Face a cette hemorragie de blindes, l’armee russe a opere ce que les analystes appellent une « demechanisation ». L’une des armees les plus mecanisees au monde, heritiere de la doctrine de la « Bataille en profondeur » sovietique qui terrorisait l’OTAN pendant la Guerre froide, s’est transformee en une armee d’infanterie legere. En 2025, les chars russes ont ete « gares », selon l’expression de plusieurs observateurs, et les assauts sont desormais menes par de petits groupes de fantassins a pied.
Cette mutation tactique n’est pas le fruit d’un choix strategique reflechi. Elle est le resultat d’une contrainte imposee par les realites du champ de bataille moderne. Les drones ont cree ce que les militaires appellent une « zone de mort » qui s’etend desormais sur 15 a 20 kilometres depuis la ligne de front, voire 30 a 40 kilometres dans certains secteurs. Dans cette zone, tout vehicule qui se deplace est repere et detruit en quelques minutes. Mick Ryan, general de brigade australien a la retraite et analyste militaire respecte, note que « dans un rayon de 15 kilometres de la ligne de front, le mouvement de vehicules est difficile, voire impossible ».
Les soldats russes doivent donc marcher. Marcher sur 10, 15, parfois 20 kilometres pour atteindre leurs positions de depart d’assaut. Et quand ils arrivent, epuises, ils doivent encore affronter le feu ukrainien. C’est dans ce contexte que l’utilisation de chevaux prend tout son sens macabre. Les animaux ne declenchent pas les memes alertes que les vehicules motorises sur les systemes de surveillance. Ils peuvent se deplacer dans des terrains ou les routes ont ete detruites par l’artillerie. Ils ne consomment pas de carburant, dans un contexte ou les camions-citernes sont des cibles prioritaires pour les drones ukrainiens.
L'aveu de Sobolev : "Il vaut mieux tuer un ane que deux hommes"
Le lieutenant-general Viktor Sobolev, ce veterant de l’armee sovietique devenu depute communiste, a prononce des mots qui resteront dans l’histoire comme l’epitaphe d’une superpuissance militaire. Interroge sur l’utilisation d’anes et de chevaux par l’armee russe, il a declare avec un cynisme desarmant : « Il vaut mieux tuer un ane que deux hommes dans une voiture transportant des marchandises essentielles pour le combat et la survie des unites sur les lignes de front. »
Cette phrase resume a elle seule la situation catastrophique dans laquelle se trouve l’armee russe. Sobolev a egalement admis qu’il existait « actuellement de tres grandes difficultes pour approvisionner les unites et sous-unites, y compris les groupes d’assaut, en munitions, en equipements militaro-techniques, et aussi en nourriture ». Pour justifier cette regression vers des methodes du XIXe siecle, il a evoque le precedent de la Seconde Guerre mondiale : « Pendant la Grande Guerre patriotique, une partie de notre artillerie etait hippomobile. Elle est arrivee jusqu’a Berlin. »
L’ironie de cette comparaison est cruelle. En 1945, l’Armee rouge combinait effectivement des unites motorisees et des unites a traction animale, mais elle avancait victorieusement vers l’ouest. En 2025, l’armee russe utilise des chevaux et des anes non pas comme complement a une force mecanisee, mais parce qu’elle n’a plus de force mecanisee digne de ce nom. Et elle n’avance pas vers Kiev ou Lviv, mais grignote quelques centaines de metres par jour dans le Donbass au prix de pertes humaines effroyables.
La charge de cavalerie du XXIe siecle : une tragedie en video
Les images diffusees par la 92e Brigade d’assaut ukrainienne en octobre et decembre 2025 ont fait le tour du monde. On y voit des soldats russes a cheval, tentant de mener ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une charge de cavalerie contre des positions ukrainiennes. Le resultat est previsible et tragique. Les drones FPV ukrainiens, ces petits engins telecommandes equipes de charges explosives, ont traque et detruit les cavaliers un par un.
Dans l’une des videos les plus saisissantes, on voit un drone frapper un cavalier russe, le tuant lui et sa monture. Un second cavalier tente de fuir au galop, mais son cheval trebuche et le projette au sol. Le sort de ce soldat n’est pas montre, mais on peut l’imaginer. La 92e Brigade a commente ces images avec une ironie mordante : « Les occupants russes perdent leur equipement si rapidement pendant leurs ‘assauts de viande’ qu’ils sont forces de se deplacer a cheval. Mais meme cela ne les aide pas – les operateurs de drones les neutralisent des qu’ils voient une cible. »
Ces scenes evoquent un tableau d’histoire, une reconstitution de la charge de la Brigade legere ou des dernieres charges de cavalerie de la Premiere Guerre mondiale. Sauf que nous sommes en 2025, et que ces hommes ne sont pas des figurants. Ce sont des soldats envoyes a une mort certaine par un commandement qui n’a plus d’autre option que de jeter de la chair humaine contre des defenses high-tech.
