Bien entendu, l’Ukraine paie elle aussi un tribut terrible à cette guerre d’agression. Le CSIS estime les pertes ukrainiennes entre 500 000 et 600 000 victimes, dont 100 000 à 140 000 morts. Des chiffres effroyables pour un pays de 40 millions d’habitants qui défend son existence même.
Mais — et c’est un point crucial — le ratio des pertes penche nettement en défaveur de l’agresseur. Les données compilées par le think tank américain, croisées avec les analyses du ministère britannique de la Défense, les enquêtes du média indépendant russe Mediazona et de la BBC, établissent un rapport de 2 à 2,5 Russes tués ou blessés pour chaque Ukrainien. L’armée soi-disant « invincible » de Poutine se fait décimer par un adversaire qu’elle prétendait écraser en trois jours.
Cette asymétrie des pertes révèle plusieurs vérités dérangeantes pour le Kremlin. D’abord, la motivation : les soldats ukrainiens défendent leur terre, leurs familles, leur liberté. Les conscrits et mercenaires russes, eux, meurent pour les délires impérialistes d’un autocrate vieillissant qui ne mettra jamais les pieds sur le front. Ensuite, la qualité du commandement : tandis que l’état-major ukrainien a su s’adapter, innover, exploiter les technologies occidentales, la hiérarchie militaire russe reste engluée dans une doctrine soviétique obsolète où la vie humaine ne compte pour rien.
Le prix territorial de cette boucherie
Et pour quoi, tout ce sang versé ? Pour des gains territoriaux dérisoires qui transforment cette guerre en une absurdité tragique. Selon les analyses du Grand Continent, l’armée russe sacrifie en moyenne 99 soldats pour chaque kilomètre carré conquis. Depuis le début de l’année 2025, les forces de Poutine ont grignoté environ 3 800 km² de territoire ukrainien — au prix de 375 000 victimes supplémentaires.
Le CSIS enfonce le clou avec une comparaison historique accablante : entre novembre 2024 et avril 2025, dans le secteur de Koupiansk, les forces russes n’ont progressé que de 50 mètres par jour en moyenne. C’est moins que les armées française et britannique lors de la bataille de la Somme en 1916 — 80 mètres quotidiens dans l’enfer des tranchées de la Première Guerre mondiale. Poutine a réussi l’exploit de faire pire que les généraux les plus incompétents de l’histoire militaire européenne.
Depuis février 2022, la Russie n’a augmenté que de 12% la portion de territoire ukrainien sous son contrôle. Douze malheureux pour cent, acquis au prix de 1,2 million de ses propres soldats. Chaque mètre carré de cette terre volée est littéralement pavé de cadavres russes. C’est le bilan d’une stratégie militaire qui relève davantage du crime contre l’humanité que de l’art de la guerre.
Les civils ukrainiens, victimes oubliées de la terreur russe
Derrière ces statistiques militaires se cache une autre tragédie : celle des populations civiles ukrainiennes, cibles délibérées de la stratégie de terreur russe. Selon le rapport de la mission de surveillance des droits humains de l’ONU, l’année 2025 a été la plus meurtrière pour les civils ukrainiens depuis 2022, avec plus de 2 500 tués et 12 142 blessés — une hausse de 31% par rapport à 2024 et de 70% par rapport à 2023.
Au total, depuis le début de l’invasion, l’ONU a comptabilisé près de 15 000 civils ukrainiens tués et 40 600 blessés. Parmi eux, 3 000 enfants. Et ces chiffres sont probablement très en deçà de la réalité, car de nombreuses zones restent inaccessibles aux enquêteurs internationaux.
La responsable de la mission onusienne, Danielle Bell, a souligné que « l’utilisation accrue de drones à courte portée a rendu de nombreuses zones proches de la ligne de front inhabitables ». La Russie ne fait pas la guerre à une armée : elle fait la guerre à un peuple tout entier. Bombardements systématiques des infrastructures civiles, destruction des réseaux électriques en plein hiver, frappes sur les hôpitaux et les écoles — c’est une politique délibérée d’extermination et de terreur.
La machine à broyer les hommes de Poutine
Comment la Russie parvient-elle à maintenir son effort de guerre malgré des pertes aussi catastrophiques ? La réponse est aussi cynique que révoltante : en transformant ses citoyens les plus vulnérables en chair à canon.
