1,2 million de pertes depuis février 2022
Les chiffres cumulatifs publiés par l’état-major ukrainien au 28 janvier 2026 dressent un portrait dévastateur de l’effort de guerre russe. Depuis le 24 février 2022, la Russie aurait perdu environ 1 236 570 militaires — tués, blessés ou portés disparus. Ce chiffre colossal a été largement corroboré par un rapport majeur publié le 27 janvier 2026 par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), l’un des think tanks les plus réputés de Washington. Selon ce rapport, rédigé par Seth G. Jones et Riley McCabe, la Russie a subi 1,2 million de pertes, dont jusqu’à 325 000 morts, entre le début de l’invasion et décembre 2025.
Pour mesurer l’ampleur de cette catastrophe, le CSIS offre une comparaison historique saisissante : les pertes russes en Ukraine sont cinq fois supérieures au total combiné de toutes les pertes militaires russes et soviétiques depuis la Seconde Guerre mondiale, incluant la guerre d’Afghanistan et les deux guerres de Tchétchénie. Le rapport conclut sans ambiguïté : aucune grande puissance n’a subi des pertes de cette ampleur dans aucun conflit depuis 1945. Cette réalité statistique devrait, à elle seule, suffire à discréditer tout récit de victoire russe sur le champ de bataille.
Les pertes matérielles : une armée qui se dévore elle-même
Les pertes matérielles cumulatives sont tout aussi vertigineuses. Au 28 janvier 2026, la Russie aurait perdu 11 609 chars, 23 958 véhicules blindés, 36 713 systèmes d’artillerie, 1 629 systèmes de lance-roquettes multiples, 1 286 systèmes de défense antiaérienne, 434 avions, 347 hélicoptères, 117 724 drones opérationnels et tactiques, 4 205 missiles de croisière, 28 navires, 2 sous-marins, 76 102 véhicules automobiles et 4 053 équipements spéciaux. Ces chiffres astronomiques représentent la destruction quasi totale de l’arsenal que la Russie avait accumulé durant des décennies de production militaire soviétique et post-soviétique.
La perte de plus de 11 600 chars est particulièrement significative. Ce chiffre représente une moyenne de 8 à 9 chars détruits par jour depuis le début de l’invasion. Pour compenser ces pertes, la Russie a dû puiser dans ses stocks stratégiques de l’ère soviétique, remettant en service des modèles obsolètes comme les T-62 et même certains T-55 datant des années 1950. Cette régression technologique témoigne de l’incapacité de l’industrie de défense russe à produire suffisamment de matériel moderne pour remplacer ce qui est détruit quotidiennement sur le front ukrainien.
Je me souviens d’une époque, pas si lointaine, où les commentateurs occidentaux parlaient de l’armée russe comme de la « deuxième armée du monde ». Après presque quatre ans de guerre en Ukraine, je crois que nous pouvons définitivement enterrer ce mythe. Une armée qui perd plus de 11 000 chars, qui ressort des musées militaires des engins datant de la guerre froide, et qui envoie des prisonniers et des soldats nord-coréens au front parce qu’elle ne trouve plus assez de volontaires — cette armée n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce que cette guerre a révélé, c’est l’immense fossé entre la propagande du Kremlin et la réalité du terrain.
Le rapport du CSIS : un verdict accablant pour Moscou
Une méthodologie rigoureuse face au brouillard de guerre
Le rapport du CSIS publié le 27 janvier 2026 se distingue par la rigueur de sa méthodologie. Les chercheurs ont croisé de multiples sources pour parvenir à leurs estimations : leur propre analyse interne, les données publiées par le site d’information indépendant russe Mediazona en collaboration avec la BBC, les estimations du gouvernement britannique et des entrevues avec des responsables gouvernementaux. Cette approche multilatérale confère au rapport une crédibilité que le Kremlin peine à contester, malgré les dénégations de son porte-parole Dmitri Peskov, qui a qualifié ces recherches d’informations non fiables.
