Pour comprendre pourquoi l’OTAN sonne le tocsin avec une telle véhémence, il faut examiner ce qui se passe de l’autre côté de cette nouvelle ligne de front qui traverse l’Europe. La Russie de Vladimir Poutine a accompli en trois ans ce que les économistes occidentaux jugeaient impossible : transformer une économie de marché défaillante en machine de guerre industrielle comparable à ce qu’avait réalisé l’Union soviétique de Staline face à l’invasion nazie.
Les chiffres sont vertigineux. En 2025, la Russie a produit plus de 34 000 drones d’attaque — neuf fois plus que l’année précédente. Le complexe d’Alabuga, cette coentreprise d’1,75 milliard de dollars, crache désormais 5 500 drones par mois, avec 90% de composants locaux. 25 000 drones Shahed et Geran sont déjà sortis de ses chaînes, avec 20 000 autres en cours d’assemblage.
Côté blindés, l’usine Uralvagonzavod a livré une nouvelle cargaison de chars T-90M Proryv aux forces armées russes juste avant le Nouvel An 2026. Poutine lui-même s’est vanté d’avoir multiplié par 2,2 la production de chars depuis février 2022. Les services de renseignement ukrainiens estiment que près de 250 nouveaux T-90M — pas des versions modernisées, des chars neufs — sont sortis des usines en 2025.
Mais c’est dans le domaine des munitions que la transformation est la plus stupéfiante. La production russe d’obus d’artillerie a atteint 250 000 unités par mois, soit trois millions annuellement, selon les estimations de l’OTAN. La production d’armes de frappe et de munitions aurait été multipliée par 22 depuis le début de l’invasion. Les missiles balistiques et de croisière ? Environ 2 000 produits cette année, accompagnés d’une estimation de 2 900 drones d’attaque mensuels.
Cette mobilisation industrielle a son prix humain. Entre 600 000 et 700 000 personnes ont rejoint le complexe militaro-industriel en 2023-2024, portant l’emploi total du secteur à environ 3,8 millions de travailleurs — près de 5% de la main-d’œuvre russe. Comme l’analyse Mathieu Boulegue du think tank Chatham House : « Cela équivaut vraiment à un nouveau contrat social et à un modèle économique dans lequel la croissance est tirée par la production liée au militaire. »
L'Ukraine : un avertissement que nous avons refusé d'entendre
Pendant que l’Europe débattait de normes environnementales et de régulations numériques, pendant que nous nous déchirions sur des querelles politiciennes insignifiantes, un pays entier se faisait démembrer à nos portes. L’Ukraine de 2026 est un laboratoire grandeur nature de ce que signifie affronter la machine de guerre russe.
La Russie occupe aujourd’hui environ un cinquième du territoire ukrainien — 44 600 miles carrés. La ligne de front s’étire sur 620 miles à travers les régions de Kharkiv, Lougansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson. L’année 2025 fut celle de la stagnation — un euphémisme pour décrire l’impossibilité pour l’Ukraine de reconquérir ses terres avec les moyens qu’on lui a fournis au compte-gouttes.
Les forces russes ont capturé Siversk, Hrabovske, Pazeno, Pereizne, Kuzmynivka et Novomykolayivka rien que depuis le 23 décembre 2025. En moyenne, la Russie a gagné 171 miles carrés par mois tout au long de 2025. Son avancée « lente mais régulière » dans l’oblast de Zaporijjia menace désormais des villages situés à seulement 7 kilomètres de la capitale provinciale et ses 670 000 habitants.
Le 8 janvier 2026, les forces russes ont tiré un missile hypersonique Orechnik sur Lviv — une ville de l’ouest ukrainien située à seulement 60 kilomètres de la frontière polonaise. La frontière de l’OTAN. C’était la deuxième utilisation de ce missile à capacité nucléaire en Ukraine. Un message à peine voilé : nous pouvons frapper où nous voulons, quand nous voulons.
Plus de 54 000 drones à longue portée et plus de 1 900 missiles ont été lancés contre l’Ukraine rien qu’en 2025. Imaginez un instant ce déluge de feu s’abattant sur Paris, Berlin, ou Varsovie.
