Pour comprendre cette innovation, il faut d’abord comprendre l’entreprise qui l’a rendue possible. Ukrainian Armor n’est pas née dans un laboratoire de recherche ou un complexe militaro-industriel. Elle est née le 19 février 2014, en pleine Révolution de Maïdan, dans l’urgence et la nécessité.
Ce jour-là, 25 amis, dont plusieurs ingénieurs, ont constaté que les forces d’autodéfense du Maïdan manquaient cruellement de gilets pare-balles. En quelques jours seulement, ils ont produit leurs 40 premiers gilets. Ce qui aurait pu rester une initiative ponctuelle s’est transformé en entreprise de défense, portée par l’escalade du conflit dans le Donbass.
Depuis, Ukrainian Armor a connu une croissance phénoménale. Vladyslav Belbas, son PDG, a révélé à Forbes que l’entreprise avait multiplié son activité par 470 depuis le début de l’invasion à grande échelle. De fabricant de gilets pare-balles, Ukrainian Armor est devenu l’un des plus grands producteurs privés d’armements d’Ukraine, fournisseur clé du ministère de la Défense.
Son catalogue s’est considérablement élargi : véhicules blindés VARTA, NOVATOR et KAMRAT, mortiers de tous calibres, véhicules tactiques VOLS, véhicules terrestres sans pilote comme le Protector, et maintenant ces nouveaux drones FPV à munitions de mortier. L’entreprise a même développé le premier gilet pare-balles anatomique pour femmes militaires, adopté par le ministère de la Défense fin 2023.
Cette trajectoire illustre parfaitement la transformation de l’industrie de défense ukrainienne : des start-ups nées de la nécessité, agiles, innovantes, capables de passer du prototype à la production de masse en quelques mois, directement connectées aux retours d’expérience du terrain.
Anatomie d'une innovation : le système FPV à munition de mortier
Le système développé par Ukrainian Armor mérite qu’on s’attarde sur ses spécifications techniques, car c’est dans les détails que se révèle la sophistication de l’approche.
Pour la version 82mm, l’entreprise utilise un drone porteur à châssis de 10 pouces, conçu par son bureau d’études interne. L’obus de mortier de 82mm, déjà codifié et standardisé dans les Forces armées ukrainiennes, est intégré au drone avec une unité de queue redessinée pour la stabilisation et une fusée de contact dotée d’un mécanisme d’amorçage.
La configuration standard d’un complexe opérationnel comprend 250 drones, une station de contrôle au sol et une antenne relais. Cette approche systémique est cruciale : Ukrainian Armor ne vend pas simplement des drones, mais une capacité de frappe complète, intégrée, prête à l’emploi.
L’entreprise prévoyait de finaliser la codification officielle de ce système d’ici fin janvier 2026, ce qui permettrait son adoption formelle par les Forces armées ukrainiennes et son intégration dans les chaînes d’approvisionnement militaires standardisées.
Parallèlement, les ingénieurs développent une version lourde utilisant des obus de mortier de 120mm, également produits en interne. Cette version offre une puissance de frappe significativement supérieure, capable d’engager des cibles blindées et des fortifications légères.
Mais l’innovation ne s’arrête pas là. Ukrainian Armor travaille également sur une plateforme FPV de type aile fixe, capable de transporter des obus de différents calibres. Cette approche modulaire permettrait d’adapter le vecteur à la mission : drone quadricoptère pour les frappes de précision à courte portée, aile fixe pour les engagements à plus longue distance.
L'héritage du UB60D : une progression logique
Ce nouveau système s’inscrit dans une trajectoire d’innovation continue. En juillet 2025, Ukrainian Armor a mis en service son premier système FPV, le UB60D, construit autour d’un obus de 60mm. La production de masse a démarré en septembre de la même année.
