Abu Dhabi ou l’illusion du progrès
Les 23 et 24 janvier 2026, Abu Dhabi a accueilli les premières véritables négociations trilatérales entre la Russie, l’Ukraine et les États-Unis depuis le début de l’invasion. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump, et Jared Kushner avaient rencontré Poutine au Kremlin quelques heures auparavant pour des discussions qui se sont prolongées jusqu’à trois heures du matin. Les mots choisis pour décrire ces échanges — constructifs, francs, fructueux — appartiennent au vocabulaire habituel de la diplomatie. Mais derrière ces qualificatifs se cache une réalité bien plus sombre. Youri Ouchakov l’a rappelé sans ambiguïté : sans résolution de la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, il n’y aura pas de règlement durable. Ce que cela signifie concrètement ? L’Ukraine doit céder le Donbass. L’Ukraine doit retirer ses forces des territoires que la Russie revendique mais n’a jamais entièrement conquis.
Zelensky a qualifié ces pourparlers de premiers pas vers la fin de la guerre. Il a évoqué des discussions sur les paramètres possibles d’un cessez-le-feu, sur le besoin d’un contrôle américain du processus, sur la nécessité de garanties de sécurité réelles. Mais dans la même foulée, il a rappelé que les questions les plus sensibles demeurent irrésolues. Le futur du Donbass. Le sort de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. Le statut des territoires occupés. Ce ne sont pas des détails techniques. Ce sont les fondements mêmes de la souveraineté ukrainienne. Et sur ces points, la position russe n’a pas bougé d’un millimètre. Pendant que les délégations discutaient dans les salons climatisés des Émirats, les drones russes frappaient Kyiv et Kharkiv, privant d’électricité des millions d’Ukrainiens en plein hiver.
La cynique synchronisation des missiles et des mots
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, n’a pas mâché ses mots. Poutine a ordonné une frappe massive brutale contre l’Ukraine au moment même où les délégations se réunissaient à Abu Dhabi pour faire avancer le processus de paix mené par l’Amérique. Ses missiles n’ont pas seulement touché notre peuple, ils ont aussi frappé la table des négociations. Cette phrase résume tout le paradoxe de la position russe. D’un côté, le Kremlin multiplie les déclarations sur sa volonté de dialogue. De l’autre, il continue d’infliger des souffrances quotidiennes à la population civile ukrainienne. Les attaques sur les infrastructures énergétiques ont laissé des centaines de milliers de foyers sans chauffage ni eau dans les régions de Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia. Le maire de Dnipro, Borys Filatov, a parlé d’une véritable urgence nationale.
Cette stratégie n’a rien d’accidentel. Elle vise à mettre l’Ukraine à genoux avant même que les négociations ne puissent aboutir. Chaque jour de bombardement supplémentaire affaiblit la position de Kyiv. Chaque coupure d’électricité sape le moral d’une population qui endure déjà quatre années de guerre. Et c’est dans ce contexte que Poutine invite Zelensky à venir s’asseoir en face de lui, à Moscou, pour discuter. Comme si tout cela n’était qu’un désaccord entre voisins qu’on pourrait régler autour d’un thé.
Qu’est-ce qu’une invitation à la paix quand celui qui la propose continue de tuer ? Je pose la question sincèrement. Parce que je cherche à comprendre. Et plus je regarde ce dossier, plus je me demande si nous ne sommes pas tous en train de regarder un spectacle de marionnettes dont les ficelles sont parfaitement visibles. Poutine sait que Zelensky ne viendra jamais à Moscou. Il le sait pertinemment. Alors pourquoi cette invitation ? Pour pouvoir dire ensuite que c’est l’Ukraine qui refuse le dialogue.
