Pour comprendre l’ampleur de la menace, il faut examiner ce que sont reellement ces drones Shahed et comment la Russie les utilise. Le Shahed-136, rebaptise Geran-2 par les Russes, est un drone kamikaze (ou munition rodeuse) de conception iranienne. Equipe d’un petit moteur a pistons, il peut parcourir jusqu’a 2 500 kilometres avec une charge explosive de 40 a 50 kilogrammes. C’est une arme relativement simple, lente (environ 180 km/h), bruyante – les Ukrainiens l’ont surnomme « le cyclomoteur » en raison de son bruit caracteristique – mais terriblement efficace quand elle est deployee en masse.
Et c’est precisement la strategie russe : la saturation. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), a partir de septembre 2024, la Russie a considerablement intensifie son utilisation des Shahed, passant d’environ 200 lancements par semaine a plus de 1 000 par semaine en mars 2025. En fevrier 2025, une moyenne de 140 Shahed etait enregistree chaque jour dans le ciel ukrainien. L’objectif est simple : submerger les defenses anti-aeriennes ukrainiennes par le nombre, sachant qu’une partie de ces drones passera inevitablement a travers les mailles du filet.
Malgre le succes continu de l’Ukraine a intercepter ces drones par des moyens electroniques et cinetiques, le nombre hebdomadaire de frappes reussies a atteint environ 110, soit pres de dix fois plus que la moyenne de l’annee precedente. Chaque drone qui passe, c’est potentiellement un immeuble detruit, une centrale electrique endommagee, un train civil en flammes.
La situation s’est encore aggravee avec l’introduction de nouvelles variantes. En mai 2024, une version du Geran-2 equipee d’une ogive plus lourde de 90 kg a ete signalee. En janvier 2026, la Russie a deploye le Geran-5, un nouveau drone a reaction dote d’une ogive de 90 kilogrammes, d’une portee de frappe de 1 000 kilometres, capable d’etre lance depuis des avions Su-25. Il est propulse par un moteur a reaction chinois Telefly et dispose d’un guidage par satellite et modem 3G/4G. L’arsenal de la terreur se perfectionne continuellement.
L'usine de la mort : Alabuga et le pipeline iranien
D’ou viennent ces drones ? La reponse revele l’etendue de la complicite internationale dans le terrorisme russe. Avec les plans et la technologie iraniens, une usine de production situee a Alabuga, dans la zone economique speciale du meme nom en Republique du Tatarstan, a plus de 1 300 kilometres de la frontiere russo-ukrainienne, produit desormais en masse ces drones de mort.
L’emplacement n’est pas anodin : la manufacture se trouve a cote de la riviere Kama, permettant le transport par bateau directement depuis l’Iran via la mer Caspienne. Un veritable pipeline de la terreur, une chaine logistique de l’horreur parfaitement huilee entre Teheran et Moscou.
Mais ce qui rend cette usine encore plus abjecte, c’est ce que les enquetes ont revele sur sa main-d’oeuvre. En juillet 2025, de multiples rapports ont indique que la Russie utilisait des enfants et des adolescents pour assembler les drones Shahed destines a attaquer l’Ukraine. Des enfants construisant des armes pour tuer d’autres enfants. En 2025, des investigations ont egalement revele que de jeunes femmes a travers l’Afrique etaient contraintes de se rendre dans la zone economique speciale d’Alabuga sous de faux pretextes – promesses de travail dans l’hotellerie ou de bourses d’etudes – pour etre ensuite utilisees comme main-d’oeuvre forcee dans l’assemblage des Shahed. L’Afrique du Sud a ouvert une enquete en novembre 2025.
Voila donc le tableau complet : des drones concus par un regime theocratique iranien, assembles en partie par des enfants russes et des femmes africaines exploitees, finances par les petrodollars russes, guides par des technologies chinoises, et lances pour massacrer des civils ukrainiens. Une internationale du crime, une coalition de la barbarie.
