Le rapport du CSIS etablit une comparaison encore plus saisissante : les pertes russes en Ukraine sont cinq fois superieures a l’ensemble des pertes sovietiques et russes dans tous les conflits depuis la Seconde Guerre mondiale reunis. Afghanistan, premiere guerre de Tchetchenie, deuxieme guerre de Tchetchenie, Georgie, Syrie : additionnez tout cela, multipliez par cinq, et vous obtenez l’Ukraine.
L’Union sovietique a mene une guerre brutale en Afghanistan de 1979 a 1989, perdant officiellement pres de 15 000 soldats tues et 35 000 blesses sur une decennie complete. Ce conflit a contribue a l’effondrement de l’URSS, mine le moral de la population sovietique et cree une generation traumatisee. Les cercueils de zinc revenant de Kaboul sont devenus le symbole d’un empire en decomposition.
Aujourd’hui, la Russie perd en un mois ce que l’URSS a perdu en dix ans en Afghanistan. Et le conflit continue.
Les deux guerres de Tchetchenie, ces boucheries qui ont rase Grozny et fait des centaines de milliers de victimes civiles, ont coute a la Russie entre 20 000 et 50 000 militaires selon les estimations. L’Ukraine depasse ces chiffres en quelques mois seulement.
L'asymetrie des pertes : un ratio accablant
Le rapport du CSIS estime les pertes ukrainiennes entre 500 000 et 600 000, incluant 100 000 a 140 000 morts. Ces chiffres sont terribles, certes. L’Ukraine paie un prix effroyable pour defendre son existence nationale. Mais le ratio des pertes penche nettement en faveur de Kiev : 2,5 pour 1, voire 2 pour 1 selon les estimations.
Autrement dit, pour chaque soldat ukrainien qui tombe, la Russie en perd deux et demi. Cette asymetrie contredit violemment le recit russe d’une armee moderne et professionnelle affrontant des forces inferieures. Elle revele au contraire une armee desorganisee, mal equipee, mal commandee, envoyant ses hommes a la mort dans des assauts frontaux d’un autre age.
Le president ukrainien Volodymyr Zelensky a declare a Davos que les pertes russes atteignaient 35 000 tues par mois en decembre 2025, soit environ 48 Russes tues par heure. Quarante-huit familles detruites chaque heure. Quarante-huit meres qui ne reverront jamais leurs fils. Et ce rythme infernal se maintient mois apres mois.
Des gains territoriaux derisoires
Pour quoi tous ces sacrifices ? Le rapport du CSIS est impitoyable : depuis janvier 2024, les forces russes ont gagne moins de 1,5 % du territoire ukrainien. En 2024, la Russie a capture environ 0,6 % du territoire, suivis de 0,8 % en 2025. Pres d’un million de pertes supplementaires pour moins de 6 000 kilometres carres.
L’avancee russe la plus rapide, l’offensive de Pokrovsk, a progresse de 50 kilometres en pres de deux ans, soit une moyenne de 70 metres par jour. A Chasiv Yar, les forces russes ont avance de 10 kilometres en 22 mois, soit 15 metres quotidiens. Quinze metres. La longueur d’un autobus. Par jour.
Le CSIS compare cette progression aux offensives historiques : a la bataille de Galicie en 1914, les armees avancaient de 1 580 metres par jour. A Koursk-Oboyan en 1943, les Sovietiques progressaient de 3 220 metres quotidiens. Meme durant le siege de Leningrad, l’Armee rouge avancait de 1 000 metres par jour. La Russie de Poutine fait donc dix a deux cents fois moins bien que ses predecesseurs.
« C’est plus lent que presque toutes les campagnes offensives majeures de n’importe quelle guerre du siecle dernier », conclut le rapport. Plus lent que les tranchees de 14-18. Plus lent que Verdun. Plus lent que la Somme. L’armee russe du XXIe siecle performe moins bien que les poilus boueux de la Grande Guerre.
Une economie qui s'effondre
Le CSIS ne se contente pas d’analyser les pertes militaires. Il dresse egalement un portrait economique accablant. La Russie, selon le rapport, « est en declin en tant que puissance majeure avec une croissance lente, une productivite faible et une industrie manufacturiere en recul ».