Pourquoi Zelensky ne peut pas aller à Moscou
La question de la sécurité qui n’en est pas une
Ouchakov a promis que la sécurité de Zelensky serait garantie. Les conditions de travail nécessaires seraient fournies. Ces assurances, prononcées avec le ton mesuré de la diplomatie russe, sonnent creux quand on les confronte à la réalité. Dan Hoffman, ancien chef de station de la CIA à Moscou, l’a dit sans détour : il n’y a aucune raison pour que Zelensky se rende à Moscou. Poutine a envahi l’Ukraine. Faire confiance aux garanties de sécurité offertes par celui-là même qui cherche à renverser votre gouvernement relève au mieux de la naïveté, au pire de l’inconscience. L’histoire récente regorge d’exemples de promesses russes non tenues. Le Mémorandum de Budapest de 1994, par lequel la Russie s’engageait à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine, n’est plus qu’un bout de papier sans valeur depuis l’annexion de la Crimée en 2014.
Zelensky lui-même a répondu à des invitations similaires par le passé avec une pointe d’ironie mordante : Poutine peut venir à Kyiv. Je ne peux pas aller à Moscou alors que mon pays est sous les missiles, sous les attaques, chaque jour. Je ne peux pas me rendre dans la capitale de ce terroriste. Ces mots, prononcés en septembre 2025 lors d’une interview avec ABC News, restent d’une actualité brûlante. Le président ukrainien a suggéré que l’invitation à Moscou visait précisément à éviter toute rencontre. Si tu veux que la réunion n’ait pas lieu, tu m’invites à Moscou. La manœuvre est transparente. Et pourtant, le Kremlin continue de la présenter comme une preuve de bonne volonté.
Le piège symbolique de la soumission
Au-delà des considérations sécuritaires, se rendre à Moscou comporterait une dimension symbolique dévastatrice pour l’Ukraine. L’analyste militaire Petr Kolchin l’a souligné : l’arrivée de Zelensky à Moscou est improbable parce que, pour le leadership ukrainien, cela signifierait reconnaître sa propre défaite. Kyiv refuse d’accepter la réalité, continue de présenter l’Ukraine comme forte et puissante jusqu’au bout. Mais ces illusions contredisent de plus en plus la réalité et compromettent la capacité du pays à parvenir à un règlement diplomatique. Cette analyse, aussi cynique soit-elle dans sa formulation, touche du doigt une vérité politique fondamentale. Dans le jeu des perceptions internationales, le lieu d’une rencontre au sommet n’est jamais neutre. Accepter de venir sur le territoire de l’agresseur, c’est implicitement reconnaître un rapport de force défavorable.
Sept pays ont proposé d’accueillir des pourparlers de paix : l’Autriche, le Vatican, la Suisse, la Turquie et trois États du Golfe. Sybiha a qualifié ces offres de propositions sérieuses, rappelant que Zelensky est prêt à rencontrer Poutine à tout moment dans n’importe quel format. Mais pas à Moscou. Jamais à Moscou. Cette ligne rouge n’est pas de l’obstination. C’est la préservation d’une dignité nationale qui a déjà été piétinée par quatre années d’invasion brutale.
Le bilan humain qui devrait hanter chaque négociateur
Les chiffres qui hurlent dans le silence des chancelleries
325 000 soldats russes tués. 140 000 Ukrainiens fauchés. Ces estimations du CSIS, publiées le 28 janvier 2026, représentent presque un demi-million de morts sur les champs de bataille. Sans compter les civils. Sans compter les blessés. Sans compter les disparus. Sans compter les traumatisés à vie. Le rapport précise que le bilan total des pertes russes — morts, blessés et disparus — dépasse 1,2 million. Un chiffre équivalent à la population de Bruxelles. Effacée. Engloutie par cette guerre que personne n’arrive à arrêter. Mediazona et BBC News Russian ont documenté plus de 165 000 morts russes identifiés par leur nom, leur visage, leur histoire. 6 302 officiers. 16 672 soldats des troupes motorisées. 19 908 détenus envoyés au front. Chacun de ces chiffres représente une vie interrompue, une famille brisée, un avenir volé.
Les forces ukrainiennes rapportent avoir éliminé 35 000 soldats russes en décembre 2025 seul, confirmé par des images vidéo. 33 000 en novembre. 26 000 en octobre. La courbe est ascendante. Les pertes russes atteignent des niveaux qui ne peuvent plus être soutenus par le recrutement volontaire, selon les analystes ukrainiens. Moscou a atteint son quota de 403 000 recrues en 2025 et prévoit d’augmenter légèrement ce chiffre en 2026. Mais à ce rythme de pertes, même ces efforts pourraient ne plus suffire. Et quelque part dans cette équation macabre, des êtres humains continuent de mourir chaque jour pendant que les diplomates échangent des invitations à prendre le thé.
