Ce que Trump a dit exactement
Les mots comptent. Surtout quand ils sortent de la bouche du président des États-Unis à propos d’une guerre qui a fait des centaines de milliers de victimes. Alors voici exactement ce que Donald Trump a déclaré lors de cette réunion du Cabinet : « À cause du froid, du froid extrême – ils ont le même que nous – j’ai personnellement demandé au président Poutine de ne pas tirer sur Kyiv et les villes et villages pendant une semaine. Ce n’est pas juste du froid, c’est un froid extraordinaire, un froid record. J’ai personnellement demandé au président Poutine de ne pas tirer sur Kyiv et les diverses villes pendant une semaine, et il a accepté de le faire. » Trump a ajouté que c’était « très gentil ». Il a précisé que beaucoup de gens lui avaient déconseillé d’appeler Poutine, convaincus que le chef du Kremlin refuserait une telle demande. « Nous sommes très heureux qu’il l’ait fait », a conclu le président américain.
Ce qui frappe dans cette déclaration, c’est l’absence totale de détails. Quand l’appel a-t-il eu lieu ? Trump ne l’a pas précisé. Quand le cessez-le-feu doit-il entrer en vigueur ? Silence. Quelle est sa portée exacte ? Les villes seulement, ou aussi les infrastructures énergétiques en dehors des centres urbains ? Mystère. La Maison-Blanche n’a pas répondu aux demandes de clarification des journalistes. Et le Kremlin ? Dmitri Peskov a décliné tout commentaire sur les affirmations de Trump. Ce n’est pas la première fois que les deux hommes concluent des accords en privé pour voir ensuite Moscou édulcorer ou ignorer les engagements. L’histoire de cette guerre est parsemée de promesses russes brisées. Pourquoi celle-ci serait-elle différente ?
J’ai relu les déclarations de Trump trois fois. Trois fois. Et à chaque lecture, quelque chose me dérange un peu plus. Ce ton. Cette légèreté. Comme si demander à un criminel de guerre de faire une pause dans ses crimes était un exploit diplomatique. Comme si une semaine sans bombes était un cadeau extraordinaire qu’on devrait accueillir avec gratitude. Une semaine. Dans une guerre qui dure depuis bientôt quatre ans. Quatre ans de bombardements, de massacres, de Boutcha, de Marioupol, de Ternopil. Et on voudrait qu’on applaudisse une semaine ?
Les négociations en toile de fond
Cette annonce ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un contexte de négociations intenses menées par l’administration Trump pour tenter de mettre fin à la guerre. L’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre du président, ont participé la semaine dernière aux premières pourparlers trilatéraux de l’histoire du conflit, réunissant des représentants de l’Ukraine, de la Russie et des États-Unis à Abu Dhabi. Selon Witkoff, les discussions ont avancé : un « protocole d’accord de sécurité » serait « largement finalisé », de même qu’un « accord de prospérité ». Les négociations seraient « réduites à une seule question », sans que l’émissaire ne précise laquelle. Zelensky, lui, a été plus direct : « C’est le territoire. »
Car c’est bien là que tout se joue. La Russie exige que l’Ukraine cède le Donbas – Donetsk et Louhansk – comme condition préalable à tout cessez-le-feu. Poutine veut non seulement conserver les territoires qu’il occupe, mais aussi récupérer ceux que ses troupes n’ont pas encore conquis dans ces régions. Une capitulation pure et simple, selon Kyiv. Trump, lui, semble pencher vers une approche pragmatique : si ces territoires sont perdus de toute façon, autant les céder maintenant et arrêter les morts. Zelensky, soutenu par l’Union européenne, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, refuse catégoriquement. Cette semaine de trêve, si elle se concrétise, pourrait-elle être un premier pas vers un accord plus large ? Ou simplement une parenthèse humanitaire dans un conflit qui n’a aucune issue en vue ?