Le travail de Mediazona, en particulier, mérite d’être souligné. Depuis le début de la guerre, ce média indépendant russe a identifié et vérifié nominativement les décès de 163 300 soldats russes au 16 janvier 2026, dont 6 302 officiers. Ce décompte, basé sur des sources ouvertes — avis de décès, publications sur les réseaux sociaux, registres locaux — constitue un plancher absolu, le nombre réel étant nécessairement supérieur puisque de nombreux décès ne sont jamais rendus publics. Face à ce travail documentaire, le ministère russe de la Défense n’a publiquement reconnu que la mort d’un peu plus de 6 000 soldats — un chiffre risiblement bas qui témoigne de l’ampleur de la dissimulation officielle.
Des pertes cinq fois supérieures à tous les conflits post-soviétiques combinés
L’une des conclusions les plus frappantes du rapport du CSIS est la comparaison historique avec les conflits passés. La guerre d’Afghanistan (1979-1989) a coûté à l’Union soviétique environ 15 000 morts en dix ans. En Ukraine, la Russie perd l’équivalent de toute la guerre d’Afghanistan en moins de trois semaines. Les deux guerres de Tchétchénie, qui ont profondément traumatisé la société russe dans les années 1990 et 2000, ont fait environ 25 000 victimes combinées du côté russe. En Ukraine, ce chiffre est atteint en moins d’un mois au rythme actuel des pertes.
Le CSIS note également que le ratio de pertes entre les forces russes et ukrainiennes est d’environ 2,5 pour 1, voire 2 pour 1 selon les estimations les plus conservatrices. Cela signifie que pour chaque soldat ukrainien mis hors de combat, la Russie en perd au minimum deux. Ce ratio défavorable s’explique par plusieurs facteurs structurels : l’échec de la Russie à mener des opérations interarmes efficaces, des tactiques et un entraînement médiocres, la corruption endémique, un moral bas et la stratégie défensive en profondeur de l’Ukraine dans une guerre qui favorise structurellement le défenseur.
La guerre des drones : 1 012 appareils détruits en 24 heures
Un chiffre record qui illustre la centralité des drones
Parmi les données du bilan quotidien du 28 janvier, un chiffre retient particulièrement l’attention : 1 012 drones opérationnels et tactiques russes ont été détruits en une seule journée. Ce nombre extraordinaire témoigne de l’intensité de la guerre des drones qui se joue au-dessus du champ de bataille ukrainien. Les drones sont devenus l’arme la plus déterminante de ce conflit, responsables selon certaines estimations de 70 à 90 pour cent des pertes infligées sur le terrain. Cette réalité a transformé la nature même de la guerre moderne, faisant de l’Ukraine un laboratoire grandeur nature pour les doctrines militaires du futur.
La destruction de plus de mille drones en vingt-quatre heures illustre l’ampleur de la production industrielle que les deux camps consacrent à ces engins. La Russie déploie massivement des drones Shahed — rebaptisés Geran — fabriqués sous licence iranienne, mais aussi de nouvelles variantes comme les Geran-4 et Geran-5, testés fin 2025 et dont l’utilisation a été confirmée par les services de renseignement ukrainiens. Ces drones kamikazes à bas coût sont lancés en essaims pour saturer les défenses antiaériennes ukrainiennes, une tactique qui, si elle cause d’immenses souffrances parmi la population civile, entraîne également des pertes massives de matériel pour Moscou.
L’évolution technologique de la guerre aérienne sans pilote
L’année 2026 a débuté avec un basculement notable dans l’équilibre de la guerre des drones. Selon plusieurs sources, l’Ukraine lance désormais davantage de drones de frappe à longue portée que la Russie, une inversion de la tendance qui reflète la montée en puissance de la production domestique ukrainienne. Le 4 janvier 2026, les défenses antiaériennes russes ont intercepté au moins 28 drones ukrainiens aux abords de Moscou, provoquant la fermeture temporaire des aéroports majeurs de Vnoukovo, Domodedovo et Joukowski et la perturbation de plus de 200 vols commerciaux. Cette capacité de l’Ukraine à frapper au coeur même de la Russie constitue un tournant stratégique majeur.
