CHRONIQUE : Les 1434 jours qui ont changé le monde – Chronologie d’une guerre d’usure sans précédent
En ce 28 janvier 2026, l’Ukraine affronte ce que beaucoup qualifient de pire crise énergétique depuis le début du conflit. La stratégie russe est d’une cruauté méthodique : détruire systématiquement tout ce qui ressemble à une source d’énergie, transformer le froid en arme de guerre. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, ne mâche pas ses mots : « C’est la première fois en quatre ans de guerre à grande échelle que nous voyons une situation de cette ampleur. »
Les chiffres sont accablants. En 2025, 210 stations de chauffage ont été bombardées, ainsi que des centaines de centrales électriques et de transformateurs. Ce 28 janvier, 639 immeubles d’habitation de la capitale demeurent sans chauffage. Dans la région de Tchernihiv, une frappe de drones Geran à 5 heures du matin a plongé plusieurs localités dans le noir. À Kharkiv, sur la voie ferrée de la communauté de Barvinkove, les secouristes ont retrouvé les corps de quatre victimes et des restes humains après une attaque russe. Le nombre exact de morts n’est pas encore déterminé.
Le bilan humain de cette guerre énergétique est glaçant. Entre le 20 décembre et le 18 janvier, plus de 1 100 Ukrainiens ont reçu des soins d’urgence pour des cas de gelures et d’hypothermie. Plus d’un millier d’entre eux ont dû être hospitalisés. Pendant ce temps, 600 000 personnes ont fui Kyiv en l’espace de deux semaines, vidant la capitale d’une partie substantielle de ses 3,6 millions d’habitants.
Les techniciens de l’énergie sont devenus des soldats de l’ombre, risquant leur vie pour maintenir un semblant de normalité. Depuis le début de la guerre, 160 électriciens ont perdu la vie sous les bombes russes. Ils réparent le jour ce que les missiles détruisent la nuit, dans un cycle sisyphéen qui épuise les ressources et les âmes.
L'Oreshnik, nouvelle terreur venue du ciel
Le 8 janvier 2026, la Russie a franchi un nouveau palier dans l’escalade en frappant la ville de Lviv avec un missile hypersonique Oreshnik. C’était la deuxième utilisation de cette arme redoutable depuis novembre 2024, et la première fois que l’oblast de Lviv, aux portes de l’Union européenne, était touché par un missile balistique.
L’Oreshnik est un engin de mort d’une sophistication terrifiante. Ce missile balistique de moyenne portée peut atteindre une vitesse de Mach 10, soit environ 12 300 kilomètres par heure. Il transporte plusieurs véhicules de rentrée à ciblage indépendant (MIRV), équipés de six ogives contenant des sous-munitions. Et surtout, il peut être armé de charges nucléaires.
Le commandement ukrainien a détecté la frappe à 23h47, notant un missile « se déplaçant à une vitesse d’environ 13 000 km/h ». La cible était une infrastructure gazière souterraine à proximité de Lviv. La Russie a justifié cette attaque comme une « réponse à l’attentat terroriste perpétré par le régime de Kiev » contre une résidence de Vladimir Poutine fin décembre – une accusation que l’Ukraine qualifie de « mensonge ».
Les réactions internationales ne se sont pas fait attendre. Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, a dénoncé une « escalade claire ». Le ministre ukrainien des Affaires étrangères a souligné que l’utilisation d’un tel missile si près des frontières de l’UE et de l’OTAN constituait une « grave menace » pour la sécurité européenne. Plus inquiétant encore, le 18 décembre 2025, le président biélorusse Alexandre Loukachenko annonçait que le système Oreshnik était désormais déployé en Biélorussie et entrait en service de combat.
Les soldats de Kim Jong-un sur le front européen
L’internationalisation du conflit a pris un tournant surréaliste avec l’engagement de troupes nord-coréennes aux côtés de la Russie. Ce qui relevait il y a encore quelques mois de la spéculation est désormais une réalité officiellement reconnue par Pyongyang. La Corée du Nord a confirmé avoir déployé des « sous-unités » de ses forces armées pour participer aux « opérations de libération des zones de Koursk ».
