Faisons le calcul ensemble, parce que les chiffres ont cette vertu cruelle de ne pas mentir.
Afghanistan (1979-1989) : environ 15 000 morts sovietiques en 10 ans. Cela represente 1 500 morts par an, soit 125 par mois.
Ukraine (decembre 2025) : 35 000 pertes russes en un seul mois.
Le ratio est sidérant : les pertes mensuelles russes en Ukraine sont 280 fois superieures aux pertes mensuelles sovietiques en Afghanistan. Meme si l’on compare les pertes totales, la disproportion reste abyssale.
Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), depuis fevrier 2022, les forces russes ont subi pres de 1,2 million de pertes – tues, blesses et disparus confondus. C’est plus de pertes que n’importe quelle grande puissance dans n’importe quelle guerre depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le ministere britannique de la Defense, dans une estimation d’octobre 2025, avancait le chiffre de 1 118 000 soldats russes tues ou blesses. L’enquete independante de Meduza et Mediazona, basee sur des verifications nominatives, confirmait en aout 2025 la mort de 219 000 soldats russes – un chiffre minimal qui ne compte que les deces documentes.
Et nous ne sommes qu’en janvier 2026.
L'Afghanistan sovietique : la "plaie beante" qui a fait tomber un empire
Pour comprendre la magnitude de ce qui se passe en Ukraine, il faut revenir sur ce que l’Afghanistan a represente pour l’Union sovietique.
Quand Leonid Brejnev a ordonne l’invasion de l’Afghanistan le 25 decembre 1979, personne au Kremlin n’imaginait que cette « operation speciale » – deja l’euphemisme etait de mise – durerait une decennie et contribuerait a l’effondrement du systeme sovietique.
Les historiens ont abondamment documente les paralleles entre l’Afghanistan sovietique et le Vietnam americain. Les memes erreurs strategiques : une armee conventionnelle puissante incapable de vaincre une insurrection populaire. La meme incomprehension du terrain humain : des commandants qui n’ont jamais compris que pour vaincre une guerilla, il faut d’abord gagner la loyaute de la population civile. Les memes tactiques brutales qui ont l’effet inverse de celui recherche : en forcant des millions d’Afghans dans des camps de refugies au Pakistan, les Sovietiques ont cree un reservoir inepuisable de jeunes en colere prets a rejoindre les moudjahidines.
Yaacov Ro’i, dans son ouvrage magistral « The Bleeding Wound: The Soviet War in Afghanistan and the Collapse of the Soviet System » publie par Stanford University Press, demontre comment la guerre et les difficultes rencontrees par les veterans de retour au pays ont mine l’estime de soi et le prestige des forces armees sovietiques. Les correspondants de presse ont trouve dans ce traumatisme une ammunition pour defier les normes du systeme sovietique. Les effets de la guerre ont precipite des processus qui allaient reveler les limites intrinseques du corps politique sovietique et contribuer a la dissolution de l’URSS en 1991.
Quinze mille morts en dix ans ont suffi a ebranler puis a faire s’effondrer le plus grand empire que le monde ait connu depuis Rome.
Qu’adviendra-t-il apres 1,2 million de pertes en moins de quatre ans ?
La revolution des drones : comment l'Ukraine a change les regles du jeu
Si les pertes russes atteignent des niveaux aussi catastrophiques, c’est en grande partie grace a une revolution militaire dont l’Ukraine est devenue le laboratoire mondial : la guerre des drones.
Zelenskyy l’a affirme lors de la meme allocution : « Au moins quatre frappes reussies sur cinq contre les forces russes sont effectuees par des drones. » Ce chiffre de 80% represente l’une des estimations officielles les plus elevees de l’implication des drones dans les operations de combat ukrainiennes. Au printemps 2025, les officiels ukrainiens parlaient de 70%. L’evolution est fulgurante.
Le major Robert « Madyar » Brovdi, commandant des Forces de Systemes Sans Pilote d’Ukraine, a declare que ses unites etaient responsables d’un tiers des frappes ukrainiennes par drones, blessant ou tuant en moyenne 388 soldats russes par jour en decembre 2025. Cela represente environ 34 900 pertes pour le mois – un chiffre qui corrobore celui avance par Zelenskyy.
