CHRONIQUE : Jour 1 436, quand le bourdonnement des drones remplace le silence de la nuit ukrainienne
La Russie transforme le ciel en champ de bataille permanent
Le chiffre donne le vertige. Plus de six mille drones lances par la Russie au cours du seul mois de janvier 2026. C’est legerement plus qu’en decembre et novembre 2025, mais surtout plus du double du volume enregistre a la meme periode l’annee precedente. Cette escalade quantitative traduit une strategie deliberee : submerger les defenses anti-aeriennes ukrainiennes par le nombre, saturer les systemes de detection, epuiser les stocks d’intercepteurs. Chaque drone Shahed coute environ 20 000 a 50 000 dollars a produire, une fraction du prix des missiles de croisiere traditionnels. Le 9 janvier 2026, la Russie avait deja demontre l’ampleur de sa capacite en lancant 242 drones et 36 missiles lors d’une seule attaque nocturne, dont 22 missiles de croisiere, 13 missiles balistiques et un missile balistique a portee intermediaire a capacite nucleaire. Quatre personnes avaient perdu la vie cette nuit-la. Le 18 janvier, une nouvelle vague de plus de 200 drones avait frappe les regions de Soumy, Kharkiv, Dnipro, Zaporijjia, Khmelnytskyi et Odessa, tuant deux personnes et en blessant des dizaines. Vous lisez ces chiffres, et peut-etre vous semblent-ils abstraits. Alors transposons : imaginez que chaque nuit, dans votre ville, deux cents engins volants bourdonneraient au-dessus de votre toit, et que vous ne sauriez jamais lequel porte une charge explosive destinee a votre immeuble.
La reponse ukrainienne et le drone comme arme de symetrie
L’Ukraine ne subit pas passivement cette pluie de drones. Elle a developpe sa propre capacite offensive avec une ingeniosite remarquable. Le 28 janvier 2026, le Service de securite ukrainien (SBU) a revele avoir detruit un total de quinze avions russes par des frappes de drones au cours de l’annee 2025, dont onze avions de combat a voilure fixe : des Su-30SM, Su-34, Su-27, Su-24 et MiG-31. Les dommages sont estimes a pres d’un milliard de dollars. Ces frappes ont egalement touche des depots de munitions et des installations de stockage de carburant sur les bases aeriennes russes. Le 10 janvier, des drones ukrainiens avaient mis le feu a un depot petrolier russe, ripostant ainsi au tir d’un nouveau missile hypersonique par Moscou. La guerre des drones est devenue bidirectionnelle, asymetrique dans ses moyens mais convergente dans sa logique : frapper l’arriere, destabiliser la logistique, imposer un cout a l’ennemi au-dela de la ligne de front. C’est une revolution militaire en cours, et l’Ukraine en est devenue le laboratoire a ciel ouvert. Les drones Molniya, fabriques en contreplaque, simples et bon marche, parviennent neanmoins a toucher leur cible un tir sur trois grace a la technologie Starlink. L’ironie est amere : la meme technologie sert les deux camps.
L'hiver le plus froid et le plus sombre depuis quatre ans
Un tiers de la capacite energetique : le chiffre de la survie
Les drones ne tuent pas seulement par l’explosion. Ils tuent par le froid. Depuis le debut de la saison de chauffe en octobre 2025, le Service de securite ukrainien a recense au moins 256 frappes aeriennes russes sur des installations energetiques et des systemes d’approvisionnement en chaleur a travers l’Ukraine. Le resultat est devastateur : l’infrastructure energetique ukrainienne ne fonctionne plus qu’a un tiers de sa capacite d’avant l’invasion. Le ministre ukrainien de l’Energie a declare qu’il ne restait plus une seule centrale electrique dans le pays qui n’ait ete touchee par les forces russes depuis le debut de la guerre. Ce detail tueur merite d’etre repete : pas une seule. Le 13 janvier, 70 % de Kyiv s’est retrouve sans electricite. Le maire Vitali Klitschko a precise que la capitale ne disposait plus que de la moitie de l’electricite necessaire a ses 3,6 millions d’habitants, soit environ 850 megawatts sur les 1 700 requis. Apres l’attaque du 9 janvier, pres de 6 000 foyers de Kyiv se sont retrouves sans chauffage. Dans la region industrielle de Dnipropetrovsk, plus d’un million de personnes ont ete affectees. A Boutcha, Irpin et Hostomel, les systemes de chauffage sont quasi totalement hors service. L’hiver 2025-2026 est le plus froid qu’ait connu l’Ukraine depuis le debut de l’invasion a grande echelle.
