Le 24 janvier 2026, quelque chose d’anormal s’est produit dans le ciel de la capitale ukrainienne. Des drones sont apparus au-dessus du centre-ville avant meme que les sirenes d’alerte aerienne ne retentissent. Pour comprendre la gravite de cette situation, il faut saisir comment fonctionne normalement le systeme de defense aerienne ukrainien.
Les Shahed traditionnels suivent des trajectoires previsibles. Ils volent a basse altitude, a une vitesse relativement lente d’environ 180 km/h, ce qui donne aux operateurs de guerre electronique le temps de les detecter, de brouiller leurs signaux de navigation et de les faire devier de leur course ou tout simplement s’ecraser. Les Ukrainiens etaient devenus des maitres dans cet art de la perturbation invisible.
Mais ces nouveaux drones? Ils ignorent completement les tentatives de brouillage. Leurs capteurs, selon les experts, ne sont plus aveugles. Ils voient. Ils savent exactement ou ils vont. Et rien de ce que les Ukrainiens ont dans leur arsenal electronique ne semble pouvoir les arreter.
Imaginez un instant. Vous avez passe des mois a developper un bouclier invisible, une muraille de frequences radio qui fait tomber les missiles ennemis comme des mouches. Et un matin, ce bouclier devient aussi utile qu’un parapluie dans un ouragan.
Starlink : de sauveur a complice involontaire
La question qui brule toutes les levres dans les cercles militaires ukrainiens est aussi simple que terrifiante : comment la Russie a-t-elle obtenu l’acces a la technologie Starlink? Plusieurs hypotheses circulent, et aucune n’est rassurante.
La premiere theorie suggere que des terminaux Starlink auraient ete captures sur le champ de bataille. Au cours de cette guerre interminable, des milliers de ces appareils ont ete deployes pres des lignes de front. Il suffit d’un seul terminal tombe entre les mauvaises mains pour que les ingenieurs russes commencent a en dechiffer les secrets. La Russie dispose d’une expertise considerable en matiere de retro-ingenierie — ils ont passe des decennies a copier et adapter les technologies occidentales.
La deuxieme hypothese, plus troublante encore, evoque la possibilite d’une acquisition via des marches noirs ou des pays tiers. Des terminaux Starlink destines a des usages civils auraient pu etre detournes vers des programmes militaires russes. Le commerce international des technologies duales — celles qui peuvent servir aussi bien a des fins civiles que militaires — reste un angle mort de la reglementation internationale.
Enfin, certains experts n’excluent pas que la Russie ait developpe sa propre capacite a intercepter et utiliser les signaux Starlink sans necessairement posseder de terminaux officiels. Cette possibilite, bien que techniquement plus complexe, n’est pas hors de portee d’une puissance qui a demontre sa capacite a innover dans le domaine de la guerre electronique.
Le seuil des 50 000 : la strategie de l'attrition
Pendant que les techniciens ukrainiens cherchent desesperement une parade a cette nouvelle menace, le president Volodymyr Zelensky a livre une analyse glaciale de ce qui serait necessaire pour briser la machine de guerre russe. Selon lui, infliger 50 000 pertes par mois aux forces russes constituerait le seuil a partir duquel Moscou ne pourrait plus reconstituer ses effectifs.
Ce chiffre n’est pas lance au hasard. Il repose sur une analyse demographique et economique impitoyable. La Russie, malgre ses reserves humaines, fait face a une crise demographique profonde. Le pays perd chaque annee plus d’habitants qu’il n’en gagne, et cette hemorragie s’accelere avec la guerre. Les jeunes hommes fuient le pays pour echapper a la mobilisation, les regions les plus pauvres sont saignees a blanc pour alimenter le front.
50 000 par mois. Laissez ce chiffre resonner un moment. Ce sont 50 000 familles russes qui recevraient la visite des autorites. 50 000 meres, epouses, enfants qui apprendraient que leur fils, mari, pere ne reviendra jamais. La guerre transforme les statistiques en tragedies individuelles, multipliees a l’infini.
La nouvelle generation de drones : intelligents et impitoyables
Les rapports qui filtrent du front decrivent une evolution tactique inquietante des forces russes. Les drones guides par Starlink ne sont que la partie visible d’une transformation plus profonde. La Russie semble avoir tire les lecons de ses echecs initiaux et investit massivement dans l’intelligence de ses systemes d’armes.
