Ce qui a changé la donne, ce n’est pas seulement la guerre en Ukraine, entrée dans sa quatrième année. C’est la série de chocs géopolitiques qui ont frappé l’Europe en cascade au cours des dernières semaines, transformant ce qui relevait du débat académique en urgence existentielle.
D’abord, il y a eu l’affaire du Groenland. Quand Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, a menacé d’imposer des tarifs douaniers de 25% sur les produits européens et refusé d’exclure l’usage de la force militaire pour annexer ce territoire danois, quelque chose s’est brisé dans la psyché européenne. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a eu cette phrase glaçante : une attaque américaine sur le Groenland signifierait « la fin de l’OTAN ». Soudain, l’impensable était devenu pensable.
Le Danemark a répondu en déployant des centaines de soldats d’élite entraînés au combat arctique, incluant le chef de l’armée royale danoise lui-même. Copenhague a annoncé près de 2,3 milliards de dollars d’investissements dans la défense arctique. Huit dirigeants européens — Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède et Royaume-Uni — ont publié une déclaration conjointe de « pleine solidarité » avec le Danemark et le Groenland.
Trump a finalement reculé lors du Forum économique de Davos, abandonnant ses menaces tarifaires et excluant l’usage de la force après des discussions avec le Secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte. Selon Reuters, cette volte-face résultait de la « résistance militaire, économique et politique ferme des Européens ». Une victoire? Peut-être. Mais aussi un avertissement : l’alliance atlantique, pilier de la sécurité européenne depuis 1949, n’est plus un acquis.
L'équation impossible de Mark Rutte
Le 27 janvier 2026, le Secrétaire général de l’OTAN a lancé une bombe verbale devant le Parlement européen. « Si quelqu’un ici pense que l’Union européenne peut se défendre sans les États-Unis, continuez à rêver. Vous ne le pouvez pas », a-t-il déclaré. Selon Rutte, si les pays européens voulaient assurer seuls leur défense, ils devraient investir 10% de leur PIB pour développer leurs propres capacités nucléaires — des centaines de milliards d’euros supplémentaires.
Cette déclaration a provoqué une réaction immédiate de Paris. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a rétorqué que les Européens devaient « prendre leur sécurité en main » à travers un pilier européen au sein de l’OTAN. Plusieurs analystes en politique de sécurité ont souligné que l’Europe n’avait plus le choix, car les États-Unis « ne peuvent plus être considérés comme fiables pour venir à son secours ».
Rutte lui-même a reconnu une vérité inconfortable : « Le 2% [du PIB consacré à la défense] atteint par tous les pays de l’OTAN fin 2025 n’aurait jamais été possible sans Trump. » Huit grandes économies européennes, dont l’Espagne, l’Italie et la Belgique, ainsi que le Canada, seraient restées à 1,5% sans la pression américaine. L’ironie est cruelle : c’est en menaçant l’alliance que Trump a forcé ses alliés à la renforcer.
Ukraine : le laboratoire de l'indépendance européenne
C’est sur le théâtre ukrainien que se joue la répétition générale de l’autonomie stratégique européenne. Le 6 janvier 2026, à Paris, Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont signé une « Déclaration d’intention » historique prévoyant le déploiement d’une force multinationale européenne en Ukraine.
Les garanties de sécurité discutées incluent un mécanisme de haute technologie pour surveiller un cessez-le-feu, une force multinationale dirigée par la France et le Royaume-Uni, et — c’est le point crucial — une obligation juridiquement contraignante d’assister Kiev en cas d’attaque russe future, sur le modèle de l’Article 5 de l’OTAN. Macron a indiqué que Paris pourrait contribuer « plusieurs milliers » de soldats. Au total, les estimations parlent de 15 000 à 30 000 soldats européens.
Jared Kushner, gendre du président Trump et membre clé de la délégation américaine, a qualifié ces discussions de « véritable jalon ». Zelensky a confirmé qu’un accord bilatéral sur les garanties de sécurité américaines était « essentiellement prêt » à être finalisé par Trump.