Survivre a moins dix degres sans chauffage
Comment vit-on quand la temperature interieure de son appartement descend a 10 degres Celsius, soit huit degres en dessous du seuil recommande par l’Organisation mondiale de la sante ? Les Ukrainiens ont developpe un art de la survie qui force le respect. Sur les reseaux sociaux, ils partagent des astuces pour tenir le coup : tentes de camping montees a l’interieur des chambres, bouteilles d’eau chaude glissees dans les sacs de couchage, generateurs partages entre voisins. Des commerces equipes de groupes electrogenes ouvrent leurs portes aux residents qui n’ont plus ni lumiere ni chaleur. Le president Zelensky a declare l’etat d’urgence dans le secteur energetique, avec une attention particuliere sur Kyiv. Le couvre-feu nocturne a ete assoupli pour permettre aux habitants d’acceder aux points d’invincibilite, ces centres mis en place par les autorites pour fournir electricite et chaleur. La Premiere ministre Yulia Svyrydenko a prolonge les vacances scolaires a Kyiv jusqu’au 1er fevrier. Quelque 200 000 personnes dans et autour de la capitale sont restees sans chauffage apres les dernieres coupures. Et le deficit energetique oscille entre 1 et 4 gigawatts selon les jours et les attaques. Les centrales thermiques, cruciales pour l’equilibre du reseau, ne peuvent pas etre reparees rapidement. Les coupures programmees accompagneront les Ukrainiens jusqu’a la fin de l’hiver.
Cibler methodiquement les centrales electriques d’un pays en plein coeur de l’hiver, quand les temperatures plongent sous zero, n’est pas un dommage collateral. C’est une strategie deliberee de souffrance imposee a des millions de civils. Le droit international humanitaire a un nom pour cela. Et pourtant, chaque matin, la communaute internationale se contente de compter les morts et de rediger des communiques. A quel moment le constat permanent d’un crime cesse-t-il d’etre un constat pour devenir une complicite par inaction ?
Bientot deux millions de victimes : le bilan vertigineux du CSIS
Un rapport qui glace autant que l’hiver ukrainien
Le 28 janvier 2026, la veille meme de l’attaque de Zaporijjia, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiait un rapport dont les conclusions ont l’effet d’une detonation dans le debat public. Le nombre total de victimes combinees de la guerre en Ukraine pourrait atteindre deux millions d’ici le printemps 2026. Ce chiffre inclut les soldats tues, blesses ou portes disparus des deux cotes. Selon le CSIS, la Russie a subi 1,2 million de pertes, dont jusqu’a 325 000 morts parmi les troupes, entre fevrier 2022 et decembre 2025. L’Ukraine a subi entre 500 000 et 600 000 pertes, dont environ 140 000 morts. Le total estime s’eleve donc deja a 1,8 million. Le rapport precise que le ratio de pertes au combat penche nettement en defaveur de la Russie, avec un rapport d’environ 2,5 contre 1. Les forces russes n’ont avance qu’a un rythme moyen de 15 a 70 metres par jour dans leurs offensives principales depuis janvier 2024. Le CSIS conclut que Moscou paie un prix extraordinaire pour des gains minimaux et se trouve en declin en tant que grande puissance. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifie ces donnees de non fiables, affirmant que seul le ministere russe de la Defense etait habilite a fournir des informations sur les pertes militaires.