La munition de 60mm pèse 1 150 grammes (1 380 grammes en configuration complète) et offre une portée de tir allant jusqu’à 2,5 kilomètres lorsqu’elle est lancée depuis un mortier conventionnel. Intégrée à un drone, elle devient un projectile guidé, capable de poursuivre sa cible avec une précision impossible à atteindre avec un mortier traditionnel.
Le résultat est un drone qui fonctionne comme un obus de mortier volant, capable de frapper le personnel et l’équipement ennemi avec un temps de déploiement minimal. Ce concept représente une évolution logique du mortier de 60mm, particulièrement pertinente dans un contexte où l’utilisation traditionnelle des mortiers est devenue plus difficile en raison de l’omniprésence des drones sur le champ de bataille.
Car c’est là tout le paradoxe : le drone a rendu le mortier traditionnel plus vulnérable. Les équipes de mortier, autrefois protégées par leur mobilité et leur discrétion, sont désormais facilement repérables par les drones de reconnaissance ennemis. En transformant l’obus de mortier en drone lui-même, Ukrainian Armor résout ce dilemme : la munition devient son propre vecteur de livraison, éliminant le besoin d’exposer une équipe de tir.
UMEX 2026 : la consécration internationale
C’est au salon UMEX 2026, qui s’est tenu du 20 au 22 janvier à l’ADNEC Centre d’Abou Dhabi, que ces innovations ont été présentées au monde. UMEX, sous le patronage de Son Altesse Sheikh Hazza bin Zayed Al Nahyan, vice-dirigeant d’Abou Dhabi, est devenu le plus grand événement mondial dédié aux drones, à la robotique et aux systèmes autonomes.
Les entreprises ukrainiennes y ont présenté leurs technologies sous la bannière de NAUDI, l’association nationale de l’industrie de défense ukrainienne, mettant en avant des drones et des solutions de commandement et contrôle développés à travers l’expérience réelle du combat.
L’accueil a été remarquable. Des délégations d’Inde, des Émirats arabes unis et d’Égypte ont exprimé leur intérêt pour les systèmes ukrainiens de défense aérienne et leur intégration. Une attention particulière a été portée aux drones intercepteurs ukrainiens, une solution de défense aérienne relativement nouvelle et économique, façonnée par la nécessité du champ de bataille.
UMEX 2026 a ainsi démontré que l’Ukraine est désormais un exportateur majeur de systèmes sans pilote éprouvés au combat et de savoir-faire opérationnel. Pour un pays en guerre, cette capacité d’exportation n’est pas anecdotique : elle génère des revenus, établit des partenariats stratégiques et renforce la légitimité internationale de l’industrie de défense ukrainienne.
Le contexte : une révolution des drones en cours
Pour mesurer l’importance de cette innovation, il faut la replacer dans le contexte plus large de la révolution des drones qui transforme le conflit ukrainien.
Les chiffres sont vertigineux. Les usines et ateliers ukrainiens ont collectivement produit plus de 2 millions de drones en 2024, un bond spectaculaire depuis les quelques milliers de drones domestiques de 2022. La production mensuelle de drones FPV est passée de 20 000 unités début 2024 à 200 000 unités par mois en 2025. Le président Zelensky a annoncé en février 2025 que l’Ukraine pouvait désormais produire jusqu’à 4 millions de drones par an à pleine capacité.
Cette production massive a transformé les tactiques de combat. Les drones FPV, qui coûtent entre 200 et 1 000 dollars pièce, avec une portée moyenne de 5 à 15 kilomètres, sont devenus les chevaux de bataille de la guerre moderne. Leur taille a considérablement augmenté au fil du temps, passant de drones de 7 pouces en 2022 à des modèles de 13 pouces en 2024-2025.
Cette approche s’est consolidée en un « mur de drones », une zone défensive en couches qui a transformé de nombreuses offensives russes en champs de pertes. La zone létale s’étend désormais de 15 à 25 kilomètres du front, atteignant parfois 40 kilomètres.