Mais le prix de la paix reste vertigineux. L’Ukraine estime ses besoins de défense pour 2026 à 120 milliards de dollars, dont la moitié devrait provenir de l’aide étrangère. Selon The Economist, Kiev aura besoin de près de 390 milliards de dollars en soutien budgétaire et assistance militaire combinés entre 2026 et 2029. L’Union européenne a déjà proposé un prêt de 90 milliards d’euros pour 2026-2027, dont 60 milliards consacrés à l’assistance militaire.
Moscou, sans surprise, a réagi avec hostilité. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a qualifié le déploiement de casques bleus européens de « dangereux » et a menacé : toutes ces unités et installations « seront considérées comme des cibles militaires légitimes pour les forces armées russes ».
L'industrie de défense européenne : le maillon faible
Voici le problème fondamental que l’argent seul ne peut résoudre : la base industrielle de défense européenne est structurellement inadaptée pour répondre aux ambitions stratégiques du continent. Les pénuries de munitions de 2022-2023 ont cruellement exposé les limites de la capacité de production européenne. Ce n’est qu’en 2026 que l’Europe sera capable de produire suffisamment d’obus pour l’Ukraine — deux ans après la promesse d’un million d’obus qui n’a jamais été tenue.
L’industrie technologique et industrielle de défense européenne (EDTIB) représentait un chiffre d’affaires estimé à 70 milliards d’euros et des exportations de plus de 28 milliards d’euros en 2021, employant environ 500 000 personnes. Ces chiffres semblent impressionnants jusqu’à ce qu’on les compare aux besoins réels.
La capacité de production augmente, certes, mais trop lentement pour répondre à la demande. L’accès aux infrastructures de test reste limité. Les contraintes de capacité et le manque de mobilité transfrontalière créent des obstacles significatifs pour les nouveaux entrants, particulièrement les PME et les startups. Cela retarde significativement la mise sur le marché des technologies de défense.
La stratégie industrielle de défense européenne (EDIS) vise à réduire la fragmentation et les importations d’armes. L’objectif est d’augmenter la valeur du commerce intra-UE de défense à 35% du marché européen d’ici 2030, et de s’assurer qu’au moins 50% des achats de défense des pays de l’UE proviennent de l’EDTIB. Mais ces objectifs supposent une coordination qui reste largement à construire.
Les analystes de Redburn prévoient que les entreprises de défense européennes pourraient voir leurs revenus croître de 10,5% à 11,5% par an pendant la prochaine décennie. Le chiffre d’affaires de l’industrie pourrait au moins tripler d’ici 2035. La croissance la plus rapide sera dans les pays qui ont historiquement sous-investi, comme l’Allemagne, ou dans les régions « inconfortablement proches » de la menace perçue de la Russie.
Mais attention au mirage des chiffres : il faut environ un an pour que les commandes de défense se transforment en prises de commandes industrielles. La « forte augmentation » des budgets de défense en 2024 et 2025 pourrait se matérialiser en commandes industrielles en 2025-2026. Le temps, lui, ne s’achète pas.
L'instrument SAFE : 150 milliards pour la coopération
Adopté par le Conseil de l’Union européenne le 27 mai 2025 et entré en vigueur le 29 mai, l’instrument SAFE (Security Action for Europe) représente le volet le plus concret du plan Readiness 2030. Il prévoit jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts à taux compétitifs et longue maturité pour les États membres souhaitant investir dans des capacités de défense.
La condition clé : ces prêts doivent être utilisés pour des « achats communs », impliquant au minimum un État membre de l’UE et au moins un autre État membre, l’Ukraine ou un pays de l’Espace économique européen. Les achats par un seul État membre ne sont autorisés qu’exceptionnellement pendant la première année.
Le champ d’application couvre les lacunes de capacités identifiées dans les conclusions du Conseil européen du 6 mars 2025 : des capacités moins avancées (Catégorie 1) comme les munitions, aux systèmes avancés (Catégorie 2) incluant la défense aérienne et antimissile.
