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CHRONIQUE : Trump promet une semaine sans frappes sur Kyiv — l’Europe retient son souffle face au marchandage des titans
Crédit: Adobe Stock

600 000 départs, la moitié de la ville dans le noir

Pour saisir la gravité humaine de cette affaire, il faut quitter les salons de Washington et plonger dans les rues de Kyiv en ce mois de janvier 2026. Imaginez un instant. Vous vivez dans une ville de trois millions d’habitants où, par périodes, la moitié des foyers sont privés d’électricité et de chauffage. La température extérieure descend régulièrement sous les moins vingt degrés, et les prévisions météorologiques annoncent un pic à moins trente dans les jours qui viennent. Le 9 janvier, le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a lancé un appel inédit, demandant aux habitants qui le pouvaient de quitter la ville. Depuis, 600 000 personnes ont pris la route, emportant ce qu’elles pouvaient, laissant derrière elles des appartements dont les canalisations risquent d’éclater sous l’effet du gel. Ce chiffre — six cent mille — il faut le laisser résonner. C’est l’équivalent de la population de Lyon qui se met en marche en trois semaines. C’est un exode intérieur d’une ampleur que l’Europe n’avait pas connue depuis la Seconde Guerre mondiale, et qui se déroule à deux heures trente d’avion de Paris.

Les frappes russes contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine ne sont pas un phénomène nouveau. Depuis l’automne 2022, Moscou a systématiquement ciblé les centrales thermiques, les postes de transformation, les réseaux de distribution. Mais l’hiver 2025-2026 marque un seuil critique. Après quatre années de guerre, la capacité de réparation s’est considérablement réduite : les pièces de rechange manquent, les techniciens qualifiés sont mobilisés, les stocks de transformateurs livrés par les partenaires occidentaux s’épuisent plus vite qu’ils ne sont remplacés. Kharkiv, deuxième ville du pays, subit des coupures encore plus sévères. Odessa, port vital sur la mer Noire, peine à maintenir ses hôpitaux alimentés. Dnipro, plaque tournante logistique de l’effort de guerre, voit son activité industrielle partiellement paralysée. Et le jour même où Trump annonçait cette supposee trêve sur Kyiv, six personnes ont été tuées par des frappes russes dans le sud et le centre de l’Ukraine. Six morts, le jour même. Comme un rappel brutal que la guerre ne se met pas en pause parce qu’un président prononce le mot « gentil » devant les caméras.

Ce que les degrés signifient concrètement pour les corps et les vies

Permettez-moi d’insister sur un point que les analyses géopolitiques tendent à occulter. Moins trente degrés sans chauffage, cela signifie que l’eau gèle dans les verres posés sur les tables de nuit. Cela signifie que les personnes âgées, les nourrissons, les malades chroniques risquent l’hypothermie en quelques heures si les radiateurs ne fonctionnent pas. Cela signifie que les hôpitaux opèrent avec des générateurs de secours dont l’autonomie est limitée, et que chaque intervention chirurgicale devient un pari contre la panne. Voilà le contexte réel dans lequel s’inscrit l’annonce de Trump. Ce n’est pas une négociation abstraite entre puissances. C’est la question de savoir si des millions de civils ukrainiens vont traverser la semaine la plus froide de l’année avec ou sans la menace supplémentaire de voir leur dernière source d’énergie anéantie par un missile de croisière. Et c’est précisément cette urgence humanitaire qui rend si ambigu le geste annoncé par Washington : est-ce un acte de compassion véritable, ou l’instrumentalisation de la souffrance pour construire un récit politiqueTrump apparaît en sauveur magnanime capable de faire plier le maître du Kremlin d’un simple coup de fil ?

Mini-éditorial — Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la grammaire diplomatique employée ici. Trump ne présente pas cette pause comme un droit des civils ukrainiens, ni comme une obligation au regard du droit international humanitaire. Il la présente comme une faveur personnelle que Poutine lui a accordée. Ce cadrage est dévastateur. Il normalise l’idée qu’un chef d’État peut bombarder des civils à volonté, et que la seule chose qui peut l’en empêcher n’est pas la loi, pas les institutions internationales, pas la pression collective, mais la relation personnelle entre deux dirigeants. Si l’Europe accepte cette logique, elle renonce à tout ce qui fonde son projet politique depuis 1945.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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