Ces nouveaux Shahed ne sont plus des projectiles stupides lances en masse dans l’espoir que quelques-uns atteignent leur cible. Ils disposent desormais de capacites de navigation en temps reel, possiblement d’une forme de reconnaissance d’image, et surtout d’une connectivite qui les rend insensibles aux contre-mesures traditionnelles.
Le commandant en chef ukrainien, Oleksandr Syrsky, a rapporte pres de 400 engagements de combat en seulement sept jours sur les directions de Pokrovsk et Ocheretyne. Les forces russes y deploient des petits groupes d’infanterie dans une strategie de pression constante, soutenue par des frappes de drones de plus en plus precises. C’est une guerre d’usure ou chaque metre de terrain se paie en vies humaines des deux cotes.
L'Ukraine contre-attaque sur le front des drones
Face a cette escalade technologique, l’Ukraine ne reste pas les bras croises. Le pays s’est fixe un objectif vertigineux : produire 7 millions de drones en 2026. Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est environ 70 fois plus que ce que les Etats-Unis produisent annuellement. Le volume de fabrication a pratiquement double chaque annee depuis 2023, transformant l’Ukraine en une veritable puissance mondiale de la production de drones.
Cette course a l’armement aerien n’est pas qu’une question de quantite. Les ingenieurs ukrainiens developpent leurs propres innovations, comme les missiles Flamingo qui ont recemment frappe avec une precision remarquable une usine russe liee a la production du chasseur Su-57. Les images satellites ont confirme que les quatre missiles lances ont tous atteint leur cible — un taux de precision qui ferait palir d’envie bien des armees occidentales.
Il y a quelque chose de profondement ironique a voir ce pays, envahi il y a quatre ans par la deuxieme armee du monde, devenir un leader mondial dans une technologie militaire du XXIe siecle. La necessite, dit-on, est mere de l’invention. L’Ukraine en est la preuve vivante.
Les cibles strategiques : frapper au coeur de la machine de guerre
Les frappes ukrainiennes sur le territoire russe se sont intensifiees et diversifiees. Le depot petrolier de Rosneft a Penza, situe a 500 kilometres de la frontiere ukrainienne, a ete touche le 23 janvier. Au moins un des 18 reservoirs de carburant a ete detruit, avec des dommages thermiques visibles sur plusieurs citernes voisines. Ce site approvisionnait directement les forces armees russes — chaque litre de diesel qui brule la-bas est un litre qui n’alimentera pas les chars sur le front.
La raffinerie Slavyansk Eco dans le Krasnodar a ete frappee une nouvelle fois. Les autorites russes pretendent qu’il ne s’agissait que de debris, mais Kiev a confirme que cette installation joue un role crucial dans l’approvisionnement en carburant de la machine de guerre moscovite. Cette strategie de frappes profondes vise a etrangler progressivement la logistique russe.
Mais la Russie riposte avec une brutalite calculee. Depuis le debut du conflit, 256 sites energetiques ukrainiens ont ete detruits ou endommages par des frappes russes. Le systeme energetique ukrainien a connu sa semaine la plus difficile depuis 2022 apres les attaques combinees des 20 et 23 janvier, qui ont mis hors service 85% du reseau national simultanement.
Kherson : survivre sous le feu
A Kherson, la situation est devenue apocalyptique. Les forces russes ont detruit la seule source de chauffage de la ville, et les reparations sont impossibles sous le feu constant. Les equipes de maintenance sont traquees par ce que les locaux appellent des drones de chasse a l’homme — une forme de guerre ou les techniciens qui tentent de restaurer l’electricite et le chauffage deviennent eux-memes des cibles.
Je pense a ces hommes et ces femmes, tournevis a la main, qui risquent leur vie pour que d’autres puissent avoir un peu de chaleur en plein hiver ukrainien. Il fait moins quinze degres a Kherson en janvier. Sans chauffage, une maison devient un tombeau de glace.
Le monastere de Pechersk Lavra a Kyiv, l’un des sites les plus sacres de l’Orthodoxie orientale et site du patrimoine mondial de l’UNESCO, a ete endommage par une frappe de drone le 24 janvier. C’est la premiere fois depuis la Seconde Guerre mondiale que ce monument millenaire subit des dommages de guerre. Certains symboles en disent plus long que tous les communiques officiels sur la nature de ce conflit.
La diplomatie dans l'impasse
Pendant que les bombes tombent, la diplomatie pietine dans une boue de contradictions. Des pourparlers se tiennent a Abu Dhabi, dans un format trilateral Ukraine-Russie-Etats-Unis. L’Europe, notablement, est absente de la table — un fait qui inquiete profondement les analystes ukrainiens. L’ancien ambassadeur d’Ukraine aux Etats-Unis a qualifie les garanties de securite americaines de tigre de papier qui n’effraiera pas Poutine.
