Le travail le plus méthodique et le plus rigoureux dans ce domaine est celui mené conjointement par le média indépendant russe Mediazona (désigné « agent étranger » par les autorités russes) et le service russe de la BBC. Depuis le début de la guerre, des équipes de journalistes et de bénévoles épluchent quotidiennement les nécrologies, les déclarations des autorités régionales, les reportages des médias locaux, les annonces des écoles et, surtout, les publications sur les réseaux sociaux des familles endeuillées.
Au 13 janvier 2026, cette enquête monumentale avait permis d’identifier nominativement 165 661 soldats et contractuels russes dont la mort a pu être documentée. Parmi eux, 3,9% (6 302) étaient des officiers, 10,1% (16 672) appartenaient aux troupes de fusiliers motorisés, et 2,6% (4 352) faisaient partie des prestigieuses forces aéroportées (VDV).
Plus révélateur encore : 10% (16 637) des victimes identifiées étaient des mobilisés – ces hommes arrachés à leur vie civile par le décret de « mobilisation partielle » de septembre 2022. Et 12% (19 908) étaient des détenus recrutés dans les prisons russes, notamment par le groupe Wagner.
Mais les enquêteurs de Mediazona sont les premiers à admettre que leurs chiffres ne représentent qu’une fraction de la réalité. Comme l’explique la BBC : « Le bilan réel est probablement bien supérieur à ce qui peut être déterminé à partir de sources ouvertes. Les experts militaires que nous avons interrogés suggèrent que notre analyse des cimetières russes, des mémoriaux de guerre et des nécrologies pourrait ne représenter que 45% à 65% du bilan réel des décès. »
2025 : l'année la plus meurtrière de la guerre
Si l’on pensait que le temps finirait par ralentir l’hémorragie russe, c’est tout le contraire qui s’est produit. Les données de Mediazona sont formelles : 2025 a été l’année la plus sanglante de la guerre pour l’armée russe, surpassant même 2024, qui avait déjà battu tous les records.
Les médias russes ont publié 40% de nécrologies de soldats de plus en 2025 par rapport à la même période de l’année précédente. En octobre et novembre, au moment où s’effondrait un sommet diplomatique et où les États-Unis présentaient une proposition de paix, une moyenne de 322 nécrologies par jour était publiée – soit deux fois plus qu’en 2024.
Une enquête conjointe de Meduza et Mediazona estime qu’à la fin de l’été 2025, le nombre total de militaires russes tués dans la guerre avoisinait les 220 000. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) américain évalue quant à lui les pertes militaires russes à plus de 950 000, dont jusqu’à 250 000 morts.
Le colonel Philip Ingram, ancien officier de renseignement de l’armée britannique, résume brutalement la situation : « La Russie perd plus de 900 soldats par jour en ce moment pour des gains territoriaux minimes. Les pertes russes dans la bataille d’Avdiivka, où plus de 16 000 de leurs soldats sont morts, en témoignent. »
Les certificats de décès : la preuve par les chiffres administratifs
Une des preuves les plus accablantes de l’ampleur des pertes russes provient d’une source inattendue : les commandes de certificats administratifs par le ministère de la Défense.
En 2025, le ministère a commandé 357 700 certificats – 317 500 pour les vétérans et 40 200 pour les familles de soldats tombés ou décédés des suites de blessures de guerre. Selon ces chiffres, les commandes couvrent la période de 2022 à 2025, le volume le plus important ayant été passé en 2023, avec plus de 250 000 certificats pour les familles de militaires décédés et plus de 800 000 pour les vétérans de combat.
Ces chiffres, révélés par des enquêtes journalistiques, contredisent frontalement le silence officiel du Kremlin. Ils prouvent que l’État russe lui-même reconnaît en interne l’ampleur catastrophique des pertes – tout en refusant de les admettre publiquement.
Les cimetières ne mentent pas : la preuve par satellite
Si les mots peuvent être censurés, les images satellites, elles, sont impitoyables. Des analyses réalisées par des entreprises comme Maxar Technologies ont révélé l’expansion spectaculaire des cimetières militaires russes depuis le début de la guerre.
