C’est dans ce contexte de vulnérabilité constante que le Pliushch prend tout son sens. Développé par Robotic Complexes, un bureau d’études et de conception rassemblant plus de vingt spécialistes en ingénierie, mécanique, électronique et développement logiciel, ce système représente l’aboutissement d’une philosophie de conception que l’entreprise a adoptée depuis sa création en 2022 : « plateforme universelle + module unique pour résoudre une tâche militaire spécifique ».
Le Pliushch est construit sur la base de la plateforme Murakha, un drone logistique terrestre que Robotic Complexes fournit déjà aux forces de défense ukrainiennes pour le transport de charges allant jusqu’à une tonne et l’évacuation des blessés. Cette plateforme à chenilles offre une capacité de franchissement impressionnante et une opération silencieuse grâce à son système de transmission hydroélectrique unique. Comme l’explique l’entreprise : « C’est un produit technologique assez complexe, dont la différence clé est une transmission hydroélectrique unique à un étage, qui permet de contrôler les deux chenilles en utilisant un seul moteur. »
Mais ce qui distingue véritablement le Pliushch de ses prédécesseurs, c’est son mât télescopique de dix mètres. Cette structure imposante peut servir de relais pour fournir des communications radio dans des zones difficiles d’accès, ou fonctionner comme station mobile de guerre électronique pour contrer les systèmes ennemis. L’entreprise le décrit comme « un produit unique sur le marché », capable de fournir des communications et de détecter les drones ennemis.
Les caractéristiques techniques qui changent la donne
Permettez-moi de détailler les spécifications qui rendent ce système si remarquable. Le Pliushch pèse 775 kilogrammes et peut atteindre une vitesse maximale de neuf kilomètres par heure, avec une autonomie opérationnelle de quarante kilomètres. Ces chiffres peuvent sembler modestes comparés à un véhicule conventionnel, mais ils sont parfaitement adaptés à sa mission : se déployer silencieusement, établir un point de communication, puis se replier avant d’être détecté.
Le temps de déploiement est particulièrement impressionnant. En position, le complexe est capable de se déployer de manière autonome et de commencer à fonctionner en quatre-vingts secondes seulement. Le retour en position de transport ne prend que soixante secondes. Dans un environnement où chaque minute d’exposition augmente le risque d’être ciblé par l’artillerie ou les drones ennemis, cette rapidité peut faire la différence entre le succès et la catastrophe.
Le contrôle du système est assuré par l’opérateur via une communication radio utilisant une antenne patch SIYI de 5,8 GHz. Le Pliushch peut opérer à des distances allant jusqu’à dix kilomètres en terrain ouvert, ou trois kilomètres en terrain plus accidenté. Le système nécessite un ou deux opérateurs qui contrôlent le drone à travers un canal vidéo provenant d’un module optique.
Une caractéristique clé du Pliushch est sa conception discrète et son fonctionnement silencieux, permettant un déploiement sans attirer l’attention. Avec des émissions sonores et thermiques minimales, il est moins susceptible d’être détecté par les capteurs ennemis, augmentant ainsi sa survie sur le champ de bataille. Cette furtivité n’est pas un luxe mais une nécessité absolue dans un environnement où la détection équivaut souvent à la destruction.
Au-delà des communications : une plateforme de guerre électronique
Le Pliushch ne se limite pas à son rôle de relais de communication. Il peut également fonctionner comme plateforme de guerre électronique, capable de brouiller ou d’intercepter les signaux ennemis, perturbant ainsi les systèmes de détection et de communication adverses. Cette capacité lui permet de jouer un rôle clé dans la neutralisation des menaces électroniques en ciblant les fréquences utilisées pour les communications ennemies, les drones ou les systèmes de navigation.
Cette dualité fonctionnelle représente un avantage tactique considérable. Un seul système peut successivement établir un réseau de communication pour les forces amies, puis basculer vers un mode offensif pour perturber les opérations ennemies. Cette polyvalence s’inscrit parfaitement dans la doctrine ukrainienne de maximisation des ressources disponibles.
Il est fascinant de constater comment l’Ukraine a transformé la nécessité en vertu d’innovation. Face à un adversaire disposant de ressources apparemment illimitées, les forces ukrainiennes ont dû développer des solutions asymétriques qui maximisent l’impact tout en minimisant les coûts humains et matériels. Le Pliushch incarne parfaitement cette approche.