L’autre composante du plan — la flexibilité fiscale permettant de suspendre les règles budgétaires de l’UE pour augmenter les dépenses de défense — pourrait débloquer 650 milliards d’euros supplémentaires sur quatre ans. Mais cette marge de manœuvre dépend de la volonté politique de chaque gouvernement, et plusieurs pays, dont l’Espagne et la Belgique, font face à des défis économiques majeurs. La guerre tarifaire mondiale de Trump pourrait rendre encore plus difficile pour les alliés de l’Amérique d’atteindre les nouveaux objectifs de dépenses de défense.
La question nucléaire : le tabou français
Derrière les milliards évoqués se cache une question que l’Europe ne peut plus esquiver : celle de la dissuasion nucléaire. Emmanuel Macron a esquissé l’idée d’étendre la dissuasion nucléaire française à ses partenaires européens, promettant d’élaborer une doctrine actualisée début 2026. En 2025, il avait annoncé vouloir clarifier ce que signifierait « une dissuasion française aux caractéristiques européennes ».
La France dispose actuellement d’environ 290 têtes nucléaires déployées. Environ 240 sont affectées à 48 missiles balistiques M51 à têtes multiples (MIRV) embarqués sur ses quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Triomphant. Les 50 restantes sont affectées à des chasseurs Dassault Rafale armés de missiles de croisière ASMP-A.
Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil s’est dit ouvert à des discussions avec la France sur l’extension du parapluie nucléaire. Dans la Déclaration de Northwood de juillet 2025, le président français et le Premier ministre britannique ont affirmé que leurs « forces nucléaires sont indépendantes, mais peuvent être coordonnées ». Paris et Londres ont créé un Groupe de pilotage nucléaire pour superviser leur coopération bilatérale.
Mais le problème n’est pas tant technologique que stratégique. La France n’a jamais conçu ses armes nucléaires en termes de « gestion de l’escalade », mais comme la punition ultime pour un envahisseur. Le développement d’une dissuasion nucléaire européenne indépendante nécessiterait des changements stratégiques profonds — et une question que personne n’ose poser à voix haute : Paris serait-il prêt à « échanger Paris contre Helsinki »?
Selon le ministre belge de la Défense, une défense européenne autonome sans les États-Unis ou d’autres alliés non européens signifierait une « augmentation drastique » des budgets de défense. Créer et maintenir un parapluie nucléaire coûterait des centaines de milliards.
Les champions du réarmement : l'Est européen montre l'exemple
Pendant que les grandes puissances européennes débattent et calculent, les pays de l’Est agissent. Les nations aux souvenirs amers de la domination soviétique ont compris avant les autres que la menace russe n’était pas abstraite.
La Pologne est devenue le premier contributeur de l’OTAN en pourcentage du PIB consacré à la défense. En 2024, les dépenses ont atteint 151 milliards de zlotys (34 milliards d’euros, soit 4,12% du PIB), avec des plans pour atteindre 4,7% en 2025. Le plan d’acquisition 2025-2026 de l’Allemagne n’alloue que 8% de son budget annuel de 83 milliards de dollars aux systèmes américains, la grande majorité étant dirigée vers des programmes nationaux ou européens.
La Lituanie s’est engagée à porter ses dépenses de défense à 5-6% du PIB dès 2026. L’Estonie vise « au moins 5% du PIB » à partir de 2026. La Lettonie devrait atteindre 3,7% en 2025.
Ces pays ne se contentent pas de dépenser plus — ils achètent européen et américain selon leurs besoins spécifiques, sans les hésitations idéologiques qui paralysent parfois les débats à Bruxelles ou Berlin. Pour eux, l’indépendance stratégique n’est pas un concept philosophique mais une question de survie nationale.
L'autonomie stratégique : victoire tardive de la vision française?
Beaucoup ont voulu voir dans les annonces récentes une victoire tardive pour Emmanuel Macron, qui plaide depuis longtemps pour l’« autonomie stratégique » européenne. Face à l’imprévisibilité et à l’attitude dominatrice de Washington envers ses alliés, l’argument veut que l’Europe ait besoin de pouvoir diriger sa propre politique étrangère et de défense.