Les images d’une seule section du cimetière de Toula, près de Moscou, montrent que le nombre de tombes a approximativement quadruplé entre octobre 2021 et avril 2023. Le cimetière voisin de Bogorodskoye a vu une section entièrement nouvelle ajoutée pendant cette période, triplant apparemment sa superficie.
Les cimetières liés au groupe Wagner sont encore plus révélateurs. Une photographie prise le 24 janvier 2023 par Maxar Technologies montre au moins 121 parcelles funéraires dans une section allouée aux combattants Wagner. Une image de la même zone prise le 24 novembre précédent ne montrait qu’environ 17 tombes – soit une augmentation de sept fois en deux mois.
À Novossibirsk, au cimetière de Gousinobrodsky, des bénévoles ont trouvé 69 tombes fraîches début avril 2023, et fin avril, ce chiffre avait augmenté d’environ 200. Un site funéraire à Beriozovsky, dans la région de l’Oural, a été signalé en mars 2023 – le service funéraire responsable a informé les journalistes que les soldats Wagner décédés y étaient enterrés lorsque leurs proches ne pouvaient pas être contactés.
On estime que jusqu’à 21 000 combattants Wagner auraient été tués depuis le début de la guerre.
L'intelligence artificielle au service de la vérité
Face à l’avalanche de données, les méthodes traditionnelles de comptage sont devenues insuffisantes. C’est pourquoi, à l’occasion du troisième anniversaire de l’invasion à grande échelle, le média indépendant en exil IStories (Important Stories) a lancé Charon – une base de données des pertes militaires russes construite à l’aide d’une intelligence artificielle sur mesure.
IStories avait commencé à compiler des données sur les pertes à partir des réseaux sociaux dès le début de l’invasion, mais au fil du temps, le nombre de nécrologies est devenu écrasant pour un traitement manuel. Au 24 février 2025, IStories avait identifié 103 864 personnes tuées ou disparues par leur nom.
Svetlana Avanesova, rédactrice au journal Pskovskaya Guberniya, décrit le travail quotidien de sa petite équipe : « Nous essayons de surveiller les décès chaque jour, en passant au peigne fin les annonces de plus en plus rares du gouverneur régional et les publications sur les réseaux sociaux des proches en deuil. » Les journalistes ont découvert ou confirmé des décès à travers des collectes de fonds pour les familles survivantes et le renommage de rues locales en l’honneur des soldats tombés.
La stratégie du "disparu" : éviter de payer les compensations
Au-delà de la volonté de cacher l’ampleur des pertes à la population russe, le Kremlin a une autre motivation, bien plus cynique, pour dissimuler les morts : éviter de payer les compensations aux familles.
Une conversation téléphonique interceptée par le renseignement militaire ukrainien (HUR) et publiée sur Telegram révèle cette pratique avec une clarté glaçante. Un soldat russe explique à un camarade comment le Kremlin classe des combattants décédés comme « disparus » plutôt que morts : « Ils me répètent toujours la même chose : il est encore vivant. Il n’est pas porté disparu, il n’est pas blessé. Et moi je dis, eh bien, pourquoi ne reçoit-il pas son salaire alors ? Je dis qu’il a été versé à tout le monde sauf à lui. Je dis, pourquoi vous vous moquez de moi ? »
Des soldats ont raconté à la mère d’un combattant décédé que le ministère de la Défense avait laissé son corps sur le champ de bataille car il ne serait pas « rentable » de le ramener. Quand elle a tenté d’obtenir des réponses des autorités militaires locales, elle a découvert qu’ils n’avaient aucune information sur son fils. Il n’était pas répertorié comme mort ni comme disparu.
Cette pratique est si répandue que Mediazona a comptabilisé 90 000 demandes judiciaires visant à faire déclarer des soldats décédés. Mais même ces dossiers commencent à disparaître en masse des sites web des tribunaux dans 50 régions russes.
