Pour comprendre l’ampleur de ce qui se joue, il faut revenir aux fondamentaux. Le traite New START, signe en 2010 par Barack Obama et Dmitri Medvedev, impose des limites strictes aux arsenaux nucleaires strategiques des deux superpuissances. Chaque partie est autorisee a deployer un maximum de 1 550 ogives nucleaires et 700 vecteurs strategiques (missiles balistiques intercontinentaux, missiles lances depuis des sous-marins, et bombardiers lourds).
Plus crucial encore, le traite prevoit des mecanismes de verification : inspections sur site, echanges de donnees, notifications. C’est cette transparence mutuelle qui, pendant des decennies, a permis d’eviter les malentendus catastrophiques et de maintenir une forme de stabilite strategique entre Washington et Moscou.
Mais en fevrier 2023, Poutine a suspendu la participation russe aux mecanismes de verification du traite. Sa justification ? L’assistance militaire americaine a l’Ukraine et les declarations occidentales affirmant vouloir infliger une defaite a la Russie. Le message etait clair : le controle des armements nucleaires ne peut etre dissocie du conflit ukrainien. Une position que le Kremlin n’a cesse de marteler depuis.
En septembre 2025, dans un revirement apparent, Poutine a propose que les deux pays continuent a respecter les limites du New START pendant un an apres son expiration, a condition que Washington accepte. Le president Trump a initialement qualifie cette proposition de « bonne idee ». Mais dans une interview au New York Times publiee le 8 janvier 2026, le ton a change : « Si le traite expire, il expire. Nous ferons simplement un meilleur accord. »
La doctrine nucleaire revisee : un abaissement delibere du seuil
Cette instrumentalisation du New START ne peut se comprendre sans examiner l’evolution inquietante de la doctrine nucleaire russe. Le 19 novembre 2024, Vladimir Poutine a formalise des modifications significatives a la politique nucleaire de la Federation de Russie. Ces changements, annonces publiquement lors d’une reunion du Conseil de securite, constituent un abaissement delibere du seuil d’utilisation des armes nucleaires.
La nouvelle doctrine, intitulee « Fondements de la politique d’Etat de la Federation de Russie dans le domaine de la dissuasion nucleaire » (decret n°991), elargit considerablement les conditions dans lesquelles Moscou se reserve le droit de recourir a l’arme atomique. Desormais, la Russie est prete a utiliser ses armes nucleaires non seulement en reponse a une attaque nucleaire, mais aussi en reponse a des attaques conventionnelles menacant la souverainete ou l’integrite territoriale de la Russie ou du Belarus.
Le paragraphe 10 de cette doctrine revisee est particulierement revelateur : « L’agression de tout Etat membre d’une coalition militaire contre la Federation de Russie et/ou ses allies sera consideree comme une agression de cette coalition dans son ensemble. » La reference a l’OTAN est a peine voilee.
Plus alarmant encore, le paragraphe 11 precise que toute agression contre la Russie par un Etat non nucleaire, avec la participation ou le soutien d’un Etat nucleaire, sera consideree comme une attaque conjointe. Selon la doctrine, cela constitue un motif de riposte nucleaire. Traduit en langage clair : si l’Ukraine frappe le territoire russe avec des armes fournies par les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, Moscou se reserve le droit de repondre par le feu nucleaire.
L'arsenal de la terreur
La Russie possede le plus grand arsenal nucleaire au monde. En mars 2024, les estimations faisaient etat d’un inventaire total de 5 580 ogives nucleaires, dont environ 1 558 armes nucleaires non strategiques, dites « tactiques ». Ces dernieres, moins puissantes que les ogives strategiques mais tout aussi devastatrices, sont precisement celles qui pourraient etre employees dans un conflit regional.
En mars 2023, Poutine avait annonce le deploiement d’armes nucleaires tactiques au Belarus, via des missiles balistiques a courte portee Iskander et des bombes gravitationnelles pour les avions Su-25. Ce deploiement aurait ete acheve fin 2024. Le 21 novembre 2024, quelques jours seulement apres l’annonce des modifications de la doctrine nucleaire, la Russie a tire un missile balistique Orechnik sur l’usine aerospatiale Pivdenmach a Dnipro, en Ukraine. Un message sans ambiguite.
L’ISW a qualifie cette rhetorique nucleaire russe d’« operation informationnelle visant a decourager l’Ukraine et l’Occident et a compenser les echecs russes sur le champ de bataille ». Le Centre d’etudes strategiques et internationales (CSIS) va plus loin : Poutine est un « intimidateur nucleaire » qui tente d’utiliser ses armes atomiques pour dissuader le soutien conventionnel occidental et toute intervention de l’OTAN en Ukraine. Il « augmente intentionnellement les risques nucleaires, convaincu que les membres de l’OTAN ont une tolerance au risque plus faible que Moscou ».