La guerre hybride : l'ennemi invisible
Mais réduire la menace russe à sa dimension militaire conventionnelle serait une erreur fatale. La Russie mène simultanément deux guerres : la première, visible, en Ukraine ; la seconde, plus insidieuse, contre tous les pays qui soutiennent Kyiv.
Le terme « guerre hybride » recouvre un arsenal terrifiant : cyberattaques étatiques, désinformation et propagande, incendies criminels, sabotages, violations d’espace aérien. En 2024, les opérations de sabotage russes ont quadruplé par rapport à l’année précédente, et cette accélération s’est poursuivie en 2025.
Les services de renseignement ont découvert des réseaux coordonnés de sabotage ciblant les chemins de fer, les centres logistiques et les infrastructures commerciales liées aux chaînes d’approvisionnement vers l’Ukraine. En Pologne, en Allemagne, en Lituanie, les enquêtes ont révélé des réseaux interconnectés liés au renseignement militaire russe, opérant via des intermédiaires et des proxies criminels pour préserver le déni plausible.
En avril 2025, des hackers ont pris le contrôle à distance d’un barrage norvégien et ont pu manipuler les vannes de débit d’eau pendant plusieurs heures avant que les ingénieurs ne reprennent le contrôle. En août, les autorités norvégiennes ont officiellement confirmé que l’attaque avait été menée par des hackers pro-russes.
Des essaims de drones sont apparus au-dessus d’infrastructures critiques dans au moins huit pays européens, forçant ces États membres de l’OTAN à faire décoller des avions de chasse et à réviser leurs protocoles d’alerte. Le message était clair : vos infrastructures sont accessibles, vos systèmes sont surveillés, vos limites sont testées.
Les câbles sous-marins de la mer Baltique et de la mer du Nord — ces artères vitales de nos communications et de notre énergie — représentent une cible privilégiée. Selon les analystes, la Russie présente « presque certainement la plus grande menace directe » pour ces infrastructures.
L'Europe face à son réveil brutal
Pendant des décennies, l’Europe a vécu dans une illusion confortable. La guerre froide était finie. L’histoire était terminée, nous disait-on. Les dividendes de la paix pouvaient être récoltés indéfiniment. Nous avons démantelé nos armées, fermé nos usines d’armement, laissé rouiller notre capacité industrielle de défense.
Le réveil est brutal. En 2024, les dépenses de défense des États membres de l’UE ont atteint 343 milliards d’euros, en hausse pour la dixième année consécutive. En 2025, elles devraient atteindre 381 milliards — une augmentation de 11% par rapport à l’année précédente et de 62,87% par rapport à 2020.
L’Allemagne, longtemps réticente à assumer son rôle de puissance militaire européenne, a opéré un virage historique. En mars 2025, les législateurs allemands ont approuvé une modification constitutionnelle exemptant les dépenses de défense et de sécurité au-delà de 1% du PIB des limites d’endettement, permettant un fonds de 500 milliards d’euros pour la défense et les infrastructures. Berlin prévoit de porter ses dépenses de défense à près de 3,5% du PIB d’ici 2029, contre 2,1% en 2024.
La France maintient son effort, avec 59,6 milliards d’euros (2,06% du PIB) dans le budget de défense 2024. Le président Macron a annoncé son intention de porter ce chiffre à 3,5% du PIB — sans toutefois préciser de calendrier. La France a également confirmé qu’elle procéderait au programme de porte-avions de nouvelle génération destiné à remplacer le Charles de Gaulle, avec une date opérationnelle cible de 2038 et un coût estimé à environ 10,25 milliards d’euros.
Mais ce sont les pays en première ligne qui montrent la voie. La Pologne a annoncé une augmentation de ses dépenses de défense à 4,7% du PIB en 2025, avec l’intention déclarée de passer à 5% en 2026. L’Estonie vise « au moins 5,0% du PIB » dès 2026 et a approuvé un plan de développement de la défense allouant plus de 10 milliards d’euros pour 2026-2029, avec des priorités incluant la défense aérienne, les capacités de frappe en profondeur et les stocks de munitions.