Les chiffres donnent le vertige. Selon les services secrets sud-coréens, 18 000 soldats nord-coréens ont été déployés en deux phases pour soutenir la contre-offensive russe dans la région de Koursk. Les pertes seraient considérables : environ 4 700 victimes, dont 600 morts. Quelque 2 000 soldats blessés auraient été rapatriés en Corée du Nord entre janvier et mars, tandis que les corps des défunts ont été incinérés en Russie avant que leurs cendres ne soient renvoyées dans leur pays.
Le chef d’état-major de l’armée russe, Valéri Guérassimov, a rendu hommage à « l’héroïsme » de ces combattants venus de l’autre bout du monde. C’était la première fois que Moscou reconnaissait officiellement leur participation au conflit. Cette alliance militaire, scellée par un accord de partenariat stratégique signé en juin 2024, prévoit une aide militaire « mutuelle » en cas d’attaque contre l’un des deux pays.
Les observateurs notent cependant que ces soldats, bien que disciplinés et entraînés, sont devenus des cibles privilégiées pour les drones et l’artillerie ukrainiens. Leur manque d’expérience du combat moderne et leur méconnaissance du terrain en font des victimes faciles. Mais qu’importe pour Pyongyang, qui y trouve l’occasion d’aguerrir ses troupes et de renforcer ses liens avec Moscou.
Koursk, l'audace ukrainienne et son épilogue amer
L’offensive ukrainienne dans l’oblast de Koursk, lancée le 6 août 2024, restera comme l’une des opérations les plus audacieuses de ce conflit. Pour la première fois depuis l’opération Barbarossa en 1941, une armée étrangère pénétrait en force sur le territoire russe. L’objectif était double : créer une monnaie d’échange pour d’éventuelles négociations et contraindre l’état-major russe à dégarnir le front ukrainien.
Pendant quelques semaines, l’Ukraine a tenu une portion significative du territoire russe, humiliant Moscou sur la scène internationale. Mais la contre-offensive russe, appuyée par les milliers de soldats nord-coréens, a progressivement grignoté les gains ukrainiens. Le 26 avril 2025, le chef d’état-major russe déclarait le contrôle total de la région de Koursk – une affirmation contestée par Kiev, mais qui traduit l’échec relatif de l’opération.
Sur l’ensemble du front, l’année 2025 a été désastreuse pour l’Ukraine. La Russie s’est emparée de plus de 5 600 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit davantage que les années 2023 et 2024 réunies. Ce chiffre représente près de 1% de la superficie totale de l’Ukraine. Les régions de Donetsk, Zaporijjia, Kherson et Lougansk continuent de s’effriter sous la pression russe.
Davos et les mirages de la paix
C’est dans ce contexte de désolation que se sont tenues, le 22 janvier 2026 à Davos, des discussions au sommet entre les présidents Trump et Zelensky. Le dirigeant ukrainien s’est montré optimiste, affirmant avoir trouvé un accord avec son homologue américain sur les garanties de sécurité. « Les garanties de sécurité, c’est prêt », a-t-il déclaré aux journalistes. « Le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux Parlements nationaux. »
Donald Trump, fidèle à son style, a inauguré son nouveau « Conseil de paix » devant une vingtaine de dirigeants mondiaux, lançant un appel à la Russie : « La guerre doit prendre fin. » Les deux parties ont évoqué des « progrès » et des documents-cadres « approchant des étapes finales ». Un plan de prospérité de 800 milliards de dollars serait même sur la table, liant investissements étrangers et reconstruction post-guerre.
Parallèlement, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Trump, se sont rendus à Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine. Une première réunion trilatérale s’est tenue à Abou Dhabi le 23 janvier, réunissant les délégations russe, ukrainienne et américaine. Selon Witkoff, « il ne reste qu’un point à régler » – le sort des territoires de l’est de l’Ukraine.
Mais derrière ces déclarations optimistes se cache une réalité plus complexe. Dans ses vœux pour 2026, Zelensky affirmait qu’un accord était « prêt à 90% », tout en avertissant que les « 10% restants allaient déterminer le destin de la paix ». Ces 10%, ce sont les questions territoriales, le statut de Donetsk, de Lougansk, de la Crimée. Ce sont les lignes rouges que ni Kiev ni Moscou ne semblent prêts à franchir.
