Examinons le contenu de ce fameux plan en 28 points, elabore conjointement par Witkoff et Kiril Dimitriev, le patron du fonds souverain russe. Les termes sont edifiants :
L’Ukraine devrait reconnaitre de facto la souverainete russe sur la Crimee, Louhansk et Donetsk. Plus stupefiant encore, Kiev serait contraint de se retirer meme de zones que la Russie n’a jamais reussi a conquerir militairement. L’adhesion a l’OTAN serait definitivement bloquee – non pas reportee, mais interdite a perpetuite. L’armee ukrainienne serait plafonnee a 600 000 hommes, tandis qu’aucune limite comparable ne serait imposee aux forces russes.
Comme l’a souligne l’American Enterprise Institute, ce « traite de paix » est aussi funeste que l’accord de Munich de 1938. Peut-etre pire, car au moins Chamberlain pouvait invoquer l’ignorance de la veritable nature du regime nazi. En 2026, nul ne peut pretendre ignorer ce qu’est Poutine ni ce que signifient ses ambitions imperiales.
La critique de l’European Council on Foreign Relations est sans appel : il s’agit d’une « capitulation absurde de Trump face a Poutine », une « trahison de l’Ukraine » et un « accord desastreux » qui revient a « utiliser la puissance americaine pour offrir a Vladimir Poutine ce qu’il n’a pas reussi a obtenir par les moyens militaires ».
L'ombre de Munich plane sur l'Europe
La comparaison avec 1938 n’est pas qu’une figure de style. Elle s’impose avec une force troublante. A l’epoque, les democraties europeennes avaient cru acheter la paix en sacrifiant la Tchecoslovaquie. Nous connaissons la suite. L’apaisement n’a jamais fonctionne, et il ne fonctionnera pas davantage aujourd’hui.
Kaja Kallas l’a rappele avec force : « C’est de l’apaisement, ca n’a jamais marche. » L’histoire lui donne raison de maniere ecrasante. Pourtant, l’Europe semble prete a repeter les memes erreurs, animee par le meme espoir naif que le predateur se contentera de sa proie actuelle.
Mais Poutine n’est pas Hitler – il est peut-etre plus dangereux encore pour l’Europe contemporaine. Car le maitre du Kremlin a compris quelque chose que ses predecesseurs sovietiques n’avaient pas saisi avec autant d’acuite : l’Occident, et particulierement l’Europe, est mine par le doute, la division et l’absence de volonte strategique. Il suffit d’attendre, de perseverer, de tester les lignes rouges qui n’en sont jamais vraiment, pour obtenir ce que l’on desire.
Selon l’Atlantic Council, Poutine ne peut accepter aucun accord de paix qui garantirait la perennite de l’Etat ukrainien. Son objectif demeure le controle politique total de l’Ukraine. Toute tentative de mettre fin a la guerre sans atteindre cet objectif menacerait la stabilite de son propre regime. En d’autres termes, nous negocions avec quelqu’un qui, par definition, ne peut accepter un compromis veritable.
Trump, le fossoyeur de l'alliance transatlantique
Si l’Europe se trouve dans cette position humiliante, c’est aussi – surtout – parce que l’administration Trump a deliberement choisi de l’exclure. Le president americain a methodiquement ecarte les Europeens du processus de negociation, preferant traiter directement avec Moscou comme si le sort de l’Ukraine et la securite europeenne ne concernaient que Washington et le Kremlin.
Cette approche a ete qualifiee de « nouveau Yalta » par l’European Council on Foreign Relations – une reference historique lourde de sens. En 1945, Roosevelt, Churchill et Staline s’etaient partages le monde d’apres-guerre. Aujourd’hui, Trump et Poutine semblent vouloir redesigner la carte securitaire de l’Europe sans meme consulter les principaux interesses.
Lors d’une conference telephonique recente, le chancelier allemand Friedrich Merz et le president francais Emmanuel Macron ont exprime leurs craintes : « Il y a une possibilite que les Etats-Unis trahissent l’Ukraine sur la question territoriale sans clarte sur les garanties de securite », a declare Macron. Merz a ete encore plus direct, avertissant Zelensky d’etre « extremement prudent dans les jours a venir » car « ils jouent a des jeux, tant avec vous qu’avec nous ».