Le prix humain de l'hiver 2026
Des chiffres qui glacent le sang
Les statistiques publiées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sont sans appel. L’année 2025 a été la plus meurtrière pour les civils ukrainiens depuis 2022 et le début de l’invasion à grande échelle. Au total, 2 514 civils ont été tués et 12 142 blessés – une augmentation de 31 % par rapport à 2024. Les causes de cette hausse sont multiples, mais deux facteurs dominent : l’intensification des combats sur la ligne de front et l’expansion massive de l’utilisation des armes à longue portée. Les missiles et les drones kamikazes lancés par les forces russes ont causé à eux seuls 35 % des pertes civiles, soit 682 tués et 4 443 blessés – une augmentation de 65 % par rapport à l’année précédente. Chaque nuit ou presque, des centaines de drones et de missiles s’abattent sur les villes ukrainiennes.
L’attaque la plus meurtrière de 2025 a frappé Ternopil, dans l’ouest du pays, le 19 novembre. Au moins 38 civils, dont huit enfants, ont été tués. Dix familles ont perdu au moins deux membres chacune. Quatre-vingt-dix-neuf autres personnes, dont 17 enfants, ont été blessées. Ces chiffres, déjà terrifiants, ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’ONU reconnaît elle-même que les véritables bilans sont probablement bien plus élevés, car de nombreux cas ne peuvent pas être vérifiés et les enquêteurs n’ont pas accès aux territoires occupés ni aux zones proches des lignes de front. Depuis le 24 février 2022, on estime que les pertes totales – militaires et civiles, des deux côtés – pourraient atteindre 1,5 à 1,8 million de personnes tuées ou blessées. Un chiffre qui dépasse l’entendement.
Les visages derrière les statistiques
Derrière chaque chiffre, il y a un nom. Une histoire. Une vie brisée. Mykola Vorobjovskii a 69 ans. Il vivait dans une petite maison de Kherson, dans le sud de l’Ukraine. Une bombe planante russe l’a détruite la semaine dernière. « Poutine est un menteur », a-t-il dit aux journalistes de NBC News, la voix brisée par l’émotion, debout au milieu des décombres de ce qui était sa vie. « Il dit qu’il libère l’Ukraine. Il m’a libéré de ma maison, de mon travail et de ma voiture. » Ces mots résument tout. La « libération » selon Poutine, ce sont des appartements éventrés, des vies détruites, des familles dispersées. Depuis le début de la guerre, 3,7 millions d’Ukrainiens sont devenus des déplacés internes. Plus de 5 millions vivent comme réfugiés à travers l’Europe. Plus de 62 % des déplacés rapportent que leurs maisons ont été totalement ou partiellement détruites.
Et puis il y a Leonid Zhurakovskyi. Il a 89 ans. Il vit seul à Kyiv. Les coupures de courant à répétition l’ont plongé dans l’obscurité et le silence. Il ne peut plus regarder la télévision. Il ne peut plus lire – sa vue ne lui permet plus de naviguer dans son appartement sans lumière. Alors il se souvient. Il se souvient de la Seconde Guerre mondiale, quand il était enfant. « Quand les Allemands sont venus, nous n’avions pas de chauffage, pas d’eau, de l’électricité sporadique pendant toute la guerre, et nous avons continué », raconte-t-il à sa fille Liubov Oliinyk. Puis il ajoute, avec un optimisme qui force le respect : « Alors on va s’en sortir cette fois aussi. » Quatre-vingt-neuf ans, deux guerres, et toujours la même résilience. Combien de temps encore ?
Leonid Zhurakovskyi. 89 ans. Deux guerres. Et moi qui me plains quand ma connexion internet rame. Il y a des moments où ce métier vous met face à votre propre insignifiance. Face à la force brute de l’humanité quand elle décide de ne pas plier. Ce vieil homme, dans son appartement glacé et sombre, qui refuse de désespérer parce qu’il a déjà survécu à pire. Comment peut-on lire ça et ne pas se sentir petit ? Comment peut-on entendre Trump parler d’un accord « très gentil » et ne pas avoir envie de crier ?
