Qui est donc cet homme à qui Washington confie le destin de l’Ukraine ? Steve Witkoff est un promoteur immobilier new-yorkais, ami personnel de longue date de Donald Trump. Rien dans son parcours ne suggère la moindre expertise en géopolitique est-européenne, en résolution de conflits ou en diplomatie internationale. Avant sa nomination, il n’avait aucune expérience diplomatique.
Le président Zelensky lui-même a souligné cette évidence avec une ironie mordante : « Pour autant que je sache, il est très doué pour vendre et acheter de l’immobilier. » La phrase résume parfaitement le malaise ukrainien face à cet interlocuteur imposé par Washington.
Mais Witkoff ne se contente pas d’être incompétent. Il est dangereux. Car dans le vide créé par son ignorance s’engouffre la propagande russe qu’il répète avec une docilité déconcertante. Selon le Kyiv Independent, « dans cette négociation où tout est en jeu, l’allié le plus puissant de l’Ukraine est représenté par un homme qui ne sait presque rien de l’Ukraine ou qui la comprend terriblement mal. De plus, le vide qui en résulte est comblé par la propagande que les Russes lui servent. »
Le perroquet du Kremlin
L’incompétence de Witkoff serait presque excusable si elle ne s’accompagnait pas d’une complaisance troublante envers la narrative russe. Lors de son interview avec Carlson, l’émissaire de Trump a validé les « référendums » organisés par la Russie dans les territoires occupés, affirmant que « l’écrasante majorité des gens ont indiqué qu’ils voulaient être sous domination russe ».
Ces mots ne sont pas simplement erronés. Ils sont une insulte à la mémoire des Ukrainiens contraints de voter sous la menace des armes russes en septembre 2022. Ces « référendums » ont été unanimement condamnés par la communauté internationale. L’Assemblée générale des Nations Unies les a rejetés comme illégaux et contraires à la Charte de l’ONU. L’administration Biden elle-même, par la voix du secrétaire d’État Antony Blinken, avait déclaré que les États-Unis « ne reconnaissent pas et ne reconnaîtront jamais » les revendications du Kremlin sur ces territoires.
Mais pour Witkoff, ces référendums bidons sont apparemment légitimes. « Ce sont des russophones », a-t-il justifié, reprenant mot pour mot l’argumentaire poutinien qui prétend que la langue parlée détermine l’appartenance nationale – une logique qui, poussée à son terme, justifierait l’annexion de la Belgique francophone par la France ou du Québec par… qui au juste ?
Poutine, « pas un mauvais gars »
Le portrait de Witkoff serait incomplet sans mentionner son appréciation personnelle de Vladimir Poutine. « Je ne considère pas Poutine comme un mauvais gars », a-t-il déclaré à Carlson, se montrant « effusif dans ses louanges » envers le dirigeant russe qu’il qualifie de « type très intelligent ».
Witkoff a même rapporté que Poutine lui avait confié avoir prié pour Trump après la tentative d’assassinat contre l’ancien président. Cette anecdote touchante omet commodément les dizaines de milliers de civils ukrainiens tués par les forces russes, les millions de déplacés, les villes rasées, les enfants déportés, les crimes de guerre documentés par la Cour pénale internationale qui a émis un mandat d’arrêt contre ce même Poutine.
Mais Witkoff croit Poutine « sur parole » quand ce dernier affirme que la Russie ne souhaite pas envahir l’Europe. Il est « 100% convaincu » de la bonne foi du Kremlin. Cette naïveté confondante – ou cette complaisance calculée – a de quoi alarmer tous les alliés de l’OTAN.
L'exclusion des experts : une stratégie délibérée
L’ignorance de Witkoff ne serait qu’un handicap personnel s’il acceptait de s’entourer d’experts. Mais c’est précisément l’inverse qui se produit. Selon les rapports du Kyiv Independent, Witkoff a systématiquement exclu les experts du Département d’État et du Conseil de sécurité nationale de ses réunions avec les Russes.
Plus troublant encore : lors de certaines rencontres, il s’est fié uniquement aux interprètes fournis par le Kremlin. Cette pratique, qualifiée de « violation flagrante des règles diplomatiques élémentaires », signifie concrètement que Witkoff a négocié le sort de l’Ukraine en dépendant entièrement de la partie adverse pour comprendre ce qui se disait.