Un crime contre l'humanite reconnu
En octobre 2025, les Nations Unies ont franchi un pas important en concluant que l’utilisation par la Russie de vehicules aeriens sans pilote a courte portee contre des civils dans le sud de l’Ukraine constituait un crime contre l’humanite et un crime de guerre. Ce n’est plus une opinion, c’est un constat juridique international. La Russie commet des crimes contre l’humanite. Point final.
Cette qualification n’est pas anodine. Elle implique que ces actes sont systematiques, generalises, et diriges deliberement contre une population civile. Ce n’est pas une bavure occasionnelle, c’est une politique d’Etat. Une politique de terreur assumee, planifiee, executee avec methode.
Le catalogue des horreurs est long. Le 17 octobre 2022, une attaque de drones Shahed sur Kiev a tue quatre civils, dont une femme enceinte de six mois. Les 9-10 fevrier 2024, probablement la frappe individuelle de Shahed la plus meurtriere contre l’Ukraine, un drone s’est ecrase sur un immeuble d’habitation, tuant sept personnes dont des enfants de quatre et sept ans, ainsi qu’un nourrisson. Le 22 novembre 2024, une attaque sur une zone residentielle a Soumy a tue deux civils et en a blesse douze. Le 30 janvier 2025, un Shahed a frappe un immeuble residentiel a Soumy, tuant au moins neuf personnes. Le 23 mars 2025, une frappe sur Kiev a tue au moins trois civils. Le 17 mai 2025, de multiples attaques a travers l’Ukraine ont tue au moins 13 civils et en ont blesse 32.
Et maintenant, le 27 janvier 2026, un train de passagers. La liste s’allonge, inlassablement, inexorablement.
Le contexte diplomatique : la terreur comme instrument de negociation
L’attaque sur le train de Barvinkove s’inscrit dans un contexte diplomatique particulierement cynique. Elle survient au lendemain de pourparlers trilateraux entre Moscou, Kiev et Washington a Abu Dhabi, visant a mettre fin a cette guerre qui dure depuis pres de quatre ans. L’envoye special americain Steve Witkoff avait qualifie ces reunions de « tres constructives ».
Tres constructives ? Pendant que les diplomates echangeaient des politesses dans les palaces des Emirats, les drones Shahed etaient deja en vol vers ce train de civils. Voila comment la Russie negocie : d’une main elle serre celle de ses interlocuteurs, de l’autre elle signe des ordres d’execution contre des innocents.
Zelensky l’a dit clairement : cette attaque a Kharkiv sape les efforts de paix. Comment peut-on negocier serieusement avec un regime qui massacre deliberement des civils au moment meme ou il pretend discuter de la fin des hostilites ? La reponse est simple : on ne peut pas. La Russie ne negocie pas, elle terrorise. Elle utilise la violence contre les civils comme levier de pression, esperant briser la volonte ukrainienne par l’accumulation des horreurs.
« Les Russes ont considerablement augmente leur capacite a tuer, leur capacite a terroriser », a declare Zelensky, appelant la communaute internationale a exercer davantage de « pression » sur Moscou pour stopper son offensive. « La Russie doit etre tenue responsable de ce qu’elle fait. »
Les reactions internationales : entre indignation et impuissance
Face a cette nouvelle atrocite, les reactions internationales n’ont pas tarde. La ministre suedoise des Affaires etrangeres, Maria Stenergard, a qualifie l’attaque d' »insensee » et a declare qu’elle ferait pression pour des mesures supplementaires contre la Russie. La ministre lettonne des Affaires etrangeres, Baiba Braze, a affirme qu' »une pression mondiale maximale est necessaire » en reponse aux attaques russes contre l’Ukraine.
La Premiere ministre ukrainienne Yulia Svyrydenko a declare que l’attaque etait une frappe deliberee sur des civils et l’a qualifiee de crime contre l’humanite. Elle a raison. Mais la question demeure : que fait-on concretement ?
Car voila le noeud du probleme. Les declarations d’indignation se succedent, les condamnations s’accumulent, les qualificatifs les plus severes sont employes – terrorisme, crime contre l’humanite, crime de guerre – mais la Russie continue. Elle continue parce qu’elle peut continuer. Parce que les consequences reelles de ses actes restent insuffisantes pour la dissuader. Parce que l’Iran continue de fournir la technologie, la Chine continue de fournir les composants, et le monde continue d’acheter le petrole et le gaz russes par des voies detournees.