Les compensations grotesques : hachoirs à viande et vélos
Pour les familles qui parviennent à faire reconnaître officiellement le décès de leur proche, les compensations promises par le Kremlin se révèlent souvent dérisoires – quand elles ne sont pas franchement insultantes.
À Mourmansk, les autorités ont offert aux proches endeuillés un hachoir à viande accompagné de fleurs – un « cadeau » que les critiques ont qualifié de « grotesque » étant donné que l’expression « hachoir à viande » (myasorubka) est utilisée pour décrire la façon dont les soldats russes sont envoyés au massacre avec peu de formation.
Le jour de la fête des Mères en novembre 2022, les dirigeants de la région de Koursk ont offert aux mères de soldats morts des sets de serviettes. Une famille a reçu un unique vélo pour son mari et père décédé, tandis qu’une autre famille de soldat blessé n’a reçu que deux seaux de carottes et un sac d’oignons.
Plus grave encore, plusieurs régions russes retardent les paiements pour blessures et réduisent les primes de contrat face aux déficits budgétaires locaux. Fin novembre 2025, la Iakoutie a suspendu les paiements aux soldats déployés en Ukraine. Depuis octobre, la région de Samara a réduit les paiements des contractuels de 3,6 millions de roubles (33 000 euros) à 400 000 (3 670 euros) – la baisse la plus forte enregistrée depuis début 2025.
Les mères et les épouses : une épine dans le pied du Kremlin
Face à cette tragédie et ce mépris, les femmes russes commencent à s’organiser. Le Conseil des Mères et des Épouses, un mouvement de base formé en 2022 par des proches de militaires russes participant à l’invasion, est devenu une épine de plus en plus douloureuse dans le pied du Kremlin.
En 2022, ce conseil, originaire de Samara, a interpellé Poutine sur le sort des hommes disparus après avoir été envoyés en Ukraine. Sa dirigeante, Olga Tsukanova, a été arrêtée à l’aéroport de Samara alors qu’elle s’apprêtait à remettre aux autorités des centaines de plaintes contre la guerre. Elle espérait soumettre « plus de 700 déclarations de mères de prisonniers, de personnes disparues, ainsi que de conscrits » au bureau du procureur militaire.
Le conseil a déclaré en novembre que Poutine « se cachait » des mères et des épouses des soldats russes envoyés combattre en Ukraine. Mais les femmes qui osent parler font face à des restrictions et des intimidations. Selon le site d’investigation The Insider, des instructions ont été données aux gouverneurs régionaux pour empêcher les activités du mouvement de se répandre « dans les rues » avant l’élection présidentielle – à « n’importe quel prix ».
Le fantôme des Mères de soldats
Cette répression s’inscrit dans une longue histoire de confrontation entre les mères russes et leur gouvernement. L’Union des Comités de Mères de Soldats de Russie (USMCR) a été fondée en 1989 et a joué un rôle crucial pendant les guerres de Tchétchénie. Mais ces comités ont été « battus en soumission » il y a de nombreuses années.
Après les révélations sur l’arrivée de soldats russes blessés des champs de bataille ukrainiens dans les hôpitaux de Saint-Pétersbourg en 2014, la branche locale a été étiquetée « agent étranger ». Aujourd’hui, il existe encore des Comités de Mères de Soldats en Russie, mais ils n’agissent pas comme une force unifiée, et encore moins ne prennent une position pacifiste au-delà de leurs demandes très personnelles.
Le Kremlin se trouve dans une situation perdant-perdant. S’il permet aux soldats mobilisés de rentrer chez eux, il fera face à une pénurie aiguë de troupes. Cela pourrait nécessiter une seconde mobilisation – encore plus impopulaire – qui pourrait conduire à encore plus de troubles sociaux.
Le projet "Je veux vivre" : quand l'Ukraine tend la main
Pendant ce temps, l’Ukraine a lancé plusieurs initiatives pour aider les familles russes à retrouver leurs proches. Le projet gouvernemental « Je veux vivre » (Khochu Zhit) publie régulièrement des documents révélant l’ampleur des pertes russes.
