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CHRONIQUE : Abu Dhabi, la paix en coulisses – quand generaux et diplomates jouent le destin de l’Ukraine
Crédit: Adobe Stock

Un secretaire du Conseil de securite nationale en terre arabe

La presence de Rustem Umerov a ces consultations trilaterales merite une attention particuliere. Le secretaire du Conseil de securite nationale et de defense de l’Ukraine n’est pas un figurant. C’est l’homme que Volodymyr Zelensky a choisi pour porter la voix de Kiev dans ce qui constitue le processus de negociation le plus avance depuis le debut du conflit. Umerov est un Tatar de Crimee, un detail biographique qui n’a rien d’anodin dans le contexte de negociations portant en partie sur le statut des territoires. Il connait intimement la complexite ethnique et culturelle de la region. Il porte en lui l’histoire d’un peuple deporte par Staline en 1944 et dont le destin reste suspendu aux decisions des grandes puissances. Sa presence a Abu Dhabi dit quelque chose de la strategie ukrainienne. Kiev ne refuse plus de s’asseoir a la meme table que Moscou, meme de maniere indirecte. C’est un changement considerable par rapport a la position affichee pendant des mois, selon laquelle aucune negociation ne pouvait avoir lieu tant que les troupes russes occupaient le territoire ukrainien. Ce glissement n’est pas anodin. Il reflete une evolution du rapport de force sur le terrain, une pression americaine croissante, et peut-etre aussi une lassitude face a un conflit qui dure depuis bientot quatre ans. Umerov negocie parce que l’Ukraine n’a plus le luxe de poser des conditions prealables absolues. La realite du champ de bataille a rattrape la rhetorique politique.

Entre esperance et capitulation, la ligne de crete ukrainienne

Vous, lecteur, imaginez-vous un instant la position dans laquelle se trouve Umerov. D’un cote, les Americains qui poussent a un accord rapide, parce que Trump veut montrer des resultats concrets avant les prochaines echeances politiques. De l’autre, les generaux russes qui negocient depuis une position de superiorite militaire relative et n’entendent rien ceder gratuitement. Et derriere lui, un peuple ukrainien divise entre ceux qui veulent la paix a tout prix et ceux qui refusent toute concession territoriale. Witkoff a declare : « Je pense que le peuple ukrainien est maintenant plein d’espoir. » Cette phrase, prononcee par l’envoye americain et non par un responsable ukrainien, est troublante. Depuis quand est-ce a Washington de definir l’etat d’esprit du peuple ukrainien ? Cette appropriation du sentiment populaire d’un pays en guerre par une puissance etrangere revele la dissymetrie fondamentale de ces negociations. L’Ukraine est a la table, certes. Mais dans quel role exactement ? Celui d’un partenaire egal ou celui d’un acteur contraint dont les marges de manoeuvre se retrecissent a chaque session ? La reponse a cette question determinera la nature de l’accord final. Un compromis authentique suppose des concessions mutuelles librement consenties. Un accord impose ne peut produire qu’une paix fragile, grosse de ressentiments futurs. L’histoire de l’Europe est suffisamment riche en traites imposes devenus sources de conflits ulterieurs pour que l’on prenne cette distinction au serieux.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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