Le calcul cynique du Kremlin
La strategie russe de coercition nucleaire pendant la guerre en Ukraine poursuit deux objectifs principaux. Premierement, dissuader l’OTAN et les Etats-Unis de toute implication directe dans le conflit. Deuxiemement, minimiser leur implication indirecte en limitant et en retardant le soutien occidental a l’Ukraine, reduisant ainsi les couts imposes a la Russie.
Et force est de constater que cette strategie a porte ses fruits. Pendant des mois, l’administration Biden a hesite a fournir certains systemes d’armes a l’Ukraine, invoquant le risque d’escalade. Les restrictions sur l’utilisation des armes occidentales contre le territoire russe ont longtemps entrave la capacite de Kiev a se defendre efficacement. A chaque fois que l’Occident envisageait de franchir un nouveau seuil, Moscou agitait le spectre nucleaire.
Mais les analystes du Carnegie Endowment for International Peace notent une evolution significative : « Les decideurs et les societes des pays de l’OTAN sont progressivement devenus moins sensibles a l’intimidation nucleaire russe. » D’ou la necessite pour le Kremlin de renforcer sa posture de dissuasion par des modifications doctrinales et des demonstrations de force, comme le tir du missile Orechnik.
Les amendements doctrinaux de 2024 s’inscrivent dans cette logique : ils visent a « renforcer ce que la Russie percoit comme une dissuasion affaiblie, une reputation et un pouvoir coercitif diminues, alors que les decideurs et les societes occidentales sont devenus de plus en plus desensibilises aux menaces nucleaires russes ».
Les negociations de paix : le veritable enjeu
C’est dans ce contexte que se deroulent actuellement les premieres negociations trilaterales entre les Etats-Unis, la Russie et l’Ukraine. Le 22 janvier 2026, Steve Witkoff, l’envoye special du president Trump, a declare que les negociations n’achoppaient plus que sur « une seule question ». Le president Zelensky a confirme : « Il s’agit de la partie orientale de notre pays. Il s’agit de la terre. C’est la question que nous n’avons pas encore resolue. »
Apres des mois de discussions, un plan de paix en 20 points serait agree a 90%, selon les deux parties. Mais ce dernier 10% est precisement le plus explosif. Il concerne le Donbass, cette region industrielle de l’est de l’Ukraine dont la Russie controle environ 88% du territoire. Le president Trump a suggere qu’il soutiendrait un plan cedant l’ensemble du Donbass a la Russie. Une concession territoriale majeure que Zelensky a toujours refusee.
La position ukrainienne reste que toute cession territoriale devrait etre approuvee par referendum populaire. « Un referendum necessite au moins 60 jours », a rappele Zelensky. « Et nous avons besoin d’un veritable cessez-le-feu pendant 60 jours ; sinon, nous ne pouvons pas l’organiser. Autrement dit, le referendum ne serait pas legitime. » Or, Moscou refuse tout cessez-le-feu avant la conclusion d’un accord global.
En contrepartie des concessions territoriales, l’Ukraine obtiendrait des garanties de securite de la part des Etats-Unis et de ses allies europeens. Zelensky a declare qu’un accord sur ces garanties est « essentiellement pret » a etre finalise par le president Trump. Le Royaume-Uni et la France ont annonce qu’ils etabliraient des « hubs militaires » sur le territoire ukrainien en cas de cessez-le-feu, avec des installations protegees pour les armes et l’equipement militaire.
Mais cette architecture de securite comporte une concession majeure : l’Ukraine renoncerait a son aspiration a rejoindre l’OTAN. Un abandon qui, pour beaucoup d’analystes, represente une victoire strategique pour Poutine.
Le verdict de William Burns : « Poutine n'est pas serieux »
L’ancien directeur de la CIA, William Burns, qui a effectue 14 voyages en Ukraine pendant la guerre, a livre une evaluation sans appel dans une interview au Financial Times publiee en janvier 2026. Selon lui, Poutine « n’est pas serieux sur la paix en ce moment ». Le dirigeant russe est « trop convaincu que le temps joue en sa faveur ».
Burns, russophone accompli qui a ete ambassadeur a Moscou, decrit Poutine comme « arrogant ». Le renseignement americain avait correctement predit la decision de Poutine d’envahir l’Ukraine en 2022, mais avait surestime les chances de succes de la Russie. « Nous nous attendions a ce qu’ils soient beaucoup plus efficaces », note Burns a propos de l’armee de Poutine, soulignant que les forces armees russes ont echoue dans des taches militaires de base parce que le Kremlin etait trop confiant et supposait que l’Ukraine s’effondrerait rapidement.
Burns avertit que « la maniere dont la guerre sera conclue aura probablement des repercussions bien au-dela des frontieres de l’Ukraine, alors que le monde entre dans une nouvelle ere encore sans nom ». Une mise en garde qui resonne avec une acuite particuliere alors que les negociations entrent dans leur phase decisive.