En decembre 2025, 106 859 cibles ont ete frappees par les drones ukrainiens – une augmentation de 31% par rapport a novembre. Sur l’ensemble de l’annee 2025, les troupes ukrainiennes ont frappe pres de 820 000 cibles avec des drones.
L’Ukraine a cree ce qu’elle appelle le « mur de drones » – une zone defensive multicouche qui a transforme de nombreuses offensives russes en champs de carnage. Cette zone de mort s’etend desormais sur 15 a 25 kilometres depuis la ligne de front, avec une capacite de frappe pouvant atteindre 40 kilometres.
Les rapports medicaux militaires russes suggerent que plus de 75% des blessures subies par leurs soldats lors de combats de basse intensite sont causees par des frappes de drones FPV (First Person View).
L’innovation ukrainienne ne connait pas de limites
La production ukrainienne de drones a atteint des proportions industrielles. Selon le ministre de la Defense Denys Shmyhal, les forces armees ukrainiennes devaient recevoir 3 millions de drones FPV d’ici fin 2025. Debut 2025, l’Ukraine produisait 200 000 drones FPV par mois. Les plans pour 2025 prevoyaient une production de 4 millions d’unites, avec une capacite pouvant atteindre 10 millions de systemes.
L’innovation ne s’arrete pas a la quantite. L’Ukraine a developpe des drones a fibre optique – au lieu d’utiliser des reseaux sans fil, ces drones utilisent des cables physiques plutot que des signaux radio, les rendant hautement resistants au brouillage electronique. Une adaptation cruciale face aux capacites de guerre electronique russes.
Peut-etre le plus grand succes ukrainien de 2025 a ete l’Operation Spider – une operation clandestine complexe qui a vu des conteneurs d’expedition places a portee de drones FPV des aerodromes de bombardiers lourds russes en Siberie. Plusieurs bombardiers irreplacables ont ete detruits et plusieurs autres endommages dans la premiere operation de ce type jamais realisee.
En janvier 2025, des drones navals ukrainiens armes de missiles auraient detruit plusieurs helicopteres russes au-dessus de la Mer Noire. Dans une autre premiere mondiale, les officiels ukrainiens ont annonce debut mai avoir abattu deux chasseurs russes en utilisant des drones marins equipes de systemes de missiles anti-aeriens.
L'equation impossible de Poutine : le sang contre les roubles
La Russie fait face a un dilemme strategique que meme les plus loyaux propagandistes du Kremlin peinent a masquer : comment maintenir une guerre d’usure quand vos pertes depassent systematiquement votre capacite de recrutement ?
Zelenskyy l’a resume avec une precision chirurgicale : « De ces 43 000, environ 10 a 15% desertent, et il y a aussi des blesses. Leur armee ne grandit plus, grace a nos technologies de drones et a nos operateurs de drones. »
Selon les donnees regionales analysees par plusieurs instituts de recherche, le recrutement russe reste relativement stable avec environ 30 000 contrats signes par mois. L’estimation d’octobre 2025 etait meme plus elevee, a 37 938 nouveaux contrats. Mais face a des pertes mensuelles de 35 000 hommes ou plus, l’equation est simple : l’armee russe stagne au mieux, et se vide au pire.
Vladimir Poutine a ordonne que les effectifs militaires actifs atteignent 1,5 million d’ici 2026. Il a affirme que 430 000 soldats sous contrat avaient ete recrutes en 2024. Mais les rapports budgetaires pour les trois premiers trimestres de 2024 suggerent que moins de 230 000 ont ete enroles entre janvier et septembre. Le president russe semble avoir exagere – une habitude qui devient systematique.
Le spectre de la mobilisation
Le Kremlin et les autorites regionales sont determines a eviter une nouvelle vague de mobilisation. La mobilisation de 2022, que les experts en droits humains estiment avoir cible de maniere disproportionnee les groupes ethniques minoritaires, a provoque des protestations rares et un exode d’hommes en age de combattre hors de Russie.
