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CHRONIQUE : L’Ukraine forge une arme de renseignement extérieur capable de frapper au-delà de ses frontières
Crédit: Adobe Stock

Un service forgé dans le creuset de la guerre depuis 2014

Le Service de renseignement extérieur d’Ukraine n’est pas une institution née de la dernière pluie. Créé en 2004 lors de la réorganisation du SBU (le Service de sécurité d’Ukraine), le SZR a acquis son indépendance institutionnelle pour se consacrer exclusivement au renseignement extérieur et à la sécurité des intérêts ukrainiens à l’étranger. Ses missions officielles couvrent la collecte, l’évaluation, l’analyse et la diffusion du renseignement auprès des plus hautes instances décisionnelles ukrainiennes, ainsi que la mise en oeuvre de mesures spéciales dans les domaines politique, économique, militaire et technique. Le service est également chargé de la protection des missions diplomatiques ukrainiennes à l’étranger et participe aux opérations internationales contre le crime organisé, le terrorisme et le trafic de drogue. Mais c’est l’annexion de la Crimée en 2014 et le début du conflit dans le Donbass qui ont véritablement transformé le SZR en un acteur opérationnel de premier plan. Les agents du service ont été déployés dans l’est de l’Ukraine dès les premières hostilités, participant à des missions spécifiques dont les détails demeurent largement classifiés.

L’invasion à grande échelle de février 2022 a accéléré cette mutation de manière exponentielle. Le SZR a joué un rôle crucial dans les semaines précédant l’assaut russe, lorsque ses agents ont infiltré le territoire russe à la mi-février 2022 pour surveiller les concentrations militaires le long des frontières ukrainiennes. Les données recueillies sur les déploiements de troupes et les préparatifs logistiques ont corroboré les avertissements d’une invasion imminente, permettant au commandement ukrainien de mobiliser les réserves et de fortifier les centres urbains clés avant l’assaut du 24 février. Depuis lors, le SZR s’est distingué dans le démantèlement des réseaux d’espionnage russes, tant en Ukraine qu’à l’étranger, dans les opérations spéciales derrière les lignes ennemies et dans le soutien au renseignement pour les forces de défense. Le président Zelensky a lui-même confirmé l’implication du service dans l’élimination de commandants militaires russes de haut rang, une référence à peine voilée aux assassinats ciblés qui ont ponctué le conflit.

Les restructurations d’Ivashchenko et le déploiement au front

Sous la direction d’Oleh Ivashchenko, nommé à la tête du SZR en mars 2024, le service a connu des changements structurels significatifs. Ivashchenko, officier des forces spéciales décoré de l’Ordre de Bohdan Khmelnytsky pour sa participation aux combats en mars 2022, a entrepris de créer des équipes de renseignement technique et des unités de combat directement déployées sur le front. Comme il l’a révélé dans un entretien avec l’agence Ukrinform, peu après sa nomination, une menace d’offensive ennemie se profilait sur l’un des axes de combat. La réponse du SZR a été immédiate : quatre équipes intégrées de renseignement technique et deux unités de combat ont été envoyées sur la ligne de front. Cette décision a marqué un précédent historique pour un service de renseignement extérieur traditionnellement cantonné à l’analyse stratégique et à la collecte d’informations hors des zones de combat. Le SZR est devenu, de fait, un acteur militaire opérationnel sur le théâtre ukrainien.

Cette transformation ne s’est pas faite sans tensions internes. La frontière entre les prérogatives du SZR (renseignement extérieur) et celles du GUR (renseignement militaire) est devenue de plus en plus poreuse, créant des zones de chevauchement qui ont nécessité une coordination renforcée. Le transfert d’Ivashchenko du SZR vers le GUR en janvier 2026 peut d’ailleurs être interprété comme une tentative de résoudre ces frictions institutionnelles en plaçant un même homme successivement à la tête des deux services. Le lieutenant-général connaît désormais intimement les rouages, les capacités et les limites des deux organisations, ce qui devrait faciliter leur intégration opérationnelle. Les priorités identifiées par la direction du renseignement sont claires : évaluer les intentions de politique intérieure et étrangère de la Russie ainsi que sa stabilité économique, et soutenir les forces de défense ukrainiennes par le renseignement sur les chaînes d’approvisionnement et les capacités ennemies.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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