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CHRONIQUE : Le Kremlin joue la carte diplomatique face au spectre d’une frappe américaine sur l’Iran, un pari risqué mais calculé
Crédit: Adobe Stock

Un accord de vingt ans signé en janvier 2025

Pour saisir la portée réelle de l’intervention diplomatique de Moscou dans la crise actuelle, il est indispensable de comprendre l’architecture des relations russo-iraniennes. Le 17 janvier 2025, les présidents Vladimir Poutine et Massoud Pezeshkian ont signé à Moscou un Traité de partenariat stratégique global d’une durée de vingt ans, avec reconduction automatique par périodes de cinq ans. Ce document, composé de 47 articles, couvre un spectre impressionnant de domaines de coopération : défense, contre-terrorisme, énergie, finances, culture, technologies, cybersécurité, énergie nucléaire civile, coopération régionale et lutte contre le blanchiment d’argent. La Douma d’État russe a ratifié ce traité le 8 avril 2025, suivie par le Conseil de la Fédération le 16 avril, puis la signature présidentielle de Poutine le 21 avril 2025. Du côté iranien, le Parlement a ratifié l’accord le 21 mai 2025, et le Conseil des gardiens l’a validé le 11 juin 2025.

Ce traité représente une avancée significative dans les relations bilatérales, même si les analystes soulignent qu’il formalise davantage la coopération existante qu’il n’introduit de nouveaux engagements révolutionnaires. Parmi les dispositions les plus notables, on trouve la volonté d’établir une infrastructure de paiement moderne et indépendante, libre de toute interférence de tiers, ainsi que la transition vers des paiements bilatéraux en monnaies nationales, utilisant les systèmes MIR russe et Shetab iranien. Les échanges commerciaux entre les deux pays avaient déjà progressé de 15,5 % pour atteindre 3,77 milliards de dollars entre janvier et octobre 2024. Le traité vise également à renforcer la coopération dans le transport et la logistique, notamment à travers le Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), une artère commerciale qui pourrait redessiner les flux logistiques entre l’Europe, la Russie, l’Iran et l’Inde.

Les limites stratégiques du partenariat russo-iranien

Cependant, il serait profondément erroné de considérer ce traité comme la naissance d’une alliance militaire au sens classique du terme. Contrairement à l’accord signé par la Russie avec la Corée du Nord, le partenariat avec l’Iran ne comporte aucune clause de défense mutuelle. En cas d’agression contre l’une des parties, l’autre s’engage simplement à ne pas fournir d’assistance à l’agresseur qui pourrait prolonger l’agression — une nuance juridique cruciale qui révèle les limites réelles de cette relation. La Russie ne s’est pas engagée à défendre militairement l’Iran en cas d’attaque américaine ou israélienne, ce qui témoigne de la réticence de Moscou à confronter directement Washington ou Tel-Aviv. De même, l’Iran n’a pas reconnu la Crimée comme territoire russe et n’est pas tenu de soutenir les opérations militaires russes en Ukraine.

Cette architecture de « partenariat stratégique sans alliance militaire » explique en grande partie la nature de l’intervention russe dans la crise actuelle. Le Kremlin ne peut pas et ne veut pas se porter garant de la sécurité de l’Iran par la force des armes. Ce qu’il peut faire, en revanche, c’est utiliser son influence diplomatique, ses canaux de communication avec Washington et sa position au Conseil de sécurité des Nations Unies pour tenter de prévenir une escalade militaire qui porterait un coup fatal à ses intérêts régionaux. Le Carnegie Endowment for International Peace a noté que la relation entre l’Iran et la Russie a atteint de nouveaux sommets, non pas grâce à un traité révolutionnaire, mais en raison de l’isolement de la Russie vis-à-vis de l’Occident depuis la guerre en Ukraine. La coopération se renforce, mais dans des limites bien définies, ce qui confère à l’appel de Peskov une dimension à la fois sincère dans ses craintes et calculée dans ses objectifs.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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