Le terme « autonomie stratégique » fait partie du discours officiel français depuis au moins 1994, mais c’est Macron qui l’a injecté dans le débat européen moderne lors de son discours de la Sorbonne en septembre 2017. Trois ans plus tard, la guerre en Ukraine a profondément altéré les perceptions de la menace parmi les Européens, testant la capacité du continent à se défendre lui-même.
L’administration Trump accélère cette prise de conscience en rétrogradant la place de l’Europe dans les priorités sécuritaires américaines. Le Secrétaire à la Défense Pete Hegseth a expliqué qu’il était temps pour l’Europe de « prendre possession de la sécurité conventionnelle sur le continent » et que les États-Unis « ne toléreraient plus une relation déséquilibrée qui encourage la dépendance ».
Comme le note le Think Tank de War on the Rocks : « Trois ans après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la France a réémergé comme leader contre toute attente. La nouvelle adhésion européenne à la proposition française d’autonomie stratégique n’est pas apparue du jour au lendemain — et la crédibilité de la France comme partenaire non plus. »
Pourtant, l’autonomie stratégique à la française reste contestée en Europe centrale et orientale, où la confiance dans les États-Unis comme garant ultime de la sécurité face à la Russie demeure plus forte qu’à Paris ou Berlin.
L'Arctique : le nouveau front oublié
La crise du Groenland a révélé un théâtre stratégique longtemps négligé : l’Arctique. Les responsables de l’OTAN avertissent que la région n’est plus une zone de basse tension. Ils pointent vers la modernisation rapide des bases militaires arctiques russes et l’augmentation des patrouilles navales et aériennes près des routes maritimes stratégiques. La fonte des glaces et l’accès élargi aux routes de navigation ont élevé l’importance de l’Arctique pour la planification de la défense collective.
En janvier 2026, les membres de l’OTAN discutent de l’établissement d’une mission permanente de l’OTAN au Groenland, baptisée Arctic Sentry, sur le modèle de Baltic Sentry, suite à une proposition de l’Allemagne. L’Arctique pourrait bien devenir le prochain front de la compétition stratégique — un front où l’Europe, cette fois, ne peut pas se permettre d’être absente.
La mauvaise question
Revenons à notre interrogation initiale : l’Europe peut-elle acheter son indépendance pour 1 000 milliards d’euros? La réponse est non — mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.
L’argent est nécessaire, mais insuffisant. L’indépendance stratégique ne s’achète pas comme on achète des chars ou des missiles. Elle se construit par des choix politiques cohérents, une volonté collective durable, une coordination institutionnelle que l’Europe peine encore à mettre en place.
Le problème fondamental de l’Europe n’est pas financier. C’est que 27 États membres (plus le Royaume-Uni, partenaire incontournable en matière de défense) doivent s’accorder sur une définition commune de leurs intérêts vitaux, de leurs priorités stratégiques, de leurs lignes rouges. Qui protège-t-on? Contre qui? Jusqu’où est-on prêts à aller?
La question des 1 000 milliards est en fait une mauvaise question. La bonne question serait : l’Europe est-elle prête à assumer les responsabilités politiques et stratégiques que l’indépendance implique? Est-elle prête à prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires, sur l’usage de la force? Est-elle prête à maintenir cette volonté dans la durée, au-delà des cycles électoraux et des crises du moment?
Pour l’instant, la réponse reste incertaine. L’Europe réarme, certes. Mais elle réarme en réaction — à la guerre en Ukraine, aux provocations de Trump, aux menaces russes. Elle ne réarme pas encore en fonction d’une vision stratégique propre, assumée, articulée.
Ce que l'argent ne peut pas acheter
Voici ce que l’argent ne peut pas acheter : le temps perdu depuis 2014, depuis 2008, depuis la fin de la Guerre froide. Les capacités industrielles qui mettront des années à se reconstituer. La confiance entre alliés européens, fragilisée par des décennies de cavalier seul. L’expérience opérationnelle que seuls les conflits — qu’on souhaite éviter — peuvent véritablement forger.