Un demi-million de morts. J’ai essayé de me représenter ce chiffre. J’ai imaginé un stade rempli à craquer. Puis dix stades. Puis vingt. Et ça ne suffisait toujours pas. Chaque soldat tombé avait un nom que quelqu’un murmurait dans son sommeil. Chaque corps laissé dans une tranchée boueuse était celui d’un fils, d’un père, d’un frère. Et nous voilà à discuter du lieu d’une réunion qui n’aura probablement jamais lieu. Il y a quelque chose de profondément obscène dans ce décalage entre le carnage et le cérémonial diplomatique.
La course contre la mort qui n’attend pas les négociations
Pendant que le Kremlin invite et que Kyiv garde le silence, le front continue de se déplacer. Les forces russes ont gagné 74 miles carrés de territoire ukrainien au cours des quatre dernières semaines, selon l’analyse des données de l’Institute for the Study of War. Une diminution par rapport aux 243 miles carrés de la période précédente, mais une progression néanmoins. Siversk, Hrabovske, Pazeno, Pereizne, Kuzmynivka, Novomykolayivka — autant de noms de villages ukrainiens tombés aux mains de l’occupant depuis le 23 décembre 2025. Des lieux où des gens vivaient, travaillaient, élevaient leurs enfants. Des communautés entières balayées par l’avancée inexorable d’une armée qui refuse de s’arrêter malgré ses pertes astronomiques.
Le coût économique de cette guerre pour la Russie dépasse l’entendement. L’Ukraine estime que Moscou a perdu plus de 11 500 chars, 23 900 véhicules blindés, 36 000 systèmes d’artillerie depuis le début de l’invasion. La valeur totale de ce matériel détruit se chiffre en dizaines de milliards de dollars, laissés sous forme de ferraille dans les champs d’Ukraine. Mais Poutine continue. Les faucons continuent de réclamer la victoire totale. Et les familles russes continuent de recevoir des avis de décès pour des fils qu’on leur avait promis de ramener vivants.
Les enjeux territoriaux qui bloquent tout
Le Donbass comme ligne rouge infranchissable
La question territoriale reste le principal point d’achoppement. Moscou exige le retrait complet des forces ukrainiennes du Donbass — Donetsk et Louhansk — y compris des zones que la Russie revendique mais n’a jamais entièrement conquises. Cette demande implique que l’Ukraine cède environ 5 000 kilomètres carrés de territoire qu’elle contrôle encore dans la région de Donetsk. Pour Zelensky, c’est inacceptable. Pour Poutine, c’est non négociable. Entre ces deux positions, il n’y a pas de terrain d’entente évident. Les pourparlers d’Abu Dhabi ont abordé cette question sans la résoudre. Witkoff avait affirmé à Davos que les négociations n’en étaient plus qu’à un seul point de désaccord. Mais ce point unique est précisément celui qui pourrait faire échouer tout le processus.
Zelensky a proposé la création d’une zone de libre-échange dans l’est de l’Ukraine sous contrôle de Kyiv. Il en a discuté avec Trump à Davos et semble croire que l’idée pourrait être positive pour les affaires ukrainiennes. Mais cette proposition contourne la question fondamentale de la souveraineté. Qui contrôle le Donbass ? Qui décide de son avenir ? Qui y fait régner sa loi ? Ces questions ne se règlent pas avec des zones franches commerciales. Elles se règlent avec des frontières reconnues, des forces de sécurité légitimes, et une population qui choisit librement son destin.
Les garanties de sécurité qui restent à inventer
Zelensky a annoncé le 9 janvier 2026 qu’un accord sur les garanties de sécurité américaines était essentiellement prêt à être finalisé par Trump. Ce document, pierre angulaire de tout règlement potentiel, définirait les conditions dans lesquelles Washington et d’autres alliés occidentaux viendraient en aide à l’Ukraine en cas de nouvelle agression russe. Mais les détails concrets restent flous. Qui interviendrait, et comment ? Avec quelles forces, et dans quels délais ? Les Européens ont évoqué le déploiement de troupes de maintien de la paix après un cessez-le-feu, dans le cadre d’une coalition des volontaires. La France et le Royaume-Uni ont signé une déclaration d’intention avec Zelensky à Paris, prévoyant l’établissement de hubs militaires à travers l’Ukraine.