Selon les enquêtes d’Euronews, le Kremlin a déployé un arsenal de méthodes de recrutement qui oscillent entre la manipulation et la coercition pure. Raids dans les centres de rétention, arnaques ciblant les travailleurs migrants, promesses mirobolantes aux détenus — tous les moyens sont bons pour alimenter le front en viande fraîche.
Le recrutement dans les prisons russes illustre parfaitement cette logique déshumanisante. D’abord monopolisé par le groupe Wagner de Prigojine, ce système a été repris par l’armée régulière après la mort du chef mercenaire. Selon l’organisation Rus Sidiachaïa, un tiers des détenus présentés aux recruteurs finissent par signer un contrat — attirés par la promesse d’une libération anticipée, d’un salaire mirobolant, ou simplement terrifiés par les représailles en cas de refus.
Plus de 30 000 prisonniers ont ainsi été envoyés au front par Wagner seul. Combien par l’armée régulière depuis ? Les chiffres sont gardés secrets, mais les témoignages et les listes de morts publiées par Mediazona laissent entrevoir l’ampleur du phénomène. La Russie vide littéralement ses prisons sur les champs de bataille ukrainiens.
Et ce n’est pas tout. Vladimir Poutine a également ouvert les vannes du recrutement aux étrangers, ciblant particulièrement les migrants d’Asie centrale en situation précaire. Selon les autorités ukrainiennes en charge des prisonniers de guerre, plus de 18 000 ressortissants étrangers de 40 pays différents ont combattu ou combattent pour la Russie. Près de 3 400 d’entre eux ont déjà été tués.
En novembre 2025, Poutine a franchi un nouveau palier en rendant le service militaire obligatoire pour les étrangers souhaitant obtenir un permis de séjour permanent. Certains ont été attirés en Russie par des recruteurs leur promettant des emplois dans le bâtiment ou l’agriculture, avant d’être contraints de signer des contrats militaires sous la menace. C’est du trafic d’êtres humains à l’échelle industrielle, sanctionné par l’État.
Une économie de guerre qui dévore la Russie
Le coût humain n’est pas le seul fardeau que Poutine impose à son pays. L’économie russe, présentée par la propagande du Kremlin comme miraculeusement résistante aux sanctions occidentales, est en réalité sous perfusion de guerre.
Selon le ministre de la Défense Andreï Belousov, la Russie consacrera 5,1% de son PIB aux dépenses militaires en 2025. Un chiffre qui ne tient pas compte des coûts indirects : compensations aux familles des soldats tués, soins aux centaines de milliers de blessés graves, reconstruction des équipements détruits par milliers.
L’Institut de Kiel pour l’économie mondiale prévoit une croissance de seulement 1,5% pour la Russie en 2025, et 0,8% en 2026. Derrière ces chiffres anémiques se cache une réalité plus préoccupante : l’économie russe est en train de se militariser à marche forcée, au détriment de tous les autres secteurs. Les usines d’armement tournent à plein régime, pompant les ressources humaines et financières qui manquent cruellement ailleurs.
La pénurie de main-d’œuvre, aggravée par l’exode de centaines de milliers de Russes fuyant la mobilisation et les pertes massives au front, commence à étrangler l’économie civile. L’inflation galopante érode le pouvoir d’achat des ménages. Et pendant ce temps, l’élite du Kremlin continue de s’enrichir grâce aux contrats d’armement et au pillage des ressources ukrainiennes.
L'Ukraine au bord du gouffre financier
De l’autre côté, l’Ukraine fait face à une équation impossible : comment continuer à se défendre quand vos finances sont exsangues ? Selon Le Diplomate, le déficit budgétaire ukrainien atteint 19,4% du PIB en 2025 — soit 41,7 milliards de dollars. La dette publique a doublé par rapport à son niveau d’avant-guerre, atteignant 110% du PIB.
Le budget militaire ukrainien pour 2025, approuvé par la Rada en novembre dernier, s’élève à 2,23 billions de hryvnias — environ 45,9 milliards d’euros, soit 26,3% du PIB ou 55% du budget total. Pour 2026, les dépenses de défense devraient dépasser les 85 milliards de dollars.
D’où viendra cet argent ? C’est toute la question. Selon The Economist, Kiev pourrait se retrouver à court de financement dès fin février 2026. L’assèchement progressif de l’aide américaine — sujet aux aléas de la politique intérieure de Washington — et les limites des emprunts internes placent l’Ukraine dans une situation de dépendance critique vis-à-vis de l’Union européenne.