L'Ukraine sous les bombes, même pendant les négociations
Les frappes qui n’ont jamais cessé
Pendant que les diplomates négocient à Abu Dhabi et que Trump vante son accord téléphonique avec Poutine, la Russie continue de frapper. La nuit du 24 au 25 janvier 2026, alors même que les pourparlers trilatéraux étaient en cours, Moscou a lancé des centaines de drones et de missiles contre Kyiv et Kharkiv, les deux plus grandes villes du pays. Des milliers d’immeubles résidentiels se sont retrouvés sans chauffage, sans électricité, sans eau. Au moins une personne a été tuée, quatre autres blessées. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a annoncé que le système d’approvisionnement énergétique de la capitale restait « très difficile » malgré les efforts de restauration. Certains villages en périphérie de Kyiv étaient sans électricité depuis quatre jours. Leurs habitants ont bloqué des routes en signe de protestation.
Et ce n’est pas un cas isolé. Depuis le début de janvier 2026, la Russie a intensifié ses attaques sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes à un rythme sans précédent. La frappe du 9 janvier a laissé près de 6 000 foyers sans chauffage à Kyiv. Celle du 20 janvier a plongé près de la moitié de la capitale dans le noir et le froid alors que les températures descendaient à -14°C. Le 23 janvier, après deux semaines de bombardements, Kyiv était toujours dans la pire crise énergétique hivernale depuis le début de l’invasion. Les nuits à -20°C, les journées sans jamais dépasser le zéro. Et des familles qui espèrent que le courant reviendra assez longtemps pour faire cuire un repas chaud.
La stratégie du froid
Ce n’est pas un hasard si la Russie frappe maintenant. « Les Russes avaient l’intention de frapper quand il fait froid. On le comprend. Ce n’est pas un accident », explique Liubov Oliinyk, la fille de Leonid. « Ils l’ont fait de la manière la plus douloureuse possible. » Le ministre ukrainien de l’Énergie, Denys Shmyhal, a été encore plus direct devant le Parlement : « Il n’y a pas une seule centrale électrique en Ukraine qui n’ait pas été touchée par les Russes pendant cette guerre. » La stratégie est limpide : détruire la capacité de l’Ukraine à se chauffer pour briser le moral de la population et forcer Zelensky à accepter les conditions de Moscou. « Armer l’hiver », comme le disent les officiels ukrainiens.
Cette tactique a un nom dans le droit international : c’est un crime de guerre. Cibler délibérément les infrastructures civiles pour faire souffrir la population est interdit par les Conventions de Genève. Mais la Russie nie systématiquement viser des cibles civiles, malgré les preuves accablantes du contraire. Le ministère russe de la Défense affirme ne frapper que des « installations énergétiques utilisées par les forces armées ukrainiennes ». Une justification qui ne résiste pas une seconde à l’examen des faits. Quand des hôpitaux, des écoles, des immeubles résidentiels et des trains de passagers sont touchés, ce ne sont pas des « dommages collatéraux ». C’est une politique délibérée de terreur.
Il y a quelque chose d’obscène à parler de « négociations » et de « cessez-le-feu » pendant que des missiles continuent de tomber. Quelque chose de profondément cynique. Comme si les mots et les actes appartenaient à deux réalités différentes. D’un côté, la diplomatie feutrée des salons d’Abu Dhabi. De l’autre, les sirènes qui hurlent dans la nuit de Kyiv. D’un côté, Trump qui se félicite d’avoir obtenu une semaine de pause. De l’autre, trois morts à Zaporizhzhia cette nuit même. Deux mondes parallèles qui ne se touchent jamais.