L’armée ukrainienne a frappé 820 000 cibles russes avec ses drones en 2025, selon le ministre de la Défense. Le système de bonus « Army of Drones », qui transforme la guerre des drones en jeu vidéo compétitif où les éliminations vérifiées rapportent des points échangeables contre des armes avancées, compte désormais 400 unités de drones participantes, contre 95 en août 2025.
Drones contre mortiers : la fin d'un faux débat
L’innovation d’Ukrainian Armor vient également mettre fin à un débat qui agitait les cercles militaires : drones ou mortiers, quelle est la meilleure option ?
Les partisans des mortiers faisaient valoir des arguments économiques solides. Un obus de mortier coûte moins de 100 dollars, tandis qu’une sortie de drone FPV revient à environ 500 dollars en matériel. Les drones sont devenus omniprésents en Ukraine en raison d’une pénurie critique de munitions d’artillerie et de mortier, pas parce qu’ils constituaient le choix optimal.
De fait, malgré l’évolution de la guerre des drones, les systèmes aériens sans pilote restent inférieurs aux mortiers à bien des égards : les drones FPV ne peuvent généralement pas voler de nuit, la visibilité réduite, les précipitations ou le vent empêchent les opérations, et les drones sont très sensibles au brouillage et aux interférences.
Mais ce débat devient obsolète lorsqu’on fusionne les deux technologies. Le drone FPV à munition de mortier combine le meilleur des deux mondes : la précision et la flexibilité du drone avec la puissance de feu et le coût réduit de l’obus de mortier standardisé. La logistique s’en trouve simplifiée : les mêmes munitions peuvent servir aux mortiers conventionnels et aux drones, réduisant la complexité de la chaîne d’approvisionnement.
Les défis de la standardisation
L’approche d’Ukrainian Armor s’inscrit dans un effort plus large de standardisation de l’industrie des drones ukrainienne. Car si l’innovation bottom-up a produit de nombreuses solutions efficaces sur le champ de bataille, elle a également engendré ce que les observateurs appellent un « zoo de drones » : une prolifération de modèles différents, aux spécifications variées, difficiles à maintenir et à approvisionner.
L’analyste de Georgetown, Mariam Halstian, soutient que l’Ukraine doit « renforcer ses capacités de contractualisation, assurer la standardisation des drones et sécuriser les investissements » dans les nouvelles technologies. Un autre aspect à traiter est l’absence de référentiels de qualité standardisés pour réduire les risques que l’armée reçoive des produits défectueux.
Au cours de l’année écoulée, l’Ukraine a standardisé la production d’intercepteurs FPV autour d’exigences spécifiques à l’interception, avec des châssis, des systèmes de propulsion, des optiques et des systèmes de guidage optimisés pour la vitesse, le taux de montée et la précision terminale plutôt que pour la livraison de charge utile.
La codification des systèmes d’Ukrainian Armor s’inscrit dans cette logique. « Déjà codifié » signifie formellement standardisé et inscrit dans les règlements officiels et les listes d’approvisionnement des Forces armées ukrainiennes. Cette standardisation facilite l’approvisionnement, la formation des opérateurs et la maintenance, tout en garantissant une qualité constante.
L'intégration de l'intelligence artificielle
Les autorités ukrainiennes accélèrent également l’adoption formelle et l’acquisition de logiciels et de modules équipés de capacités autonomes. Les initiatives clés incluent la codification de ces modules autonomes en conformité avec les normes OTAN et leur intégration dans le service militaire officiel. En 2024, les forces ukrainiennes ont commencé à acheter 10 000 drones améliorés par l’IA.
Cette dimension autonome pourrait transformer les drones FPV à munition de mortier en armes encore plus redoutables. Imaginez un drone capable de reconnaître automatiquement sa cible, d’ajuster sa trajectoire en temps réel, de résister aux tentatives de brouillage grâce à des algorithmes de navigation autonome. La fusion de l’obus de mortier standardisé, du drone FPV et de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives tactiques inédites.