Le Kremlin, de son cote, se rejouit ouvertement de ces tensions sans precedent entre les Etats-Unis et leurs allies europeens. Les exigences de Trump concernant le Groenland – qu’il veut arracher au Danemark – ont encore aggrave la fracture transatlantique. Moscou poursuit depuis quatre-vingts ans l’objectif d’une rupture de la communaute atlantique et de la disparition de l’OTAN. Trump semble determine a lui offrir cette victoire sur un plateau d’argent.
L'Europe, spectatrice de son propre declin
Face a cette debacle strategique, que fait l’Europe ? Elle s’agite, elle proteste, elle proclame – mais elle n’agit pas vraiment. Oh, il y a bien eu des initiatives : la France et le Royaume-Uni ont signe une « Declaration d’intention » pour deployer des troupes en Ukraine en cas d’accord de paix. L’Union europeenne a approuve un pret de 90 milliards d’euros pour Kiev. Des reunions au format « E5 » rassemblent les cinq principaux contributeurs militaires europeens.
Mais tout cela reste en deca de ce que la situation exige. Comme l’a note Kaja Kallas lors de la Conference annuelle de l’Agence europeenne de defense, l’industrie de defense russe produit en trois mois plus d’armes et de munitions que l’Europe en douze. Poutine consacre plus d’un tiers du budget russe a l’effort militaire – le triple d’avant la guerre. L’economie russe est en mode guerre totale. L’Europe, elle, reste en mode temps de paix.
Le magazine TIME a eu cette formule cruelle mais juste : « L’Europe a perdu l’oreille de Trump sur l’Ukraine. » C’est un euphemisme. L’Europe n’a pas seulement perdu l’oreille de Trump – elle a perdu sa place a la table ou se decide son propre avenir.
Zelensky lui-meme n’a pas mache ses mots, critiquant vivement ses allies europeens pour leur reponse « lente et fragmentee » a l’invasion russe. « L’Europe semble perdue », a-t-il lance, exhortant le continent a devenir une force globale. Mais peut-on devenir une force globale quand on ne parvient meme pas a defendre ses interets vitaux a ses propres frontieres ?
Le reveil tardif et insuffisant
Il serait injuste de pretendre que rien n’a bouge. Plusieurs pays europeens ont pris des engagements significatifs : la France a annonce 2 milliards d’euros supplementaires de soutien a l’Ukraine, l’Allemagne s’est engagee jusqu’a 12 milliards d’euros pour les annees a venir, la Suede a promis 1,4 milliard d’euros d’aide militaire. Les 32 membres de l’OTAN devraient tous atteindre ou depasser l’objectif de 2% du PIB consacre a la defense en 2025, et se sont engages – sous pression americaine – a viser 5% d’ici 2035.
Mais ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils en termes absolus, restent derisoires face a l’ampleur du defi. L’Europe manque cruellement de capacites strategiques essentielles : transport aerien strategique, renseignement, systemes de defense aerienne. Elle demeure dangereusement dependante de la technologie americaine, notamment en matiere de logiciels et de cloud computing. En l’etat actuel, l’Europe serait incapable de deployer une force de reassurance en Ukraine sans le soutien americain.
Le Livre blanc europeen sur la defense trace une voie ambitieuse : liberer jusqu’a 800 milliards d’euros pour la defense, mutualiser les ressources pour des projets communs, combler les lacunes critiques en matiere de drones, de defense aerienne, d’intelligence artificielle et de cybersecurite. Mais ce ne sont que des plans. Et les plans, face aux tanks et aux missiles, ne pesent pas lourd.
La fracture allemande
Au coeur de l’impuissance europeenne se trouve le cas allemand. Pendant que la France et le Royaume-Uni menaient le debat sur une potentielle « Coalition des volontaires » en soutien a l’Ukraine, l’Allemagne – la puissance economique dominante du continent – brillait par son absence. Cela etait du en partie aux relations tendues entre l’ancien chancelier Olaf Scholz et de nombreux autres dirigeants europeens, mais surtout au vide de leadership cree par la chute de sa coalition en novembre 2024.