La réaction russe à ces propositions a été immédiate et sans équivoque. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a qualifié le plan de dangereux et destructeur, affirmant que toutes les unités et installations concernées seraient considérées comme des cibles militaires légitimes. Poutine lui-même a exclu tout déploiement de troupes de pays de l’OTAN sur le sol ukrainien. Cette position ferme soulève une question cruciale : comment garantir la sécurité de l’Ukraine après un éventuel cessez-le-feu si la Russie refuse toute présence internationale ? La réponse n’existe pas encore. Et tant qu’elle n’existera pas, la paix restera un mirage.
On me demande parfois si je crois à la paix en Ukraine. Je voudrais y croire. Sincèrement. Mais chaque fois que je lis les positions des uns et des autres, je me heurte au même mur. La Russie veut tout. L’Ukraine ne peut pas tout donner. Et entre les deux, des êtres humains meurent pendant que nous débattons de formulations diplomatiques. Ce n’est pas du pessimisme. C’est de la lucidité. Et la lucidité, parfois, ça fait mal.
Le rôle ambigu des États-Unis dans cette équation
Trump entre médiateur et partisan
Donald Trump a fait de la fin de la guerre en Ukraine l’un de ses objectifs affichés depuis son retour à la Maison Blanche. Il a menacé la Russie de sanctions supplémentaires si elle ne coopérait pas. Il a rencontré Zelensky à Davos. Il a envoyé Witkoff et Kushner au Kremlin pour des discussions nocturnes avec Poutine. Mais sa position réelle reste difficile à cerner. À bord d’Air Force One en rentrant de Davos, il a déclaré que sa rencontre avec Zelensky s’était bien passée, que Poutine et Zelensky voulaient tous deux un accord, et que tout le monde faisait des concessions pour y parvenir. Des propos rassurants en apparence. Mais le diable se cache dans les détails.
Quelles concessions exactement ? Trump a évoqué les frontières comme principal point de blocage — le même problème depuis six ou sept mois. Il n’a pas précisé ce que Poutine devrait céder. Il n’a pas détaillé les garanties que l’Ukraine obtiendrait en échange de ses sacrifices territoriaux. Cette ambiguïté nourrit les craintes de ceux qui redoutent un accord négocié aux dépens de Kyiv. Zelensky lui-même a critiqué ses alliés européens pour leur réponse lente et fragmentée à l’invasion, une critique qui pourrait également s’appliquer à certains aspects de la médiation américaine.
L’Europe entre solidarité et impuissance
La réunion de la coalition des volontaires à Paris le 6 janvier 2026 a rassemblé un nombre sans précédent de participants — 35 délégués dont 27 chefs d’État et de gouvernement. Emmanuel Macron et Keir Starmer ont affiché leur soutien à l’Ukraine. Des engagements ont été pris sur les défenses aériennes, les fournitures d’armes, le financement de l’industrie de défense ukrainienne. Mais comme l’a reconnu Zelensky, les engagements doivent être ratifiés par chaque pays pour être mis en place après un éventuel règlement. Et tout le monde n’est pas prêt à envoyer des troupes. La prudence des uns tempère l’enthousiasme des autres. Et pendant ce temps, Starmer a rappelé une vérité que beaucoup préfèrent ignorer : il ne peut y avoir de paix que si la Russie fait des compromis, et Poutine ne montre pas qu’il est prêt pour la paix.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exprimé son scepticisme quant à la durabilité des garanties de sécurité américaines. Une position qui n’est pas dénuée de fondement historique, compte tenu des revirements de politique étrangère que Washington a connus au fil des administrations. Mais ce scepticisme est aussi un prétexte commode pour rejeter toute proposition qui ne correspondrait pas aux exigences maximales du Kremlin. L’Europe se retrouve ainsi prise entre deux feux : un allié américain dont les intentions restent floues, et un adversaire russe qui refuse de bouger.
