Parlons maintenant de ce qui rend cette controverse si explosive : les drones russes BM-35. Le 26 janvier 2026, selon le conseiller du ministère ukrainien de la Défense Sergey « Flash » Beskrestnov, un drone BM-35 opéré via Starlink a volé pour la première fois jusqu’à Dnipropetrovsk. Ce n’est pas un simple incident isolé. C’est une escalade technologique majeure.
Le BM-35 n’est pas un drone ordinaire. Alimenté par un moteur à essence DLE à deux temps, doté d’un design aérodynamique à aile delta, il peut voler jusqu’à 500 kilomètres. Mais ce qui le rend véritablement dangereux, c’est son intégration avec la technologie Starlink. Comme l’explique Beskrestnov : « Les UAV avec ce type de contrôle sont résistants à la guerre électronique et touchent leurs cibles avec précision sous la direction des opérateurs russes. »
L’Institute for the Study of War (ISW) a tiré la sonnette d’alarme dans sa mise à jour du 13 janvier : « La portée présumée de 500 kilomètres des drones BM-35 connectés à Starlink met la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie à portée de ces drones s’ils sont lancés depuis la Russie ou l’Ukraine occupée. »
Vous avez bien lu. Des régions de Pologne, de Roumanie et de Lituanie. Des pays membres de l’OTAN. Des pays de l’Union européenne. Menacés par des drones russes utilisant une technologie américaine obtenue par des circuits parallèles.
Comment les terminaux arrivent-ils en Russie ?
SpaceX maintient sa position officielle : « Starlink n’est pas actif en Russie, ce qui signifie que le service ne fonctionnera pas dans ce pays. SpaceX n’a jamais vendu ni commercialisé Starlink en Russie, ni expédié d’équipement vers des sites en Russie. »
C’est techniquement vrai. Et c’est techniquement insuffisant.
Selon les services de renseignement ukrainiens, les terminaux Starlink obtenus par l’armée russe l’ont été via des importations par des pays tiers. Autrement dit, des intermédiaires achètent les terminaux légalement dans des pays où Starlink opère, puis les font parvenir en Russie. Une fois sur place, les ingénieurs russes les intègrent dans leurs systèmes d’armement.
Ce que SpaceX pourrait faire, c’est tracer plus rigoureusement ses terminaux, bloquer ceux qui sont détectés en territoire russe ou sur des équipements militaires russes, renforcer les contrôles à l’exportation. Mais pour cela, il faudrait que Musk considère cette question comme une priorité. Et manifestement, insulter des ministres polonais semble plus urgent.
Les experts ont identifié au moins 41 composants de fabrication étrangère dans le drone BM-35. La mondialisation de l’industrie de l’armement rend les sanctions de plus en plus difficiles à appliquer. Les pièces transitent par des dizaines de pays avant d’arriver dans les usines russes. C’est la réalité d’une guerre moderne où la technologie circule plus vite que les réglementations.
La flotte fantôme : les pirates de Poutine
Si l’affaire Starlink illustre les failles de la régulation technologique, la « flotte fantôme » russe révèle l’impuissance européenne face au contournement systématique des sanctions. Ces navires, généralement vieux et mal assurés, enregistrés sous des pavillons de complaisance, permettent à la Russie de continuer à exporter son pétrole malgré l’embargo international. Environ 70% du pétrole russe exporté par voie maritime l’est désormais à bord de ces vaisseaux fantomatiques.
Les estimations varient, mais on parle de 600 à 1 400 bateaux composant cette flotte de l’ombre. Le 17ème paquet de sanctions européennes, adopté en mai 2025, cible près de 345 navires. Mais la flotte se renouvelle plus vite que les listes noires ne s’allongent.
L’arraisonnement du Grinch : un signal fort
Le 22 janvier 2026, la Marine française a réalisé une opération spectaculaire en arraisonnant le pétrolier « Grinch » en mer d’Alboran, une zone comprise entre la péninsule Ibérique et le Maghreb. Les images de l’opération montrent les commandos marine français prenant le contrôle du navire après avoir été déposés en rappel depuis un hélicoptère. Du grand spectacle, mais aussi un message politique fort.
Le Grinch, 249 mètres de long, est un cas d’école de la flotte fantôme. En deux ans, il a changé de pavillon cinq fois : Îles Marshall, Libéria, Gabon, Barbade, puis Comores. En avril 2025, il a même changé de nom, passant de « Carl » à « Grinch ». Il figure sous ce dernier nom sur la liste britannique des navires sous sanctions, mais sous son ancien nom sur les listes européennes et américaines. Ce jeu de passe-passe administratif illustre parfaitement les difficultés de la traque.