Des chiffres qui depassent l’entendement strategique
Prenons un instant pour mesurer ce que signifient deux millions de victimes. Cela equivaut a la population entiere d’une ville comme Paris intra-muros. Cela represente davantage de pertes militaires que celles subies par les Etats-Unis dans l’ensemble de leurs guerres depuis 1945. Et ces chiffres ne comptabilisent pas les victimes civiles ukrainiennes des bombardements, les deplaces internes, les refugies, les traumatismes psychologiques de toute une generation. La methodologie du CSIS s’appuie sur les donnees du site russe independant Mediazona croisees avec celles de la BBC, les estimations du gouvernement britannique et des entretiens avec des responsables d’Etat. Si l’on ajoute les pertes civiles, les disparitions et les deces indirects lies a la destruction des infrastructures de sante et d’energie, le bilan reel de ce conflit depasse probablement tout ce que les statistiques officielles laissent entrevoir. Et chaque nuit ou un drone frappe un immeuble a Zaporijjia, le compteur continue de tourner. A quel chiffre le monde reagira-t-il enfin avec la determination que la situation exige ?
Abu Dhabi, ou le paradoxe des negociations sous les bombes
Premiere rencontre trilaterale depuis le debut de la guerre
Le contexte diplomatique du jour 1 436 ne manque pas d’ironie tragique. Quelques jours avant l’attaque de Zaporijjia, les 23 et 24 janvier, une premiere rencontre trilaterale reunissant des representants des Etats-Unis, de la Russie et de l’Ukraine s’etait tenue a Abu Dhabi. C’etait la premiere de ce type depuis le debut de l’invasion russe en fevrier 2022. Les envoyes americains Steve Witkoff et Jared Kushner avaient fait la navette entre Moscou et les Emirats arabes unis. Cote ukrainien, le negociateur en chef Rustem Oumerov et le chef du renseignement militaire Kyrylo Boudanov etaient presents. Cote russe, l’aide presidentiel Iouri Ouchakov et l’emissaire Kirill Dmitriev. Les discussions se sont terminees sans accord mais avec une ouverture de principe a de nouvelles rencontres, prevues des le 1er fevrier. L’envoye special Witkoff avait qualifie les echanges de tres constructifs. Le Kremlin avait fait de meme. Le president Zelensky avait evoque un document de garanties de securite americaines pret a 100 %.
Des bombes comme reponse aux pourparlers
Mais le calendrier des frappes russes raconte une autre histoire. Pendant la deuxieme journee des pourparlers, des drones russes tuaient une personne et en blessaient quatre a Kyiv. A Kharkiv, les frappes faisaient 27 blesses. Le ministre ukrainien des Affaires etrangeres, Andrii Sybiha, avait ecrit sur X : Putin a cyniquement ordonne une frappe massive brutale contre l’Ukraine pendant meme que les delegations se reunissaient a Abu Dhabi pour faire avancer le processus de paix dirige par l’Amerique. Le point de blocage principal reste le territoire. Vladimir Poutine exige que l’Ukraine cede les 20 % du Donetsk qu’elle controle encore, soit environ 5 000 kilometres carres. Zelensky refuse de ceder un territoire que la Russie n’a pas reussi a conquerir en quatre ans de guerre d’usure. Witkoff avait declare avant sa rencontre avec Poutine que les negociations se reduisaient desormais a un seul probleme, ajoutant que cela signifiait qu’il etait resoluble. L’optimisme diplomatique se heurte pourtant a la realite du terrain : on ne negocie pas la paix quand les drones continuent de pleuvoir. Les Ukrainiens le savent mieux que quiconque.
Negocier pendant que les bombes tombent est un exercice que l’histoire a souvent vu echouer. La bonne foi diplomatique se mesure rarement aux mots echanges dans les salons feutres ; elle se mesure aux actes commis sur le terrain au meme moment. Quand un belligerant ordonne des frappes massives pendant les pourparlers, il ne negocie pas : il impose un rapport de force. Et l’autre partie le sait. La question n’est pas de savoir si la paix est souhaitable. Tout le monde le sait. La question est de savoir si elle est possible avec un interlocuteur qui bombarde pendant qu’il parle.