Le site 200rf.com, créé par le ministère ukrainien de l’Intérieur, contient des photos de documents et de corps de soldats russes que l’Ukraine affirme avoir été tués. Il propose également des vidéos de soldats que l’Ukraine dit avoir capturés. Un responsable ukrainien a déclaré : « Je sais que beaucoup de Russes s’inquiètent de savoir comment et où sont leurs enfants, fils, maris et ce qui leur arrive – nous avons donc décidé de mettre cela en ligne pour que chacun d’entre vous puisse rechercher son proche que Poutine a envoyé combattre en Ukraine. »
Le projet « Je veux trouver » (Want to Find) a reçu plus de 88 000 demandes d’information, avec plus de 9 000 rien qu’en avril 2025. La chaîne Telegram « Goryushko » (Deuil) publie également des données sur les militaires russes décédés pendant la guerre.
La démographie de la mort : un portrait social accablant
L’analyse des victimes identifiées révèle un schéma de « retard social » dans le recrutement et la stratégie de combat de l’armée russe. Les volontaires qui ont signé des contrats avec le ministère de la Défense après février 2022 représentent désormais un tiers de tous les décès identifiés – contre 15% il y a un an.
L’enquête révèle que 44% des volontaires tués avaient entre 45 et 55 ans, tandis que l’âge moyen de toutes les victimes russes confirmées est de 38 ans. La 41e armée combinée, combattant dans l’est de l’Ukraine, a subi des pertes « catastrophiques » selon des documents internes publiés par le projet « Je veux vivre ».
Au 1er juin 2025, au moins 8 625 soldats de cette armée avaient été tués au combat, 10 491 étaient portés disparus et 7 846 autres avaient déserté. La plus touchée est la 74e brigade de fusiliers motorisés de l’oblast de Kemerovo en Sibérie, qui a perdu 2 479 soldats tués, 2 732 disparus et 2 789 déserteurs – plus du double de la taille originale de la brigade d’environ 3 500 soldats.
L'industrie funéraire en plein essor : l'économie macabre de la guerre
Tandis que les statistiques officielles des morts au combat restent cachées de la vue du public, certains Russes ont commencé à souligner sur les réseaux sociaux la flambée des coûts des services funéraires dans un marché en pleine expansion.
Cette croissance de l’industrie funéraire constitue un indicateur indirect mais révélateur de l’ampleur des pertes. Les entreprises de pompes funèbres dans les régions où sont basées les unités militaires les plus engagées sur le front connaissent une activité sans précédent.
Le calcul est brutal mais éloquent : selon une analyse de Re:Russia, pour chaque kilomètre de territoire ukrainien capturé pendant l’offensive de 2024, la Russie a sacrifié la vie de 30 militaires. Cette équation macabre illustre le coût humain insensé de la stratégie du Kremlin.
Le FSB et la machine à faire taire
Face aux fuites d’informations et aux protestations naissantes, l’appareil répressif russe s’est mis en branle. Le Service fédéral de sécurité (FSB) a vu ses pouvoirs considérablement renforcés depuis le début de la guerre. En juillet 2025, la Douma d’État a adopté une loi rétablissant officiellement l’autorité du FSB d’exploiter ses propres centres de détention.
Dmitry Shkrebets, dont le fils conscrit Yegor se trouvait sur le croiseur Moskva coulé en avril 2022, a insisté pour s’exprimer publiquement et a depuis signalé avoir fait l’objet d’un interrogatoire du FSB, prétendument soupçonné d’avoir envoyé une menace à la bombe.
L’environnement est devenu tel que les familles reçoivent le corps d’un soldat avec des informations sur la date du décès, mais rien de plus. Et le gouvernement russe répond aux questions en menaçant de couper les indemnités de décès ou d’envoyer les membres de la famille en prison pour violations de la sécurité nationale.
Le système fusionne coercition, dépendance et bureaucratie performative en un mécanisme d’intimidation, pas de gouvernance. La « légalité » n’existe que comme façade : les codes pénaux et la loi martiale russes sont invoqués quand c’est commode et ignorés quand ce ne l’est pas.