La famille Robotic Complexes : un écosystème complet
Le Pliushch ne représente qu’un élément d’un écosystème plus large développé par Robotic Complexes. L’entreprise, dirigée par son PDG Ihor Chaikivskyi, a créé toute une gamme de systèmes robotiques basés sur le même principe de plateforme universelle.
Le Murakha, développé entièrement à partir de zéro, a servi de base à cette famille. Le développement de cette plateforme a commencé en octobre 2022, avec l’objectif de produire un complexe robotique universel conçu pour égaler les caractéristiques tactiques et techniques des équivalents étrangers tout en étant significativement plus économique. Aujourd’hui, le Murakha a déjà passé les tests de troisième génération et continue d’être amélioré. Les premiers complexes ont été livrés sur le front de Kharkiv, où ils sont utilisés en situations de combat réelles par les unités militaires ukrainiennes. En juin 2025, le ministère ukrainien de la Défense a approuvé l’utilisation au combat du système robotique terrestre Murakha de Robotic Complexes.
Parmi les autres développements de l’entreprise, on trouve le Bohomol, un point de tir mobile équipé d’une tourelle et d’une mitrailleuse de 12,7 mm. Le Tryminer est un drone poseur de mines réutilisable conçu pour les mines TM-62, décrit comme une solution simple et abordable. L’entreprise travaille également sur le Soroka, une plateforme pour le tir au mortier.
Cette approche modulaire permet à Robotic Complexes de répondre rapidement aux besoins évolutifs du champ de bataille tout en maintenant une base technique commune qui simplifie la maintenance et la formation. C’est une leçon d’ingéniosité que de nombreuses armées occidentales feraient bien d’étudier.
L'ère des armées robotiques
Le Pliushch s’inscrit dans un mouvement bien plus vaste. Les forces armées ukrainiennes se préparent à un bond technologique sans précédent avec le déploiement à grande échelle de véhicules terrestres sans pilote. Le plan prévoit l’acquisition de près de trente mille systèmes robotiques d’ici la fin de 2026, selon Viktor Pavlov, fondateur de l’École des systèmes robotiques terrestres et commandant dans la 3e brigade d’assaut.
En 2025, près de quinze mille véhicules terrestres sans pilote ont été livrés à l’armée ukrainienne, et les plans pour 2026 dépassent les vingt mille unités. Plus de deux cents entreprises ukrainiennes travaillent désormais sur le développement de ces systèmes, représentant une transformation fondamentale de la capacité industrielle de défense du pays. Selon la plateforme d’innovation technologique de défense Brave1, plus de deux cent soixante-dix entreprises ukrainiennes développent des véhicules terrestres sans pilote.
Cette prolifération répond à une logique implacable : protéger les vies humaines. Comme l’a expliqué un commandant : « Nous n’envoyons jamais de personnes à moins de cinq kilomètres du front si un robot peut faire le travail. » Cette philosophie a produit des résultats remarquables. En novembre 2025, la BBC rapportait que jusqu’à quatre-vingt-dix pour cent de tous les approvisionnements vers les positions de première ligne ukrainiennes autour de Pokrovsk étaient livrés par des véhicules terrestres sans pilote.
Les responsables de l’armée ukrainienne affirment avoir fait l’histoire militaire à la fin de 2025 en déployant un seul drone terrestre armé d’une mitrailleuse montée pour tenir une position de première ligne pendant presque six semaines. Ce véhicule télécommandé aurait accompli une mission de combat de quarante-cinq jours dans l’est de l’Ukraine, ne nécessitant qu’une maintenance et un rechargement toutes les quarante-huit heures.
Plus remarquable encore, les forces ukrainiennes ont capturé pour la première fois des soldats russes sans utiliser d’infanterie, en s’appuyant uniquement sur des drones et des systèmes robotiques terrestres. Cette évolution marque un tournant dans l’histoire de la guerre.
Les défis persistants de la communication
Malgré ces avancées impressionnantes, des défis majeurs subsistent. L’apparition des terminaux Starlink Mini compacts au début de 2025 a résolu une partie des problèmes de communication, permettant aux opérateurs de contrôler les robots à distance, avec vidéo en première personne, depuis n’importe quelle distance.