La réponse russe et l'escalade technologique
Il serait naïf de penser que cette innovation restera sans réponse. Les forces russes déploient désormais une défense en couches comprenant guerre électronique, défense aérienne à courte portée, formation de l’infanterie à la lutte anti-drones et mesures de durcissement physique. Bien que les drones restent la principale source d’attrition sur le champ de bataille ukrainien, seule une petite fraction atteint effectivement sa cible.
La Russie a également innové, notamment avec les drones FPV à fibre optique. En attachant un câble de la taille d’une ligne de pêche entre le drone et les commandes de l’opérateur, ces drones deviennent imperméables aux tentatives de perturbation. Moscou a commencé à les déployer massivement lors de sa campagne de Koursk. À la mi-décembre, la ville de front de Lyman était couverte d’innombrables toiles de câbles à fibre optique.
La fibre optique rend le brouillage impossible et élimine la nécessité de déconflicter les fréquences. L’absence d’un émetteur radio énergivore peut prolonger la durée de vie de la batterie et même permettre des tactiques innovantes, comme poser le drone à côté d’une route et attendre plusieurs heures jusqu’à ce qu’un véhicule passe.
Cette escalade technologique constante illustre la dynamique d’action-réaction qui caractérise ce conflit. Chaque innovation appelle une contre-innovation, dans une course permanente où l’avantage est temporaire par nature.
Les implications pour l'avenir de la guerre
L’innovation d’Ukrainian Armor dépasse largement le cadre du conflit ukrainien. Elle préfigure ce que pourrait être la guerre du futur : une guerre de systèmes, où la frontière entre munitions et vecteurs s’estompe, où les munitions conventionnelles deviennent intelligentes, où la standardisation permet une production de masse rapide et économique.
Pour les armées occidentales, les leçons sont claires. La capacité à innover rapidement, à tester en conditions réelles, à adapter les systèmes aux retours du terrain, devient aussi importante que la supériorité technologique brute. L’Ukraine, avec des ressources limitées mais une agilité remarquable, montre qu’il est possible de développer des solutions efficaces en dehors des cycles d’acquisition traditionnels, longs et coûteux.
L’analyste du Hudson Institute note que les quadricoptères civils peuvent être facilement convertis en plateformes de frappe en montant des grenades, des obus de mortier ou des mines antichars, létaux contre les soldats comme contre les véhicules blindés. Cette démocratisation de la capacité de frappe de précision, autrefois réservée aux nations disposant de forces aériennes de plusieurs milliards de dollars, transforme fondamentalement l’équilibre des forces.
La coopération européenne en perspective
Les pays européens produisent désormais des drones en collaboration avec des concepteurs et entreprises ukrainiens. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark et la France ont des lignes de production actives ou des démarrages fermes prévus pour 2026.
Construire des processus d’investissement conjoints dans la technologie de défense entre l’Ukraine et l’Union européenne est considéré comme stratégiquement indispensable, alors que les nations européennes travaillent à établir une stratégie de défense commune.
L’Ukraine offre ce que peu de pays peuvent offrir : une expérience de combat réelle, des retours d’information instantanés sur l’efficacité des systèmes, et une capacité d’innovation accélérée par l’urgence de la survie. Les entreprises comme Ukrainian Armor, nées de la nécessité et forjées dans le feu du combat, représentent un savoir-faire unique, précieux pour toute nation cherchant à moderniser ses capacités de défense.
L'Ukraine, laboratoire de la guerre moderne
L’année 2025 a cimenté la domination durable des quadricoptères FPV comme chevaux de bataille de la guerre moderne. Peut-être le plus grand succès de drones de l’Ukraine en 2025 a été l’Opération Spider, une opération secrète complexe qui a vu des conteneurs d’expédition placés à portée FPV des aérodromes de bombardiers lourds russes en Sibérie. Plusieurs bombardiers irremplaçables ont été détruits et plusieurs autres endommagés.