Le capitaine du Grinch, un Indien de 58 ans, a été placé en garde à vue avant d’être libéré. L’enquête se poursuit. Le pétrolier reste immobilisé dans le golfe de Fos-sur-Mer. C’est la deuxième opération du genre pour la France après l’interception du Boracay fin septembre 2025, détourné vers Saint-Nazaire.
Mais ces arraisonnements spectaculaires, aussi satisfaisants soient-ils sur le plan médiatique, ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan. La flotte fantôme continue de naviguer, de transporter, de financer la machine de guerre russe. Chaque baril de pétrole vendu via ces circuits parallèles est un baril qui finance des missiles sur Kiev, des drones sur Dnipropetrovsk, des bombes sur Kharkiv.
La menace invisible : les câbles sous-marins
La flotte fantôme ne se contente pas de transporter du pétrole. Elle constitue également un instrument de guerre hybride contre les infrastructures européennes. Le cas de l’Eagle S est emblématique. Ce pétrolier, battant pavillon des îles Cook, est soupçonné d’avoir endommagé le câble électrique EstLink 2 reliant la Finlande à l’Estonie le jour de Noël 2024, ainsi que quatre câbles de télécommunications.
Comment ? En laissant traîner son ancre sur 90 kilomètres au fond de la mer Baltique. Accident ou sabotage ? La justice finlandaise a inculpé trois marins en août 2025 pour « dommages criminels aggravés ». Les propriétaires des câbles ont subi au moins 60 millions d’euros de dommages directs.
Depuis 2023, ce sont pas moins de 10 câbles sous-marins, de communication et de puissance, qui ont été coupés en mer Baltique. Coïncidence ? L’OTAN ne le pense pas. C’est pourquoi l’Alliance a lancé l’opération « Baltic Sentry » le 14 janvier 2025, mobilisant frégates, sous-marins, avions de surveillance et drones navals pour surveiller cette mer devenue zone de confrontation.
En janvier 2026, quatorze États côtiers d’Europe du Nord ont adressé une lettre conjointe à la communauté maritime internationale pour rappeler les obligations juridiques des armateurs. L’Allemagne a pris une mesure inédite le 10 janvier en interdisant à un pétrolier de pénétrer dans ses eaux territoriales, l’obligeant à faire un détour par le nord et la mer de Barents.
Nous assistons à une nouvelle forme de guerre, souterraine et sous-marine, où les infrastructures critiques deviennent des cibles légitimes pour des acteurs qui n’ont plus rien à perdre. Et l’Europe, malgré ses patrouilles et ses sanctions, peine à endiguer cette menace diffuse.
L'Ukraine, trois ans après : la guerre d'usure
Au milieu de ces joutes technologiques et géopolitiques, il y a l’Ukraine. Toujours debout. Toujours en guerre. Toujours dans les tranchées.
La situation sur le front en ce début 2026 est celle d’une guerre d’attrition où chaque avancée se mesure en kilomètres, parfois en centaines de mètres. Selon l’ISW, les forces russes ont conquis 4 831 km² en Ukraine et regagné environ 473 km² dans l’oblast de Koursk en 2025, soit environ 0,8% du territoire ukrainien, avec une progression moyenne de 13,24 km² par jour.
Le général Gerasimov a fanfaronné en affirmant que les forces russes avaient saisi plus de 300 km² dans les deux premières semaines de janvier 2026. L’ISW a rapidement démenti : les gains réels seraient d’environ 73,82 km², soit un quart des revendications russes. La propagande reste une arme comme les autres.
Les grandes batailles d’hier ont laissé place à des combats positionnels. La diffusion des armes de précision et l’observation omniprésente sur le champ de bataille ont rendu les manœuvres de grande ampleur beaucoup plus difficiles pour les deux camps. C’est une guerre de drones, de tranchées, d’endurance.
Le 13 janvier 2026, la Russie a lancé une nouvelle attaque massive contre le réseau électrique ukrainien, tuant au moins quatre personnes. Quatre jours plus tôt, Moscou avait utilisé pour la deuxième fois seulement le missile hypersonique Oreshnik, dans ce que Washington a qualifié d’« escalade dangereuse et inexplicable ».
À l’arrière du front, la situation est difficile. L’électricité est régulièrement coupée jusqu’à 16 heures par jour. Les Ukrainiens vivent dans le froid, dans le noir, sous les bombes. Et pourtant, ils tiennent. Ils résistent. Ils espèrent.