La Chine dans l'ombre
Pendant que l’Occident négocie et que l’Ukraine saigne, la Chine avance ses pions en silence. Selon plusieurs sources concordantes, Pékin aide la Russie à étendre la production de missiles Oreshnik en fournissant des équipements spécialisés et des machines-outils. Cette coopération militaire sino-russe, longtemps soupçonnée, prend désormais une dimension tangible et inquiétante.
Par ailleurs, les forces russes utilisent de plus en plus des drones équipés de systèmes de communication Starlink et de systèmes de navigation alternatifs pour contourner la guerre électronique ukrainienne. La Biélorussie participe activement à la coordination des opérations de drones russes. Le conflit est devenu un laboratoire grandeur nature pour tester et affiner les technologies militaires de demain.
Ce que cette guerre dit de nous
Mille quatre cent trente-quatre jours de guerre, et qu’avons-nous appris ? Que l’Europe, malgré ses déclarations martiales, reste dépendante du parapluie américain. Que les institutions internationales, ONU en tête, sont impuissantes face à l’agresseur quand celui-ci siège au Conseil de sécurité. Que les sanctions économiques, si elles font mal, ne suffisent pas à faire plier un régime autoritaire déterminé.
Cette guerre a révélé la fragilité de l’ordre mondial construit depuis 1945. Elle a démontré que la force brute reste l’arbitre ultime des relations internationales. Elle a exposé les limites de la dissuasion nucléaire quand l’adversaire joue au poker menteur avec l’apocalypse. Et elle a mis en lumière la capacité des sociétés occidentales à s’habituer à l’horreur, à transformer la tragédie en bruit de fond médiatique.
L’Ukraine, elle, continue de résister. Avec une résilience qui force l’admiration, ses habitants endurent les coupures d’électricité, les alertes aériennes, les hivers sans chauffage. Ses soldats tiennent des lignes de front impossibles face à un ennemi supérieur en nombre et en moyens. Son président, quoi qu’on pense de lui, incarne une résistance que beaucoup jugeaient impossible il y a quatre ans.
Et demain ?
Les négociations de Davos et d’Abou Dhabi ouvrent-elles la voie à une paix durable, ou ne sont-elles qu’un énième épisode d’une diplomatie de façade ? L’histoire récente invite à la prudence. Les accords de Minsk, signés en 2014 et 2015, n’ont pas empêché l’invasion de 2022. Les promesses de Trump lors de son premier mandat n’ont guère pesé face à la détermination de Poutine.
Le plan en 20 points négocié fin décembre entre Kiev et Washington prévoit le gel du front dans les régions de Zaporijjia, Kherson, Donetsk et Lougansk. Mais un gel du front n’est pas une paix. C’est au mieux une trêve, au pire un répit avant le prochain assaut. La Russie a démontré sa capacité à jouer sur le temps long, à user l’adversaire et l’opinion publique occidentale.
Pour l’Ukraine, accepter de céder des territoires serait renoncer à un principe fondamental du droit international : l’intégrité territoriale. Ce serait aussi valider la logique de la force, ouvrir la boîte de Pandore pour toutes les velléités expansionnistes du globe. Pour la Russie, se retirer sans gains territoriaux significatifs serait un aveu d’échec politique et militaire que Poutine ne peut se permettre.
Nous voilà donc prisonniers d’une équation sans solution, d’une guerre qui ne peut ni être gagnée ni être arrêtée. Les missiles continueront de tomber, les corps continueront de s’empiler, et les diplomates continueront de parler. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que ces 1434 jours ont changé le monde. Et que rien ne sera plus jamais comme avant.
Un monde en mutation
Au-delà du conflit ukrainien, c’est l’architecture même des relations internationales qui se recompose. L’alliance russo-nord-coréenne, impensable il y a quelques années, est désormais une réalité opérationnelle. La Chine, sans s’engager directement, apporte un soutien logistique et technologique crucial à Moscou. Les BRICS s’affirment comme un contre-pouvoir au bloc occidental. Le monde unipolaire de l’après-Guerre froide cède la place à un ordre multipolaire chaotique et imprévisible.
