Parmi les événements qui ont marqué cette période de fin janvier, l’attaque contre un train de passagers dans la région de Kharkiv cristallise toute l’horreur de la stratégie russe. Le 27 janvier 2026, trois drones Shahed ont délibérément ciblé un convoi ferroviaire transportant 291 passagers, dont des enfants. L’un des engins a frappé près de la locomotive, un autre a touché directement un wagon de voyageurs où se trouvaient 18 personnes.
Le bilan : au moins six morts. Six vies fauchées dans ce qui ne peut être qualifié autrement que d’acte terroriste. Le vice-premier ministre Oleksiy Kuleba a confirmé les détails de l’attaque, tandis que le président Zelensky l’a qualifiée de « pur acte de terrorisme », soulignant qu’aucune justification militaire ne pouvait être invoquée pour massacrer des civils dans un wagon de train.
La première ministre Yulia Svyrydenko a été plus directe encore, qualifiant cette attaque de « frappe délibérée contre des civils » et de « crime contre l’humanité ». Des mots forts, nécessaires, mais qui semblent se perdre dans l’indifférence croissante de la communauté internationale.
Car voilà le drame dans le drame : cette attaque contre un train de passagers n’a suscité qu’une condamnation de routine, quelques tweets indignés, puis le silence habituel. Le monde s’est accoutumé à l’horreur ukrainienne. Les massacres de civils sont devenus des faits divers, noyés dans le flux continu de l’actualité mondiale.
La géographie de la terreur
Regardons la carte des régions touchées par cette vague d’attaques. Les drones sont partis de multiples directions : Orel, Koursk, Primorsko-Akhtarsk, Briansk, Millerovo en Russie, et Hvardiyske en Crimée occupée. Cette dispersion des points de lancement témoigne d’une stratégie délibérée visant à saturer les défenses ukrainiennes, à les forcer à disperser leurs moyens sur un front aérien de plusieurs milliers de kilomètres.
Les cibles, elles, dessinent une cartographie de la souffrance civile : Odessa, Tchernihiv, Kharkiv, Dnipropetrovsk, Zaporijjia, Khmelnytskyï. Aucune région n’est épargnée. Aucun Ukrainien ne peut se sentir en sécurité, où qu’il se trouve sur le territoire national.
Dans la région de Kyiv, un immeuble d’habitation a été touché le 28 janvier, tuant au moins deux personnes et provoquant un incendie. Un correspondant de Radio Free Europe, Marian Kushnir, a sauvé une fillette de quatre ans des flammes. Sa mère et son compagnon ont péri dans l’attaque. Derrière les statistiques, il y a ces histoires individuelles, ces destins brisés, ces enfants orphelins.
Dans les districts de Kamianske, Nikopol, Pavlohrad, Kryvyï Rih et Synelnykove de la région de Dnipropetrovsk, les bombardements ont endommagé des bâtiments résidentiels, des entreprises et des installations d’infrastructure. La destruction méthodique du tissu économique et social ukrainien se poursuit, jour après jour, nuit après nuit.
L'économie de la terreur - Le drone à 70 000 dollars
Pour comprendre la pérennité de cette campagne de terreur aérienne, il faut s’intéresser à son économie. Les drones Shahed, initialement développés en Iran puis produits en Russie sous le nom de Geran, représentent l’arme parfaite pour une guerre d’usure prolongée.
En 2022, la Russie payait plus de 370 000 dollars par unité pour les premiers Shahed importés d’Iran. Avec les commandes en volume et le transfert de technologie, ce coût est tombé à environ 193 000 dollars pour des lots de 6 000 unités. Aujourd’hui, selon les renseignements ukrainiens et les analyses du CNN, le coût de production d’un Shahed à la zone économique spéciale d’Alabuga en Russie est tombé à environ 70 000 dollars. Certaines estimations du Center for Strategic and International Studies suggèrent même un coût pouvant descendre jusqu’à 20 000 dollars par unité.
Comparons ces chiffres au coût d’un missile antiaérien capable d’abattre un tel drone. Un missile Patriot PAC-3 coûte environ 4 millions de dollars. Même les systèmes plus économiques représentent un investissement disproportionné par rapport à la cible qu’ils doivent neutraliser.
Cette asymétrie économique est au cœur de la stratégie russe. En lançant des centaines de drones bon marché chaque nuit, Moscou force l’Ukraine à épuiser ses stocks de munitions antiaériennes coûteuses, à user ses systèmes de défense, à fatiguer ses opérateurs. C’est une guerre d’attrition dans le ciel, où chaque drone abattu représente une victoire tactique mais une défaite économique.