La question des négociations
Les perspectives de négociations semblent au point mort. L’analyste militaire Michael Kofman estime que « la situation au front n’est pas si critique que l’Ukraine doive accepter n’importe quelles conditions ». Mais jusqu’à quand ? La fatigue s’accumule, les ressources s’épuisent, et l’attention internationale se disperse.
Donald Trump avait promis de régler ce conflit en 24 heures. Nous sommes en janvier 2026, et la guerre continue. Le DOGE qu’il avait créé avec Musk pour « économiser 2 000 milliards de dollars » a été démantelé avant terme. Les promesses se sont évaporées. Seuls les morts et les destructions demeurent.
L'Europe face à sa dépendance technologique
L’affaire Starlink soulève une question fondamentale pour l’Europe : pouvons-nous continuer à dépendre d’une infrastructure critique contrôlée par un homme aussi imprévisible qu’Elon Musk ?
La réponse européenne se construit, lentement. Trop lentement. Le programme IRIS², avec ses 290 satellites prévus pour 2029 et son budget de 10,6 milliards d’euros, est censé offrir une alternative. Eutelsat, renforcé par un investissement de 1,35 milliard d’euros de l’État français, tente de se positionner comme concurrent. Airbus, Thales et Leonardo ont annoncé la création de « Project Bromo », une entreprise de fabrication de satellites qui emploiera 25 000 personnes en Europe.
Mais soyons lucides : la constellation Starlink compte plus de 9 422 satellites. Eutelsat en possède une fraction. Le fossé technologique est abyssal. Les experts sont clairs : « Les chances d’Eutelsat d’atteindre la parité avec Starlink dans le segment du haut débit satellitaire de masse dans les cinq prochaines années restent limitées, compte tenu de l’échelle mondiale inégalée de SpaceX dans l’infrastructure LEO. »
L’Allemagne a bien installé 1 000 terminaux Eutelsat en Ukraine en avril 2025, comme alternative aux 50 000 terminaux Starlink. Mais c’est un palliatif, pas une solution. L’Ukraine reste dépendante de Starlink. Et donc, par extension, de la bonne volonté d’Elon Musk.
Une bonne volonté qui, comme nous l’avons vu, s’exprime par des insultes et des refus de prendre ses responsabilités.
Le capitalisme spatial : nouveau terrain de bataille géopolitique
Ce que révèle l’affaire Musk-Sikorski, au-delà des personnalités en jeu, c’est l’émergence d’un nouveau paradigme géopolitique. L’espace n’est plus seulement un terrain d’exploration scientifique ou de compétition entre puissances étatiques. Il est devenu un champ de bataille où les entreprises privées détiennent un pouvoir comparable à celui des États.
SpaceX contrôle 65% des satellites actifs en orbite terrestre. C’est un monopole de fait sur l’infrastructure spatiale mondiale. Et ce monopole est détenu par un homme qui peut, d’un tweet, insulter des ministres, menacer de couper des services vitaux, influencer des guerres.
En mars 2025, Musk avait assuré qu’il ne couperait « jamais » l’accès de l’Ukraine à Starlink : « Pour être extrêmement clair, peu importe à quel point je suis en désaccord avec la politique ukrainienne, Starlink n’éteindra jamais ses terminaux. » Mais qui peut garantir que cette promesse tiendra ? Qui contrôle celui qui contrôle les satellites ?
C’est la question que pose Sikorski, et c’est la question que Musk refuse de répondre, préférant les insultes à l’argumentation.
L’ironie tragique de la situation
Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette situation. Starlink a effectivement révolutionné les communications militaires ukrainiennes. Sans ce réseau satellitaire, l’armée ukrainienne aurait été bien plus vulnérable aux brouillages russes et aux destructions d’infrastructures terrestres. Musk, à ses débuts dans ce conflit, a joué un rôle important.
Mais cette même technologie se retourne maintenant partiellement contre ceux qu’elle était censée aider. Les terminaux Starlink sur les drones russes BM-35 tuent des Ukrainiens. L’épine dorsale des communications militaires ukrainiennes devient aussi, par un effet pervers de la mondialisation technologique, un outil de destruction aux mains de l’ennemi.
Et lorsqu’un allié de l’Ukraine, un pays qui finance directement l’accès ukrainien à Starlink, demande des comptes, il se fait traiter d’imbécile.
Que faire maintenant ?