Le sommet de La Haye : un tournant historique
Le sommet de l’OTAN de La Haye des 24-25 juin 2025 restera dans les annales comme le moment où l’Alliance a officiellement reconnu la nouvelle réalité sécuritaire. L’accord sur les 5% de dépenses de défense d’ici 2035 en constitue l’aboutissement principal.
Le texte de la Déclaration de La Haye ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « Unis face à de profondes menaces et défis sécuritaires, en particulier la menace à long terme posée par la Russie à la sécurité euro-atlantique et la menace persistante du terrorisme, les Alliés se sont engagés à investir 5% du PIB annuellement dans les besoins fondamentaux de défense ainsi que dans les dépenses liées à la défense et à la sécurité d’ici 2035. »
La structure de cet engagement mérite attention : au moins 3,5% du PIB seront consacrés aux besoins fondamentaux de défense pour atteindre les Objectifs de capacités de l’OTAN. Le 1,5% restant sera alloué à la protection des infrastructures critiques, la défense des réseaux, la préparation civile et la résilience, l’innovation et le renforcement de la base industrielle de défense.
Seule l’Espagne a obtenu une exemption, le Premier ministre Pedro Sánchez insistant pour plafonner le budget de défense à 2,1% du PIB, invoquant des préoccupations fiscales et de dépenses sociales. Une décision qui pourrait paraître sage en temps de paix, mais qui ressemble dangereusement à un pari sur l’avenir dans le contexte actuel.
L’aide à l’Ukraine sera comptabilisée dans l’objectif des 5%. Les alliés de l’OTAN ont déjà engagé plus de 35 milliards d’euros (41 milliards de dollars) pour l’Ukraine cette année.
L'éléphant américain dans la pièce
Mais au cœur de toutes ces discussions plane une question existentielle : l’Europe peut-elle compter sur les États-Unis ?
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a ravivé les angoisses européennes. Ses menaces répétées concernant le Groenland — territoire semi-autonome de l’allié danois — ont créé des tensions sans précédent au sein de l’Alliance. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a qualifié ces menaces de « fin de l’OTAN ».
Le Pentagone a annoncé son intention de réduire sa participation à certains éléments de la structure de forces de l’OTAN et à divers groupes consultatifs de l’Alliance — le dernier signal de l’administration Trump pour réduire l’investissement militaire américain dans la défense européenne.
Face à cette incertitude, Mark Rutte a choisi une position pragmatique, voire controversée. Devant le Parlement européen, il a lancé cette phrase qui a fait l’effet d’une douche froide : « Si quelqu’un pense ici que l’Union européenne ou l’Europe dans son ensemble peut se défendre sans les États-Unis, continuez à rêver. Vous ne pouvez pas. Nous ne pouvons pas. Nous avons besoin les uns des autres. »
Et d’enfoncer le clou : « Si l’Europe veut faire cavalier seul, oubliez que vous puissiez y arriver avec 5%. Ce sera 10%. Vous devrez construire votre propre capacité nucléaire. Cela coûte des milliards et des milliards d’euros. »
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a vivement réagi : « Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur propre sécurité. Même les États-Unis sont d’accord. C’est le pilier européen de l’OTAN. »
Ce débat, loin d’être rhétorique, touche au cœur de l’identité européenne et de sa capacité à se projeter comme puissance autonome dans un monde de plus en plus dangereux.
Les leçons de nos grands-parents
Revenons à cette comparaison qui donne son titre et son sens à l’avertissement de Mark Rutte. Que signifie se préparer « comme nos grands-parents et arrière-grands-parents » ?
Durant la Seconde Guerre mondiale, environ 127,2 millions de personnes ont été mobilisées à travers le monde. Avec une population mondiale d’environ 2,3 milliards en 1940, cela signifiait que cinq à six pour cent de l’humanité fut enrôlée dans les forces armées sous une forme ou une autre.
L’Union soviétique mobilisa près de 34,5 millions de personnes — environ 35% de sa population masculine. L’Allemagne, elle, mobilisa la plus grande proportion de sa population masculine, avec environ 42% des hommes servant sous les drapeaux.