Le piege de Minsk se repete-t-il ?
Les critiques des plans de paix emergents ne manquent pas de souligner les paralleles troublants avec les accords de Minsk. Signes en 2014 et 2015 apres l’annexion de la Crimee et le debut de la guerre dans le Donbass, ces accords avaient « gele les lignes de front pendant pres de huit ans et reduit la violence, mais n’ont rien resolu », rappellent les analystes de l’ISW. Leur lecon principale : « l’agression peut etre recompensee et la crainte d’un conflit nucleaire peut etre instrumentalisee ».
Angela Merkel, l’ancienne chanceliere allemande qui avait negocie ces accords, a reconnu par la suite qu’ils avaient principalement servi a donner du temps a l’Ukraine pour renforcer ses capacites de defense. Mais du point de vue russe, ils ont egalement donne du temps a Moscou pour preparer l’invasion de 2022. Un precedent qui devrait inciter a la plus grande prudence.
Ruth Deyermond, du King’s College London, est categorique : « Aucune des conditions pour une resolution finale du conflit n’est reunie. » Ni l’Ukraine ni la Russie ne sont « en position d’obtenir une victoire decisive sur le champ de bataille » ou de s’effondrer sous la pression. L’obstacle principal a la paix reste, selon elle, la position de Moscou : « La Russie… ne semble avoir aucun interet a mettre fin aux combats, et encore moins a la guerre. »
Mark Cancian, analyste au CSIS, estime que l’intransigeance russe « decoule de leur conviction qu’ils sont en train de gagner ». D’autres experts notent que « la presidence de Poutine est desormais tellement liee a la guerre qu’aucune de-occupation ou retrait des demandes ne semble possible tant que la Russie n’aura pas un nouveau president » — une perspective jugee improbable en 2026.
L'apres-New START : vers une nouvelle course aux armements ?
Que se passera-t-il apres le 5 fevrier 2026 ? En l’absence d’accord pour maintenir les limites du traite, les arsenaux americain et russe pourraient croitre sans contrainte, declenchant potentiellement une nouvelle course aux armements. Cette perspective est d’autant plus preoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte geopolitique transforme.
Le president Trump a exprime son souhait d’inclure la Chine dans tout futur accord de controle des armements. « Je pense vraiment que si nous devons le faire, la Chine devrait etre membre de l’extension. La Chine devrait faire partie de l’accord », a-t-il declare au New York Times, ajoutant qu’il en avait discute avec le president Xi et que ce dernier serait « un participant volontaire ».
Mais cette ambition, aussi louable soit-elle sur le plan strategique, se heurte a des obstacles considerables. L’arsenal nucleaire chinois, bien qu’en expansion rapide, reste significativement inferieur a ceux des Etats-Unis et de la Russie. Pekin n’a jamais accepte de participer a des negociations de limitation des armements, arguant que les deux superpuissances nucleaires devaient d’abord reduire drastiquement leurs arsenaux avant qu’un accord trilateral puisse avoir du sens.
Sans limites contraignantes, la competition nucleaire pourrait s’etendre a trois puissances majeures plutot que de rester bilaterale. Les experts de la Nuclear Threat Initiative (NTI) avertissent que l’absence d’un cadre juridique contraignant « sape les mecanismes de confiance et exacerbe les tensions regionales en Europe et en Asie ».
La paralysie occidentale face au chantage
L’analyse de l’ISW met en lumiere une realite inconfortable : la politique americaine a evolue de maniere a indiquer que Washington « ne risquera en aucune circonstance une guerre nucleaire avec Moscou ». C’est precisement cette certitude que Poutine exploite. Chaque fois que l’Occident a pose des lignes rouges concernant l’aide a l’Ukraine, le Kremlin a brandi la menace nucleaire. Et chaque fois, ces lignes rouges ont fini par etre franchies — mais avec des retards couteux pour Kiev.
Les chars Leopard 2 et Abrams, les missiles a longue portee ATACMS, les avions F-16 : tous ces systemes ont ete fournis a l’Ukraine apres des mois de tergiversations motivees par la crainte d’une escalade nucleaire. L’autorisation d’utiliser certaines armes occidentales contre le territoire russe n’est venue qu’apres d’interminables debats. A chaque etape, le chantage nucleaire de Poutine a ralenti le soutien occidental, donnant a la Russie un avantage temporel precieux.
Paradoxalement, les experts soulignent que l’utilisation effective d’armes nucleaires par la Russie serait strategiquement desastreuse pour Moscou. Une telle action « risquerait de declencher une riposte en nature et pourrait fondamentalement modifier la dynamique de la guerre en entrainant l’OTAN dans le conflit — un resultat contraire aux interets de Poutine ». Actuellement, la Russie detient une superiorite militaire conventionnelle sur l’Ukraine, une position qui serait compromise si l’OTAN intervenait directement.