Ce que le silence de Zelensky nous apprend
L’absence de réponse comme message
Peskov l’a confirmé ce 29 janvier : Zelensky n’a réagi d’aucune façon à l’invitation renouvelée de venir à Moscou. Il n’y a eu aucune réponse. Ce silence est éloquent. Il dit le refus sans avoir à l’exprimer. Il évite le piège de la provocation tout en maintenant une position ferme. Dans le langage diplomatique, ne pas répondre est parfois la réponse la plus forte. Car répondre à cette invitation, même par la négative, aurait été lui accorder une légitimité qu’elle ne mérite pas. Pourquoi dignifier une proposition qui ressemble davantage à une mise en scène qu’à une véritable ouverture vers la paix ?
Sybiha a été plus explicite dans sa réaction aux propositions russes. Il a accusé Poutine de formuler des propositions sciemment inacceptables. Sept nations se sont portées volontaires pour accueillir des pourparlers. Ce sont des propositions sérieuses et le président Zelensky est prêt pour une telle rencontre à tout moment. Pourtant, Poutine continue de tourner autour du pot. Cette lecture des intentions russes est partagée par de nombreux observateurs. L’invitation à Moscou n’est pas destinée à être acceptée. Elle est destinée à être refusée, pour permettre ensuite à la propagande russe de présenter l’Ukraine comme l’obstacle à la paix.
La dernière rencontre et ce qu’elle nous dit sur l’avenir
La dernière fois que Zelensky et Poutine se sont rencontrés en personne remonte à décembre 2019, lors des négociations dans le format Normandie à Paris. Depuis l’invasion à grande échelle de février 2022, aucun contact direct n’a eu lieu entre les deux hommes. Poutine a remis en question la légitimité de Zelensky, dont le mandat présidentiel a officiellement pris fin en 2024 — bien que les élections aient été impossibles en raison de la guerre. Cette tactique vise à délégitimer l’interlocuteur avant même que les discussions ne commencent. Comment négocier avec quelqu’un qu’on refuse de reconnaître comme interlocuteur valable ?
Et pourtant, Poutine a aussi déclaré que Moscou était prête à négocier avec n’importe quel représentant ukrainien si Kyiv désirait le dialogue. Cette contradiction apparente illustre la stratégie russe : souffler le chaud et le froid, tendre la main tout en fermant le poing, inviter au dialogue tout en posant des conditions impossibles. Le résultat est une impasse dont personne ne semble pouvoir sortir. Et pendant ce temps, les drones continuent de voler, les missiles continuent de tomber, et les corps continuent de s’empiler des deux côtés de la ligne de front.
Le silence de Zelensky face à cette invitation est peut-être la chose la plus éloquente qu’il ait jamais non-dite. Parce que certaines propositions ne méritent pas de réponse. Parce que certaines mains tendues sont en fait des pièges. Et parce que parfois, la dignité commande de simplement détourner le regard et de continuer à se battre pour ce en quoi on croit. Je ne sais pas si l’Ukraine gagnera cette guerre. Mais je sais qu’elle refuse de perdre sa dignité. Et c’est déjà quelque chose.
Conclusion : L'horizon incertain d'une paix qui se dérobe
Les prochaines étapes d’un processus fragile
Les négociations doivent reprendre à Abu Dhabi le 1er février 2026. Les mêmes délégations. Les mêmes points de désaccord. Les mêmes espoirs fragiles. Witkoff a qualifié les discussions de très constructives et promis qu’elles se poursuivraient. Le Kremlin a reconnu que des défis majeurs subsistaient. L’Ukraine a rappelé que les questions politiques complexes restaient irrésolues. Personne ne s’attend à un miracle. Mais tout le monde espère au moins que le carnage ralentira. Que les bombardements cesseront. Que les familles pourront dormir sans craindre le sifflement des drones au-dessus de leurs têtes.