La nuit du 27 au 28 janvier, la Russie a lancé une attaque combinant 1 missile balistique et 146 drones de frappe. Les forces de défense aérienne ukrainiennes ont abattu ou neutralisé 103 de ces drones, soit un taux d’interception d’environ 70 pour cent. Cependant, les drones ayant échappé aux défenses ont causé des dégâts en banlieue de Kyiv — où deux personnes ont été tuées — ainsi qu’à Odessa, Kryvyï Rih et dans la région de Zaporijjia, où au moins neuf personnes ont été blessées. Ces attaques nocturnes sont devenues un rituel macabre de cette guerre, terrorisant la population civile ukrainienne nuit après nuit.
Je suis fasciné et horrifié à parts égales par ce que la guerre des drones révèle de notre époque. Nous assistons en temps réel à une révolution militaire comparable à l’introduction de l’aviation sur le champ de bataille il y a un siècle. Plus de mille drones détruits en une seule journée — c’est un chiffre qui aurait semblé invraisemblable il y a seulement deux ans. Et pourtant, c’est la nouvelle normalité de cette guerre. Ce qui me frappe, c’est que ces engins à quelques centaines de dollars pièce peuvent détruire des blindés à plusieurs millions de dollars. L’asymétrie économique de la guerre des drones est en train de redéfinir fondamentalement les rapports de force militaires.
L'avancée territoriale russe : un calcul coût-bénéfice désastreux
70 mètres par jour à Pokrovsk : plus lent que la Somme
Le rapport du CSIS fournit une donnée qui résume à elle seule l’absurdité stratégique de l’offensive russe : lors de l’offensive de Pokrovsk, les forces russes ont avancé à une moyenne de seulement 70 mètres par jour. Les chercheurs soulignent que ce rythme est plus lent que celui des campagnes offensives les plus meurtrières du siècle dernier, incluant la tristement célèbre bataille de la Somme durant la Première Guerre mondiale. Cette comparaison n’est pas anodine : elle place l’offensive russe en Ukraine parmi les opérations militaires les plus coûteuses et les moins efficaces de l’histoire militaire moderne.
Depuis le début de l’année 2024, la Russie n’a conquis que 1,5 pour cent de territoire ukrainien supplémentaire, selon le CSIS. La Russie contrôle environ 20 pour cent du territoire ukrainien, une superficie qui n’a que marginalement augmenté malgré le sacrifice de centaines de milliers de soldats. Le rapport qualité-prix, si l’on ose employer cette expression pour parler de vies humaines, est catastrophique. Chaque kilomètre carré conquis coûte à la Russie des milliers de vies et des centaines de pièces d’équipement lourd. C’est le prix que Vladimir Poutine est disposé à payer pour maintenir l’illusion d’une progression sur le terrain.
La stratégie de défense en profondeur ukrainienne
Le ratio défavorable des pertes russes s’explique en grande partie par la stratégie défensive adoptée par l’Ukraine. Les forces armées ukrainiennes ont mis en place un système de défense en profondeur qui transforme chaque mètre de terrain en piège mortel pour l’attaquant. Les lignes de tranchées, les champs de mines, les positions d’artillerie échelonnées et, surtout, la couverture omniprésente par drones de combat créent un environnement dans lequel les colonnes blindées russes sont systématiquement décimées avant même d’atteindre les positions ukrainiennes principales.
Cette stratégie repose sur un principe fondamental de l’art militaire : dans une guerre de position, le défenseur dispose d’un avantage structurel considérable. L’attaquant doit exposer ses forces pour progresser, tandis que le défenseur peut opérer depuis des positions fortifiées et camouflées. La Russie, en choisissant de maintenir des offensives à grande échelle contre des positions défensives bien préparées, accepte délibérément un taux d’attrition qui, à long terme, joue en faveur de l’Ukraine. L’objectif ukrainien de 50 000 ennemis mis hors de combat par mois s’inscrit dans cette logique d’attrition calculée, où chaque jour qui passe affaiblit davantage la machine militaire russe.
Les deux millions de victimes : un seuil historique en approche
Le bilan humain global de la guerre
Le rapport du CSIS estime que le nombre total de victimes militaires — russes et ukrainiennes combinées — pourrait atteindre 1,8 million à la date de publication et franchir la barre des 2 millions au printemps 2026. Du côté ukrainien, les pertes sont estimées entre 500 000 et 600 000 victimes, incluant entre 100 000 et 140 000 morts. Ces chiffres, bien que considérablement inférieurs aux pertes russes, représentent un fardeau proportionnellement plus lourd pour une nation dont la population et les ressources humaines sont nettement inférieures à celles de son agresseur.
