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CHRONIQUE : La guerre d’usure de Moscou en Ukraine, un gouffre humain et stratégique sans précédent depuis 1945
Crédit: Adobe Stock

Des pertes qui défient l’entendement historique

Les chiffres de pertes russes compilés par le CSIS sont proprement stupéfiants. L’armée russe a subi environ 1,2 million de pertes totales — tués, blessés et disparus — entre février 2022 et décembre 2025. Parmi ces pertes, on estime entre 275 000 et 325 000 soldats russes tués. Pour la seule année 2025, le taux mensuel de pertes a atteint environ 35 000 par mois, soit un total annuel d’environ 415 000 pertes pour cette année-là. Du côté ukrainien, les pertes sont estimées entre 500 000 et 600 000 au total, dont 100 000 à 140 000 tués. Le ratio de pertes s’établit ainsi à environ 2,5 contre 1, voire 2 contre 1, en défaveur de la Russie. Les projections du CSIS indiquent que le total combiné des pertes des deux camps pourrait atteindre 2 millions d’ici le printemps 2026.

La mise en perspective historique rend ces chiffres encore plus saisissants. Les pertes russes en Ukraine sont 17 fois supérieures aux pertes soviétiques durant la guerre d’Afghanistan des années 1980. Elles sont 11 fois supérieures aux pertes combinées des première et deuxième guerres de Tchétchénie. Elles dépassent de plus de cinq fois l’ensemble des pertes russes et soviétiques dans tous les conflits combinés depuis la Seconde Guerre mondiale. Comme le soulignent Jones et McCabe, aucune grande puissance n’a subi de pertes comparables dans quelque conflit que ce soit depuis 1945. Pour comparaison, les États-Unis ont perdu 54 487 soldats en Corée, 47 434 au Vietnam, 2 465 en Afghanistan et 4 432 en Irak.

Les causes structurelles de cette saignée militaire

Le rapport identifie plusieurs facteurs structurels expliquant ce taux de pertes catastrophique. D’abord, l’échec de la guerre interarmes : l’armée russe ne parvient toujours pas à coordonner efficacement ses forces terrestres, son artillerie, son aviation et ses unités de renseignement. Ensuite, la médiocrité des tactiques et de la formation des unités engagées, aggravée par une corruption endémique au sein des structures militaires. Le moral des troupes reste dangereusement bas. Face à ces carences, l’approche tactique russe privilégie l’envoi d’infanterie débarquée pour attirer le feu ennemi et identifier les positions ukrainiennes, avant de les frapper à l’artillerie, aux drones FPV et aux bombes planantes. C’est une méthode qui consume les hommes à un rythme effroyable.

La stratégie défensive ukrainienne contribue également à maximiser les pertes russes. Les forces ukrainiennes déploient une défense en profondeur extrêmement efficace, articulée autour de tranchées, d’obstacles antichars, de champs de mines, d’artillerie et de drones répartis sur des zones défensives de 15 kilomètres. Les Ukrainiens emploient des techniques de déception, des leurres et des postes de commandement souterrains qui rendent la progression russe extraordinairement coûteuse. Le général Mick Ryan, ancien officier supérieur australien et stratège militaire reconnu, observe que la Russie « combine ses tactiques d’infiltration au sol avec son utilisation de feux pour attaquer là où elle identifie des brèches ou des unités ukrainiennes plus faibles ». Mais même cette adaptation ne suffit pas à surmonter l’avantage structurel du défenseur en guerre statique.

Je constate, en analysant ces données, que la Russie reproduit tragiquement les erreurs de la Première Guerre mondiale : envoyer des vagues d’infanterie contre des positions fortifiées, en comptant sur la masse plutôt que sur l’intelligence tactique. Le cynisme avec lequel le Kremlin sacrifie ses propres soldats — majoritairement recrutés dans les régions périphériques de l’Extrême-Orient et du Caucase du Nord — me révolte profondément. C’est une guerre de classe autant qu’une guerre d’agression.

Sources

Sources primaires

Rapport CSISSeth G. Jones et Riley McCabe, « Russia’s Grinding War in Ukraine: Massive Losses and Tiny Gains for a Declining Power », Center for Strategic and International Studies, 27 janvier 2026

Profil de l’auteur principalSeth G. Jones, président du département Défense et Sécurité du CSIS, titulaire de la chaire Harold Brown, auteur de « The American Edge: The Military Tech Nexus and the Sources of Great Power Dominance » (Oxford University Press)

Profil du co-auteurRiley McCabe, chercheur associé au programme Warfare, Irregular Threats, and Terrorism du CSIS

Article de Vladimir PoutineVladimir Poutine, « On the Historical Unity of Russians and Ukrainians », site officiel du Kremlin, juillet 2021

Sources secondaires

Fonds monétaire internationalProjections économiques pour la Fédération de Russie, FMI, données consultées en janvier 2026

Analyse des pertes militairesInternational Institute for Strategic Studies (IISS), évaluations des pertes et capacités militaires dans le conflit russo-ukrainien

Données sur le commerce sino-russePeterson Institute for International Economics, analyses des flux commerciaux entre la Chine et la Russie, 2022-2025

Classements technologiques et IAStanford HAI, AI Index Report, classement des écosystèmes nationaux d’intelligence artificielle

Données sur les lancements spatiauxSpace Foundation, rapport annuel sur les activités spatiales mondiales, 2025

Analyses de la flotte fantôme russeAtlantic Council, rapports sur le contournement des sanctions pétrolières par la flotte fantôme russe

Sondages d’opinion en RussieCentre Levada, enquêtes sur les attitudes de la population russe envers le conflit en Ukraine, 2023-2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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