La guerre des drones comme revolution militaire permanente
Du contreplaque au satellite : l’evolution fulgurante des armes
Le conflit ukrainien est en train de redefinir l’art de la guerre pour le XXIe siecle. Les drones y occupent une place centrale que personne n’avait pleinement anticipee. Cote russe, le spectre va du drone Shahed iranien, produit en masse et utilise comme munition rodante, au drone BM-35 equipe de Starlink capable de frapper a 500 kilometres. Cote ukrainien, la creativite compense le deficit industriel : des drones Molniya en contreplaque, dont un sur trois atteint sa cible grace a la navigation par satellite, aux drones FPV (First Person View) pilotes a distance par des operateurs utilisant des lunettes de realite virtuelle. L’Ukraine a su transformer une contrainte en avantage : la decentralisation de sa production de drones, disseminee dans des centaines d’ateliers, la rend moins vulnerable aux frappes que les usines centralisees russes. Les soldats ukrainiens en premiere ligne, comme ceux qui ont passe le Nouvel An dans les tranchees de Vovtchansk, vivent au rythme permanent des drones : les leurs, ceux de l’ennemi, ceux de la reconnaissance, ceux qui portent des grenades. Les analystes militaires parlent deja d’une guerre de quatrieme generation ou le drone remplace progressivement le soldat dans des missions a haut risque.
Les consequences strategiques pour les armees du monde entier
Chaque armee du monde observe ce qui se passe en Ukraine avec une attention soutenue. Les lecons sont multiples et bouleversent les doctrines etablies. Premiere lecon : le cout. Un drone Shahed a 50 000 dollars qui oblige l’adversaire a tirer un missile d’interception a plusieurs centaines de milliers de dollars cree une equation economique insoutenable pour le defenseur. Deuxieme lecon : la masse. Lancer 200 drones en une seule nuit rend toute defense parfaite impossible ; quelques-uns passent toujours a travers les mailles. Troisieme lecon : l’hybridation technologique. L’integration de Starlink dans les drones russes montre que la frontiere entre technologies civiles et militaires n’existe plus. Serhii Beskrestnov, expert militaire et conseiller du ministere ukrainien de la Defense, a revele que l’Ukraine avait collecte des preuves de centaines d’attaques par des drones russes equipes de terminaux Starlink. Le commissaire ukrainien aux sanctions, Vladyslav Vlasiuk, a souligne que cette utilisation croissante demontrait l’insuffisance de la pression exercee par les sanctions alliees. Des rapports precedents avaient deja revele que des troupes russes contournaient les sanctions en achetant des systemes Starlink dans des pays tiers.
Le quotidien des Ukrainiens sous les drones
Apprendre a dormir malgre le vrombissement
Cher lecteur, tentez un exercice d’empathie. Votre reveil sonne a 6 heures. Mais vous n’avez pas dormi, ou si peu. L’alerte aerienne a retenti a 2 heures du matin. Vous avez attrape vos enfants, un sac prepare a l’avance avec des papiers, des medicaments, une lampe torche. Vous etes descendu dans l’abri, le couloir interieur, la station de metro. Vous avez entendu les explosions, senti les vibrations. Puis le silence. Puis la levee d’alerte. Vous etes remonte. Il fait 10 degres dans l’appartement. Le chauffage ne fonctionne pas. L’electricite est coupee. Vous avez travaille quand meme le lendemain. Et le surlendemain. Et le jour d’apres. Et cela dure depuis mille quatre cent trente-six jours. Les Ukrainiens ont developpe une resilience qui confine a l’heroisme silencieux. Les enseignants font cours en ligne quand les ecoles sont fermees. Les medecins operent a la lumiere de generateurs de secours. Les boulangers petrisent dans le noir. La vie continue, courbee mais pas brisee. C’est cela, le vrai front de cette guerre : non pas seulement les tranchees de Bakhmout ou de Vovtchansk, mais les cuisines ou l’on fait bouillir de l’eau sur un rechaud de camping pour que les enfants puissent boire un chocolat chaud avant de rejoindre un cours en visioconference.