Le rail ukrainien : ligne de vie et cible de choix
Il faut comprendre ce que represente le reseau ferroviaire pour l’Ukraine en guerre. Avec l’espace aerien civil ferme depuis le debut de l’invasion a grande echelle en fevrier 2022, le train est devenu le principal moyen de transport pour les Ukrainiens. C’est par le rail que les familles fuient les zones de combat, que les travailleurs se deplacent, que l’aide humanitaire est acheminee, que le pays continue de fonctionner malgre tout.
Ukrzaliznytsia, la compagnie ferroviaire nationale, est devenue un symbole de la resilience ukrainienne. Ses employes, veritables heros anonymes, maintiennent les lignes en service malgre les bombardements constants, reparant les voies endommagees parfois en quelques heures, assurant la continuite du service meme sous le feu. Attaquer un train de passagers, c’est viser cette resilience, c’est tenter de briser cette ligne de vie.
Ce n’est d’ailleurs pas la premiere fois que la Russie cible les infrastructures ferroviaires ukrainiennes. L’une des attaques les plus meurtrieres de la guerre a eu lieu en avril 2022, lorsque les forces russes ont lance un missile sur la gare de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine, tuant 61 personnes dont plusieurs enfants. La gare etait bondee de civils tentant de fuir les combats. Un missile Tochka-U equipe d’une sous-munition a fragmentation. Sur le missile, les Russes avaient inscrit « Za detei » – « Pour les enfants ». L’ironie macabre de tueurs d’enfants pretendant venger des enfants.
Selon les experts cites par CBS News, les frappes sur les civils ukrainiens et les infrastructures critiques se sont intensifiees ces derniers mois, et la Russie a adapte ses capacites offensives pour contourner les defenses anti-aeriennes ukrainiennes. L’annee derniere, le journal Ukraine Air War Monitor a note une baisse de 18% du taux d’interception des drones par l’Ukraine. Le vice-ministre Oleksii Balesta a declare que la Russie utilisait des drones plus gros en plus grandes quantites, augmentant la letalite de ses frappes.
Cette attaque est decrite comme « l’aboutissement de semaines de menaces sur la securite du systeme ferroviaire ». Ce n’est pas un incident isole, c’est l’escalade logique d’une campagne deliberee de terreur visant les transports civils.
La question Starlink : quand la technologie occidentale pourrait servir le mal
Une dimension troublante de cette affaire merite d’etre mentionnee. Des questions ont ete soulevees quant a l’utilisation potentielle de Starlink pour aider la Russie a cibler les civils. Selon CBS News, des interrogations emergent sur le role eventuel du reseau de satellites d’Elon Musk dans le ciblage des frappes russes.
Si ces allegations s’averaient fondees, elles souleveraient des questions fondamentales sur la responsabilite des entreprises technologiques occidentales dans les conflits armes. Comment une technologie concue pour democratiser l’acces a Internet pourrait-elle finir par servir a guider des drones tueurs vers des trains de civils ? Ces questions meritent des reponses claires et des enquetes approfondies.
Que faire ? L'urgence d'une reponse a la hauteur
Face a cette situation, l’inaction n’est plus une option. Plusieurs mesures s’imposent avec urgence.
Premierement, le renforcement massif des capacites de defense anti-aerienne de l’Ukraine. Le pays a besoin de plus de systemes Patriot, NASAMS, IRIS-T, et autres moyens de defense contre les drones et missiles. Chaque systeme livre peut sauver des dizaines, des centaines de vies civiles.
Deuxiemement, des sanctions renforcees contre le programme de drones iranien et contre tous les acteurs impliques dans la chaine d’approvisionnement des Shahed. Cela inclut les entreprises chinoises fournissant des composants, les reseaux de transport maritime, les institutions financieres facilitant ces transactions.