Plutot que d’annoncer une seconde mobilisation, Moscou a opte pour une campagne de relations publiques massive, esperant attirer les Russes avec des incitations financieres. Certaines regions russes font face a des penuries aigues de main-d’oeuvre plus tot que d’autres et compensent par des augmentations brusques des primes d’engagement. Depuis que ces bonus sont finances en grande partie au niveau regional, cette divergence reflete des capacites fiscales inegales et des pressions politiques differentes sur les gouverneurs.
En mai 2025, la Russie depensait environ 2 milliards de roubles (21,5 millions de dollars) par jour rien qu’en primes d’engagement uniques. Comme l’a note un chercheur : « Les autorites n’ont plus l’argent necessaire pour attirer les hommes dans l’armee. »
Les minorites ethniques en premiere ligne
Les republiques ethniques continuent de figurer dans le top 10 du classement des morts par habitant. Touva, Bouriatie et Altai – des republiques reculees du sud de la Siberie – ainsi que le District autonome de Tchoukotka dans l’Extreme-Orient russe, affichent des pertes persistantes elevees.
Face au manque de recrues russes, Moscou se tourne de plus en plus vers la tromperie, le chantage et la corruption pour enroler des etrangers dans sa guerre en Ukraine. Pres de 200 etrangers de 37 pays ont ete captures en combattant pour la Russie et sont actuellement detenus comme prisonniers de guerre par l’Ukraine. Leurs temoignages dressent un tableau inquietant des methodes utilisees pour attirer les etrangers dans l’armee russe.
Le corps des officiers en decomposition
Le corps des officiers se deteriore egalement en raison des pertes, endommageant la structure, la discipline et l’efficacite au combat des forces russes. En janvier 2025, plus de 5 400 officiers russes avaient ete confirmes tues, et plus de la moitie d’entre eux etaient des lieutenants subalternes. Le bilan implique que plusieurs milliers d’autres officiers ont ete blesses, entrainant un manque significatif de commandants de niveau inferieur.
Une armee sans officiers subalternes est une armee sans colonne vertebrale. Les unites russes operent de plus en plus comme des hordes desorganisees, envoyees au massacre dans des assauts humains que les analystes militaires qualifient de « tactiques de viande ».
L'economie de guerre russe : la facture de l'hubris
La Russie ne saigne pas seulement en hommes. Elle se vide aussi financierement.
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les depenses militaires totales prevues de la Russie en 2025 sont estimees a 15,5 billions de roubles, soit une augmentation reelle de 3,4% par rapport a 2024 et l’equivalent de 7,2% du produit interieur brut.
Environ 32,5% du budget russe a ete alloue a la « defense » en 2025 – 13,5 billions de roubles (plus de 145 milliards de dollars). Pour comparaison, en 2024, la Russie avait alloue 28,3% du budget a la defense. La tendance est claire : la guerre devore une part toujours plus grande des ressources nationales.
Le budget federal russe pour 2026, recemment signe, confirme que le Kremlin se prepare pour une longue guerre, pas pour la paix. Pres de 40% de toutes les depenses federales sont allouees a la defense et a la securite – un niveau sans precedent dans l’histoire russe moderne.
La fin du miracle economique de guerre
L’annee 2025 a marque la fin de la poussee de croissance en temps de guerre de 2023-2024. Apres deux annees d’expansion de plus de 4%, la croissance du PIB pour 2025 devrait ralentir a environ 1% ou moins, avec les memes vents contraires susceptibles de persister en 2026. Le Fonds Monetaire International prevoit une croissance de 0,6% en 2025 et de 1,0% en 2026.
Comparees a 2023, les depenses militaires ont augmente de 31%. Par rapport a 2022, elles ont presque triple. Cette inflation budgetaire militaire evince les autres services publics, tandis que le gouvernement depend de plus en plus de ses reserves en diminution et de l’emprunt interieur pour financer les couts de la guerre.
La Russie a transforme le Fonds de Bien-etre National en une source cle de financement en temps de guerre, drainant ses actifs liquides a des niveaux historiquement bas. Le gouvernement russe s’attendait a ce que d’ici fin 2025, le deficit budgetaire russe atteigne un record de 5,7 billions de roubles (environ 68 milliards de dollars).