Les points d’invincibilite : la resistance par le collectif
Le nom a lui seul raconte une histoire. Les points d’invincibilite, ces centres installes dans des batiments publics a travers l’Ukraine, offrent electricite, chauffage, Wi-Fi et boissons chaudes aux habitants prives de tout. Ils sont devenus des lieux de socialisation autant que de survie. On y recharge son telephone, on y travaille, on y retrouve ses voisins. L’assouplissement du couvre-feu nocturne ordonne par Zelensky pour en permettre l’acces temoigne de l’ampleur du besoin. Mais au-dela des dispositifs officiels, ce sont les initiatives spontanees qui frappent. Des proprietaires de cafes ouvrent leurs portes la nuit. Des inconnus partagent leur generateur. Des parents montent des tentes de camping dans leur salon pour creer un micro-climat ou leurs enfants peuvent dormir sans grelotter. Le contraste est saisissant : d’un cote, la sophistication technologique des drones equipes de Starlink ; de l’autre, des familles qui glissent des bouteilles remplies d’eau chaude dans des sacs de couchage. D’un cote, des missiles balistiques a capacite nucleaire ; de l’autre, un rechaud de camping dans une cuisine de Kyiv. C’est dans ce gouffre entre la puissance de destruction et la simplicite de la survie que se joue la dignite d’un peuple.
Il faudra un jour raconter cette guerre non pas par ses generaux et ses diplomates, mais par ses boulangers, ses infirmieres, ses enseignants. Par ces hommes et ces femmes qui, chaque matin, choisissent de faire tourner le monde malgre le monde qui s’ecroule autour d’eux. Leur resistance n’est pas spectaculaire. Elle est quotidienne. Et c’est precisement cela qui la rend invincible.
Jour 1 436 et apres : l'horizon incertain
Les prochaines semaines seront decisives mais ne le sont-elles pas toujours
La formule est usee jusqu’a la corde. Les prochaines semaines seront decisives. On l’a dit en mars 2022. En septembre 2022 apres la contre-offensive de Kharkiv. En juin 2023 avant la contre-offensive d’ete. En janvier 2024 quand la Russie a repris l’initiative. Et pourtant, cette fois, le contexte est reellement different. Les pourparlers d’Abu Dhabi representent le premier canal trilateral depuis le debut de la guerre. La pression americaine sous l’administration Trump pour parvenir a un accord est reelle. Le document de garanties de securite evoque par Zelensky pourrait constituer un cadre. Mais les obstacles restent colossaux. La question territoriale est un noeud gordien. Les frappes russes pendant les negociations envoient un signal ambigu. Et sur le terrain, les drones continuent de bourdonner. Six mille en un mois. Le rythme ne faiblit pas. L’Ukraine entre dans sa quatrieme annee de guerre totale avec une infrastructure energetique en ruines, des pertes humaines qui approchent le demi-million et une population civile eprouvee par le froid, les coupures et les nuits sans sommeil. Mais aussi avec une determination intacte, une capacite d’innovation militaire qui impressionne les experts et un refus obstine de ceder un pouce de territoire a l’agresseur.
Le bourdonnement qui ne cessera pas de sitot
Le 29 janvier 2026, au jour 1 436 de cette guerre, les drones n’ont pas simplement frappe Zaporijjia. Ils ont frappe notre conscience collective. Ou du moins, ils auraient du. Car ce conflit est devenu, pour une grande partie du monde, un bruit de fond. Un bourdonnement lointain qu’on finit par ne plus entendre, comme celui des drones qui survolent les villes ukrainiennes chaque nuit. Pourtant, chaque jour qui s’ajoute au compteur est un jour de souffrance pour des millions de personnes. Un jour ou des enfants grandissent sans connaitre autre chose que la guerre. Un jour ou un soldat ne rentrera pas chez lui. Un jour ou un immeuble de plus sera reduit en cendres. La guerre des drones a transforme le conflit ukrainien en un laboratoire technologique permanent dont les lecons seront etudiees pendant des decennies. Mais derriere chaque drone, derriere chaque statistique, derriere chaque jour qui s’ajoute au compteur, il y a des visages. Les trois personnes tuees a Zaporijjia avaient des noms, des familles, des projets. Et demain, au jour 1 437, les drones bourdonneront encore.