Cependant, les défis de communication persistent. Les arbres et le brouillage interfèrent avec la fiabilité de Starlink car le système nécessite le GPS pour se localiser et se connecter aux satellites. Un brouillage intensif peut complètement couper la connexion. En fonction du terrain, les unités utilisent également des ponts Wi-Fi, des lignes à fibre optique et de multiples réseaux maillés pour communiquer avec les véhicules. Certains robots disposent de seize points d’accès de connexion différents et peuvent basculer automatiquement entre eux pour obtenir la meilleure liaison.
C’est précisément dans ce contexte que le Pliushch révèle toute sa valeur. En établissant des points de relais mobiles et autonomes, il peut combler les lacunes de couverture, maintenir les communications dans des zones où les solutions traditionnelles échouent, et même contrer activement les tentatives de brouillage ennemies.
Les services de Starlink ont permis aux forces ukrainiennes de maintenir le contrôle des opérations de drones malgré les efforts russes pour dégrader l’infrastructure de communication. SpaceX a fait preuve d’une agilité remarquable pour contrer le brouillage, notamment en déployant des mises à jour logicielles rapides qu’un responsable américain de la défense a qualifiées d’« époustouflantes », les contrastant avec les cycles de réponse souvent lents des systèmes militaires traditionnels.
La vision du champ de bataille futur
Les projections pour l’avenir sont saisissantes. D’ici la fin de 2026, la zone dite « zone de mort », où tout mouvement est sous le feu, devrait s’étendre de vingt à cinquante kilomètres. Cette expansion rend d’autant plus crucial le développement de systèmes comme le Pliushch, capables d’opérer dans ces environnements létaux sans exposer des vies humaines.
La vision pour la ligne de front dans deux ou trois ans est claire : « La première ligne sera uniquement composée de robots. Les humains resteront à l’arrière, assurant la maintenance, les réparations et les remplacements. » Cette perspective, qui aurait semblé relever de la science-fiction il y a seulement quelques années, devient chaque jour plus tangible.
Pour les soldats sur le terrain, selon ARX Robotics, cette flotte élargie signifie « de plus grandes distances de sécurité, une logistique plus rapide et une exposition réduite aux tâches à haut risque, améliorant directement la survie et le tempo opérationnel ». Un véhicule terrestre sans pilote peut extraire un soldat blessé dans des conditions où d’autres moyens sont soit impossibles, soit comportent un risque inacceptable, augmentant ainsi les chances de sauver des vies sur le champ de bataille.
Les leçons pour l'Occident
Il serait naïf de considérer le conflit ukrainien comme un laboratoire à sens unique. Les leçons qui en émergent ont des implications profondes pour toutes les armées modernes. La RAND Corporation a souligné que la guerre électromagnétique représente un angle mort de l’OTAN qui pourrait décider du prochain conflit.
Les troupes américaines apprennent désormais de l’expérience ukrainienne ce que cela signifie de combattre un adversaire capable d’intercepter et de brouiller leurs communications, de couper toutes les liaisons avec leurs drones, et d’aveugler leurs radars et autres capteurs. Cette prise de conscience tardive pourrait s’avérer coûteuse si elle n’est pas suivie d’actions concrètes.
L’Ukraine démontre également que parfois, les systèmes et techniques vintages peuvent fournir aux armées des alternatives plus simples et moins coûteuses pour maintenir les lignes de communication critiques ouvertes. Cette humilité technologique, cette capacité à combiner le nouveau et l’ancien selon les besoins, constitue une leçon précieuse.
L’échec russe à coordonner les activités de guerre électronique avec le reste de leurs opérations a conduit à un brouillage involontaire de leurs propres forces. La confusion et la perturbation causées par ce fratricide électronique ont amené la Russie à réduire ses efforts d’attaque électronique, permettant ainsi aux défenses aériennes ukrainiennes de devenir plus efficaces. Cette leçon sur l’importance de l’intégration et de la coordination devrait résonner dans toutes les salles d’état-major.
Une réflexion sur l'humanité de la guerre
Je ne peux conclure cette chronique sans aborder la dimension profondément humaine de ces développements technologiques. Derrière chaque statistique, chaque spécification technique, il y a des vies. Des soldats qui peuvent rentrer chez eux parce qu’un robot a accompli une mission qu’ils auraient autrefois dû effectuer eux-mêmes. Des familles qui ne recevront pas le terrible message annonçant la perte d’un être cher.