De plus, l’utilisation d’armes nucleaires contre un Etat non dote de l’arme atomique « serait mal percue a Pekin et a New Delhi et ferait probablement de Poutine un paria mondial ». La Chine, en particulier, pousse pour un accord de non-premier usage des armes nucleaires — une position incompatible avec les menaces repetees de Moscou.
Le prix de la paix
A l’heure ou ces lignes sont ecrites, les negociations trilaterales se poursuivent. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a rappele qu’il ne peut y avoir de paix que si la Russie fait des compromis, ajoutant que « Poutine ne montre pas qu’il est pret pour la paix ». Les responsables russes ont reaffirme les exigences de Moscou et insiste sur le fait qu’il ne peut y avoir de cessez-le-feu avant la conclusion d’un accord global. Poutine a menace a plusieurs reprises de prendre le controle total du Donbass si les pourparlers de paix echouent.
Le chantage nucleaire du Kremlin a cree une asymetrie fondamentale dans les negociations. D’un cote, une Ukraine qui defend son existence meme en tant qu’Etat souverain. De l’autre, une Russie qui peut menacer l’apocalypse pour obtenir des concessions. Et au milieu, un Occident tiraille entre son soutien a Kiev et sa terreur d’une escalade nucleaire.
L’expiration du traite New START le 5 fevrier prochain represente bien plus qu’une question technique de controle des armements. Elle symbolise l’effondrement d’un ordre international fonde sur des regles, patiemment construit pendant des decennies. Et elle offre a Vladimir Poutine un nouveau levier de pression dans sa guerre contre l’Ukraine et l’ordre occidental.
La lecon de l'histoire
L’histoire du XXe siecle nous enseigne que ceder au chantage d’un dictateur ne fait que repousser le probleme et l’aggraver. Les accords de Munich de 1938, qui livrerent les Sudetes a Hitler au nom de la paix, n’empecherent pas la Seconde Guerre mondiale — ils ne firent que la retarder et renforcer l’agresseur. Les accords de Minsk, censes mettre fin au conflit dans le Donbass, n’empecherent pas l’invasion de 2022 — ils ne firent que donner a Poutine le temps de s’y preparer.
Aujourd’hui, l’Occident est confronte au meme dilemme. Ceder aux pressions nucleaires de Poutine en abandonnant l’Ukraine a son sort enverrait un message devastateur : l’agression paie, et il suffit de brandir l’arme atomique pour obtenir ce qu’on veut. Les consequences d’un tel precedent iraient bien au-dela de l’Ukraine. La Chine observerait attentivement les lecons a tirer pour Taiwan. L’Iran en conclurait que la possession d’armes nucleaires confere une impunite totale.
Le chantage nucleaire de Vladimir Poutine ne vise pas seulement a gagner la guerre en Ukraine. Il vise a demontrer que les democraties occidentales, confrontees a la menace ultime, prefereront toujours la capitulation au risque. C’est un pari sur notre faiblesse morale, sur notre attachement a la vie confortable, sur notre incapacite a defendre nos valeurs quand le prix a payer devient trop eleve.
La question qui se pose a nous n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre de soutenir l’Ukraine. C’est de savoir si nous pouvons nous permettre de ne pas la soutenir. Dans un monde ou le chantage nucleaire devient un instrument legitime de politique etrangere, aucune nation ne sera plus en securite. La paix imposee par la terreur atomique n’est pas la paix — c’est la preparation de la prochaine guerre.
Signe Maxime Marquette
Sources
Euromaidan Press – Russia uses nuclear treaty expiration to pressure US into abandoning Ukraine peace efforts, ISW reports
112.ua – Putin Uses Nuclear Negotiations to Blackmail the US: Goal – Concessions on Ukraine
NTI – The End of New START: From limits to looming risks
Arms Control Association – Russia Proposes One-Year New START Extension
Chatham House – The US and Russia’s nuclear weapons treaty is set to expire
Responsible Statecraft – Trump on New Start nuke treaty with Russia
Carnegie Endowment – How Serious a Threat Is Russia’s New Nuclear Doctrine?
USIP – Russia’s Nuclear Doctrine Amendments: Scare Tactics or Real Shift?
Brookings – How credible is Russia’s evolving nuclear doctrine?
UK Parliament – Russia’s use of nuclear threats during the Ukraine conflict
Al Jazeera – Ukraine, Russia, US to meet for first trilateral talks
CBS News – Russia reiterates demand for Ukraine to abandon territory
NBC News – Zelenskyy outlines new peace plan proposal
Russia Matters – Russia Analytical Report, Jan. 5-12, 2026
CSIS – Russia Suspends New START and Increases Nuclear Risks
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