La résilience ukrainienne face au désespoir
Survivre avec des briques et des bougies
Quand l’État ne peut plus garantir le chauffage, les citoyens s’adaptent. Sur les réseaux sociaux ukrainiens, des tutoriels circulent pour expliquer comment survivre aux coupures de courant prolongées. Les « life hacks » de guerre, version 2026. La technique la plus populaire : placer des briques sur une cuisinière à gaz, les laisser chauffer, puis les utiliser comme radiateurs de fortune. Pour ceux qui n’ont pas de gaz, une alternative plus dangereuse : un assemblage de bougies, de grilles de barbecue et de briques. « Ça fonctionne comme une cheminée pour les mains », explique Yulia Skurydina. « Ça ne chauffe pas vraiment la pièce, mais si vous êtes assis à côté à votre ordinateur, ça vous réchauffe un peu. » Les bouillottes électriques sont devenues des objets de luxe. Les sous-vêtements thermiques, un indispensable.
Les services d’urgence ukrainiens ont installé plus de 1 200 points de chauffage à Kyiv – des tentes gonflables où les résidents peuvent se réchauffer, recharger leurs téléphones et boire un thé chaud. Dans certains quartiers, les voisins se rassemblent dans les cours d’immeubles pour cuisiner ensemble sur des feux de camp, partager des repas et danser pour se réchauffer. Les vidéos circulent sur TikTok et Instagram : des Ukrainiens qui grillent de la viande au milieu des ruines, qui trinquent avec des boissons chaudes, qui refusent de se laisser abattre. « On veut des négociations », dit une femme rencontrée dans un centre de chauffage, jouant aux cartes pour passer le temps. « Mais il me semble que la Russie ne veut pas de négociations. Et après ? Je ne sais pas. »
L’aide qui arrive et celle qui manque
Zelensky ne cesse de répéter le même message à ses alliés occidentaux : « Chaque frappe russe sur notre infrastructure énergétique montre qu’il ne doit y avoir aucun retard dans la fourniture de défense aérienne. Nous comptons sur la réaction et l’aide de tous nos alliés. » L’Ukraine dispose d’un nombre limité de systèmes de défense antiaérienne pour abattre les drones et les missiles. Pas assez pour protéger toutes les villes, toutes les centrales, tous les civils. L’Union européenne a annoncé de nouvelles sanctions contre six propagandistes russes et adopté de nouvelles mesures contre l’Iran pour son soutien à la guerre de la Russie. Mais les Ukrainiens ont besoin de Patriot, pas de communiqués de presse.
L’ONU et ses partenaires s’apprêtent à lancer un appel humanitaire de 2,31 milliards de dollars pour 2026, visant à aider 4,12 millions de personnes confrontées aux besoins les plus urgents. Au total, 10,8 millions d’Ukrainiens ont besoin d’une assistance humanitaire. C’est presque un quart de la population d’avant-guerre. Les organisations humanitaires sont débordées. Les ressources s’épuisent. Et l’hiver n’est pas fini. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a suggéré qu’un cessez-le-feu limité pourrait aider à protéger le secteur énergétique ukrainien des frappes russes. Une proposition qui ressemble étrangement à ce que Trump vient d’annoncer. Mais une semaine suffit-elle à réparer des mois de destruction ?
Je pense à Inna. Une mère de trois enfants, dont un bébé de trois semaines. Quand le chauffage et l’électricité ont été coupés, elle a habillé le nourrisson de deux grenouillères, un pull chaud, et une fourrure récupérée à la maternité. Une voisine lui a apporté un pull en laine des années 1940. Des années 1940. On en est là. Des Ukrainiens qui fouillent dans les tiroirs de leurs grands-parents pour trouver de quoi survivre à l’hiver 2026. Et nous, on regarde ça de loin, bien au chaud, en commentant les tweets de Trump.
Que vaut une semaine de paix dans une guerre de quatre ans
Les précédents qui incitent à la prudence
Poutine n’en est pas à sa première promesse. L’histoire de cette guerre est jalonnée d’accords bafoués, de trêves violées, de cessez-le-feu qui n’ont jamais tenu. Les accords de Minsk de 2014 devaient mettre fin au conflit dans le Donbas. Ils ont gelé les lignes de front pendant huit ans sans rien résoudre, donnant le temps à la Russie de préparer l’invasion à grande échelle de 2022. « L’agression peut être récompensée », a retenu Moscou de cette expérience. « Les inquiétudes concernant une escalade nucléaire peuvent être exploitées. » Chaque fois qu’un cessez-le-feu est évoqué, les analystes rappellent ce précédent. Une pause dans les combats pourrait permettre à la Russie de reconstituer ses forces, de réorganiser sa logistique, de préparer la prochaine offensive.