Mais la mobilisation ne se limitait pas aux combattants. Les civils recyclaient, économisaient, participaient à des collectes de ferraille. Les ménagères conservaient les graisses de cuisson nécessaires à la production d’explosifs. Les enfants collectaient la ferraille, le papier, le caoutchouc, la soie, le nylon et les vieux chiffons. Certains sacrifiaient leurs jouets en métal bien-aimés pour « gagner la guerre ».
Les gouvernements instituèrent le rationnement pour s’assurer que les combattants soient bien nourris. Les civils recevaient des carnets de rationnement, des livrets de coupons leur permettant d’acheter des quantités limitées de viande, café, beurre, sucre et autres denrées alimentaires. D’autres articles étaient également rationnés : chaussures, alcool, cigarettes et essence.
Des volontaires civils, formés à reconnaître les avions ennemis, surveillaient le ciel le long des côtes et aux frontières. En novembre 1940, 400 000 hommes s’étaient engagés aux États-Unis, et en février 1941, 700 000 autres les avaient rejoints. En juin 1941, l’armée avait construit des logements pour 1,2 million d’hommes. En juin 1942, pour 2,4 millions. En janvier 1943, 4,6 millions d’hommes étaient hébergés dans ces bâtiments à ossature bois.
Voilà ce que signifie une mobilisation totale. Voilà ce à quoi Rutte nous demande de nous préparer psychologiquement.
L'Union européenne se réveille-t-elle ?
Face à cette menace existentielle, l’Union européenne tente de rattraper des décennies de sous-investissement dans sa défense. En mai 2025, le Conseil a adopté SAFE (Security Action for Europe), un instrument de 150 milliards d’euros conçu pour soutenir les achats communs et la production industrielle de défense.
En décembre 2025, le Conseil a donné son approbation finale au Programme européen de l’industrie de défense (EDIP), fournissant 1,5 milliard d’euros en subventions pour 2025-2027, dont 300 millions d’euros réservés à un instrument de soutien dédié à l’Ukraine visant à moderniser son industrie de défense.
En octobre 2025, la Commission a présenté une feuille de route pour la préparation de la défense 2030 afin de mesurer les progrès et de discuter des prochaines étapes. Le mois suivant, elle a proposé un nouveau paquet de mesures pour améliorer la mobilité militaire à travers l’Europe.
L’UE et le Royaume-Uni ont signé un nouveau partenariat de défense et de sécurité en mai 2025 qui formalisera la coopération sécuritaire — un développement particulièrement significatif après le Brexit.
Sur le front de la guerre hybride, les Européens contre-attaquent avec des « Murs de drones » — des réseaux de capteurs, radars, brouilleurs et intercepteurs à IA le long des frontières orientales. La Pologne déploie des systèmes anti-drones, des règles d’engagement autorisant les tirs et des barrières du Bouclier oriental. L’Opération Eastern Sentry de l’OTAN intensifie le partage de renseignements pour des réactions plus rapides.
Les négociations de paix : espoir ou illusion ?
Pendant que l’Europe se réarme, des négociations de paix se poursuivent pour tenter de mettre fin au conflit ukrainien. Lors d’une réunion à Mar-a-Lago en décembre 2025, le président Zelensky a déclaré : « Nous avons de grandes réalisations, un plan de paix en 20 points, 90% convenu, et des garanties de sécurité américano-ukrainiennes, 100% convenues. Les garanties de sécurité États-Unis-Europe-Ukraine presque convenues. La dimension militaire, 100% convenue. »
Les États-Unis proposent à l’Ukraine des garanties de sécurité pour une période de 15 ans dans le cadre du plan de paix proposé. L’Ukraine cherche des garanties de sécurité de ses alliés qui « refléteraient » l’Article 5 de l’OTAN mais ne poursuivrait plus l’adhésion complète à l’alliance militaire.
Mais un obstacle majeur demeure : les questions territoriales. L’Ukraine et les États-Unis n’ont toujours pas trouvé de terrain d’entente sur le contrôle des régions orientales de Donetsk et Lougansk, connues sous le nom de Donbass. C’est « le point le plus difficile », a admis Zelensky. La Russie exige de contrôler l’intégralité de la région du Donbass dans tout accord.