En regardant vers 2026, l’Ukraine se concentrera sur le renforcement de ses capacités à longue portée, en particulier les drones de frappe en profondeur, pour augmenter la taille et la fréquence des salves utilisées contre la Russie. La production nationale de missiles jouera également un rôle de plus en plus important dans les frappes à longue portée en 2026.
Les responsables de l’armée ukrainienne affirment avoir fait l’histoire militaire fin 2025 en déployant un seul drone terrestre armé d’une mitrailleuse montée pour tenir une position de première ligne pendant près de six semaines. Le véhicule terrestre sans pilote télécommandé aurait accompli une mission de combat de 45 jours dans l’est de l’Ukraine.
Conclusion : la convergence comme paradigme
L’innovation d’Ukrainian Armor, aussi technique qu’elle puisse paraître, raconte une histoire plus large. C’est l’histoire d’un pays en guerre qui transforme ses contraintes en opportunités, qui puise dans l’existant pour créer du nouveau, qui fusionne des technologies pour en démultiplier l’efficacité.
Le drone FPV à munition de mortier standardisée n’est pas simplement un nouveau système d’arme. C’est un symbole de cette approche pragmatique, ingénieuse, née de la nécessité. Il incarne la philosophie de guerre ukrainienne : ne pas attendre la solution parfaite, mais créer la meilleure solution possible avec les ressources disponibles.
Pour les observateurs militaires du monde entier, cette innovation mérite attention. Elle montre que l’avenir de la guerre ne réside pas nécessairement dans les systèmes les plus sophistiqués ou les plus coûteux, mais dans la capacité à intégrer intelligemment des technologies existantes, à standardiser pour produire en masse, à itérer rapidement en fonction des retours du terrain.
La fusion du drone et du mortier n’est qu’un début. D’autres convergences suivront, d’autres innovations émergeront des ateliers ukrainiens. Car c’est là, dans ce laboratoire grandeur nature qu’est devenu le front ukrainien, que s’écrit en temps réel le manuel de la guerre du 21e siècle.
Et Ukrainian Armor, née il y a douze ans de 25 amis fabriquant des gilets pare-balles dans l’urgence du Maïdan, est devenue l’un des auteurs de ce manuel. Une trajectoire qui, à elle seule, résume la transformation remarquable de l’industrie de défense ukrainienne et sa capacité à transformer l’adversité en innovation.
Signé Maxime Marquette
Sources
Ukraine Developing FPV Bomb Drones Built Around Standardized 82-mm and 120-mm Mortar Rounds – UNITED24 Media
Ukrainian Combat-Tested Drones and Air Defense Systems Spotlighted at UMEX 2026 – UNITED24 Media
Ukrainian Armor developing new FPV drones using 82mm and 120mm mortar bombs – Yahoo News
Armor »>Ukrainian Armor – Wikipedia
Ukrainian Armor – Site officiel
Drone Warfare in Ukraine: Key Trends of 2025 – Ukraine’s Arms Monitor
How drone warfare developed in Ukraine in 2025 – Washington Examiner
From the Frontline: I’d Rather Have a Mortar Than a Drone – CEPA
The Impact of Drones on the Battlefield: Lessons of the Russia-Ukraine War – Hudson Institute
andtech/whyukrainianarmorturneda60mmmineintotheub60dfpvdroneandhowitimprovescombatreadiness-15045.html »>Why Ukrainian Armor Turned a 60mm Mine into the UB60D FPV Drone – Defense Express
Ukraine’s robot army will be crucial in 2026 – Atlantic Council
boosteddroneproductionby900overthepastyearhereshowitcangoupfurther-15064.html »>Ukraine Boosted Drone Production by 900% Over the Past Year – Defense Express
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