Ce que nous dit le jour 1 436 sur notre epoque
La banalisation de l’inacceptable
Posons-nous la question avec une honnetete brutale. Avons-nous accepte l’inacceptable ? La guerre en Ukraine entre dans sa quatrieme annee et occupe desormais les pages interieures des journaux, quand elle ne disparait pas completement derriere les derniers rebondissements de la politique interieure. Les trois morts de Zaporijjia n’ont meme pas fait la une. Trois morts. Un immeuble en flammes. Et le monde regarde ailleurs. Il y a dans cette indifference progressive quelque chose qui devrait nous alarmer autant que les drones eux-memes. Car si nous acceptons qu’un pays europeen soit bombarde chaque nuit depuis quatre ans sans que cela ne provoque plus la moindre indignation, que dit cela de nos valeurs proclamees ? Que dit cela de l’ordre international que nous pretendons defendre ? La guerre des drones en Ukraine n’est pas seulement un enjeu militaire ou geopolitique. C’est un test moral pour l’ensemble de la communaute internationale. Et au jour 1 436, le resultat de ce test n’est pas rassurant. Les sanctions s’averent insuffisantes, les livraisons d’armes restent calibrees pour eviter l’escalade plutot que pour gagner la guerre, et les pourparlers se tiennent au son des explosions.
Le compteur continuera de tourner
Le jour 1 437 viendra. Puis le 1 500. Puis le 2 000, si rien ne change. A chaque jour supplementaire, le bilan s’alourdit, les infrastructures se degradent un peu plus, la fatigue s’installe un peu plus profondement dans les os des Ukrainiens. Mais a chaque jour supplementaire aussi, la resistance se reaffirme. Les boulangers petrissent, les medecins soignent, les enseignants enseignent, les soldats tiennent leurs positions. L’Ukraine de janvier 2026 n’est pas celle de fevrier 2022. Elle est plus meurtrie, plus epuisee, plus sombre dans ses nuits d’hiver. Mais elle est aussi plus endurcie, plus inventive, plus determinee. Le bourdonnement des drones est devenu la bande-son de son existence. Pas sa raison d’etre. Cher lecteur, quand vous lirez ces lignes, le compteur aura deja avance. Peut-etre au jour 1 438, au jour 1 440. Les drones continueront de bourdonner au-dessus de Zaporijjia, de Kyiv, de Kharkiv. Les Ukrainiens continueront de descendre dans les abris, de remonter, de reprendre leur vie. Et la question lancinante restera la meme, suspendue dans l’air froid de l’hiver comme le son d’un drone qui approche : combien de jours encore ?
Mille quatre cent trente-six jours. Ce chiffre n’est pas une statistique. C’est une accumulation de matins ou des femmes et des hommes se sont leves en sachant que la nuit suivante pourrait etre la derniere. C’est un monument invisible, bati non pas en pierre mais en endurance. Et si ce monument ne nous emeut plus, alors c’est nous, et non les Ukrainiens, qui avons perdu quelque chose d’essentiel.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
PBS News – Report warns combined casualties could soon hit 2 million – janvier 2026
IFRC – Large-scale power disruptions leave 200 000 people without heating – janvier 2026
ABC News (AP) – Russian drone attack kills 3 in southern Ukraine – 29 janvier 2026
France Info – Moscou suspecte d’utiliser Starlink pour ses drones d’attaque – 29 janvier 2026
Sources secondaires
Thanh Nien – Chien su Ukraine ngay 1436 – 29 janvier 2026
The Washington Post – Russian drone attack kills 3 in southern Ukraine – 29 janvier 2026
CNN – Russia is using Starlink to make its killer drones fly farther – 29 janvier 2026
Al Jazeera – Ukraine scrambling for energy as Russian strikes hit infrastructure – 16 janvier 2026
NPR – Ukrainians are sharing hacks on how to survive winter power cuts – 26 janvier 2026
CNN – Russian strikes and the coldest winter leave Ukrainians out in the cold – 17 janvier 2026
Military.com – CSIS report on Ukraine war casualties – 28 janvier 2026
Euronews – Abu Dhabi hosts Russia-Ukraine peace talks – 24 janvier 2026
ABC News – Russia, Ukraine and US hold first trilateral talks – janvier 2026
Al Jazeera – US-brokered Russia-Ukraine talks close with no breakthrough – 24 janvier 2026
UNITED24 Media – Ukraine destroyed 15 Russian aircraft in 2025 drone strikes – janvier 2026
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