Le nouveau chancelier Friedrich Merz a commence a repositionner l’Allemagne en soutien a la coalition, meme s’il n’existe pas encore de position gouvernementale officielle. Son nouveau gouvernement, compose de la CDU, de la CSU et du SPD, devrait agir rapidement pour changer cette situation. Mais combien de temps precieux a ete perdu pendant cette periode de flottement ?
L’Allemagne paie aujourd’hui le prix de decennies de naivete strategique. Sa dependance energetique envers la Russie, sa sous-investment chronique dans la defense, sa foi aveugle dans le commerce comme vecteur de paix – tout cela s’est revele etre des erreurs monumentales. Le « changement d’epoque » (Zeitenwende) proclame par Scholz apres l’invasion de 2022 tarde a se concretiser vraiment.
L'Ukraine, cle de voute de la securite europeenne
Il y a une ironie tragique dans la situation actuelle. Les experts europeens reconnaissent de plus en plus que l’Ukraine – avec sa grande armee aguerrie au combat, son industrie avancee de drones et son experience reelle du champ de bataille – constitue un pilier essentiel de toute future architecture de securite europeenne.
Kaja Kallas a formule cette verite avec clarte : « Nous avons cette menace existentielle venant de la Russie en ce moment. La Russie represente une menace existentielle pour notre securite aujourd’hui, demain et aussi longtemps que nous sous-investirons dans notre defense. » Elle a ajoute : « La meilleure facon de prevenir une guerre est d’etre indiscutablement pret a en gagner une. »
Mais sommes-nous prets a gagner une guerre ? La reponse est non. La « Coalition des volontaires » soutenant l’Ukraine fonctionne effectivement sans les Etats-Unis depuis plus d’un an. Mais elle reste fragile, sous-financee, et surtout – elle n’a pas de strategie claire pour la victoire.
Car c’est la le coeur du probleme europeen : l’absence d’objectif strategique clairement defini. Que voulons-nous exactement ? La victoire ukrainienne ? Un compromis acceptable ? Une paix a tout prix ? Selon les analystes d’Euromaidan Press, tant que les Etats-Unis, l’OTAN et l’UE ne peuvent articuler les preconditions des negociations et mettre la puissance militaire derriere leurs exigences, ils doivent cesser de parler de negociations et commencer a parler de victoire ukrainienne et de defaite russe.
Les risques d'un mauvais accord
L’European Union Institute for Security Studies a identifie le risque le plus aigu pour 2026 : un cessez-le-feu en Ukraine aux conditions de la Russie. Les experts le classent comme un risque de premier ordre tant en termes de probabilite que d’impact.
Un tel accord – qui validerait les gains territoriaux obtenus par la force, recompenserait l’agression et laisserait l’Ukraine structurellement vulnerable – enverrait un signal devastateur. Il signifierait que l’Europe ne peut pas faconner son propre environnement securitaire. La dissuasion s’eroderait, et l’UE heriterait d’une frontiere orientale permanemment instable.
Le president polonais Karol Nawrocki l’a dit sans ambages : « Qu’un accord de paix soit signe ou non – malgre les meilleurs efforts du president Trump – la Russie restera une menace pour l’Europe. » C’est une verite que trop de dirigeants europeens preferent ignorer. La paix avec Poutine n’est pas une fin en soi si cette paix ne fait que preparer la prochaine agression.
Rappelons les paroles de Poutine lui-meme en decembre dernier : les objectifs de guerre de la Russie en Ukraine seront atteints « inconditionnellement », et il a jure de « liberer » ce qu’il appelle les « terres historiques » de la Russie. Ce n’est pas le langage d’un homme pret au compromis. C’est le langage d’un imperialiste convaincu de sa mission historique.
L'autonomie strategique, slogan ou realite
Depuis des annees, l’Europe parle d' »autonomie strategique ». Macron en a fait un de ses chevaux de bataille. Mais qu’en est-il vraiment ? Le Lowy Institute a qualifie le moment present de « pivotal » pour l’autonomie strategique europeenne – precisement grace (ou a cause de) Trump. Parfois, il faut un choc pour reveiller les consciences.