Moscou pose ses conditions avec l’arrogance de celui qui pense avoir le temps de son cote. La Russie exige que l’Ukraine cede Sloviansk, Kramatorsk et Kostiantynivka avant toute discussion serieuse. Ces villes, situees en territoire encore controle par Kyiv, representent des centaines de milliers de civils que la Russie voudrait voir abandonnes a son bon vouloir.
Les Etats-Unis evoquent la possibilite de deployer des casques bleus americains pour surveiller un eventuel cessez-le-feu dans le Donbass. Mais comment surveiller une paix qui n’existe pas? Comment geler un conflit quand l’un des belligerants exige une reddition deguisee?
Les mercenaires du desespoir
Un detail macabre illustre l’etendue du cynisme russe dans cette guerre. Les services de renseignement ukrainiens ont identifie le corps d’un mercenaire philippin, John Patrick, pres de Novoselivka dans l’oblast de Donetsk. Cet homme avait ete envoye au front apres seulement une semaine d’entrainement, puis abandonne apres avoir ete blesse lors d’un assaut de chair a canon.
La Russie recrute desormais dans le monde entier pour alimenter sa machine de guerre. Des Philippines a l’Afrique, des hommes desesperement pauvres sont attires par des promesses de salaires mirobolants, pour finir comme boucliers humains dans des assauts suicidaires. Kim Jong Un lui-meme a recemment inspecte des monuments commemoratifs dedies aux soldats nord-coreens morts en combattant pour la Russie dans l’oblast de Koursk — la premiere commemoration officielle de ce type pour des combats a l’etranger.
Voila ou nous en sommes. Une guerre qui ne recrute plus seulement des soldats, mais des desesperes venus des quatre coins du monde. Des hommes qui n’ont probablement jamais entendu parler de Donetsk avant de mourir dans ses decombres.
La solidarite internationale : entre generosite et cynisme
Tout n’est pas sombre sur le front de la solidarite. Une campagne de financement participatif lancee en Republique tcheque, baptisee ironiquement Cadeau pour Poutine, a recolte 6 millions de dollars pour acheter des generateurs montes sur camions destines aux hopitaux ukrainiens. Chaque don est une gifle symbolique au maitre du Kremlin.
Mais d’autres voix s’elevent en Europe avec des accents moins fraternels. L’extreme droite autrichienne, malgre les 256 sites energetiques ukrainiens detruits par les frappes russes, refuse toute aide hivernale a l’Ukraine. Vienne argue que soutenir l’Ukraine maintenant permet de prevenir de futures crises de refugies — un argument pragmatique qui masque mal un desengagement moral.
La rencontre entre le president Zelensky et la dirigeante de l’opposition bielorusse Sviatlana Tsikhanouskaya a Vilnius ouvre une autre perspective. Les deux leaders ont discute de prisonniers politiques, de sanctions contre Loukachenko et d’une cooperation approfondie. C’est un rappel que cette guerre n’oppose pas seulement l’Ukraine a la Russie, mais tout un ecosysteme de resistances democratiques a l’autoritarisme de Moscou et de ses satellites.
La course contre la montre technologique
Revenons a ces drones Starlink qui ont declenche cette reflexion. L’appel de l’expert ukrainien Serhii Flesh pour un kill switch pose une question fondamentale : qui controle vraiment les technologies qui faconnent les guerres modernes?
SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, se retrouve dans une position impossible. D’un cote, sa technologie a ete cruciale pour permettre a l’Ukraine de resister. De l’autre, cette meme technologie semble maintenant etre retournee contre elle. Musk lui-meme a eu des positions erratiques sur le conflit, alternant entre soutien a l’Ukraine et appels a la negociation qui ressemblent parfois a des capitulations deguisees.
La guerre du XXIe siecle ne se gagne plus seulement avec des chars et des avions. Elle se gagne dans le spectre electromagnetique, dans les lignes de code, dans l’espace. Et la frontiere entre technologie civile et technologie militaire devient chaque jour plus floue.
Nous vivons dans un monde ou un systeme concu pour apporter Internet aux regions reculees peut devenir une arme de guerre. Ou un milliardaire excentrique de la Silicon Valley detient plus de pouvoir sur un champ de bataille que certains generaux. Est-ce le futur que nous voulions?