En 2025, l’industrie manufacturiere russe a decline a son rythme le plus rapide depuis mars 2022, au debut de la guerre. Sept mois consecutifs de contraction, dix mois de baisse des niveaux de production. Les revenus petroliers, nerf de la guerre russe, ont chute avec la baisse des prix mondiaux, creusant le deficit budgetaire.
La croissance economique s’est effondree a 0,6 % en 2025, et le Fonds monetaire international prevoit qu’elle restera anemique, a 0,8 %, en 2026. La Russie ne recoit pratiquement plus d’investissements etrangers et ne peut plus emprunter sur les marches internationaux. Pour financer sa guerre, le Kremlin emprunte sur le marche domestique et augmente les impots, asphyxiant progressivement sa propre population.
Le rapport conclut que la Russie « devient une puissance economique de deuxieme ou troisieme rang ». Le reve imperial de Poutine aboutit a la pauperisation de son propre pays.
Les raisons d'un desastre
Comment expliquer un tel fiasco militaire ? Le CSIS identifie plusieurs facteurs. D’abord, « l’echec a mener efficacement des operations interarmees et combinees ». L’armee russe, malgre ses pretentions, n’a jamais su coordonner l’infanterie, les blindes, l’artillerie et l’aviation dans des manoeuvres coherentes. Elle lance des assauts frontaux stupides, envoie des colonnes blindees sans protection aerienne, gaspille ses troupes dans des attaques vagues apres vague.
Ensuite, « des tactiques et un entrainement mediocres ». Les soldats russes, souvent des conscrits a peine formes ou des prisonniers recrutes dans les prisons, sont jetes au front avec quelques jours d’instruction. Ils ne savent pas utiliser le terrain, manquent de discipline au feu, se font massacrer dans des embuscades previsibles.
La corruption gangrene egalement l’appareil militaire. L’argent destine a l’entretien des blindes a disparu dans les poches des generaux. Les munitions sont perimees, les gilets pare-balles defectueux, les rations alimentaires avariees. Des soldats arrivent au front sans equipement d’hiver, sans premiers secours, parfois sans munitions suffisantes.
Le moral s’effondre. Comment rester motive quand vos camarades tombent par milliers pour avancer de quinze metres ? Quand les ordres sont absurdes, les officiers incompetents, les permissions inexistantes ? Les desertions se multiplient, les refus d’obeissance aussi, meme si le regime les reprime ferocemment.
Enfin, le rapport salue « la strategie ukrainienne efficace de defense en profondeur dans une guerre qui favorise la defense ». L’Ukraine a appris. Elle fortifie ses positions, utilise les drones avec une maitrise redoutable, frappe les depots logistiques russes a l’arriere, rend chaque metre conquis intenable pour l’envahisseur.
Le deni du Kremlin
Face a ce rapport devastateur, comment reagit Moscou ? Avec un deni previsible. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a balaye ces conclusions d’un revers de main : « Je ne pense pas que de tels rapports puissent ou doivent etre consideres comme des informations fiables. » Il a invite les Russes a se fier exclusivement au ministere de la Defense pour les chiffres des pertes.
Petit probleme : le ministere russe de la Defense n’a plus communique sur les pertes depuis septembre 2022, quand il affirmait que moins de 6 000 soldats russes etaient morts. Ce chiffre grotesque, deja risible a l’epoque, est devenu une plaisanterie noire. Le regime ment a sa population, cache les cercueils, interdit aux familles de parler, censure toute mention des pertes reelles.
Mais les meres russes savent. Les epouses savent. Les villages vides de leurs jeunes hommes savent. On ne cache pas un million de victimes sous le tapis. Mediazona et BBC Russia ont documente, nom par nom, 165 661 morts russes en croisant les avis de deces, les publications sur les reseaux sociaux, les registres funeraires. Et ce n’est qu’une fraction du total reel.
Les pertes materielles : une armee qui se devore
Au-dela des vies humaines, la Russie devore son arsenal a un rythme insoutenable. L’etat-major ukrainien estime les pertes russes a plus de 11 500 chars, 24 000 vehicules blindes, 37 000 pieces d’artillerie, 781 avions et plus de 4 000 missiles. Meme en reduisant ces chiffres de moitie pour tenir compte de l’exageration de guerre, les pertes restent catastrophiques.
