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CHRONIQUE : L’Estonie blinde ses Patria contre les drones et confirme que l’Ukraine est devenue le laboratoire militaire de l’OTAN
Crédit: Adobe Stock

Une révolution militaire née dans les tranchées ukrainiennes

L’invasion russe de l’Ukraine constitue la première guerre de drones à part entière de l’histoire militaire mondiale, un moment charnière qui redéfinit fondamentalement la conduite des opérations armées. Les commandants sur le terrain attribuent désormais entre 70 et 80 pour cent de toutes les pertes russes et ukrainiennes à l’utilisation des drones. Ce chiffre stupéfiant illustre à lui seul l’ampleur de la transformation en cours. Début 2025, l’Ukraine produisait 200 000 drones FPV par mois, des engins peu coûteux à fabriquer mais capables de détruire des chars et d’autres équipements militaires valant des millions de dollars. L’Ukraine est ainsi devenue ce que l’Atlantic Council qualifie de superpuissance du drone, dotée d’une industrie de défense nationale innovante capable de fournir à ses alliés de l’OTAN des enseignements cruciaux sur les réalités de la guerre au vingt et unième siècle.

L’ingéniosité ukrainienne ne se limite pas aux drones terrestres et aériens. Les innovations ukrainiennes ont également transformé la guerre navale de manière spectaculaire. Au cours des deux premières années du conflit, l’Ukraine a utilisé des drones marins pour cibler la Flotte russe de la mer Noire, coulant ou endommageant de nombreux navires de guerre et forçant le reste de la flotte à se replier loin de la Crimée occupée. Ce succès remarquable a permis de lever le blocus naval des ports ukrainiens et de rouvrir les routes commerciales maritimes. En janvier 2025, des drones navals ukrainiens armés de missiles auraient détruit plusieurs hélicoptères russes au-dessus de la mer Noire. Dans une première mondiale absolue, les officiels ukrainiens ont annoncé début mai 2025 avoir abattu deux avions de chasse russes à l’aide de drones marins équipés de systèmes de missiles anti-aériens. L’Ukraine mène également depuis août 2025 une campagne de bombardement ciblant des raffineries pétrolières, des hubs logistiques et des sites industriels militaires en profondeur du territoire russe.

Les leçons concrètes tirées par les troupes ukrainiennes sur les Patria

Ce qui rend l’initiative estonienne particulièrement pertinente, c’est qu’elle s’appuie sur l’expérience directe des troupes ukrainiennes avec des véhicules Patria identiques. Les blindés Patria 6×6, fabriqués en Finlande et fournis à l’Ukraine par la Lettonie, ont été modifiés sur le terrain par les soldats de la 3e brigade d’assaut ukrainienne pour résister aux réalités impitoyables de la guerre dominée par les drones. Contrairement aux premières cages rigides en métal, les filets flexibles développés par les Ukrainiens se sont avérés souvent plus efficaces : ils peuvent capturer un drone ou dévier sa trajectoire, empêchant dans la plupart des cas la charge explosive de détoner au contact du blindage. Cette innovation pragmatique, née de la nécessité du combat, constitue un retour d’expérience d’une valeur inestimable pour les armées alliées.

Un rapport du Baltic Sentinel publié l’été dernier avait pourtant sonné l’alarme en révélant que lors d’un exercice militaire allié en Estonie, ni les véhicules estoniens, ni les véhicules britanniques et français, ni les postes de commandement, ni les campements d’infanterie ne présentaient de filets anti-drones visibles. Le rapport n’avait trouvé qu’un seul exemple estonien d’abri équipé de filets construit pendant un exercice militaire, concluant que les protections anti-drones semblaient cruellement absentes du paysage des exercices militaires baltes. Cette lacune criante semble désormais en voie de correction avec l’installation systématique de protections sur les blindés Patria. La prise de conscience a été brutale mais salutaire, et l’Estonie démontre qu’elle peut réagir rapidement lorsque les leçons du terrain sont clairement identifiées.

Je ne peux m’empêcher de souligner le contraste saisissant entre le rapport alarmant du Baltic Sentinel et la réponse estonienne actuelle. En quelques mois seulement, l’Estonie est passée d’une situation où ses véhicules étaient complètement dépourvus de protection anti-drones à un programme de modernisation qui sera fièrement exhibé lors du défilé national. C’est exactement ce genre de réactivité que j’attends d’un allié de l’OTAN situé en première ligne face à la menace russe. Combien d’autres nations de l’Alliance peuvent en dire autant de leur capacité d’adaptation ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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