Un responsable américain, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a résumé la situation avec une franchise brutale : « C’est un type sympa, mais un putain d’idiot maladroit. Il ne devrait pas faire ça tout seul. »
L'opération de l'ombre : évincer les pro-Ukrainiens
L’enquête exclusive du Kyiv Independent révèle une dimension encore plus inquiétante de l’action de Witkoff. L’émissaire de Trump mènerait une « opération de l’ombre » au sein de la Maison-Blanche visant à écarter les responsables favorables à l’Ukraine.
Selon des sources au sein du bureau présidentiel ukrainien, Witkoff élabore son plan de paix en coordination directe avec Kirill Dmitriev, le principal négociateur économique russe. « Il fait cela depuis des mois », affirme une source, faisant référence au plan en 28 points de Witkoff qui est perçu à Kyiv comme « une capitulation de facto devant la Russie ».
Cette stratégie d’éviction a porté ses fruits avec le départ de Keith Kellogg, l’envoyé spécial de Trump pour l’Ukraine, qui a quitté son poste en janvier 2026. Kellogg, malgré ses propres limites – il avait lui-même admis manquer d’expertise sur la Russie et l’Ukraine – était perçu comme un défenseur de Kyiv au sein de l’administration Trump. Son éviction laisse l’Ukraine sans aucun champion dans l’entourage présidentiel américain, précisément au moment où Witkoff consolide son emprise sur la politique ukrainienne de Washington.
L’ironie du Kremlin
Il est particulièrement révélateur que ce soit le Kremlin lui-même qui ait demandé l’exclusion de Kellogg des pourparlers, le jugeant « trop sympathique envers l’Ukraine ». Moscou a obtenu exactement ce qu’il voulait : un négociateur américain ignorant, malléable et disposé à répéter la propagande russe.
L’analyste politique russe Dmitry Orechkine a offert une interprétation cinglante des déclarations de Witkoff : « L’interprétation la plus évidente est qu’il est absolument incompétent. » Quand même les analystes russes reconnaissent l’incompétence de votre négociateur, c’est peut-être le signe que quelque chose ne va pas.
Les réactions ukrainiennes : entre indignation et désespoir
À Kyiv, les commentaires de Witkoff ont provoqué une onde de choc. Le président Zelensky a qualifié les déclarations de l’émissaire de « très inquiétantes » pour l’Ukraine. « Les déclarations de Witkoff nous perturbent profondément », a-t-il ajouté.
Oleksandr Merezhko, président de la commission des affaires étrangères du parlement ukrainien, n’a pas mâché ses mots : « Je ne comprends pas de quoi il s’agit – ignorance, naïveté, manque de professionnalisme ? » Il a ajouté que les déclarations de Witkoff « remettent en question l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine » et sont « absolument inacceptables ».
D’autres parlementaires ukrainiens ont été encore plus directs, qualifiant les propos de Witkoff de « choquants » et appelant à son retrait du processus de négociation. Mais ces appels semblent tomber dans le vide. Trump a publiquement défendu son émissaire, et Witkoff continue de mener les discussions avec Moscou.
L'Europe stupéfaite
Les alliés européens ne sont pas en reste dans leur consternation. Selon Bloomberg, des responsables de l’Union européenne ont été « choqués » de constater que Witkoff « ne comprend pas les complexités de la guerre russo-ukrainienne ».
Cette incompréhension s’est manifestée de manière spectaculaire lors d’un épisode rapporté par Reuters : Witkoff aurait mal compris une offre d’échange territorial de Poutine, laissant les dirigeants européens « stupéfaits ». Les jours qui ont suivi cette rencontre ont été marqués par « la confusion et des messages contradictoires, aggravés par de nouvelles preuves du manque de connaissance bien documenté de Witkoff en matière de géographie ukrainienne ».
Cette confusion n’est pas anecdotique. Dans des négociations où chaque mot compte, où chaque nuance peut signifier la vie ou la mort de milliers de personnes, l’incapacité du négociateur américain à comprendre ce qui se dit est une catastrophe.
Janvier 2026 : les négociations s'accélèrent
Malgré – ou peut-être à cause de – l’incompétence de son émissaire, l’administration Trump pousse pour un accord rapide. En janvier 2026, les développements se sont accélérés. Witkoff et Jared Kushner se sont rendus à Moscou pour rencontrer Poutine le 22 janvier. Des discussions trilatérales historiques entre les États-Unis, la Russie et l’Ukraine ont eu lieu à Abou Dhabi – les premières depuis le début de l’invasion en février 2022.