L’Europe, confrontée à sa plus grave crise sécuritaire depuis 1945, oscille entre réarmement et division. Les pays baltes et la Pologne tirent la sonnette d’alarme, réclamant plus de troupes et plus de moyens. L’Allemagne, traumatisée par son histoire, peine à assumer son statut de puissance militaire. La France joue les médiateurs sans avoir les moyens de ses ambitions. Et le Royaume-Uni, post-Brexit, cherche sa place dans ce nouveau paysage géopolitique.
Quant aux États-Unis, leur engagement fluctue au gré des alternances politiques. Le retour de Trump à la Maison-Blanche a rebattu les cartes, introduisant une dose d’imprévisibilité dans le soutien occidental à l’Ukraine. Sa volonté affichée de conclure un « deal » rapidement se heurte à la complexité d’un conflit qui n’a rien d’une transaction immobilière.
Épilogue provisoire
En ce 1434e jour de guerre, alors que les sirènes hurlent encore sur Kyiv et que les négociateurs peaufinent leurs argumentaires à Davos et Abou Dhabi, une certitude émerge : cette guerre a déjà produit ses effets irréversibles. Elle a militarisé l’Europe, réveillé l’OTAN, renforcé l’axe sino-russe, affaibli le droit international et banalisé l’impensable.
Près de deux millions de victimes militaires, des dizaines de milliers de civils morts, des millions de réfugiés, des villes réduites en cendres, une infrastructure énergétique systématiquement détruite, une génération sacrifiée : tel est le bilan provisoire de ces quatre années de conflit. Et ce bilan ne cesse de s’alourdir, jour après jour, missile après missile, mort après mort.
L’histoire jugera les responsables de cette tragédie. Elle dira si les négociations actuelles ont ouvert la voie à une paix juste ou à une capitulation déguisée. Elle évaluera le rôle de chacun, des décideurs aux observateurs passifs. Mais pour les Ukrainiens qui survivent dans le froid et la peur, pour les soldats russes envoyés mourir dans des tranchées glaciales, pour les familles nord-coréennes qui ne reverront jamais leurs fils, l’histoire est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre.
Pour eux, il n’y a que le présent. Un présent de sirènes et de missiles, de coupures d’électricité et de froides nuits d’hiver. Un présent où chaque aube pourrait être la dernière. Mille quatre cent trente-quatre jours, et la fin n’est toujours pas en vue.
Signé Maxime Marquette
Sources
Al Jazeera – Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,434
RTS – La guerre en Ukraine a fait près de 2 millions de victimes militaires
La Libre Belgique – Le nombre choc de victimes militaires dans la guerre en Ukraine
Radio-Canada – Presque 2 millions de victimes militaires en bientôt quatre ans de guerre
7768667.html »>Franceinfo – La guerre en Ukraine a fait près de deux millions de victimes militaires
Mediazona – Les pertes russes dans la guerre contre l’Ukraine
ONU Info – Ukraine: Massive overnight attack leaves millions in the dark
7760534.html »>Franceinfo – À Kiev, la Russie utilise le froid comme arme
Euronews – Ukraine facing emergency power cuts after Russian strikes
Kyiv Independent – At least 4 killed, 25 injured as Russian strikes hit Kyiv
France 24 – Quand l’Orechnik devient une arme psychologique
7730326.html »>Franceinfo – Nouveau tir du missile Orechnik sur l’Ukraine
Euronews – Russia uses advanced hypersonic Oreshnik ballistic missile
France 24 – La Corée du Nord confirme l’envoi de soldats en Russie
7219728.html »>Franceinfo – Environ 600 soldats nord-coréens tués au combat
Franceinfo – Zelensky dit être parvenu à un accord avec Trump
Washington Post – Zelensky calls on Europe to do more after Trump meeting
La Libre Belgique – La Russie s’est emparée de plus de territoires en 2025
Toute l’Europe – Trump et Zelensky évoquent des progrès dans les négociations
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