Le defi de l’UE, selon le Carnegie Endowment, n’est pas l’absence d’outils mais l’echec a les convertir en puissance durable. L’autonomie strategique restera un slogan tant qu’elle ne sera pas soutenue par un investissement politique de long terme – un projet epochal pour transformer les capacites en veritable capacite d’action independante et stopper le declin strategique de l’Europe.
L’autonomie strategique ne requiert pas la confrontation avec Washington ni l’abandon de l’alliance atlantique. Elle requiert la capacite de dire non quand c’est necessaire, d’agir independamment quand les interets divergent, et de maintenir un projet coherent chez soi. Mais pour cela, il faut une volonte politique qui semble cruellement absente.
Des propositions emergent a Bruxelles : une force permanente de l’UE, un Conseil de securite europeen plus restreint, une Strategie europeenne de securite globale visant a garantir que le continent puisse se defendre seul d’ici 2030. Mais nous sommes en 2026. Quatre ans, c’est a la fois beaucoup et tres peu.
Le moment de verite
Zelensky a eu cette formule terrible lors du Conseil europeen de decembre : « Si l’Europe n’agit pas maintenant, alors toutes les paroles entendues pendant des annees – sur notre solidarite europeenne, notre autonomie, la capacite de l’Europe a defendre la justice dans le monde – n’auront plus aucun sens. Si cela n’est pas fait maintenant, les Russes – et pas seulement eux – sentiront que l’Europe peut etre vaincue. »
Peut-on etre plus clair ? L’Europe est a un moment de verite. Non pas un de ces « moments historiques » que les politiciens invoquent a tout bout de champ pour dramatiser leurs initiatives mineures. Un vrai moment de verite, ou les choix faits aujourd’hui determineront si le projet europeen a un avenir comme acteur strategique ou s’il se condamne a n’etre qu’un nain geopolitique, riche mais impuissant, prosperite mais sans souverainete.
L’European Council on Foreign Relations a titre son analyse de 2026 : « L’annee ou nous arretons de pretendre que ce n’est qu’une phase. » Il est temps, en effet, d’arreter de pretendre. Pretendre que Trump reviendra a la raison. Pretendre que Poutine se contentera de l’Ukraine. Pretendre que le commerce et les liens economiques peuvent remplacer la puissance militaire. Pretendre que quelqu’un d’autre – les Americains, l’OTAN, la providence – assurera notre securite a notre place.
Ce que l'Europe devrait faire
La voie a suivre n’est pas un mystere. Elle est connue, elle a ete maintes fois articulee par des experts, des generaux, des diplomates. Ce qui manque, c’est la volonte de l’emprunter.
Premierement, l’Europe doit cesser d’accepter d’etre exclue des negociations qui la concernent directement. Si les Etats-Unis veulent negocier avec la Russie, soit – mais pas sans la presence et l’accord des Europeens. C’est une question de dignite autant que de strategie.
Deuxiemement, l’Europe doit massifier son soutien a l’Ukraine. Non pas par compassion humanitaire – bien que celle-ci soit legitime – mais par calcul strategique froid. Une Ukraine forte et independante est la meilleure garantie de securite pour l’Europe. Une Ukraine affaiblie ou asservie serait un desastre strategique majeur.
Troisiemement, l’Europe doit accelerer dramatiquement sa montee en puissance militaire. Les 2% du PIB ne suffisent plus. Il faut viser plus haut, plus vite. Et surtout, il faut depenser mieux – en commun, en coordination, avec une veritable integration des capacites.
Quatriemement, l’Europe doit utiliser ses leviers economiques avec bien plus de determination. Les 200 milliards d’euros d’avoirs russes geles sont une arme puissante – si seulement nous avions le courage de l’utiliser. La Belgique, en bloquant la confiscation de ces avoirs, protege-t-elle la credibilite de l’Europe ou l’argent de Poutine ? La question merite d’etre posee.