L’argent ne peut pas non plus acheter la clarté stratégique. Quand Mark Rutte affirme que l’Europe ne peut pas se défendre sans les États-Unis et que Paris répond par une défense de l’autonomie stratégique, ce n’est pas qu’un désaccord technique. C’est une divergence fondamentale sur la nature même du projet européen.
Peut-être que la vraie leçon de janvier 2026 est celle-ci : l’indépendance stratégique n’est pas un état à atteindre, mais un processus à engager. Un processus qui commence par accepter que l’ordre mondial d’après-guerre — celui où l’Amérique garantissait la sécurité européenne en échange de l’alignement politique — est définitivement révolu.
Trump n’a pas créé cette réalité. Il l’a simplement rendue impossible à ignorer.
Conclusion : le prix réel de l'indépendance
Mille milliards d’euros, c’est le prix de l’entrée. C’est le ticket minimum pour rester dans le jeu. Mais ce n’est pas le prix de l’indépendance stratégique.
Le vrai prix, c’est la transformation politique de l’Europe en acteur stratégique cohérent. C’est la capacité à penser en termes de puissance, de rapports de force, d’intérêts à long terme — des concepts que des décennies de prospérité sous parapluie américain avaient rendu abstraits. C’est l’acceptation que la sécurité a un coût qui se mesure non seulement en euros, mais en choix difficiles, en renoncements, en risques assumés.
L’Europe de 2026 commence enfin à comprendre que l’indépendance n’est pas un cadeau qu’on reçoit, mais un fardeau qu’on choisit de porter. La question n’est plus de savoir si nous pouvons nous le permettre. C’est de savoir si nous le voulons vraiment — et si nous sommes prêts à en assumer toutes les conséquences.
Comme l’a dit un jour Jean Monnet, l’Europe se fera dans les crises, et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises. Janvier 2026 n’est pas la fin de cette histoire. C’est peut-être le début de sa prochaine phase — celle où l’Europe découvrira enfin si elle est capable d’être autre chose qu’une puissance économique en quête perpétuelle de protecteur.
Le verdict n’est pas encore rendu. Mais le procès a commencé.
Signé Maxime Marquette
Sources
Euromaidan Press – Can Europe buy independence for €1 trillion
Conseil de l’UE – EU defence in numbers
en »>Commission européenne – SAFE | Security Action for Europe
Beyond the Horizon – ReArm Europe: EU’s €800B Plan for Defence Readiness 2030
OTAN – Remarks by NATO Secretary General at World Economic Forum, Davos
NPR – NATO chief wishes ‘good luck’ to those who think Europe can defend itself without U.S. help
PBS News – NATO chief says alliance is ‘really close’ to accepting Trump’s 5% defense investment demand
Defense News – NATO’s Rutte says Europe can’t defend itself without US; France balks
crisis »>Wikipedia – Greenland crisis
Al Jazeera – European leaders hit back at Trump’s US takeover designs on Greenland
Al Jazeera – Trump drops tariff threat, says he won’t take Greenland by force
ofthewilling(Russo-Ukrainian_war) »>Wikipedia – Coalition of the willing (Russo-Ukrainian war)
ABC News – European nations commit to troops in Ukraine as part of ‘milestone’ peace talks in Paris
Euromaidan Press – EU to lend Ukraine €90B — and most of it is for weapons
Goldman Sachs – The Future of European Defense
Defense News – European arms industry growth to beat 10% a year
War on the Rocks – It’s Not Enough for France to Be Right About Strategic Autonomy
CounterPunch – Europe’s Strategic Autonomy Problem is No Longer Abstract
CSIS – France’s Nuclear Offer to Europe
Carnegie Endowment – Taking the Pulse: Can Europeans Build Their Independent Extended Nuclear Deterrent?
CEPR – European defence governance and financing
Atlantic Council – NATO Defense Spending Tracker
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.