Le Pliushch, avec son mât de dix mètres et ses 775 kilogrammes, représente bien plus qu’une prouesse d’ingénierie. Il incarne une décision morale : celle de valoriser la vie humaine au point de développer des machines capables de prendre les risques à notre place. Cette décision, prise sous la pression terrible de la guerre, pourrait bien redéfinir la manière dont nous concevons les conflits armés.
Certes, les véhicules terrestres sans pilote ne sont pas des armes miracles et ne peuvent pas servir de remède miracle aux défis de main-d’oeuvre de Kyiv, comme le soulignent les experts. L’armée robotique ukrainienne devrait plutôt être considérée comme une partie importante des défenses constamment évolutives du pays, capable d’aider à sauver des vies tout en augmentant le coût de l’invasion russe.
Mais cette nuance ne diminue en rien l’importance de l’innovation en cours. Chaque vie sauvée compte. Chaque soldat qui peut opérer depuis une distance sécurisée plutôt que d’être exposé au feu ennemi représente une victoire, quelle que soit l’issue finale du conflit.
Vers un nouveau paradigme militaire
À l’avenir, la guerre électronique sera la norme. Le brouillage et la falsification de la navigation par satellite, des communications et de la reconnaissance seront partie intégrante des manoeuvres des forces et de la protection des actifs du champ de bataille. Les armées accorderont une prime à la capacité d’opérer efficacement dans des environnements dégradés, de géolocaliser et neutraliser les menaces électroniques, et de frapper les systèmes de guerre électronique dans le cadre des plans de campagne opérationnels.
Le Pliushch représente un premier pas concret vers ce nouveau paradigme. En combinant mobilité, furtivité, capacité de communication et guerre électronique dans un seul système autonome, il préfigure ce que seront les équipements militaires de demain. Les ingénieurs de Ternopil, travaillant sous la pression d’une guerre existentielle, ont peut-être esquissé les contours de la guerre du futur.
Pour les forces ukrainiennes, chaque nouveau système comme le Pliushch représente un multiplicateur de force, une capacité accrue à maintenir la cohérence opérationnelle face à un adversaire numériquement supérieur. Pour le reste du monde, c’est une démonstration en temps réel de ce que l’innovation sous pression peut accomplir.
La guerre, dans toute son horreur, demeure un moteur d’innovation. Le Pliushch en est la preuve vivante : né de la nécessité, forgé dans l’urgence, déployé pour sauver des vies. C’est peut-être là sa plus grande leçon : même au coeur des ténèbres, l’ingéniosité humaine continue de chercher des moyens de préserver ce qu’elle a de plus précieux.
Signé Maxime Marquette
Sources
andtech/ukrainianforcespresentpliushchroboticsystemforremotecommunications_deployment-17313.html »>Defense Express – Ukrainian Forces Present Pliushch Robotic System for Remote Communications Deployment
Militarnyi – Pliushch drone with retractable mast presented in Ukraine
United24 Media – Ukraine Unveils New Ground Drone Pliushch Featuring a 10-Meter Mast
Rubryka – Solutions to win: Ukrainian company unveils Pliushch drone equipped with retractable mast
Euromaidan Press – Ukraine unveils land drone with 10 m retractable mast for comms relay, EW
Army Recognition – Ukraine Develops Plyushch Ground Drone to Enhance Battlefield Communications and Electronic Warfare
Kyiv Independent – Ukraine approves new Murakha ground robot for combat use
Atlantic Council – Ukraine’s robot army will be crucial in 2026 but drones can’t replace infantry
Second Line of Defense – Ukraine’s Robot Army: The Rise of Unmanned Ground Vehicles in Modern Warfare
The Defense News – Ukraine to Deploy 30,000 Unmanned Ground Vehicles by 2026
The Defense Post – Ukraine to Field World’s Largest Networked UGV Fleet Through ARX Robotics Deal
NV Ukraine – Ukraine’s unmanned ground vehicles are reshaping the war
RAND Corporation – Electromagnetic Warfare: NATO’s Blind Spot Could Decide the Next Conflict
RAND Corporation – Back to the Future of Comms
CSIS – Lessons from the Ukraine Conflict: Modern Warfare in the Age of Autonomy, Information, and Resilience
Joint Air Power Competence Centre – Electronic Warfare in Ukraine
Ministry of Defense of Ukraine – The Armed Forces of Ukraine are forming military units focused on robotic equipment
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.