Le seuil de 2 millions de victimes militaires placerait la guerre russo-ukrainienne parmi les conflits les plus meurtriers du XXIe siècle et dans une catégorie que l’on croyait révolue depuis la Seconde Guerre mondiale pour les conflits européens. Cette réalité devrait interpeller l’ensemble de la communauté internationale sur l’urgence d’une résolution de ce conflit, même si les conditions d’une paix juste semblent aujourd’hui plus éloignées que jamais. Chaque jour de guerre supplémentaire ajoute son lot de victimes à un bilan déjà insoutenable.
Je refuse de m’habituer à ces chiffres. Deux millions de victimes militaires. Deux millions d’êtres humains tués, mutilés, traumatisés par une guerre déclenchée par la volonté d’un seul homme. Quand je lis les réactions du Kremlin, qui qualifie ces rapports de « non fiables » sans jamais fournir ses propres statistiques, je mesure l’étendue du cynisme de ce régime. Le ministère russe de la Défense n’a reconnu que 6 000 morts — un chiffre tellement grotesque qu’il constitue en lui-même un aveu. Si la réalité était plus favorable à Moscou, pourquoi la cacher avec tant d’acharnement ? Le silence du Kremlin sur ses propres pertes est la preuve la plus éloquente de leur ampleur.
Le silence du Kremlin : la dissimulation comme stratégie
Un mensonge d’État systématique sur les pertes
La réaction du Kremlin au rapport du CSIS est révélatrice de la stratégie de dissimulation adoptée par Moscou depuis le début du conflit. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que de tels rapports ne pouvaient être considérés comme des informations fiables et que seul le ministère russe de la Défense était autorisé à fournir des données sur les pertes militaires. Or, ce même ministère n’a fourni aucune estimation récente de ses morts, blessés ou disparus. Les derniers chiffres officiels russes font état d’environ 6 000 morts — un chiffre qui représente moins de 2 pour cent des estimations indépendantes.
Cette dissimulation n’est pas accidentelle : elle est au coeur de la stratégie politique de Vladimir Poutine. La guerre d’Afghanistan avait contribué à l’effondrement de l’Union soviétique en partie parce que le retour des cercueils avait alimenté une opposition populaire au conflit. Le Kremlin a tiré les leçons de cette expérience : les morts sont enterrés discrètement, les familles sont contraintes au silence par des pressions et des compensations financières, et les informations sur les pertes ont été criminalisées dans les médias russes. La censure est totale, mais elle ne peut pas effacer la réalité des villages vidés de leurs hommes dans les régions les plus pauvres de Russie.
Le travail de vérification indépendante face au black-out informationnel
Face à ce black-out informationnel, le travail de médias indépendants comme Mediazona revêt une importance cruciale. En collaboration avec le service russe de la BBC et une équipe de bénévoles, Mediazona a patiemment documenté, nom par nom, les décès de soldats russes à partir de sources ouvertes. Au 16 janvier 2026, ils avaient confirmé 163 300 décès — un chiffre qui, selon les chercheurs, ne représente qu’une fraction du total réel puisque de nombreuses familles ne publient pas d’avis de décès et que certains corps ne sont jamais rapatriés.
Mediazona estime que le ratio réel des pertes entre la Russie et l’Ukraine est plus proche de 1,7 pour 1 que du ratio de 5 pour 1 revendiqué par certains responsables ukrainiens. Cette estimation plus conservatrice rappelle que, dans le brouillard de la guerre, toutes les parties ont intérêt à exagérer les pertes ennemies et à minimiser les leurs. La vérité se situe probablement quelque part entre les chiffres ukrainiens et les estimations indépendantes, mais même les estimations les plus conservatrices dressent un tableau dévastateur pour la Russie.