L’observatoire Oryx, qui ne comptabilise que les pertes visuellement confirmees par photographies ou videos, documente 4 308 chars russes detruits, endommages, abandonnes ou captures au 31 decembre 2025. Les pertes les plus douloureuses incluent deux avions de surveillance Beriev A-50 « Mainstay », des appareils extremement couteux et rares que la Russie ne peut pas remplacer.
L’agence de renseignement militaire americaine estimait en mai 2025 que la Russie avait perdu au moins 10 000 vehicules de combat au sol, dont plus de 3 000 chars, ainsi que pres de 250 avions et helicopteres. La Russie puise desormais dans ses reserves sovietiques, sortant des hangars des T-62 des annees 1960, des vestiges d’une autre epoque.
La Russie peut-elle tenir ?
La question que chacun se pose : combien de temps la Russie peut-elle maintenir ce rythme de saignee ? A 35 000 morts par mois, meme un pays de 145 millions d’habitants finit par manquer de chair a canon. Le regime recrute dans les prisons, offre des primes mirobolantes aux volontaires, mobilise des travailleurs migrants d’Asie centrale, importe des mercenaires nord-coreens.
Mais ces expedients ont leurs limites. Les condamnes recrutes par Wagner sont presque tous morts ou demobilises. Les primes attirent surtout les desesperes des regions les plus pauvres, creant un ressentiment croissant dans ces territoires. Les Nord-Coreens, habitues a une discipline aveugle mais pas aux drones modernes, tombent par centaines.
Le CSIS previent que les pertes combinees russo-ukrainiennes pourraient atteindre 2 millions d’ici le printemps 2026 si le rythme actuel se maintient. Deux millions de victimes pour une guerre absurde declenchee sur des pretextes mensongers, pour satisfaire les delires imperialistes d’un autocrate vieillissant.
L'echec strategique de Poutine
En fevrier 2022, Vladimir Poutine pensait prendre Kiev en trois jours. Il imaginait une promenade militaire, un changement de regime eclair, l’installation d’un gouvernement fantoche et le retour de l’Ukraine dans le giron russe. Pres de quatre ans plus tard, la realite est tout autre.
La Russie n’a pas pris Kiev. Elle n’a pas detruit l’armee ukrainienne. Elle n’a pas renverse Zelensky. Elle a galvanise l’OTAN, qui s’est elargi a la Finlande et a la Suede. Elle a unifie l’Occident contre elle. Elle a transforme l’Ukraine en une nation resolument anti-russe pour des generations. Elle s’est coupee de l’economie mondiale. Elle a revele la mediocrite de ses forces armees au monde entier.
Et surtout, elle a sacrifie un million deux cent mille de ses propres citoyens pour des gains territoriaux marginaux qu’elle peinera a conserver.
Le rapport du CSIS conclut sans ambiguite : « Malgre les affirmations de dynamique sur le champ de bataille en Ukraine, les donnees montrent que la Russie paie un prix extraordinaire pour des gains minimaux et est en declin en tant que grande puissance. »
Les fantomes de l'Afghanistan
L’histoire se repete avec une cruaute ironique. L’Afghanistan a ete la « plaie saignante » de l’Union sovietique, selon l’expression de Mikhail Gorbatchev. Ce conflit a epuise les ressources du regime, mine le moral de la population, alimente le mecontentement qui a conduit a l’effondrement de l’URSS.
L’Ukraine est l’Afghanistan de Vladimir Poutine, mais en pire. Beaucoup pire. Les pertes sont dix fois, vingt fois, cinquante fois superieures. L’hemorragie economique est plus severe. L’isolement international est plus complet. Et contrairement a l’Afghanistan, ou les Sovietiques affrontaient des guerilleros dans des montagnes lointaines, l’Ukraine est aux portes de la Russie, son echec visible de tous.
Les cercueils reviennent en Russie par milliers. Les familles organisent des enterrements discrets, sous la surveillance des autorites. Les villes de province, d’ou viennent disproportionnellement les morts, se vident de leurs jeunes hommes. Le silence impose par le regime n’empeche pas la douleur de se repandre.
Que nous enseigne ce rapport ?