La spirale de la dette
Les taux d’interet eleves ont entraine une augmentation des depenses de service de la dette nationale. En 2026, cela representera 8,8% des depenses budgetaires – en 2021, c’etait moitie moins, a 4,4%. Selon le plan du ministere des Finances, la dette publique doublera entre 2024 et 2028.
Pour maintenir ce niveau de depenses, le ministere russe des Finances a propose d’augmenter la TVA a 22% en 2026 specifiquement pour financer les besoins militaires et limiter le deficit budgetaire. Le taux de TVA passera de 20% a 22% a partir du 1er janvier 2026, tandis que davantage d’entreprises seront integrees au systeme de TVA.
Sous les contraintes politiques et economiques actuelles, le gouvernement russe a effectivement atteint les limites de sa capacite fiscale. Toute augmentation supplementaire des depenses exercerait une pression croissante sur l’economie.
Le fantome de Gorbatchev hante le Kremlin
A un moment donne, face a la deterioration des revenus petroliers, un marche du travail en contraction, l’epuisement social et l’ossification de la bureaucratie d’Etat, Poutine devra choisir entre la paix sociale, les depenses militaires et la stabilite economique – comme l’ont fait ses predecesseurs sovietiques il y a 40 ans.
C’est la le parallele le plus troublant avec l’Afghanistan sovietique. Ce n’est pas seulement une question de chiffres de pertes. C’est une question de soutenabilite systemique.
Gorbatchev a herite d’une « plaie beante » qui avait coute 15 000 vies en dix ans et qui minait le moral de la nation. Il a compris que l’URSS ne pouvait pas maintenir simultanement son empire exterieur, son appareil militaire, son economie planifiee et la cohesion sociale. Il a choisi de retirer les troupes d’Afghanistan. Deux ans plus tard, le mur de Berlin tombait. Trois ans apres, l’Union sovietique n’existait plus.
Poutine a herite d’une guerre de son propre choix qui a coute plus de 300 000 vies russes en moins de quatre ans – et le compteur accelere. Les pertes annuelles russes sont dix fois superieures aux pertes sovietiques en Afghanistan. Les pertes totales sont trente fois superieures.
Si 15 000 morts ont suffi a faire vaciller puis s’effondrer l’URSS, que fera 1,2 million de pertes a la Federation de Russie ?
L'objectif ukrainien : 50 000 par mois
Zelenskyy ne s’est pas contente de constater. Il a fixe un objectif : « L’armee ukrainienne doit atteindre un niveau ou les pertes mensuelles russes depassent sa capacite a reconstituer ses troupes. »
Selon le president ukrainien, un objectif mensuel optimal serait l’elimination de 50 000 soldats russes. C’est l’horizon vers lequel travaillent les Forces de Systemes Sans Pilote d’Ukraine.
Les plans pour 2026 sont ambitieux : augmenter le nombre de soldats russes frappes a 50 000-60 000 par mois. Avec la montee en puissance de la production de drones – potentiellement 4 a 10 millions d’unites – et l’amelioration continue des tactiques et technologies, cet objectif n’a rien d’irrealiste.
Les pays europeens produisent desormais des drones en conjonction avec des concepteurs et entreprises ukrainiens : l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvege, le Danemark et la France ont des lignes de production actives ou des demarrages fermes prevus pour 2026. Le lancement du programme « Build with Ukraine » en 2025, qui permet la coproduction de ces vehicules dans les Etats europeens, vise specifiquement a attenuer les risques de securite auxquels sont confrontees les installations de production situees sur le territoire ukrainien.
Vers les 2 millions de victimes
Selon un rapport recent du CSIS, aux rythmes actuels, les pertes combinees russes et ukrainiennes pourraient atteindre 2 millions d’ici le printemps 2026.
Deux millions de vies detruites, mutilees, perdues. Pour quoi ? Pour une « operation militaire speciale » qui devait durer trois jours et se terminer par un defile triomphal a Kiev.