Les attaques contre les civils : la terreur comme arme
Le bilan du 28 janvier sur le sol ukrainien
Parallèlement aux pertes sur le champ de bataille, la Russie continue de frapper les zones civiles ukrainiennes avec une régularité glaçante. Le 28 janvier 2026, deux personnes ont été tuées lors d’une attaque nocturne en banlieue de Kyiv, et au moins neuf autres ont été blessées dans des frappes russes sur Odessa, Kryvyï Rih et la région de Zaporijjia. Ces attaques contre des zones résidentielles et des infrastructures civiles constituent des violations manifestes du droit international humanitaire et s’inscrivent dans une stratégie délibérée de terreur visant à briser la volonté de résistance de la population ukrainienne.
La force aérienne ukrainienne a rapporté que la Russie avait attaqué dans la nuit avec 1 missile balistique et 146 drones de frappe, dont 103 ont été abattus ou détruits. Si le taux d’interception de 70 pour cent témoigne de l’efficacité des défenses antiaériennes ukrainiennes, les 43 drones ayant atteint leurs cibles suffisent à causer des destructions et des souffrances considérables. Cette réalité souligne l’urgence de renforcer les capacités de défense aérienne de l’Ukraine, dont les stocks de missiles intercepteurs ont été significativement entamés par près de quatre années d’attaques incessantes.
L’épuisement des défenses antiaériennes ukrainiennes
L’utilisation massive de drones de type Shahed par la Russie poursuit un objectif stratégique qui dépasse la simple destruction : elle vise à épuiser les systèmes de défense antiaérienne ukrainiens. Chaque missile intercepteur coûte infiniment plus cher que le drone qu’il abat, créant une asymétrie économique que la Russie exploite systématiquement. Fin 2025, les capacités de défense aérienne de l’Ukraine avaient été significativement réduites par cette stratégie d’attrition, obligeant les forces ukrainiennes à prioriser la protection des infrastructures critiques au détriment d’autres zones.
Les alliés occidentaux de l’Ukraine ont répondu en fournissant des systèmes de défense aérienne supplémentaires, notamment des systèmes Patriot, NASAMS et IRIS-T. Cependant, la production de ces systèmes et de leurs munitions est limitée par les capacités industrielles occidentales, tandis que la Russie, avec l’aide de l’Iran, peut produire des drones Shahed en quantités bien supérieures. Cette course entre la production de drones offensifs et de systèmes défensifs constitue l’un des enjeux les plus critiques de la guerre en 2026.
La guerre robotisée : vers un nouveau paradigme militaire
Les drones terrestres sur le front ukrainien
La guerre des drones ne se limite pas au ciel. L’Ukraine a fait oeuvre de pionnière dans l’utilisation de drones terrestres (UGV, Unmanned Ground Vehicles) sur le champ de bataille. Fin 2025, les responsables militaires ukrainiens affirmaient avoir établi un précédent historique en déployant un drone terrestre armé d’une mitrailleuse montée pour tenir une position sur la ligne de front pendant près de six semaines. Cette innovation préfigure un futur où des machines autonomes pourraient remplacer partiellement les soldats humains dans les missions les plus dangereuses.
L’ampleur de cette robotisation du champ de bataille est saisissante. Selon un reportage de la BBC de novembre 2025, jusqu’à 90 pour cent de l’approvisionnement des positions ukrainiennes de première ligne autour de Pokrovsk est désormais assuré par des véhicules terrestres sans pilote. Cette logistique robotisée permet d’éviter d’exposer des soldats aux tirs et aux drones ennemis lors des opérations de ravitaillement, réduisant considérablement les pertes liées à ces missions qui comptaient parmi les plus meurtrières de la guerre de tranchées.
Les implications pour les doctrines militaires mondiales
Les leçons tirées du conflit russo-ukrainien sont en train de transformer les doctrines militaires du monde entier. Les grandes puissances observent avec la plus grande attention l’efficacité des drones à bas coût contre des équipements conventionnels valant des millions de dollars. Un drone FPV à quelques centaines de dollars peut détruire un char à plusieurs millions, remettant en question l’ensemble de la logique d’investissement militaire qui a prévalu depuis la Seconde Guerre mondiale. Les analystes du Hudson Institute et d’autres centres de recherche publient des études approfondies sur les implications de cette révolution technologique pour les armées occidentales.
