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CHRONIQUE : Derrière les lignes sur la carte, des vies suspendues — la question territoriale, verrou de la paix en Ukraine
Crédit: Adobe Stock

Ce que contrôle la Russie et ce qu’elle exige encore

Pour comprendre le blocage actuel, il faut se représenter la géographie du conflit avec précision. La Russie occupe militairement environ quatre cinquièmes du Donbass, cette vaste région industrielle de l’est de l’Ukraine composée des oblasts de Donetsk et de Louhansk. Les villes de Marioupol, Severodonetsk, Lyssytchansk, une grande partie de Bakhmout sont sous contrôle russe. Des administrations d’occupation y ont été installées, des programmes scolaires russes imposés, des passeports russes distribués. Le rouble a remplacé la hryvnia. Les noms de rues ont parfois été modifiés. En d’autres termes, la Russie n’a pas seulement conquis un territoire : elle a entrepris de le transformer en profondeur, de le rendre méconnaissable pour ceux qui y vivaient avant la guerre. Cette stratégie d’assimilation forcée rend toute rétrocession exponentiellement plus complexe, car Moscou a investi des ressources considérables dans l’intégration administrative de ces zones. Reculer signifierait admettre que cet investissement — humain, financier, politique — a été vain. Et Vladimir Poutine ne s’est jamais distingué par sa capacité à admettre ses erreurs.

Mais 80 % ne suffisent pas au Kremlin. La position officielle russe exige le contrôle intégral du Donbass, c’est-à-dire également les 20 % que l’Ukraine défend avec acharnement. Ces vingt pour cent restants ne sont pas n’importe quel territoire. Ils forment une ceinture défensive que les forces ukrainiennes ont passé des mois, voire des années, à fortifier. Des réseaux de tranchées, des positions de tir camouflées, des infrastructures souterraines, des systèmes de détection et de neutralisation de drones composent un dispositif militaire dont l’abandon serait, selon les stratèges ukrainiens, un suicide défensif. Perdre cette ceinture, c’est perdre la capacité de ralentir une éventuelle offensive future. C’est offrir à la Russie un terrain dégagé vers les villes encore sous contrôle ukrainien. C’est, en somme, signer un chèque en blanc sécuritaire à un voisin qui a prouvé, à deux reprises en douze ans, qu’il n’hésitait pas à envahir. Quel dirigeant responsable accepterait un tel pari, sachant que la vie de millions de citoyens en dépend directement ?

Zaporizhzhia, le facteur nucléaire que personne ne veut aborder franchement

Au-delà du Donbass, la dispute territoriale englobe un enjeu que les négociateurs abordent avec des pincettes diplomatiques : la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, la plus grande d’Europe, occupée par les forces russes depuis les premiers mois de la guerre. Cette installation titanesque, avec ses six réacteurs, représente bien plus qu’une infrastructure énergétique. Elle incarne un risque existentiel que les deux camps brandissent comme argument. Pour l’Ukraine, récupérer Zaporizhzhia est une question de souveraineté énergétique et de sécurité nationale : laisser une puissance étrangère contrôler une centrale nucléaire sur son sol constitue une menace permanente. Pour la Russie, cette centrale est un levier de négociation d’une valeur inestimable et un outil de pression sur l’approvisionnement énergétique de toute la région. Les experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont multiplié les alertes sur l’état de la centrale, les risques d’incident et la nécessité d’une zone de sécurité. Mais la question fondamentale demeure : à qui appartiendra cette centrale dans l’accord final ? La réponse à cette question conditionne non seulement l’avenir énergétique de l’Ukraine, mais aussi la sécurité nucléaire de tout le continent européen. Et sur ce point, ni Kiev ni Moscou ne montrent le moindre signe de flexibilité.

Mini éditorial — Cher lecteur, arrêtons-nous un instant sur cette absurdité vertigineuse : une centrale nucléaire de la taille d’une petite ville, capable d’alimenter des millions de foyers, se trouve au milieu d’un champ de bataille. Les ingénieurs qui y travaillent encore — sous supervision militaire russe — maintiennent les systèmes de refroidissement et de sécurité dans des conditions que l’on qualifierait d’inimaginables en temps de paix. Un seul obus égaré, une seule erreur de calcul, et c’est un scénario de contamination qui pourrait affecter des territoires bien au-delà des frontières ukrainiennes. La France, l’Allemagne, la Pologne seraient potentiellement concernées. Le fait que cette réalité terrifiante ne provoque pas davantage d’urgence diplomatique en dit long sur notre capacité collective à normaliser l’inacceptable. Zaporizhzhia devrait être au sommet de l’agenda, pas en note de bas de page.

Sources

Sources primaires

Slate.fr — « Un obstacle majeur entrave la paix en Ukraine : la question des territoires occupes » – janvier 2026

Sources secondaires

Estimations consolidees des pertes militaires russes publiees par plusieurs services de renseignement occidentaux et instituts de recherche independants – 2025-2026

Rapports de l’AIEA sur la centrale de Zaporizhzhia – 2024-2026

Precedents historiques (Vietnam, Coree, Memorandum de Budapest) – faits historiques de notoriete publique

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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