Pour la période 2026-2029, les besoins de financement ukrainiens sont estimés à 390 milliards de dollars — presque le double des 206 milliards reçus depuis le début de la guerre. Sans un engagement massif et durable de la communauté internationale, l’Ukraine risque de s’effondrer non pas militairement, mais économiquement.
Les négociations de paix : espoir ou illusion ?
Dans ce contexte, les négociations de paix en cours prennent une importance existentielle. Le président 7708354.html »>Donald Trump, qui a fait de la résolution du conflit ukrainien l’une de ses promesses de campagne, affirme être « proche d’un accord ». Ses émissaires, menés par Steve Witkoff, multiplient les navettes entre Moscou, Kiev et Abou Dhabi.
À Davos, Trump a inauguré son « Conseil de paix » et affirmé que Poutine et Zelensky seraient « stupides » de ne pas signer un accord. Une rhétorique qui place sur un pied d’égalité l’agresseur et l’agressé, le criminel de guerre et sa victime — une posture moralement indéfendable mais hélas typique de l’approche transactionnelle du président américain.
Le plan de paix en 20 points actuellement en discussion reste largement opaque. Ce que l’on sait : il s’agirait d’un accord bilatéral entre les États-Unis et l’Ukraine, avec un volet séparé négocié entre Washington et Moscou. Un canal militaire distinct a été ouvert pour discuter des paramètres d’un éventuel cessez-le-feu et des mécanismes de vérification.
Mais la question territoriale reste le nœud gordien. Comme l’a souligné Zelensky à Davos : « Tout tourne autour de la partie orientale de notre pays. Tout tourne autour des territoires. C’est le problème que nous n’avons pas encore résolu. » Comment l’Ukraine pourrait-elle accepter de céder des terres arrosées du sang de centaines de milliers de ses défenseurs ? Comment légitimer l’annexion par la force, au XXIe siècle, en Europe ?
Le piège de la paix injuste
Voici le dilemme moral auquel nous sommes collectivement confrontés. D’un côté, la continuation de la guerre promet des mois, voire des années supplémentaires de carnage. Le CSIS prévoit que le bilan total pourrait atteindre deux millions de victimes dès le printemps 2026. Chaque jour qui passe ajoute des centaines de noms à cette liste macabre.
De l’autre, une paix négociée dans les conditions actuelles — avec la Russie occupant 20% du territoire ukrainien et des « garanties de sécurité » dont la valeur reste à démontrer — reviendrait à récompenser l’agression. Ce serait envoyer un signal catastrophique à tous les autocrates du monde : la force paie, le droit international n’est qu’un bout de papier, et les démocraties occidentales finissent toujours par capituler.
Pire encore : une paix boiteuse ne serait probablement qu’une pause avant le prochain assaut. Poutine, qui a explicitement nié l’existence même de l’Ukraine en tant que nation, ne renoncera jamais à son projet d’absorption. Un cessez-le-feu lui permettrait de reconstituer ses forces, de réarmer, de préparer la prochaine offensive — pendant que l’Occident, soulagé d’avoir « résolu » le problème, retournerait à ses préoccupations économiques.
La responsabilité de l'Occident
Face à ce dilemme, quelle est notre responsabilité — nous, citoyens des démocraties occidentales qui avons le privilège de ne pas vivre sous les bombes ?
D’abord, ne pas détourner le regard. Ces 1,8 million de victimes ne sont pas des statistiques lointaines : ce sont les conséquences directes de notre inaction collective pendant des années. Nous avons laissé Poutine annexer la Crimée en 2014 sans réagir sérieusement. Nous avons continué à acheter son gaz, à accueillir ses oligarques, à fermer les yeux sur ses crimes. Nous avons cru qu’en l’enrichissant, nous le civiliserions. Nous avions tort.
Ensuite, maintenir le soutien à l’Ukraine — non pas comme une charité, mais comme un investissement dans notre propre sécurité. Si la Russie gagne en Ukraine, elle ne s’arrêtera pas là. Les pays baltes, la Moldavie, la Pologne seront les prochains sur la liste. La guerre en Ukraine n’est pas un conflit régional : c’est la ligne de front de la défense de l’ordre international fondé sur le droit.
