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CHRONIQUE : Quand le chef de l’OTAN dit aux Européens de continuer à rêver, c’est tout un continent qui se réveille en sursaut
Crédit: Adobe Stock

Non, cher Mark Rutte

La réponse de la France ne s’est pas fait attendre. Et elle fut cinglante. Quelques heures après les déclarations de Rutte au Parlement européen, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a pris sa plume — ou plutôt son clavier — pour poster sur X (anciennement Twitter) une réponse qui allait enflammer les réseaux sociaux. « Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur propre sécurité. Même les États-Unis sont d’accord. C’est le pilier européen de l’OTAN. » Ces quelques mots, en apparence anodins, constituent en réalité une rupture diplomatique majeure. Un ministre des Affaires étrangères d’une grande puissance qui reprend publiquement le secrétaire général de l’OTAN sur les réseaux sociaux, cela ne se fait pas. Cela ne s’est jamais fait. Mais nous ne sommes plus dans les temps normaux.

Benjamin Haddad, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, a renchéri dans une interview à la chaîne allemande DW. Il a pointé du doigt un fait que Rutte avait soigneusement évité de mentionner : c’est l’Europe, pas les États-Unis, qui est aujourd’hui le plus grand donateur à l’Ukraine. « Nous devons aller beaucoup plus loin sur la défense. Nous n’avons pas d’autre choix. Nous voyons un monde qui devient plus brutal, plus violent. Nous voyons des menaces venant d’alliés américains contre la souveraineté du Danemark », a-t-il déclaré. La référence aux menaces de Trump sur le Groenland était à peine voilée. « Il est temps de prendre les choses en main et de défendre notre sécurité. » L’ancienne ambassadrice de France auprès de l’OTAN, Muriel Domenach, a été encore plus directe sur X : « Brandir la faiblesse européenne pour sécuriser la garantie est une pensée dépassée et envoie le mauvais message à la Russie. »

Je dois avouer que la réponse française m’a fait du bien. Pas parce qu’elle est nécessairement juste — le débat reste ouvert — mais parce qu’elle montre que quelqu’un, quelque part, refuse de s’aplatir. Il y a quelque chose de profondément troublant à voir le chef de notre alliance militaire nous expliquer que nous sommes incapables de nous défendre. C’est vrai, techniquement. Mais est-ce vraiment le message qu’on veut envoyer à Moscou ? « Hey Poutine, au fait, sans les Américains, on est cuits » ? La France a raison sur un point : ce n’est pas en proclamant notre impuissance qu’on va dissuader qui que ce soit.

Le paradoxe nucléaire français

La France n’est pas n’importe quel pays européen dans ce débat. C’est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Elle possède environ 290 ogives nucléaires, une force de frappe indépendante héritée de la doctrine gaulliste. L’année dernière, le président Emmanuel Macron a même évoqué l’idée d’étendre la dissuasion nucléaire française à d’autres partenaires européens. Une proposition qui a suscité l’intérêt de l’Allemagne, dont le vice-chancelier Lars Klingbeil s’est dit ouvert à des discussions avec Paris sur l’extension du parapluie nucléaire. C’est une révolution dans la pensée stratégique européenne. Pendant des décennies, le parapluie nucléaire américain était considéré comme le seul garant crédible. Maintenant, on commence à envisager des alternatives.

Mais soyons honnêtes : le chemin vers une dissuasion nucléaire européenne autonome est semé d’embûches monumentales. La France accepterait-elle vraiment de partager le contrôle de son arsenal ? Sous quelles conditions ? L’Allemagne, traumatisée par son histoire, est-elle prête à être couverte par — voire à participer au financement d’— une force nucléaire ? Et les autres pays ? La Pologne ? Les États baltes ? Chacun a ses propres angoisses, ses propres calculs, ses propres méfiances historiques. Construire une défense européenne commune ne se résume pas à additionner des budgets et des soldats. C’est reconstruire des siècles de rivalités, de guerres, de méfiances. C’est faire confiance à des voisins qu’on a parfois combattus. C’est accepter de mourir pour des pays dont on ne parle même pas la langue. La France peut bien protester contre les propos de Rutte. Mais elle ne peut pas, à elle seule, résoudre cette équation impossible.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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