antiaériennes ennemies, les forces spéciales ukrainiennes ont écrit un nouveau chapitre de l’art de la guerre.
Pour la Russie, le message est clair : la distance n’est plus une protection, la supériorité numérique n’est plus une garantie, et chaque jour qui passe voit sa capacité aérienne s’éroder un peu plus. Pour l’Ukraine, ces succès représentent bien plus que des victoires tactiques – ils sont la preuve que David peut effectivement terrasser Goliath, drone après drone, frappe après frappe.
L’année 2025 restera dans les annales militaires comme celle où le SBU a prouvé que même les sanctuaires les plus protégés ne sont plus à l’abri. Et alors que 2026 s’ouvre sur de nouvelles incertitudes, une chose est sûre : les forces spéciales ukrainiennes n’ont pas fini de surprendre le monde.
Signé Maxime Marquette
Sources
Militarnyi – SSU Destroys 12 Russian Aircraft and 3 Helicopters in 2025
Kyiv Independent – Ukrainian drones hit 2 Russian Su-27 jets in Crimea
Kyiv Independent – Drone strike destroys 3 Russian helicopters at Kirovske
United24 Media – Ukraine Destroyed 15 Russian Aircraft in 2025
United24 Media – Ukraine Destroys $4B in Russian Air Defenses in 2025
CSIS – How Ukraine’s Operation Spider’s Web Redefines Asymmetric Warfare
Kyiv Post – Spiderweb Strikes Cripple 34% of Russian Bomber Fleet
CNN – Ukraine steps up attacks on Russian air bases
Euronews – Ukraine strikes five Russian fighter jets at Crimea airfield
Group(Ukraine) »>Wikipedia – Alpha Group (Ukraine)
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