Zelensky a exprimé sa conviction que la guerre pourrait prendre fin dans la première moitié de 2026. Un optimisme que les faits sur le terrain ne semblent pas justifier pour l’instant. Mais c’est peut-être cet optimisme têtu qui a permis à l’Ukraine de tenir pendant quatre années face à une puissance militaire censée la submerger en quelques semaines. La question n’est plus de savoir si la paix est possible. La question est de savoir quel prix chaque partie est prête à payer pour l’obtenir. Et sur ce point, les positions semblent toujours aussi éloignées.
Ce que cette invitation révèle sur l’état du monde
L’invitation du Kremlin à Zelensky n’est qu’un épisode de plus dans une guerre qui a déjà connu tant de rebondissements. Elle ne changera probablement rien au cours des événements. Zelensky ne se rendra pas à Moscou. Poutine ne viendra pas à Kyiv. Les négociateurs continueront de se retrouver dans des capitales tierces, loin des bombes et des tranchées. Et les soldats continueront de mourir dans l’indifférence de ceux qui ont le pouvoir d’arrêter ce massacre mais choisissent de ne pas le faire. Ce que cette invitation révèle, c’est l’état d’un monde incapable de mettre fin à ses propres folies. Un monde où les invitations à la paix sont des armes de propagande. Un monde où les garanties de sécurité ne valent que le papier sur lequel elles sont écrites. Un monde où la vie humaine pèse moins lourd que les calculs géopolitiques.
Quelque part ce soir, une mère russe reçoit une notification sur son téléphone. Son fils ne rentrera pas. Quelque part ailleurs, une femme ukrainienne serre contre elle les affaires de son mari disparu. La guerre continue. Les invitations se succèdent. Les silences répondent aux provocations. Et demain, tout recommencera. Jusqu’à quand ?
Je termine cet article avec un sentiment de profonde lassitude. Pas la lassitude de celui qui écrit, mais celle de celui qui regarde le monde tourner sans comprendre pourquoi il tourne si mal. Poutine invite. Zelensky se tait. Et entre les deux, des centaines de milliers de vies brisées. Je ne sais pas quand cette guerre finira. Je ne sais pas qui gagnera. Mais je sais une chose avec certitude : chaque jour de plus est un jour de trop. Chaque mort supplémentaire est une mort de trop. Et chaque invitation à la paix qui n’est qu’une mise en scène est une insulte à tous ceux qui souffrent en silence dans les décombres de leurs vies détruites.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du Kremlin, déclarations de Dmitri Peskov et Youri Ouchakov, communiqués du bureau du président ukrainien, dépêches de l’agence TASS, déclarations officielles du Département d’État américain et de la Maison Blanche.
Sources secondaires : Reuters, Associated Press, Euronews, NBC News, ABC News, CBS News, PBS NewsHour, Al Jazeera, The Hill, Modern Diplomacy, Anadolu Agency, Center for Strategic and International Studies (CSIS), Mediazona, BBC News Russian.
Les données statistiques sur les pertes militaires proviennent du rapport du CSIS publié le 28 janvier 2026, des analyses de Mediazona et BBC News Russian, ainsi que des estimations du ministère britannique de la Défense.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les déclarations officielles des parties impliquées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
TASS – Russia considers Moscow sole venue for talks with Zelensky – 29 janvier 2026
Pravda.ru – Kremlin Says Zelensky Ignored Invitation to Visit Moscow – 29 janvier 2026
TASS – Putin-Zelensky meeting, security guarantees: statements by Kremlin aide – 28 janvier 2026
Sources secondaires
Modern Diplomacy – Russia Invites Zelenskiy to Moscow for Peace Talks – 29 janvier 2026
US News – Chechen Leader Kadyrov Says Russia Should Fight War in Ukraine to the End – 29 janvier 2026
NBC News – Russia faces heavy price for limited gains in Ukraine war – 28 janvier 2026
Euronews – Russia suffers more losses than any country since WWII – 28 janvier 2026
Anadolu Agency – Kremlin says Moscow venue only option for Putin-Zelenskyy meeting – 29 janvier 2026
Euronews – Abu Dhabi talks concluded with parties expected to return – 24 janvier 2026
CBS News – Trilateral peace talks concluded constructively – 24 janvier 2026
ABC News – Russia, Ukraine and US hold first trilateral talks – 24 janvier 2026
Mediazona – Russian losses in the war with Ukraine – 16 janvier 2026
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