Cinquiemement, et peut-etre surtout, l’Europe doit retrouver un recit strategique coherent. Que defendons-nous ? Pourquoi ? Jusqu’ou sommes-nous prets a aller ? Sans reponses claires a ces questions, toute action restera hesitante, fragmentee, insuffisante.
La guerre hybride que nous refusons de voir
Pendant que nos dirigeants se perdent dans d’interminables discussions sur les modalites d’une hypothetique paix, la Russie mene deja une guerre contre l’Europe. Pas une guerre conventionnelle avec des chars et des missiles, mais une guerre hybride faite de cyberattaques, de sabotages, de desinformation et de manipulation politique.
Emmanuel Macron l’a souligne dans une interview recente : « La Russie mene une guerre hybride. Elle provoque sur les questions nucleaires, mene des cyberattaques, cible nos hopitaux et nos systemes d’information, et s’engage dans une guerre de l’information pour saper le moral. »
Le president francais a insiste sur le fait que l’Europe doit rester ferme : « Si nous sommes faibles en Ukraine, si nous disons que ce n’est plus notre probleme parce que c’est loin, ce jour-la vous envoyez un signal de faiblesse. Et la Russie continuera d’avancer partout ou nous sommes faibles. »
Chaque jour qui passe sans reponse adequate a cette guerre hybride est une victoire pour Moscou. Et chaque victoire russe renforce la conviction de Poutine que ses tactiques fonctionnent, l’encourageant a aller toujours plus loin.
L'axe des autocraties
L’un des aspects les plus preoccupants de la situation actuelle est l’emergence d’un veritable axe autoritaire qui unit la Russie, la Chine, l’Iran et la Coree du Nord. Ces pays, comme l’a souligne le secretaire general de l’OTAN Mark Rutte, « alimentent la guerre de Moscou contre l’Ukraine et, ensemble, tentent de saper la stabilite et la securite occidentales ».
Face a cette coalition de regimes autoritaires qui coordonnent leurs efforts contre l’ordre international liberal, l’Europe offre le spectacle desolant de ses divisions internes. Pendant que Moscou, Pekin, Teheran et Pyongyang renforcent leur cooperation strategique, les Europeens se querellent sur les modalites de leur propre defense.
Le contraste est saisissant. D’un cote, des regimes autoritaires qui, malgre leurs differences ideologiques et historiques, parviennent a unir leurs forces contre un ennemi commun. De l’autre, des democraties qui, malgre leurs valeurs partagees et leur interdependance economique, semblent incapables de formuler une reponse coherente a la menace qui les guette.
Le prix de la lachete
Il est tentant de croire que la paix a tout prix vaut mieux que la guerre. C’est une illusion dangereuse. Le prix de la paix obtenue par la capitulation n’est pas la paix : c’est la servitude, suivie inevitablement par une guerre plus terrible encore.
Bruno Kahl, le chef du renseignement allemand, a recemment predit que la Russie pourrait chercher a tester l’OTAN avant la fin de la decennie actuelle. Cette prediction n’a rien d’alarmiste : elle decoule logiquement de l’observation du comportement russe. Un Poutine qui sortirait victorieux de la guerre en Ukraine n’aurait aucune raison de s’arreter la.
Les Etats baltes, la Pologne, la Moldavie, la Georgie : tous ces pays savent qu’ils sont potentiellement les prochains sur la liste. C’est pourquoi ils sont les plus vocaux dans leur soutien a l’Ukraine et les plus critiques envers l’apaisement occidental. Ils comprennent, visceralement, ce que signifie vivre a l’ombre de l’imperialisme russe.
L'heure des choix
L’Europe se trouve aujourd’hui a un carrefour historique. Elle peut continuer sur la voie actuelle, celle de la division, de la passivite et de l’apaisement, et accepter de devenir progressivement un protectorat americano-russe, un terrain de jeu pour les grandes puissances qui decideront de son sort sans elle.
Ou elle peut enfin prendre ses responsabilites, s’armer materiellement et moralement pour defendre ses valeurs et ses interets, et assumer le role de puissance que son poids economique et demographique devrait lui conferer.