La Russie ne cache d’ailleurs pas ses ambitions. L’industrie de défense russe vise une production de plus de 6 000 drones Shahed par mois, soit plus de 200 par jour ou 72 000 par an. À ce rythme, aucun système de défense antiaérienne, aussi sophistiqué soit-il, ne peut tenir indéfiniment.
Le Geran-5 - La nouvelle génération de terreur
Comme si la situation n’était pas assez dramatique, la Russie a déployé en janvier 2026 une nouvelle variante de son arsenal de drones : le Geran-5. Selon la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense, ce nouveau drone à réaction peut transporter une charge explosive de 90 kilogrammes et dispose d’une portée de près de 1 000 kilomètres.
Cette évolution technologique témoigne des capacités d’adaptation de l’industrie de défense russe. Malgré les sanctions occidentales, malgré les restrictions à l’exportation de composants électroniques, malgré les efforts pour isoler économiquement le régime de Poutine, la Russie continue d’améliorer ses systèmes d’armes. Elle trouve des voies de contournement, développe des substituts locaux, bénéficie du soutien discret mais efficace de pays comme l’Iran, la Chine ou la Corée du Nord.
Les drones russes utilisent désormais des communications par satellite Starlink et des systèmes de navigation alternatifs pour contourner la guerre électronique ukrainienne. Le Belarus participe activement à la coordination des opérations de drones russes. L’écosystème de la terreur aérienne se perfectionne continuellement.
Face à cette menace évolutive, l’Ukraine tente de s’adapter. La production de drones intercepteurs FPV a atteint 1 500 unités par jour en janvier 2026, selon le président Zelensky. Ces petits drones économiques, avec un taux de réussite moyen de 68%, représentent une réponse asymétrique à la menace russe. Le système américain Tempest, récemment déployé en Ukraine, a déjà abattu 21 drones Shahed. Mais ces succès ponctuels ne suffisent pas à inverser la tendance.
2025 - L'année la plus meurtrière depuis 2022
Les données des Nations Unies sont implacables : 2025 a été l’année la plus meurtrière pour les civils ukrainiens depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022. La Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine a documenté 2 514 civils tués et 12 142 blessés comme conséquence directe des violences liées au conflit. C’est une augmentation de 31% par rapport à 2024.
Plus révélateur encore : les pertes civiles causées par les drones à courte portée ont augmenté de 120% en 2025. Ces engins ont provoqué la mort de 577 civils et en ont blessé 3 288, contre 226 tués et 1 528 blessés l’année précédente. En janvier 2025, les drones à courte portée sont devenus l’arme causant le plus de victimes civiles dans le conflit.
« L’utilisation élargie des drones à courte portée a rendu de nombreuses zones proches de la ligne de front effectivement inhabitables », a déclaré Danielle Bell, cheffe de la Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU. Cette phrase devrait nous hanter. Des régions entières de l’Ukraine sont devenues invivables, non pas à cause des combats terrestres traditionnels, mais à cause de cette pluie constante de drones meurtriers.
Les armes à longue portée (missiles et munitions rôdeuses) ont causé 35% des pertes civiles en Ukraine en 2025, avec 682 tués et 4 443 blessés, soit une augmentation de 65% par rapport à 2024. Cette escalade constante de la violence contre les populations civiles ne montre aucun signe de ralentissement en ce début 2026.
L'infrastructure comme cible - Une stratégie d'extermination par le froid
Au-delà des victimes directes des explosions, la stratégie russe vise à rendre l’Ukraine inhabitable en détruisant systématiquement ses infrastructures énergétiques. Les premières semaines de 2026 ont vu une intensification marquée des attaques contre les systèmes d’eau et d’énergie.
Entre le 8 et le 9 janvier 2026, les forces russes ont lancé 242 drones et 36 missiles vers l’Ukraine, frappant notamment le port d’Odessa et perturbant l’approvisionnement en électricité et en eau d’Odessa, Dnipro et Zaporijjia. Ces attaques surviennent au cœur de l’hiver le plus froid que connaît l’Ukraine depuis des années.
Imaginez-vous un instant vivre dans ces conditions. Votre chauffage coupé par -15°C. Pas d’eau courante. Pas d’électricité pour cuisiner, pour conserver vos aliments, pour charger votre téléphone et recevoir les alertes aériennes. Et au-dessus de votre tête, le bourdonnement constant des drones, l’attente de la prochaine explosion.