Ce que cette guerre nous dit sur nous-memes
Au jour 1433, cette guerre est devenue bien plus qu’un conflit territorial entre deux nations. C’est un laboratoire grandeur nature pour toutes les technologies et toutes les strategies qui definiront les conflits du XXIe siecle. Les drones autonomes, la guerre electronique, les cyberattaques, l’utilisation de l’espace comme theatre d’operations — tout cela se teste et se perfectionne en ce moment meme dans le ciel et sur le sol de l’Ukraine.
Les forces ukrainiennes, en premiere ligne de cette evolution, developpent des solutions que les armees du monde entier etudient avec attention. Leurs drones ont detruit plus de 820 000 cibles depuis le debut du conflit. Leur capacite d’adaptation face a un ennemi en constante evolution force l’admiration meme de leurs adversaires.
Mais a quel prix humain? Les bombardements incessants sur les infrastructures energetiques transforment chaque hiver en epreuve de survie pour des millions de civils. Les villes se vident, les familles se disloquent, une generation entiere grandit avec le bruit des explosions comme bande sonore de son enfance.
L'horizon incertain
Ou tout cela nous mene-t-il? Les pourparlers d’Abu Dhabi ne semblent guere prometteurs. La Russie continue de poser des conditions inacceptables tout en poursuivant son offensive sur tous les fronts. L’Ukraine resiste avec une determination qui force le respect, mais les ressources humaines et materielles ne sont pas infinies.
L’Europe, absente des negotiations trilaterales, semble avoir perdu une partie de son influence sur le cours des evenements. Les Etats-Unis, empetres dans leurs propres divisions politiques, envoient des signaux contradictoires. Et la Chine observe, patiente, prete a tirer profit de l’affaiblissement des deux camps.
Les drones guides par Starlink ne sont peut-etre qu’un episode de plus dans cette escalade technologique sans fin. Demain, ce sera autre chose. Une nouvelle arme, une nouvelle contre-mesure, un nouveau cycle d’innovation mortelle. La guerre moderne est une course de vitesse ou celui qui s’arrete un instant est depasse.
Je repense a cette phrase de Zelensky : 50 000 pertes par mois pour briser la machine de guerre russe. C’est un calcul froid, strategique, necessaire peut-etre. Mais derriere chaque unite de ce chiffre, il y a une vie. Des deux cotes de la ligne de front, des etres humains meurent chaque jour pour des decisions prises dans des bureaux climatises, a des milliers de kilometres des tranchees.
La guerre en Ukraine entre dans sa cinquieme annee avec peu de perspectives de resolution a court terme. Les innovations technologiques comme les Shahed guides par Starlink ne sont que les derniers avatars d’un conflit qui redefinit les regles de la guerre moderne. Pour les millions d’Ukrainiens qui subissent cette violence au quotidien, les debats strategiques et les analyses technologiques sont un luxe lointain. Leur preoccupation immediate est plus simple et plus vitale : survivre au prochain hiver, au prochain bombardement, au prochain jour.
Et nous, observateurs confortablement installes dans nos democraties pacifiees, que faisons-nous de ces informations? Nous indignons-nous un instant avant de passer a autre chose? Ou prenons-nous la mesure de ce que cette guerre annonce pour notre propre avenir?
Car ne nous y trompons pas : ce qui se joue en Ukraine aujourd’hui definit le monde de demain. Les technologies testees la-bas seront deployees ailleurs. Les precedents etablis la-bas seront invoques ailleurs. Les lecons apprises la-bas — par les vainqueurs comme par les vaincus — faconneront les conflits a venir.
Le jour 1433 n’est pas une fin. Ce n’est meme pas un tournant. C’est juste un jour de plus dans une guerre qui semble ne jamais devoir finir, mais qui un jour, inevitablement, finira. La seule question est : quel monde laissera-t-elle derriere elle?
Signe Maxime Marquette
Sources
Euromaidan Press – Russo-Ukrainian war, day 1433: Russia deploys unjammable Starlink-guided Shaheds to Ukraine – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – EW doesn’t work on these Russian drones. Expert: Request Starlink kill switch – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – Drones appeared over central Kyiv before sirens: Expert warns new Russian capabilities are bad news – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – Zelenskyy: 50,000 Russian losses a month would break Moscow’s war machine – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – Ukraine aims to build 7 million drones in 2026 – 70 times more than the US – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – PM Svyrydenko says Ukraine’s energy system faced toughest week since 2022 blackout – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – Russia destroys Kherson’s only heat source – repairs impossible under constant fire – 26 janvier 2026
Euromaidan Press – Russian strike damages Kyiv’s ancient Pechersk Lavra for first time since World War II – 26 janvier 2026
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