Face à cette situation, plusieurs pistes s’offrent aux décideurs européens :
Premièrement, accélérer les alternatives européennes. Le programme IRIS² doit être une priorité absolue. 2029, c’est trop tard. Chaque année de retard est une année de dépendance supplémentaire. Les financements doivent être débloqués, les procédures accélérées, les coopérations industrielles renforcées.
Deuxièmement, renforcer la traque de la flotte fantôme. Les arraisonnements français sont un bon signal, mais ils doivent être systématisés. L’opération Baltic Sentry doit être pérennisée et étendue. Les sanctions doivent être appliquées avec plus de rigueur, les pavillons de complaisance traqués, les intermédiaires poursuivis.
Troisièmement, réguler le pouvoir des géants de la tech. L’Union européenne a des outils : le Digital Markets Act, le Digital Services Act. Il est temps de les utiliser pour encadrer les entreprises qui, comme SpaceX, détiennent des monopoles sur des infrastructures critiques. La souveraineté numérique et spatiale européenne doit devenir une réalité, pas un slogan.
Quatrièmement, maintenir le soutien à l’Ukraine. Malgré la fatigue, malgré les coûts, malgré les difficultés. L’Ukraine se bat pour sa survie, mais aussi pour les valeurs que nous prétendons défendre. Chaque recul européen est une victoire pour ceux qui veulent voir triompher la loi du plus fort.
Conclusion : le réveil ou le déclin
L’incident Musk-Sikorski n’est pas une simple querelle de personnalités sur les réseaux sociaux. C’est le symptôme d’une crise plus profonde, celle d’un ordre mondial en mutation où les États perdent pied face à des acteurs privés surpuissants, où les règles internationales sont bafouées par ceux qui ont les moyens de s’en affranchir, où la technologie devient une arme à double tranchant.
La Pologne a raison de demander des comptes. L’Europe a raison de s’inquiéter. Le monde a raison de s’interroger sur la concentration du pouvoir technologique entre les mains de quelques milliardaires aux humeurs changeantes.
Nous sommes à un tournant. L’Europe peut choisir de se réveiller, d’investir dans son autonomie, de défendre ses valeurs et ses intérêts. Ou elle peut continuer à subir, dépendante des caprices de ceux qui contrôlent les satellites, les données, les algorithmes.
Elon Musk traite Radosław Sikorski d’imbécile baveux. C’est vulgaire, c’est indigne, c’est révélateur. Révélateur de l’arrogance de ceux qui pensent que leur fortune les met au-dessus des lois et des nations. Révélateur de notre faiblesse collective face à ces nouveaux seigneurs du monde numérique.
Il est temps de leur rappeler que la démocratie, malgré ses lenteurs et ses imperfections, reste le seul système capable de garantir que le pouvoir soit au service du bien commun et non des égos surdimensionnés.
La guerre en Ukraine continue. Les fantômes de Poutine hantent nos mers. Les satellites de Musk survolent nos têtes. Et nous, citoyens européens, regardons ce spectacle avec un mélange de stupeur et d’impuissance.
Il est temps que cela change.
Signé Maxime Marquette
Sources
Yahoo Actualités France – Guerre en Ukraine : La Pologne appelle Musk
La Nouvelle Tribune – Russie : Elon Musk insulte un ministre polonais
Anadolu Agency – Polish foreign minister accuses Musk’s Starlink
EADaily – The Russian BM-35 under the control of Starlink
Pravda FR – Drone kamikaze BM-35 contrôlé par Starlink
Odessa Journal – Ukrainian forces spot Starlink terminal on Russian BM-35
Boursorama – La France intercepte un pétrolier de la flotte fantôme russe
Franceinfo – La marine française a arraisonné un navire pétrolier
Boursorama – Le capitaine du Grinch placé en garde à vue
Marine & Océans – Immobilisation du pétrolier Grinch
Wikipédia – Flotte fantôme russe
RTBF – 17e train de sanctions européennes
Le Rubicon – Mission Baltic Sentry
Mer et Marine – L’OTAN lance Baltic Sentry
France 24 – Finlande : trois marins inculpés pour sabotage
Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessment
La Lettre Vigie – Bilan guerre d’Ukraine janvier 2026
Franceinfo – Ukraine : 2026 commence dans les tranchées
Euronews – Russia launches major attack on Ukraine
Wikipedia – Department of Government Efficiency
Euronews – Elon Musk leaves Trump administration
Wikipedia – Trump-Musk feud
CNBC – Eutelsat as Europe’s answer to Starlink
Euronews – Project Bromo satellite merger
Data Center Dynamics – EU IRIS² program
Wikipedia – Starlink
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