Witkoff se montre optimiste, affirmant que les négociations sont « à 90% terminées » et que « nous sommes à la fin maintenant ». Il évoque une « zone franche » pour l’Ukraine, une idée qu’il qualifie de « révolutionnaire ».
Mais cette précipitation inquiète. Les « accords territoriaux » restent la question centrale, et la position russe n’a pas changé : Moscou exige le contrôle du Donbass. Comme l’a indiqué l’aide présidentiel russe Youri Ouchakov après la rencontre avec Witkoff, « sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, il ne faut pas s’attendre à parvenir à un règlement à long terme ».
Le piège de la reconnaissance
Le danger est clair : un accord négocié par un homme qui valide les « référendums » russes et considère Poutine comme « pas un mauvais gars » risque fort de consacrer les conquêtes territoriales du Kremlin. Ce serait un précédent catastrophique pour l’ordre international, légitimant l’annexion par la force et encourageant d’autres aventures militaires – en Moldavie, dans les pays baltes, ou ailleurs.
L’Institute for the Study of War a noté que « Witkoff a répété sans esprit critique plusieurs affirmations russes inexactes concernant le statut des territoires ukrainiens que la Russie occupe illégalement ». Cette absence de recul critique, combinée à l’exclusion des experts du Département d’État, crée les conditions parfaites pour un accord désastreux.
Trump savait
Le plus troublant dans cette affaire est peut-être que Donald Trump était parfaitement conscient des limites de son émissaire. Dans un discours devant la Knesset israélienne en octobre, Trump a lui-même déclaré qu’il pensait que Witkoff aurait « une réunion de 15 ou 20 minutes » avec Poutine, ajoutant : « Steve n’avait aucune idée de la Russie, n’avait aucune idée de Poutine non plus, ne connaissait pas grand-chose à la politique, n’était pas très intéressé. »
Ces mots sont extraordinaires. Le président des États-Unis reconnaît publiquement que l’homme qu’il a choisi pour négocier l’un des conflits les plus importants de notre époque « n’avait aucune idée » de ce qu’il faisait. Et pourtant, il l’a maintenu à ce poste. Il l’a même défendu face aux critiques.
Cette décision défie toute logique diplomatique. À moins, bien sûr, que l’objectif ne soit pas d’obtenir un accord équitable pour l’Ukraine, mais simplement un accord – n’importe quel accord – qui permettrait à Trump de revendiquer une victoire politique.
L'éditorial du Kyiv Independent pose la question qui fâche
Face à ce spectacle consternant, l’éditorial du Kyiv Independent a posé la question centrale : « Le virage brutal de la politique étrangère américaine peut-il être enraciné dans une incroyable ignorance ? »
La question mérite d’être posée. Comment expliquer autrement qu’une superpuissance confie des négociations aussi cruciales à un homme manifestement non qualifié ? Trois hypothèses émergent.
Première hypothèse : l’incompétence pure. Trump a choisi un ami personnel sans se soucier de ses qualifications, et le système américain n’a pas les garde-fous nécessaires pour empêcher un tel choix.
Deuxième hypothèse : l’indifférence. L’administration Trump ne se soucie pas vraiment du sort de l’Ukraine et veut simplement en finir avec ce dossier, quel qu’en soit le prix pour Kyiv.
Troisième hypothèse : l’alignement délibéré. L’incompétence de Witkoff et sa perméabilité à la propagande russe servent les intérêts de ceux qui, au sein de l’administration, souhaitent un rapprochement avec Moscou au détriment de l’Ukraine.
Ces trois hypothèses ne sont pas mutuellement exclusives. Elles peuvent se combiner pour expliquer le désastre diplomatique en cours.
Les leçons de l'histoire ignorées
L’histoire regorge d’exemples de négociateurs mal préparés qui ont signé des accords catastrophiques. Les accords de Munich en 1938 restent le symbole de la naïveté face aux dictateurs. Neville Chamberlain croyait sincèrement avoir obtenu « la paix pour notre temps » en cédant les Sudètes à Hitler.
La différence avec Witkoff est que Chamberlain, malgré son erreur de jugement, connaissait au moins la géographie de l’Europe. Il savait où se trouvaient les Sudètes. Il comprenait les enjeux territoriaux. Sa faute était d’avoir mal évalué les intentions de Hitler, pas d’ignorer les bases du dossier.
