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CHRONIQUE : Quand Kyiv somme SpaceX de couper Starlink aux drones russes, Fedorov manie le bras de fer diplomatico-technologique
Crédit: Adobe Stock

Un contact établi en quelques heures avec SpaceX

La déclaration de Fedorov rapportée par Ukrinform est remarquable par sa précision diplomatique. Le ministre de la Défense a affirmé que « quelques heures seulement » après l’apparition de drones russes dotés de connectivité Starlink au-dessus des villes ukrainiennes, l’équipe du ministère de la Défense avait « promptement contacté SpaceX » et « proposé des moyens de résoudre le problème ». Cette formulation soigneusement choisie met en avant la réactivité du ministère tout en positionnant l’Ukraine non pas comme un plaignant passif, mais comme un partenaire actif proposant des solutions. Fedorov a ainsi voulu démontrer que son ministère ne se contentait pas de signaler un problème mais qu’il arrivait avec un plan d’action concret.

La stratégie communicationnelle de Fedorov est particulièrement habile. Plutôt que d’attaquer frontalement Elon Musk ou SpaceX, le ministre a choisi la voie de la reconnaissance et de la gratitude. Il a déclaré : « Je suis reconnaissant envers la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, et personnellement envers Elon Musk pour leur réponse rapide et pour avoir commencé à travailler à la résolution de la situation. » Ce remerciement public sert un double objectif stratégique : il engage moralement SpaceX à poursuivre ses efforts en les rendant publics, et il préserve la relation cruciale entre l’Ukraine et l’entreprise dont la technologie constitue l’épine dorsale des communications militaires ukrainiennes.

Le rappel stratégique de l’histoire commune Ukraine-Starlink

Fedorov a également fait un rappel historique d’une importance capitale dans sa déclaration. Il a souligné que « la décision d’Elon Musk d’activer d’urgence Starlink et d’envoyer le premier lot de terminaux en Ukraine au début de l’invasion à grande échelle a été d’une importance cruciale pour la résilience de l’État ukrainien ». Ce rappel n’est pas anodin. En février 2022, c’est Fedorov lui-même, alors vice-Premier ministre et ministre de la Transformation numérique, qui avait publiquement interpellé Musk sur Twitter pour lui demander des terminaux Starlink. En douze heures, Musk avait répondu que le service était activé en Ukraine, et les premiers terminaux étaient arrivés dans les quarante-huit heures. Ce moment fondateur de la relation Ukraine-SpaceX est ainsi rappelé pour souligner l’obligation morale qui lie l’entreprise à la défense ukrainienne.

En évoquant cette histoire partagée, Fedorov trace implicitement une ligne rouge : la technologie qui a sauvé l’Ukraine ne peut pas devenir l’instrument de sa destruction. Le ministre a d’ailleurs ajouté que « les technologies occidentales doivent continuer à soutenir le monde démocratique et protéger les civils, et non être utilisées pour le terrorisme et la destruction de villes paisibles ». Cette phrase dépasse largement le cadre bilatéral Ukraine-SpaceX ; elle s’adresse à l’ensemble de l’industrie technologique occidentale et pose une question fondamentale sur la responsabilité des entreprises privées dans les conflits armés contemporains.

Je trouve la posture de Fedorov remarquablement calibrée. En diplomatie, il est souvent plus efficace de rappeler à quelqu’un ses propres engagements passés que de le menacer. Le fait que Fedorov soit précisément l’homme qui a lancé l’appel à Musk en février 2022 donne à ses paroles d’aujourd’hui un poids particulier. Il y a dans cette démarche une intelligence politique que je ne peux qu’admirer, même si je m’interroge sur sa capacité à produire des résultats concrets face à un interlocuteur aussi imprévisible qu’Elon Musk.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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