Cette stratégie porte un nom en droit international humanitaire : c’est un crime de guerre. L’attaque délibérée d’infrastructures civiles essentielles à la survie de la population constitue une violation flagrante des Conventions de Genève. Mais qui, aujourd’hui, fait respecter ces conventions ? Qui traduit les responsables devant la justice internationale ?
Le 27 janvier 2026, une attaque de drones sur Odessa a tué au moins trois personnes et en a blessé 23, dont une femme enceinte et deux enfants. Les drones ont frappé des immeubles d’habitation et ciblé le réseau électrique. Trois morts, 23 blessés, une ville plongée dans le noir et le froid. Et le lendemain, le monde a continué de tourner comme si de rien n’était.
L'esclavage moderne au service de la terreur
Il y a un aspect de cette histoire que les médias occidentaux abordent rarement, mais qui mérite d’être exposé dans toute son horreur. En 2025, des enquêtes de sources ouvertes et de multiples rapports d’investigation ont révélé que de jeunes femmes à travers l’Afrique étaient contraintes de se rendre dans la zone économique spéciale d’Alabuga en Russie. On leur promettait des emplois dans l’hôtellerie ou des bourses d’études. À leur arrivée, elles découvraient qu’elles étaient destinées à assembler des drones Shahed.
Cette révélation devrait choquer nos consciences. Les drones qui terrorisent les civils ukrainiens sont partiellement assemblés par des victimes de traite d’êtres humains, par des femmes africaines trompées et exploitées. La machine de guerre russe ne se contente pas de tuer des Ukrainiens ; elle réduit en esclavage des citoyens du Sud global pour alimenter sa production d’armes.
Où est l’indignation internationale face à cette double horreur ? Où sont les sanctions ciblées contre les responsables de ce trafic d’êtres humains ? Le silence est assourdissant.
L'Occident face à ses responsabilités
Face à cette terreur aérienne systématique, que fait l’Occident ? La réponse est douloureusement insuffisante. Certes, les États-Unis ont annoncé le 6 janvier qu’ils tripleraient la production d’intercepteurs PAC-3, passant de 600 à 1 800 unités par an. Mais cette annonce, aussi bienvenue soit-elle, ne répond pas à l’urgence immédiate.
L’Ukraine a besoin de systèmes de défense antiaérienne maintenant, pas dans deux ou trois ans quand la production aura monté en puissance. Elle a besoin de munitions pour ses systèmes existants. Elle a besoin de radars, de systèmes de guerre électronique, de capacités de frappe en profondeur pour détruire les sites de lancement russes avant que les drones ne décollent.
Certains progrès sont notables. L’Ukraine a développé une capacité impressionnante de frappes à longue portée avec ses propres drones. Selon certaines analyses, l’Ukraine lance désormais plus de drones à longue portée que la Russie. Des dépôts de pétrole russes ont été incendiés, des bases aériennes frappées. Mais ces succès ukrainiens ne peuvent compenser l’asymétrie fondamentale des moyens.
Le programme « Army of Drones Bonus » a permis de frapper près de 820 000 cibles russes en 2025, selon le ministre Mykhailo Fedorov. L’Ukraine s’est transformée en laboratoire mondial de la guerre par drones, innovant constamment pour compenser son désavantage numérique et industriel. Mais l’innovation ne suffit pas quand l’adversaire peut produire des armes à une échelle quasi illimitée.
L'indifférence comme complicité
Je pose la question sans détour : combien de temps encore le monde va-t-il regarder l’Ukraine se faire bombarder nuit après nuit sans réagir de manière décisive ? Combien de trains de passagers devront être touchés ? Combien de monastères détruits ? Combien d’enfants orphelins ?
Chaque drone russe qui traverse le ciel ukrainien porte en lui notre échec collectif. Notre échec à fournir à l’Ukraine les moyens de se défendre efficacement. Notre échec à faire payer un prix prohibitif à la Russie pour ses crimes de guerre. Notre échec à affirmer que certaines lignes rouges ne peuvent être franchies impunément.
Les dirigeants occidentaux parlent beaucoup de « soutien indéfectible » à l’Ukraine. Mais les mots ne protègent pas contre les drones Shahed. Les déclarations d’intention ne réchauffent pas les foyers privés d’électricité. Les communiqués de condamnation ne ressuscitent pas les morts.
L’Ukraine a besoin d’actes, pas de paroles. Elle a besoin de systèmes Patriots, NASAMS, IRIS-T, Crotale, et de toutes les munitions nécessaires pour les alimenter. Elle a besoin d’avions de chasse capables d’intercepter les drones et les missiles. Elle a besoin de la levée des restrictions sur l’utilisation des armes occidentales contre le territoire russe, là où sont basés les lanceurs de drones.