Witkoff, lui, combine l’erreur de jugement de Chamberlain avec une ignorance factuelle qui serait disqualifiante pour un étudiant de première année en relations internationales. C’est un nouveau type de diplomatie : la diplomatie de l’ignorance assumée.
Que faire face à ce désastre
Pour l’Ukraine, les options sont limitées. Kyiv ne peut pas choisir ses interlocuteurs américains. Le pays dépend crucialement de l’aide militaire et du soutien diplomatique des États-Unis. Refuser de négocier avec Witkoff signifierait s’aliéner Washington au pire moment.
Les Ukrainiens tentent donc de composer avec cette réalité. Zelensky continue de rencontrer Trump et ses émissaires. Les diplomates ukrainiens essaient d’éduquer leurs homologues américains sur les réalités du terrain. Mais c’est une course contre la montre face à un interlocuteur qui semble plus intéressé par un accord rapide que par un accord juste.
L’Europe, de son côté, doit assumer une responsabilité accrue. Si les États-Unis abandonnent l’Ukraine à travers un accord négocié par l’incompétence, les Européens devront prendre le relais. Certains signes sont encourageants : les discussions sur les garanties de sécurité européennes progressent, et plusieurs pays ont renforcé leur soutien à Kyiv.
Mais l’Europe seule ne peut pas remplacer les États-Unis. Le rapport de forces avec la Russie n’est pas le même. Sans l’engagement américain, l’Ukraine se retrouverait dans une position de faiblesse dangereuse.
Le verdict de l'histoire
L’histoire jugera sévèrement cette période. Elle retiendra qu’au moment où l’Ukraine avait le plus besoin d’un allié américain compétent et engagé, Washington a envoyé un promoteur immobilier incapable de nommer les régions dont il négociait le sort.
Elle retiendra que cet homme a validé des référendums bidons, répété la propagande du Kremlin, et qualifié Vladimir Poutine de « pas un mauvais gars » – alors même que la Cour pénale internationale avait émis un mandat d’arrêt contre lui pour crimes de guerre.
Elle retiendra que le président des États-Unis savait que son émissaire « n’avait aucune idée » de ce qu’il faisait, et l’a maintenu en poste quand même.
Mais surtout, l’histoire retiendra les conséquences de cette incompétence. Les vies perdues. Les territoires cédés. Les principes abandonnés. Le message envoyé aux autres autocrates du monde : l’agression paie, car l’Occident enverra des amateurs négocier votre impunité.
Pour l’Ukraine, la pilule est amère. Après presque quatre ans de résistance héroïque, après des dizaines de milliers de morts, après avoir défendu les valeurs que l’Occident prétend incarner, le pays se retrouve à la merci d’un homme qui ne sait même pas nommer ses régions.
Steve Witkoff est peut-être « très doué pour vendre et acheter de l’immobilier », comme l’a ironiquement noté Zelensky. Mais l’Ukraine n’est pas un bien immobilier. Et son peuple n’est pas à vendre.
Signé Maxime Marquette
Sources
Kyiv Independent – Editorial: What Steve Witkoff doesn’t get about Ukraine (and Russia)
Kyiv Independent – How Steve Witkoff pushed Ukraine sympathizers out of White House, and led the US into Russia’s arms
Kyiv Independent – Witkoff comments ‘very disturbing’ to Ukraine, Zelensky says
Kyiv Independent – Witkoff parrots Russian propaganda, legitimizing Putin’s claims in Ukraine
Kyiv Independent – Witkoff misunderstood Putin’s Ukraine land swap offer
Kyiv Independent – Trump envoy Kellogg to depart White House
Newsweek – Steve Witkoff says Putin not a « bad guy », stumbles on Ukraine geography
ABC News – Trump envoy Witkoff sparks outcry after backing Kremlin talking points
CNN – Steve Witkoff touts Kremlin talking points in interview
Foreign Policy – On Russia and Ukraine, Steve Witkoff is Trump’s Master of Disaster
RBC Ukraine – EU surprised by Witkoff’s lack of understanding
The Hill – Steve Witkoff has no business negotiating between Russia and Ukraine
Euronews – Trump considers tariff-free zone for Ukraine
Al Jazeera – Ukraine, Russia, US to meet for first trilateral talks
CNBC – Putin meeting set for Thursday, Witkoff says
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