Le president tcheque Petr Pavel, lors de sa visite a Kiev le 16 janvier, a dit que l’Ukraine etait « prete » a faire des concessions douloureuses pour mettre fin a la guerre, a condition qu’elles menent reellement a la paix. Mais il a egalement averti que l’Europe ne devait pas ceder toute influence aux Etats-Unis. C’est un equilibre delicat, qui exige a la fois realisme et fermete.
Car la vraie question n’est pas de savoir si l’Ukraine devra faire des concessions. La question est de savoir quel type de paix l’Europe est prete a accepter – et a garantir. Une paix qui recompense l’agression et laisse l’Ukraine vulnerable n’est pas une paix : c’est une treve avant la prochaine guerre. Et cette prochaine guerre ne se limitera peut-etre pas a l’Ukraine.
Conclusion : cesser de negocier notre defaite
En negociant sa propre marginalisation, l’Europe ne negocie pas seulement une mauvaise paix pour l’Ukraine. Elle negocie sa propre defaite strategique, sa propre reduction au rang de puissance de second ordre, incapable de defendre ses valeurs et ses interets face aux predateurs du XXIe siecle.
Il n’est peut-etre pas trop tard. Mais l’horloge tourne. Chaque jour de passivite, chaque compromis supplementaire, chaque renoncement incremental rapproche l’Europe d’un point de non-retour. Le moment viendra – peut-etre est-il deja venu – ou il sera trop tard pour inverser la tendance.
L’histoire n’est pas ecrite d’avance. Elle se fait, jour apres jour, decision apres decision. Les dirigeants europeens ont encore le choix : ils peuvent accepter le role de figurants dans un drame ecrit par d’autres, ou ils peuvent se ressaisir et redevenir les acteurs de leur propre destin.
Mais pour cela, il faudrait du courage. Du courage pour affronter des populations fatiguees par la crise. Du courage pour augmenter les budgets militaires au detriment d’autres priorites. Du courage pour tenir tete a un allie americain devenu imprevisible. Du courage pour regarder la realite en face, sans les lunettes roses de l’illusion.
L’Europe a-t-elle encore ce courage ? Les prochains mois nous donneront la reponse. Et cette reponse determinera si nos enfants vivront dans une Europe libre et souveraine – ou dans une Europe qui aura negocie sa propre defaite.
Comme l’ecrivait Winston Churchill apres les accords de Munich : « Vous aviez le choix entre la guerre et le deshonneur. Vous avez choisi le deshonneur, et vous aurez la guerre. » L’Europe de 2026 ferait bien de mediter cette lecon avant qu’il ne soit trop tard.
Signe Maxime Marquette
Sources
Europe must stop negotiating its own defeat – Euromaidan Press
Putin cannot accept any peace deal that secures Ukrainian statehood – Atlantic Council
Trump’s senseless capitulation to Putin is a betrayal of Ukraine – ECFR
2026: The year we stop pretending it’s just a phase – ECFR
How Europe Lost: Can the Continent Escape Its Trump Trap – Foreign Affairs
Europe Has Lost Trump’s Ear on Ukraine – TIME
How Europe Can Find Its Strength in 2026 – TIME
Kaja Kallas Keynote speech EDA Annual Conference 2026 – EEAS
Global Risks to the EU in 2026 – EU ISS
Is the EU Too Weak to Be a Global Player – Carnegie Endowment
A pivotal moment for European strategic autonomy – Lowy Institute
Trump, Ukraine, and Europe’s Three Security Priorities – GMF
Capitulation is not peace: Europe’s strategic failure – New Eastern Europe
Ukraine Peace Treaty Is as Bad as 1938 Munich’s Appeasement – AEI
Former US commander: Trump has ceded Europe to Russia – Euromaidan Press
Czech President in Kyiv: Painful concessions needed for peace – Euromaidan Press
Russia-Ukraine peace deal threat – CNBC
Where do Europe’s citizens stand on the Ukraine peace plan – Euronews
Trump’s peace plan sparks fears in Europe of Ukraine betrayal – The Hill
Macron warns Europe would be wrong to be weak – Anadolu Agency
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.