Cependant, les experts de l’Atlantic Council avertissent que les drones ne peuvent pas remplacer l’infanterie. Malgré les avancées spectaculaires de la robotisation, la guerre en Ukraine démontre que le contrôle du terrain exige encore la présence physique de soldats. Les drones sont des multiplicateurs de force extraordinaires, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, occuper, défendre ou administrer un territoire. Cette réalité explique pourquoi, malgré la domination technologique croissante des deux camps dans le domaine des systèmes autonomes, la guerre continue de dévorer des vies humaines à un rythme effroyable.
Je trouve profondément troublant que la guerre en Ukraine soit en train de devenir le laboratoire de la guerre de demain. Chaque innovation, chaque tactique développée dans les tranchées ukrainiennes sera étudiée, copiée et perfectionnée par les armées du monde entier dans les décennies à venir. Et je me demande si nous mesurons pleinement les implications éthiques de cette robotisation du champ de bataille. Quand 90 pour cent du ravitaillement est assuré par des robots et que des drones tiennent des positions pendant six semaines, nous ne sommes plus très loin du moment où les décisions de vie et de mort seront déléguées à des algorithmes. Cette perspective devrait nous préoccuper bien au-delà du seul contexte ukrainien.
Vers le quatrième anniversaire de l'invasion : quel horizon
Un conflit qui dépasse la durée de la Seconde Guerre mondiale pour la Russie
Le 11 janvier 2026, la guerre en Ukraine a égalé en durée la participation russe à la Seconde Guerre mondiale — un jalon symbolique qui n’est pas passé inaperçu auprès des observateurs internationaux. Le 24 février 2026 marquera le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle, et rien n’indique que les hostilités soient sur le point de cesser. Le conflit est entré dans une phase que de nombreux analystes qualifient de décisive, non pas parce qu’une percée militaire est imminente, mais parce que les facteurs structurels — démographie, production industrielle, soutien occidental — commencent à peser de manière déterminante sur l’issue à long terme.
Le CSIS souligne, malgré les affirmations selon lesquelles la Russie aurait pris l’avantage sur le champ de bataille, que les données montrent que Moscou paie un prix extraordinaire pour des gains minimes et qu’elle est en déclin en tant que grande puissance. Cette conclusion est d’autant plus significative qu’elle émane d’un think tank qui ne peut être soupçonné de complaisance envers aucune des parties au conflit. La Russie se consume dans cette guerre, et les chiffres du 28 janvier — 690 soldats, 4 blindés, 1 012 drones — ne sont qu’un instantané de plus dans cette longue hémorragie.
Les perspectives pour 2026 et au-delà
L’année 2026 s’annonce comme une année charnière pour le conflit. La durée de la guerre produit des effets visibles des deux côtés : les pertes humaines sont élevées, l’usure du matériel militaire est considérable, et la capacité à lancer des offensives décisives est limitée. La guerre devient plus défensive, plus calculée, mais aussi plus longue. La question n’est plus de savoir si la Russie peut gagner cette guerre au sens classique du terme, mais plutôt combien de temps Moscou pourra maintenir un effort de guerre qui dévore ses ressources humaines et matérielles à ce rythme.
Pour l’Ukraine, le défi est tout aussi immense, quoique de nature différente. Avec des pertes estimées entre 500 000 et 600 000 victimes, l’Ukraine paie un prix humain proportionnellement encore plus lourd que la Russie, compte tenu de sa population nettement inférieure. La mobilisation des ressources humaines, la production industrielle de défense et le maintien du soutien occidental — tant militaire que financier — constituent les trois piliers dont dépend la capacité de Kyiv à poursuivre sa résistance. L’érosion de l’un de ces piliers pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’équilibre du conflit.