Selon les analystes, « La guerre en Ukraine a peu de chances de se terminer par une paix durable en 2026. » Ruth Deyermond du King’s College de Londres est catégorique : « Aucune des conditions pour une résolution finale du conflit n’est en place. Ni l’Ukraine ni la Russie ne semblent être en position de remporter une victoire décisive sur le champ de bataille et, bien que les deux soient sous pression significative, aucune ne semble susceptible de s’effondrer. »
Poutine a répétitivement refusé les appels à un cessez-le-feu et a rejeté les négociations avec Zelensky.
2026 : L'année de tous les dangers
Selon les analystes de GLOBSEC, l’intensification probable de la guerre hybride de Moscou en 2026 découle de plusieurs facteurs créant une fenêtre de vulnérabilité sans précédent pour l’Europe. Premièrement, les faiblesses conventionnelles du Kremlin augmentent sa dépendance aux tactiques hybrides. Ayant généré de l’anxiété politique à un coût minimal, le Kremlin est incité à étendre de telles opérations en 2026.
Les agents affiliés au Kremlin et les proxies tiers cibleront probablement les installations de production de défense, les corridors de transport et les chaînes d’approvisionnement commerciales et de défense pour perturber l’aide militaire à l’Ukraine et augmenter les coûts sécuritaires et économiques à travers l’Europe.
Sur le plan de la production militaire, le complexe militaro-industriel russe est prêt à introduire de nouveaux systèmes d’armes dans presque tous les domaines de la guerre en 2026, avec plusieurs projets de longue date devant atteindre des étapes de test clés ou entrer en service.
Cependant, des signes de tension apparaissent dans l’économie de guerre russe. Les industries liées au secteur militaire sont entrées en stagnation ou en déclin en septembre 2025 pour la première fois depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Le recrutement dans le secteur de la défense est tombé à des niveaux jamais vus depuis les premiers mois de la guerre, avec environ 34 500 postes vacants dans les entreprises de défense à l’été 2025, contre environ 52 000 un an plus tôt.
Selon Chatham House, les sanctions internationales et les exigences de la guerre ont exposé les lacunes de la base industrielle militaire russe. La Russie peine actuellement à construire des systèmes véritablement nouveaux et technologiquement avancés, s’appuyant plutôt sur les systèmes hérités de l’ère soviétique.
Le choix qui nous attend
Nous voici donc à un carrefour de l’histoire. Pas celui des manuels scolaires que liront nos petits-enfants — mais celui que nous traversons en ce moment même, souvent sans en mesurer pleinement la portée.
D’un côté, le confort de l’aveuglement volontaire. La tentation de croire que « ça n’arrivera pas », que « les diplomates trouveront une solution », que « l’économie russe finira par s’effondrer ». Cette complaisance que dénonce Rutte, cette illusion que le temps joue en notre faveur.
De l’autre, la lucidité douloureuse mais nécessaire. La reconnaissance que nous vivons une époque où les certitudes de l’après-Guerre froide se sont effondrées. L’acceptation que la paix n’est pas un état naturel mais une construction fragile qui exige des sacrifices constants pour être préservée.
Nos grands-parents n’ont pas choisi leur époque. Ils ont fait face à des régimes totalitaires qui croyaient pouvoir remodeler le monde par la force. Ils ont payé le prix de décennies d’aveuglement et d’apaisement par des millions de vies perdues.
Nous avons encore le temps d’éviter leur destin. Mais ce temps se mesure désormais en années, pas en décennies. Chaque mois de retard dans notre réarmement, chaque euro non investi dans notre défense, chaque compromission avec la réalité de la menace russe nous rapproche du précipice.
Mark Rutte ne fait pas de la politique en nous comparant à nos grands-parents. Il nous tend un miroir et nous demande de regarder le reflet en face. Serons-nous la génération qui aura su se préparer ? Ou celle qui aura répété les erreurs de ses ancêtres ?
L’histoire, cette vieille dame cruelle et impartiale, prend des notes.