Troisiemement, la poursuite judiciaire systematique des responsables. Les operateurs de drones, les commandants, les decideurs politiques – tous doivent savoir qu’ils seront poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanite. La Cour penale internationale doit accelerer ses travaux, les juridictions nationales doivent exercer leur competence universelle.
Quatriemement, l’autorisation pour l’Ukraine d’utiliser les armes occidentales contre les bases de lancement de drones en territoire russe. Comment justifier que l’Ukraine puisse etre bombardee depuis le territoire russe sans pouvoir repliquer ? Cette asymetrie est militairement absurde et moralement indefendable.
Cinquiemement, un soutien diplomatique sans faille a l’Ukraine dans toutes les negotiations. Pas de compromis sur la question des crimes de guerre. Pas de realpolitik cynique qui sacrifierait la justice sur l’autel d’une paix illusoire avec un regime terroriste.
Conclusion : nommer le mal pour le combattre
Il est temps d’appeler les choses par leur nom. Ce que la Russie fait en Ukraine n’est pas une « operation militaire speciale ». Ce n’est pas un « conflit ». Ce n’est pas une « guerre conventionnelle ». C’est une campagne de terreur systematique contre une population civile. C’est du terrorisme d’Etat a grande echelle. C’est un genocide en cours d’execution.
Les drones Shahed qui frappent les trains, les immeubles, les hopitaux, les ecoles ukrainiennes ne sont pas des armes de guerre au sens traditionnel. Ce sont des instruments de terreur, concus et deployes avec l’intention deliberee de briser la volonte d’un peuple en massacrant ses civils.
Le regime de Vladimir Poutine est un regime terroriste. Le regime des mollahs iraniens qui fournit ces armes est complice de terrorisme. Tous ceux qui, dans le monde, ferment les yeux sur ces atrocites, qui continuent de commercer avec ces regimes, qui invoquent la neutralite ou les « torts partages », se rendent complices de ces crimes.
Les cinq ou six victimes du train de Barvinkove ne seront pas les dernieres. Demain, d’autres drones frapperont d’autres cibles civiles. D’autres familles seront endeuillees. D’autres corps seront reduits en fragments qu’il faudra identifier par ADN. Sauf si le monde decide enfin d’agir a la hauteur de l’horreur.
Le president Zelensky a raison : « Il n’existe, et il ne peut exister, aucune justification militaire pour tuer des civils dans un wagon de train. » Il n’existe aucune justification, point final. Il n’existe que le mal a l’etat pur, et le devoir moral de le combattre.
L’histoire jugera. Elle jugera les bourreaux russes. Elle jugera les complices iraniens. Et elle jugera aussi tous ceux qui, disposant des moyens d’agir, auront choisi l’inaction, le confort de la non-intervention, la lachete de la neutralite face a l’innommable.
Un train de civils en flammes dans la nuit ukrainienne. Des corps carbonises. Des cris de terreur. Des vies fauchees. Voila ce que la Russie offre au monde en 2026. Voila ce que nous acceptons si nous ne faisons rien.
Il est temps de faire quelque chose.
Signe Maxime Marquette
Sources
UNITED24 Media – Russian Shahed Drones Strike Civilian Passenger Train in Kharkiv Region
CBC News – Russian drone strike on passenger train in Ukraine’s Kharkiv region kills 5
News/World-News/2026/01/28/Ukraine-Russian-drone-strikes-passenger-train/5981769591467/ »>UPI – At least 5 killed, 2 hurt, in Russian drone attack on Ukrainian train
NBC News – Russian strike on passenger train in northeastern Ukraine kills 5
Fox News – Russian drone attack on passenger train is an ‘act of terrorism,’ Zelenskyy says
Al Jazeera – At least three people killed in Russian attacks on Ukraine
Euronews – Russia strikes passenger train in Ukraine, killing five
Radio Free Europe – Russian Attacks Kill Civilians Across Ukraine After Drone Strike On Passenger Train
CSIS – Drone Saturation: Russia’s Shahed Campaign
Shahed_136″>Wikipedia – HESA Shahed 136
CBS News – As Ukraine accuses Russia of terrorism with deadly strike on train
Defence Matters – Kharkiv rail strike raises questions over Russia’s civilian targeting
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