Starlink sur le dos d'un cheval : la fusion du futur et du passe
L’une des images les plus surreelles de cette guerre est apparue sur les reseaux sociaux russes : un terminal Starlink fixe sur le dos d’un cheval. Cette juxtaposition technologique resume l’absurdite de la situation. L’armee russe utilise la technologie satellitaire la plus avancee au monde, developpee par SpaceX, pour maintenir les communications… a dos de cheval. Le XXIe siecle et le XIXe siecle coexistent litteralement sur le meme animal de bat.
Un officier russe, connu sous l’indicatif « Khan », commandant d’une unite d’assaut au sein de la 9e Brigade de la 51e Armee, a meme commence a former des « groupes d’assaut montes » pour une utilisation sur la ligne de front. Il affirme que l’idee de ressusciter la cavalerie, que l’armee sovietique avait officiellement dissoute en 1955, n’est « pas un retour au passe » et presente « certains avantages ». Parmi ces avantages proclames : les « instincts » des chevaux qui les aideraient a eviter les mines, et leur capacite a se deplacer de nuit ou en terrain difficile.
Le professeur Phillips O’Brien, specialiste des etudes strategiques a l’Universite de St Andrews en Ecosse, offre une analyse plus lucide. Interroge par le Wall Street Journal, il a declare : « Je ne suis pas certain que la resurrection de technologies anciennes – filets, fusils de chasse, chevaux – soit un choix delibere. Ce sont des tentatives desesperees de faire face aux vehicules aeriens sans pilote. » En d’autres termes, ce n’est pas de l’innovation, c’est du desespoir.
L'economie de la mort : 100 000 morts pour quelques kilometres
Cette « demechanisation » a un cout humain effroyable. Selon les estimations compilees par plusieurs agences de renseignement occidentales, l’annee 2025 a ete la plus meurtriere pour l’armee russe depuis le debut de l’invasion. Environ 415 000 soldats russes ont ete tues ou blesses au cours de cette seule annee, ce qui represente entre 1 000 et 2 000 pertes par jour. Depuis fevrier 2022, le total des pertes russes approcherait le million – un chiffre sans equivalent depuis la Seconde Guerre mondiale pour une puissance majeure.
Mediazona, le site d’investigation russe, a documente cette hemorragie humaine. Chaque annee de guerre a ete plus sanglante que la precedente. 2023 a depasse 2022, 2024 a largement depasse 2023, et 2025 a battu tous les records precedents. L’armee russe pratique ce que les Ukrainiens appellent les « assauts de viande » (meat assaults) : des vagues d’infanterie envoyees contre des positions fortifiees, sachant que la majorite des assaillants seront tues, dans l’espoir que quelques-uns parviennent a s’infiltrer.
Un soldat de la 129e Brigade ukrainienne decrit cette tactique avec une precision clinique : « En zone urbaine, ils se deplacaient avant par groupes de cinq a sept personnes. Maintenant, c’est trois au maximum. » Un autre combattant ukrainien explique : « Ils comptent sur le fait que deux seront detruits, mais qu’un atteindra quand meme la ville et s’y retranchera. Une centaine de ces groupes peuvent passer en une journee. »
Et pour quel resultat ? Selon le think tank CSIS, les forces russes avancent a un rythme moyen de 70 metres par jour dans l’offensive de Pokrovsk. C’est plus lent que la bataille de la Somme en 1916, l’une des plus sanglantes et des plus statiques de la Premiere Guerre mondiale. Depuis le debut de 2024, la Russie n’a conquis que 1,5% du territoire ukrainien supplementaire, au prix de pres d’un million de victimes.
Les stocks sovietiques : le compte a rebours final
La question que tous les analystes se posent est simple : combien de temps la Russie peut-elle encore tenir ? La reponse depend largement de ses reserves d’equipement, et les nouvelles ne sont pas bonnes pour le Kremlin. Selon les estimations des chercheurs du CEPA et de Re:Russia, 2025 devait etre « la derniere annee ou la Russie peut compter sur ses stocks massifs d’armes conventionnelles de l’ere sovietique ». Si l’intensite des combats reste constante, la plupart des reserves seront epuisees au second semestre de l’annee.