Enfin, exiger des comptes. Vladimir Poutine et ses complices doivent être poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pas dans dix ans, pas quand ce sera « politiquement opportun » — maintenant. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Poutine. Il doit être appliqué. Chaque dirigeant occidental qui serre la main du boucher du Kremlin se rend complice de ses crimes.
Le courage de nommer le mal
Dans cette chronique, j’ai délibérément choisi de ne pas adopter la posture de neutralité journalistique qui voudrait qu’on présente « les deux côtés » de chaque conflit. Car il n’y a pas deux côtés équivalents dans cette guerre. Il y a un agresseur et un agressé. Un envahisseur et un envahi. Un criminel et ses victimes.
La Russie de Poutine a envahi un pays souverain sans provocation. Elle a bombardé des maternités, des théâtres servant d’abris, des files d’attente pour le pain. Elle a déporté des milliers d’enfants ukrainiens. Elle a transformé des villes entières en champs de ruines. Elle a commis à Boutcha, à Irpin, à Marioupol des atrocités qui rappellent les pires heures du XXe siècle.
Face à cela, le « neutralisme » n’est pas de l’objectivité : c’est de la lâcheté. Et le « réalisme » qui consisterait à sacrifier l’Ukraine sur l’autel de nos intérêts économiques n’est pas de la sagesse : c’est de la complicité.
1,8 million de raisons de ne pas oublier
Je reviens, pour conclure, à ce chiffre vertigineux. 1,8 million de victimes. Si on alignait ces hommes et ces femmes les uns derrière les autres, espacés d’un mètre, la file s’étendrait sur 1 800 kilomètres — de Paris à Moscou, ironiquement.
Parmi eux, 325 000 soldats russes sont morts pour les ambitions délirantes d’un dictateur qui ne les pleurera jamais. Des gamins de 18 ans arrachés à leurs villages de Sibérie ou du Caucase, des prisonniers à qui on avait promis la liberté, des migrants piégés par des recruteurs sans scrupules. Leurs mères ne reverront jamais leurs corps, souvent abandonnés sur le champ de bataille ou enterrés dans des fosses communes anonymes.
Parmi eux, 100 000 à 140 000 soldats ukrainiens sont tombés pour défendre leur patrie. Des enseignants devenus fantassins, des informaticiens transformés en opérateurs de drones, des étudiants qui avaient toute la vie devant eux. Ils ont choisi de se battre plutôt que de se soumettre. Leur sacrifice mérite mieux que notre indifférence ou notre fatigue compassionnelle.
Parmi eux, des dizaines de milliers de civils — hommes, femmes, enfants, vieillards — dont le seul crime était d’habiter un pays que Poutine a décidé de rayer de la carte. Leurs noms s’ajoutent à la longue liste des victimes innocentes de la folie des tyrans.
Ces 1,8 million de destins brisés nous interpellent. Ils nous demandent : qu’avez-vous fait pour nous ? Qu’avez-vous fait pour empêcher ce massacre ? Qu’allez-vous faire pour que cela ne se reproduise jamais ?
À ces questions, nous devrons un jour répondre. Et l’histoire jugera nos réponses.
Signé Maxime Marquette
Sources
La Voix du Nord – Selon une étude, la guerre en Ukraine engendre près de deux millions de victimes
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
7768667.html »>France Info – La guerre en Ukraine a fait près de deux millions de victimes militaires
La Libre Belgique – Le nombre choc de victimes militaires dans la guerre en Ukraine
La Presse – Presque 2 millions de victimes militaires en bientôt quatre ans de guerre
Radio-Canada – La guerre en Ukraine a fait près de 2 millions de victimes militaires
RTS – Guerre en Ukraine: près de 2 millions de victimes militaires en 4 ans
Mediazona – Les pertes russes dans la guerre contre l’Ukraine
Le Grand Continent – L’armée russe perd 100 soldats pour chaque km² conquis
ONU Info – Ukraine : le nombre de victimes civiles augmente fortement
La Presse – L’année 2025 la plus meurtrière pour les civils après 2022
Euronews – Raids, arnaques… tous les moyens de Moscou pour recruter des soldats
Le Diplomate – Ukraine : Les finances au bord du gouffre
France Info – Trump se dit proche d’un accord de paix
Boursorama – Guerre en Ukraine : 1,8 million de victimes militaires
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.