Conclusion : Le prix de l'obstination impériale de Vladimir Poutine
Les chiffres du 28 janvier 2026 — 690 soldats perdus, 4 véhicules blindés détruits, 1 012 drones neutralisés — ne sont pas de simples statistiques. Ils sont le reflet quotidien d’une catastrophe militaire et humaine que la Russie s’inflige à elle-même depuis bientôt quatre ans. Avec 1,2 million de victimes confirmées par des sources indépendantes, des pertes cinq fois supérieures à tous ses conflits depuis la Seconde Guerre mondiale, et une avancée territoriale qui se mesure en dizaines de mètres par jour, la Russie est engagée dans une guerre d’attrition qu’elle ne peut pas gagner sans se détruire elle-même. Le rapport du CSIS le dit sans détour : la Russie est en déclin en tant que grande puissance, et cette guerre en est à la fois la cause et la preuve.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique s’inscrit dans une perspective résolument critique à l’égard de l’invasion russe de l’Ukraine, considérée comme une violation flagrante du droit international et de la souveraineté d’un État indépendant. L’auteur ne prétend pas à la neutralité sur cette question : la guerre d’agression menée par la Russie est condamnée par la quasi-totalité de la communauté internationale, et cette chronique reflète cette position. Cependant, l’analyse s’efforce de distinguer les faits vérifiables des interprétations, et les données chiffrées sont systématiquement attribuées à leurs sources.
Le positionnement éditorial de cette chronique reconnaît que les chiffres publiés par l’état-major ukrainien ne sont pas vérifiables de manière indépendante et peuvent comporter une part d’exagération. C’est pourquoi l’analyse s’appuie également sur des sources tierces — CSIS, Mediazona, gouvernements occidentaux — pour trianguler les données et offrir au lecteur une image aussi fidèle que possible de la réalité du terrain.
Méthodologie et sources
Les données chiffrées présentées dans cette chronique proviennent de plusieurs sources distinctes, chacune avec ses limites et ses biais potentiels. Les chiffres quotidiens de pertes russes émanent de l’état-major général des forces armées ukrainiennes, relayés par le portail Armyinform. Les données cumulatives et les analyses comparatives sont tirées du rapport du CSIS publié le 27 janvier 2026. Les vérifications indépendantes des décès proviennent du travail de Mediazona en collaboration avec la BBC. Les informations sur les attaques du 28 janvier proviennent des rapports de la force aérienne ukrainienne et des agences de presse internationales.
L’auteur a pris soin de signaler les écarts entre les différentes sources lorsqu’ils existent, notamment la différence entre le ratio de pertes revendiqué par l’Ukraine (5 pour 1) et celui estimé par Mediazona (1,7 pour 1). L’objectif est de fournir au lecteur suffisamment d’éléments pour se forger sa propre opinion, tout en proposant une analyse qui assume une grille de lecture clairement identifiée.
Nature de l’analyse
Cette chronique est une oeuvre d’analyse et d’opinion, et non un rapport factuel au sens strict. Les données chiffrées sont factuelles et sourcées, mais leur interprétation, les comparaisons historiques et les projections relèvent de l’analyse personnelle du chroniqueur. Les mini-éditoriaux intégrés au texte reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur et sont clairement distingués du reste de l’article par leur mise en forme en italique et à la première personne.
L’auteur n’est ni un expert militaire ni un spécialiste des affaires post-soviétiques, mais un chroniqueur qui s’efforce de rendre accessibles des données complexes et de les inscrire dans un cadre d’analyse cohérent. Les lecteurs sont encouragés à consulter les sources primaires citées dans cet article pour approfondir leur compréhension du sujet et à exercer leur propre esprit critique face aux informations présentées.
Sources
Sources primaires
Armyinform — In one day, Russia lost about 700 troops, 4 AFVs and hundreds of UAVs (28 janvier 2026)
Mediazona — Les pertes russes dans la guerre contre l’Ukraine (16 janvier 2026)
Minfin.com.ua — Casualties of Russia in Ukraine: Official Data (mise a jour continue)
Sources secondaires
The Washington Post — Combined war casualties could soon hit 2 million (28 janvier 2026)
Euronews — Russia suffers more losses than any other country since WWII (28 janvier 2026)
PBS News — Report warns combined casualties could soon hit 2 million (28 janvier 2026)
United24 Media — Ukraine outpaces Russia in long-range drone launches (janvier 2026)
Atlantic Council — Ukraine’s robot army will be crucial in 2026 (janvier 2026)
RTS — Guerre en Ukraine: pres de 2 millions de victimes militaires en 4 ans (28 janvier 2026)
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