Le rythme de prelevement dans les depots de stockage a d’ailleurs considerablement ralenti. Alors que des milliers de vehicules etaient retires chaque annee en 2022-2023, seuls 342 chars ont ete recuperes entre fevrier 2024 et fevrier 2025. Ce n’est pas parce que la Russie n’en a plus besoin, c’est parce qu’il n’y a plus rien de recuperable. Les chars qui restent dans les depots sont soit cannibalises pour les pieces detachees, soit en trop mauvais etat pour etre remis en service.
La production industrielle russe ne peut pas compenser ces pertes. Avant la guerre, l’usine Uralvagonzavod, seule productrice de nouveaux chars en Russie, fabriquait environ 40 T-90M par an. Meme en poussant la production au maximum, les experts estiment que la Russie ne peut produire plus de 30 a 35 nouveaux chars par mois, alors qu’elle en perd plusieurs dizaines par semaine. Le calcul est implacable : l’armee russe se vide de ses blindes plus vite qu’elle ne peut les remplacer.
Le paradoxe de l'avancee russe
Voici le paradoxe cruel de cette guerre : malgre cette hemorragie de materiel et d’hommes, les forces russes ont continue a avancer en 2025. « La Russie a gare ses chars en 2025 et a gagne 30% de terrain de plus qu’avant », titre Euromaidan Press dans une analyse de janvier 2026. Comment est-ce possible ?
La reponse tient en un mot : sacrifice. En renonçant a l’utilisation massive de vehicules blindes et en adoptant des tactiques d’infiltration par petits groupes, l’armee russe a accepte de payer le prix du sang plutot que le prix de l’acier. Les commandants russes ont fait le calcul cynique que les hommes etaient plus faciles a remplacer que les chars. Avec 30 000 nouvelles recrues par mois, principalement issues des regions les plus pauvres de Russie et des prisons, le Kremlin dispose d’un reservoir humain que meme ces pertes effroyables n’ont pas encore epuise.
Mais cette strategie a ses limites. Le terrain que la Russie devra conquérir en 2026 est different de celui de 2025. Les vastes espaces ouverts entre les villes du Donbass favorisent la defense ukrainienne, equipee de drones et d’artillerie de precision. Les tactiques d’infiltration qui fonctionnaient dans les zones urbaines risquent de se heurter a des difficultés accrues dans ces espaces degages. Et le reservoir humain russe, bien que considerable, n’est pas infini.
L'Ukraine face au futur : robots contre chevaux
Pendant que l’armee russe retourne au XIXe siecle, l’Ukraine investit dans les technologies du XXIe. Dans un rapport de terrain date du 1er janvier 2026, Euromaidan Press titre : « L’Ukraine deploie une armee de robots tandis que la Russie se rabat sur les chevaux. » Cette asymetrie technologique resume l’etat actuel du conflit.
L’Ukraine a fait des drones sa priorite strategique. Selon les estimations, les drones sont desormais responsables de la destruction de 85% des cibles militaires russes sur la ligne de front et de 70 a 80% des pertes russes. Kiev a developpe une industrie nationale de production de drones, tout en recevant des livraisons massives de ses allies occidentaux. Les drones FPV, bon marche et faciles a produire, sont devenus l’arme de predilection pour cibler tout ce qui bouge dans la zone de front – y compris les chevaux.
Les forces ukrainiennes experimentent egalement avec des vehicules terrestres sans pilote (UGV) pour le ravitaillement et l’evacuation des blesses, reduisant ainsi leur propre exposition aux drones russes. C’est une course technologique ou l’Ukraine, malgre des ressources moindres, parvient a innover plus rapidement que son adversaire. Le contraste avec les chevaux russes equipes de terminaux Starlink est saisissant.
Que nous apprend cette guerre sur l'avenir des conflits ?
Au-dela du desastre militaire russe, cette guerre nous enseigne plusieurs leçons fondamentales sur la nature des conflits modernes. Premierement, la masse n’est plus synonyme de puissance. L’armee russe disposait d’une superiorite ecrasante en chars et en vehicules blindes au debut de l’invasion. Cette superiorite s’est averee sans valeur face a des systemes d’armes plus petits, plus agiles et plus intelligents.
Deuxiemement, la transparence du champ de bataille change tout. Les drones, les satellites commerciaux, les reseaux sociaux ont rendu pratiquement impossible de dissimuler des mouvements de troupes ou de materiel. Cette transparence favorise la defense et complique enormement les offensives conventionnelles. D’ou le retour a des tactiques d’infiltration par petits groupes – ou a cheval.
Troisiemement, l’industrie de defense compte plus que les stocks. La Russie pensait pouvoir compter sur ses immenses reserves sovietiques pour mener une guerre prolongee. Ces reserves se sont revelees finies, et souvent en bien plus mauvais etat que prevu. La capacite a produire de nouveaux equipements est desormais plus importante que la taille des arsenaux herites.