Conclusion : le deuil comme acte de résistance
Au terme de cette plongée dans l’abîme de la dissimulation russe, une vérité s’impose avec la force de l’évidence : on ne peut pas interdire le deuil.
Le Kremlin peut classer les pertes comme secret d’État. Il peut faire pression sur les médias, menacer les familles, manipuler les certificats de décès. Il peut laisser des corps pourrir sur les champs de bataille pour éviter de payer des compensations. Il peut offrir des hachoirs à viande aux veuves et des seaux de carottes aux orphelins.
Mais il ne peut pas empêcher une mère de pleurer son fils. Il ne peut pas effacer les tombes qui s’étendent à perte de vue dans les cimetières de Sibérie. Il ne peut pas faire taire les 322 nécrologies quotidiennes qui s’accumulent sur les réseaux sociaux russes. Il ne peut pas cacher les images satellites qui révèlent l’expansion inexorable des parcelles funéraires.
Chaque larme versée, chaque bougie allumée, chaque nom murmuré dans le silence d’une cuisine russe est un acte de résistance contre le mensonge d’État. Les mères et les épouses qui osent parler, malgré les menaces du FSB, portent une vérité que le Kremlin ne peut pas effacer : cette guerre a un coût. Un coût payé en vies humaines. Un coût que la Russie ne pourra pas cacher éternellement.
Car à la fin, comme l’ont compris les journalistes de Mediazona et de la BBC, comme l’ont compris les familles qui fouillent désespérément les sites ukrainiens pour retrouver leurs proches, comme l’ont compris les satellites qui photographient impassiblement l’extension des cimetières – la mort, elle, ne ment jamais.
Et c’est peut-être là, dans ce deuil impossible à interdire, que réside la véritable défaite de Vladimir Poutine. Non pas sur le champ de bataille – où l’issue reste incertaine – mais dans le coeur de son propre peuple. Car comment peut-on demander à une nation de célébrer la victoire quand on lui interdit même de pleurer ses morts ?
Signé Maxime Marquette
Sources
Kyiv Independent – « Impossible to ban grief »: how Russia tries and fails to hide its casualties in Ukraine
eng-trl »>Mediazona – Russian losses in the war with Ukraine (Updated)
2025″>Mediazona – Russian army in 2025: Record bloodshed, « meat grinder » continues
Mediazona – What we know about Russian losses after three years of the war in Ukraine
Meduza – The deadliest year yet: Russia has lost more than 200,000 soldiers
Kyiv Independent – Russia ordered 307,900 death certificates for soldiers’ families since 2022
Newsweek – Russian Soldier Says Moscow Hiding War Deaths to Avoid Paying Families
Newsweek – Soldiers Say Russia Leaving Bodies on Battlefield to Skip Family Payouts
Euronews – Russia cuts bonuses and delays death benefits for troops in Ukraine
RFE/RL – Russia’s Funeral Industry Booms Amid Rising Deaths From Ukraine War
GIJN – How AI Is Helping Independent Journalists Track Wartime Casualties of Russia
The Moscow Times – ‘War Has a Cost’: The Journalists Tallying Russia’s Dead
The Moscow Times – Soldiers’ Mothers Have Long Been a Thorn in the Kremlin’s Side
Chatham House – Putin faces growing threat from the wives and mothers of mobilized soldiers
openDemocracy – Soldiers’ wives and mothers are key to Russia’s anti-war movement
National Security News – Satellite Images Reveal the Expansion of Russian War Cemeteries
NBC News – Satellite images hint at scale of Russian mercenary group’s losses in Ukraine
The Moscow Times – 7 Known ‘Wagner Cemeteries’ in Russia and Occupied Ukraine
Re:Russia – Cargo 200 Thousand: For each kilometre captured, Russia sacrificed 30 lives
200(codename) »>Wikipedia – Cargo 200 (code name)
oftheRusso-Ukrainian_War »>Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian War
Al Jazeera – ‘Highest price for war’: Russia lost 430,000 soldiers in 2024
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.