Conclusion : L'heure des choix
En 1938, Winston Churchill déclarait au Parlement britannique après les accords de Munich : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. »
Aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore à ce stade. Nous avons encore le choix. Pas entre la guerre et le déshonneur, mais entre la préparation et l’impréparation. Entre la dissuasion et l’invitation à l’agression. Entre la force et la faiblesse.
L’avertissement de l’OTAN n’est pas une prophétie auto-réalisatrice. Au contraire, il est une tentative désespérée d’éviter le pire en nous forçant à regarder la réalité en face. La dissuasion ne fonctionne que si l’adversaire potentiel est convaincu que le coût de l’agression dépasserait ses bénéfices.
Or, pendant des années, nous avons envoyé à Moscou le signal inverse. Nous avons réduit nos armées. Nous avons fermé nos usines d’armement. Nous avons dépendu d’un parapluie américain dont la pérennité est désormais incertaine. Nous avons cru que les chaînes d’approvisionnement énergétiques créeraient une interdépendance pacificatrice — avant de découvrir qu’elles créaient une dépendance qui pouvait être exploitée comme arme.
Il est temps de corriger ces erreurs. Il est temps de rebâtir ce que nous avons démantelé. Il est temps de montrer à Poutine — et à tous les autocrates qui observent — que l’Europe est prête à défendre ses valeurs, son territoire et ses citoyens.
Ce ne sera pas facile. Ce ne sera pas bon marché. Ce ne sera pas populaire. Mais c’est le prix de la liberté que nos grands-parents ont payé de leur sang. Notre génération doit être prête à le payer de son effort, de ses ressources et de sa vigilance.
Comme l’a dit Rutte : « Le moment d’agir est maintenant. »
Pas demain. Pas après les prochaines élections. Pas quand il sera trop tard.
Maintenant.
Signé Maxime Marquette
Sources
The Mirror US – WW3 fears as NATO warns to ‘prepare for war like our grandparents saw’
JOE.co.uk – NATO says to prepare for war ‘like our grandparents endured’ in latest WW3 warning
Munich Security Conference – MSC in Berlin Keynote by Mark Rutte
NATO – Remarks by NATO Secretary General Mark Rutte at the European Parliament
Anadolu Agency – Russia could be ready to attack NATO within 5 years, Rutte warns
Defense News – NATO’s Rutte says Europe can’t defend itself without US; France balks
on5%25NATOdefencespendingby_2035″>Wikipedia – Agreement on 5% NATO defence spending by 2035
NATO – Defence expenditures and NATO’s 5% commitment
NATO – The Hague Summit Declaration
The Moscow Times – Did Russia’s Defense-Sector Boom Peak in 2025?
Bulgarian Military – Russia 2025: How the military industry became a war machine
Ukrinform – Intelligence reveals how much military equipment Russia plans to produce in 2025
Army Recognition – Russian Army Receives New T-90M Tanks Despite Sanctions
Chatham House – Russia’s struggle to modernize its military industry
EU Council – EU defence in numbers
Goldman Sachs – The Future of European Defense
Euronews – Can Europe’s military spending revive economic growth?
GLOBSEC – How Russia’s Hybrid Warfare Will Escalate in 2026 and What Europe Must Do?
IISS – The Scale of Russian Sabotage Operations Against Europe’s Critical Infrastructure
Bloomberg – How Russia Is Using Hybrid Warfare in Europe Against Ukraine’s Allies
NPR – NATO chief wishes ‘good luck’ to those who think Europe can defend itself without U.S. help
Washington Post – Pentagon moves to cut U.S. participation in some NATO advisory groups
OSW Centre for Eastern Studies – US defence budget for 2026
Russia Matters – The Russia-Ukraine War Report Card, Jan. 14, 2026
Radio Free Europe – Will Russia’s War Against Ukraine End In 2026?
Kyiv Independent – Zelensky reveals full 20-point peace plan draft backed by Ukraine, US
NPR – U.S. offers Ukraine 15-year security guarantee as part of peace plan
Statista – WWII: mobilization by country 1937-1945
Lumen Learning – Mobilizing and Preparing for War on the Home Front
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