Vers une escalade sans fin
La trajectoire actuelle ne laisse présager rien de bon. La Russie intensifie ses attaques, perfectionne ses drones, augmente sa production. L’Ukraine s’épuise à défendre son ciel, ses stocks s’amenuisent, sa population souffre. L’hiver 2025-2026 pourrait être le plus dur que les Ukrainiens aient eu à endurer depuis le début de la guerre.
Le général Syrsky, commandant en chef des forces ukrainiennes, a révélé que la Russie prévoyait d’augmenter sa production pour utiliser jusqu’à 1 000 drones par jour. Mille drones quotidiens. Cette perspective est terrifiante. Aucun système de défense antiaérienne au monde n’est conçu pour faire face à une telle saturation.
Face à cette menace existentielle, l’Ukraine développe des solutions créatives. Les drones intercepteurs FPV, produits en masse et peu coûteux, représentent une réponse adaptée à l’économie de la guerre par drones. La guerre électronique ukrainienne s’améliore constamment. Les frappes préventives contre les infrastructures militaires russes se multiplient.
Mais ces efforts, aussi héroïques soient-ils, ne peuvent suffire sans un soutien occidental massif et immédiat. L’Ukraine gagne du temps, mais le temps joue contre elle si l’Occident ne passe pas à la vitesse supérieure.
Une conclusion qui n'en est pas une
Cette nuit du 27 au 28 janvier 2026, avec ses 160 drones lancés contre l’Ukraine, n’est ni un début ni une fin. C’est un chapitre de plus dans une guerre d’usure que la Russie mène contre la population ukrainienne avec une cruauté méthodique et une patience terrifiante.
Les défenseurs ukrainiens ont abattu 103 de ces drones. C’est un exploit technique et humain. Mais 43 autres ont atteint leurs cibles. Le monastère d’Odessa est endommagé. Des installations énergétiques sont détruites. Des civils sont morts, blessés, traumatisés.
Demain soir, d’autres drones décolleront des bases russes. Demain nuit, d’autres sirènes hurleront dans les villes ukrainiennes. Demain matin, nous compterons de nouveaux morts, de nouveaux blessés, de nouvelles destructions.
Cette chronique ne peut offrir de conclusion satisfaisante parce qu’il n’y en a pas. Tant que la Russie disposera des moyens et de la volonté de terroriser la population ukrainienne, les attaques continueront. Tant que l’Occident se contentera de demi-mesures et de déclarations, l’Ukraine saignera.
Ce que je peux offrir, en guise de conclusion provisoire, c’est un appel à l’action. Chaque citoyen des démocraties occidentales a le pouvoir d’interpeller ses élus, de demander des comptes, d’exiger que le soutien à l’Ukraine passe des paroles aux actes. Chaque voix compte. Chaque pression sur les décideurs peut faire la différence.
L’Ukraine ne demande pas qu’on se batte à sa place. Elle demande les moyens de se défendre. Lui refuser ces moyens, c’est se rendre complice de la terreur russe. C’est accepter que le droit du plus fort l’emporte sur le droit international. C’est trahir les valeurs que nous prétendons défendre.
160 drones en une nuit. Des milliers depuis le début de l’année. Des dizaines de milliers depuis le début de la guerre. Derrière chaque drone, il y a la décision consciente d’un régime de terroriser des civils innocents. Derrière notre inaction, il y a notre responsabilité collective.
Le ciel ukrainien attend notre réponse.
Signé Maxime Marquette
Sources
ArmyInform – Russia launched more than 160 UAVs at Ukraine
Ukrinform – War Coverage
Radio Free Europe – Russian Attacks Kill Civilians Across Ukraine After Drone Strike On Passenger Train
Al Jazeera – At least three people killed in Russian attacks on Ukraine
UN OHCHR – 2025 deadliest year for civilians in Ukraine since 2022
UN OHCHR – Short Range Drones Become Most Dangerous Weapon for Civilians
Inter Press Service – Systemic Infrastructure Attacks Push Ukraine Into Deepest Humanitarian Emergency
UNITED24 Media – How Ukraine Started 2026 with Record Anti-Shahed Drone Production
muchrussiapaysforshahednowdownfrom300000perdronein2022-15585.html »>Defense Express – How Much Russia Pays for Shahed Now
Kyiv Independent – Ukraine’s missile interception rate slides lower
Shahed_136″>Wikipedia – HESA Shahed 136
RBC Ukraine – Russia launches jet-powered Shahed drones
LIGA.net – Russia plans to increase production to use up to 1000 drones a day
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.