Enfin, et c’est peut-etre la lecon la plus sombre, cette guerre nous rappelle que la brutalite reste une option strategique. En acceptant des pertes qui seraient inacceptables pour n’importe quelle democratie occidentale, le Kremlin a reussi a maintenir la pression sur l’Ukraine. L’armee russe de 2025 ressemble davantage a celle de 1916 qu’a celle de 2022, mais elle continue a avancer, metre par metre, cadavre par cadavre.
Conclusion : le crepuscule d'un empire militaire
L’image d’un soldat russe chargeant a cheval contre un drone ukrainien restera comme l’une des plus emblematiques de ce conflit. Elle symbolise l’effondrement d’un mythe, celui de la puissance militaire russe, heritiere de l’Armee rouge victorieuse de 1945. Cette armee qui devait submerger l’Ukraine en quelques jours en est reduite a ressusciter des tactiques que la Grande Guerre avait rendues obsoletes il y a plus d’un siecle.
Bien sur, la guerre n’est pas terminee. La Russie dispose encore de ressources considerables, et la situation sur le terrain reste fluide. Mais quelque chose s’est irremediablement brise dans cette guerre. L’armee russe n’est plus la « deuxieme armee du monde ». C’est une armee epuisee, saignee a blanc, qui jette ses hommes dans un hachoir sans precedent dans l’histoire moderne pour grignoter quelques kilometres de terre devastee.
Le lieutenant-general Sobolev avait raison sur un point : pendant la Grande Guerre patriotique, l’artillerie sovietique hippomobile est effectivement arrivee jusqu’a Berlin. Mais en 1945, l’Armee rouge avancait de centaines de kilometres par mois contre une Allemagne en plein effondrement. En 2025, l’armee russe avance de 70 metres par jour contre une Ukraine qui tient bon depuis bientot trois ans. Les chevaux sont les memes, mais l’histoire ne se repete pas.
Ce que cette guerre nous dit, en fin de compte, c’est que la puissance militaire au XXIe siecle ne se mesure pas en nombre de chars ou en superficie du territoire, mais en capacite d’adaptation, d’innovation et de resilience. Sur ces criteres, la Russie de Vladimir Poutine a deja perdu, quel que soit le trace final des frontieres. Car aucune victoire territoriale, aussi modeste soit-elle, ne pourra effacer l’humiliation d’une superpuissance militaire autoproclamee reduite a envoyer des cavaliers contre des drones.
Signe Maxime Marquette
Sources
Global Defense Corp – Losing all armors Putin’s Army is now fighting in Ukraine on Horseback
Global Defense Corp – Ukraine destroyed Russia’s cavalry units using horses in combat
The Moscow Times – Russian Army’s Use of Donkeys in Ukraine Underscores a Staggering Equipment Shortage
Newsweek – Russia Deploys Donkeys, Camels in Ukraine Amid Resupply Struggles
Newsweek – Russia Appears To Deploy Troops on Horseback in Ukraine
Kyiv Post – Russian Soldiers on Horseback Attempted Cavalry Assault on Ukrainian Positions
Kyiv Post – Russian Troops Strap Starlink Terminals to Horses
Euromaidan Press – Drone vs horseman: Ukrainian FPV strike ends bizarre Russian cavalry charge
Euromaidan Press – Russia parked the tanks in 2025 and gained 30% more ground
Euromaidan Press – Frontline report: Ukraine fields army of robots as Russia falls back on horses
Militarnyi – Ukrainian FPV Drone Eliminates Russian Soldier on Horseback
Militarnyi – The Kill Zone of Modern Warfare
United24 Media – Why Would Russia Revive Horse Cavalry on the Battlefield in the Age of War Drones?
United24 Media – Russia Continues Using Cavalry in Failed Assault
United24 Media – Russia’s Tank Reserves Are Rapidly Depleting
Medium – Russia’s Battlefield Horses Are Desperation, Not Innovation
Outono – Russia ended 2025 with losses of more than 13,800 armored vehicles in Ukraine
European Security and Defence – Russia losing armour in Ukraine at an unsustainable rate
DefenseScoop – Ukraine destroyed 3,000 Russian tanks in past year
The National Interest – 2025 Was a Really Bad Year to Be a Russian Soldier
Mediazona – Russian army in 2025: Record bloodshed
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
CEPA – Russia’s Year of Truth: The Missing Military Hardware
Mick Ryan – Seven Contemporary Insights on the State of the War in Ukraine
Ukraine Today – From 7,342 to 32: Satellite Analysis Shows Russia’s Depot Armor Is Nearly Spent
Military.com – Ukrainian Drones Attack Russian Cavalry Troops in Rare 21st-Century Encounter
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.