Le rapport du CSIS rappelle plusieurs verites fondamentales. D’abord, que la superiorite numerique brute ne garantit pas la victoire. La Russie dispose de plus d’hommes, de plus de chars, de plus d’artillerie que l’Ukraine, mais elle ne parvient pas a traduire cet avantage en succes operationnel.
Ensuite, que la defense a l’avantage dans la guerre moderne. Les drones, les missiles antichars, les mines, les fortifications rendent les offensives frontales extremement couteuses. L’Ukraine a compris cette realite et l’exploite methodiquement.
Enfin, que le mensonge finit toujours par rattraper ceux qui le propagent. Le Kremlin peut censurer, intimider, arreter, mais il ne peut pas effacer les tombes. Il ne peut pas faire disparaitre les morts. Et tot ou tard, le peuple russe demandera des comptes.
Une tragedie humaine sans fin
Au-dela des statistiques froides, n’oublions jamais que chaque chiffre represente une vie humaine. Chaque unite dans ces colonnes de pertes etait un fils, un pere, un frere, un mari. Des jeunes hommes qui avaient des reves, des projets, des amours. Des hommes qui ne reviendront jamais.
La propagande russe les presente comme des heros morts pour la patrie. La realite est plus sordide : ce sont les victimes d’un regime qui les a envoyes mourir pour des ambitions imperialistes d’un autre age, dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie, pour des objectifs qu’ils ne comprenaient souvent pas.
Et de l’autre cote, les Ukrainiens meurent aussi par dizaines de milliers, defendant leur terre, leurs familles, leur liberte. Leur sacrifice est au moins comprehensible : ils se battent pour leur survie nationale. Mais cela ne rend pas leur mort moins tragique.
Pres de deux millions de victimes, combinees, d’ici quelques mois. C’est le bilan previsionnel de cette guerre insensee. Deux millions de vies brisees, de familles detruites, d’avenirs aneantis. Pour quoi ? Pour quelques milliers de kilometres carres de ruines ?
L'Histoire jugera
Dans les decennies a venir, les historiens etudieront cette guerre avec stupefaction. Comment un dirigeant a-t-il pu lancer une telle entreprise vouee a l’echec ? Comment une grande puissance nucleaire a-t-elle pu se montrer si incompetente militairement ? Comment un million d’hommes ont-ils pu etre sacrifies pour des gains aussi derisoires ?
Vladimir Poutine restera dans l’Histoire comme l’homme qui a detruit la Russie en pretendant la sauver. Celui qui a saigne son pays de sa jeunesse pour satisfaire des fantasmes imperiaux. Celui qui a transforme une grande puissance en Etat paria, economiquement affaibli, militairement humilie, moralement condamne.
Le rapport du CSIS n’est qu’une nouvelle piece a ce dossier accablant. Mais c’est peut-etre la plus terrible : un million deux cent mille pertes, plus que n’importe quelle grande puissance depuis 1945. Un record macabre que la Russie n’effacera pas de sitot.
Et pendant ce temps, quelque part sur le front ukrainien, un autre soldat russe tombe. Puis un autre. Puis un autre. Quarante-huit par heure. Mille par jour. Trente mille par mois. L’hemorragie continue, inexorable, absurde, meurtriere.
Jusqu’a quand ?
Signé Maxime Marquette
Sources
Kyiv Independent – Russian losses in Ukraine ‘more than any major power’ in any war since World War II, report says
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
Euronews – Russia suffers more losses in its war against Ukraine than any other country since WWII
PBS News – Report warns combined casualties in Russia’s war on Ukraine could soon hit 2 million
United24 Media – War in Ukraine Costs Russia Nearly 1.2 Million Casualties
NATO – Remarks by NATO Secretary General at World Economic Forum, Davos
United24 Media – Russian Fatalities Hit Up to 1,000 a Day in December, Says NATO Chief Rutte
CBC News – Russia denies think-tank assessment that 1.2 million of its troops have been killed or injured
Al Jazeera – Over 400,000 Russians killed, wounded for 0.8 percent of Ukraine in 2025
The Moscow Times – Russian Army Makes Biggest Territorial Gains in 2025
War »>Wikipedia – Soviet-Afghan War
Statesmilitarycasualtiesofwar »>Wikipedia – United States military casualties of war
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