Nous sommes au jour 1 434 de cette guerre. La Russie a perdu plus d’hommes que dans n’importe quel conflit depuis la Grande Guerre Patriotique. L’Ukraine a perdu entre 140 000 et 167 000 combattants selon les sources. Les civils ukrainiens comptent plus de 12 000 morts et 27 000 blesses verifies par les Nations Unies – des chiffres certainement sous-estimes.
Et tout cela pour quoi ? Pour 120 000 kilometres carres de territoire ukrainien occupe – environ 20% du pays. En 2024, les forces russes ont conquis 3 604 kilometres carres. En 2025, un peu plus : 4 831 kilometres carres. A ce rythme, il faudrait des decennies pour conquérir l’Ukraine – et la Russie n’aura plus d’armee bien avant.
La prophetie auto-realisatrice
Vladimir Poutine a lance cette guerre en pretendant que l’Ukraine n’etait pas une vraie nation, que les Ukrainiens etaient en realite des Russes, que l’OTAN representait une menace existentielle pour la Russie.
Quatre ans plus tard, l’Ukraine a forge une identite nationale plus forte que jamais dans son histoire. Elle est devenue une puissance militaire innovante dont les tactiques sont etudiees dans toutes les academies militaires du monde. L’OTAN s’est elargie avec la Finlande et la Suede. Et la Russie s’est inflige des pertes qui auraient fait palir les generaux de la Premiere Guerre mondiale.
La comparaison avec l’Afghanistan sovietique que Zelenskyy met en avant n’est pas qu’une arme rhetorique. C’est un miroir tendu au peuple russe : regardez ce que vos dirigeants vous font subir. Regardez ou ils vous menent.
Gorbatchev avait compris que l’Afghanistan etait une « plaie beante » qui vidait l’URSS de son sang et de son ame. Il a eu le courage de l’admettre et d’en tirer les consequences.
Poutine, lui, continue d’envoyer des vagues d’hommes dans le broyeur ukrainien, persuade qu’il peut gagner par l’usure. Mais l’usure joue contre lui. Chaque mois, 35 000 familles russes recoivent la nouvelle qu’un fils, un pere, un frere ne reviendra pas. Ou reviendra brise, ampute, traumatise.
L’Afghanistan a mis dix ans et 15 000 morts pour devenir la plaie beante qui a fait s’effondrer l’URSS.
L’Ukraine, en moins de quatre ans, a deja inflige a la Russie des pertes trente fois superieures.
Si l’histoire se repete – et elle a cette facheuse tendance -, la question n’est plus de savoir si le regime Poutine survivra a cette guerre. La question est de savoir combien de temps il lui reste.
Signe Maxime Marquette
Sources
United24 Media – Zelenskyy: Russia Lost Twice as Many Troops in One Month as USSR Did in 10 Years in Afghanistan
United24 Media – Russia Now Loses as Many Troops in One Month in Ukraine as the USSR Did in 10 Years in Afghanistan
TVP World – Russia lost twice as many troops in one month as USSR in 10 years in Afghanistan
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
United24 Media – War in Ukraine Costs Russia Nearly 1.2 Million Casualties
Al Jazeera – Russia lost 430,000 soldiers in 2024
Mediazona – Russian losses in the war with Ukraine
Wikipedia – Soviet-Afghan War
Britannica – Soviet invasion of Afghanistan
Stanford University Press – The Bleeding Wound
Yahoo News – Over 80% of battlefield hits against Russia by drones
The Moscow Times – Russia’s New Military Recruits Dipped in 2025
CEPA – Russia’s Year of Truth: The Soldier Shortage
Al Jazeera – Despite huge manpower losses, how is Russia replenishing its military?
SIPRI – Military Spending in Russia’s Budget for 2025
UkraineWorld – Russia’s 2026 Budget: Built for War, Not Peace
CEPA – Russia Budgets for its Forever War
The Moscow Times – Russia’s Economy in 2026
Washington Examiner – How drone warfare developed in Ukraine in 2025
Atlantic Council – Drone superpower: Ukrainian wartime innovation offers lessons for NATO
United24 Media – Ukraine’s Drone Strikes Hit Up to 100,000 Russian Troops in Late 2025
Military.com – War Casualties Could Soon Hit 2 Million
Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian war
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