Zelensky lui-même reste prudent. Dans son allocution du soir, jeudi, il a qualifié les paroles de Poutine de « manipulatrices ». « Poutine fait souvent ça – il ne dit pas ‘non’ directement, mais il le fait de telle manière que pratiquement tout ne fait que retarder et rendre les décisions normales impossibles », a expliqué le président ukrainien. « Poutine, bien sûr, a peur de dire directement au président Trump qu’il veut continuer cette guerre, qu’il veut tuer des Ukrainiens. » Ces mots résument le dilemme face auquel se trouvent les Occidentaux : comment négocier avec quelqu’un qui ment systématiquement ? Comment faire confiance à des engagements pris par un régime qui n’en a jamais respecté un seul ?
L’espoir malgré tout
Et pourtant. Et pourtant, il faut bien s’accrocher à quelque chose. Trump a précisé que les Ukrainiens avaient d’abord eu du mal à croire à cette décision, mais qu’ils étaient « très contents » du résultat. « En plus de tout le reste, ce n’est pas ce dont ils ont besoin, des missiles qui tombent sur leurs villes et villages », a ajouté le président américain. C’est peut-être la seule phrase de toute cette annonce qui sonne juste. Oui, les Ukrainiens n’ont pas besoin de missiles. Ils n’en ont jamais eu besoin. Personne n’a jamais besoin de missiles sur sa maison. Si cette semaine de pause se concrétise, si elle permet à quelques familles de dormir sans les sirènes, si elle donne aux équipes de réparation le temps de rétablir le chauffage dans quelques immeubles, alors oui, ce sera toujours ça de pris.
Les négociations se poursuivent. Witkoff a annoncé que les discussions reprendraient « dans environ une semaine ». « Beaucoup de bonnes choses se passent », a-t-il affirmé lors de la réunion du Cabinet. Les émissaires américains auraient rencontré cinq généraux russes à Abu Dhabi le week-end dernier. Le Royaume-Uni et la France se sont engagés à déployer des « hubs militaires » en Ukraine en cas d’accord de paix. Un cadre de garanties de sécurité américaines sur 15 ans serait en discussion. Le plan de paix en 20 points serait « à 90 % » finalisé, selon Zelensky. Il reste cette « seule question » sur laquelle personne ne veut céder : le territoire. Mais une semaine de répit, même fragile, même incertaine, c’est une semaine où des vies pourraient être épargnées.
Conclusion : Le gel et les questions sans réponse
Ce weekend et après
Les prévisions météorologiques sont formelles : les températures en Ukraine vont chuter entre -12 et -26 degrés Celsius ce weekend du 31 janvier et 1er février. Un froid record, même pour un pays habitué aux hivers rigoureux. Dans les appartements sans chauffage de Kyiv, les fenêtres givent de l’intérieur. Les gens voient leur souffle même chez eux. Les enfants dorment en manteau, emmitouflés sous plusieurs couches de couvertures. Et quelque part entre Washington et Moscou, un accord aurait été conclu pour leur offrir une semaine sans bombes. Une semaine. Sept jours pour souffler. Pour espérer. Pour se réchauffer, peut-être, si le courant revient assez longtemps.
Le Kremlin n’a toujours pas confirmé. Les frappes de cette nuit à Zaporizhzhia ont fait trois morts. Zelensky avertit qu’une attaque massive se prépare. Et Trump se félicite d’avoir obtenu un geste « très gentil » de Poutine. Quatre ans de guerre. Des centaines de milliers de morts. Des millions de vies brisées. Et voilà où nous en sommes : à espérer qu’un criminel de guerre tiendra sa parole pendant sept jours. Sept jours dans un océan de souffrance. Sept jours pour reprendre son souffle avant de replonger dans l’horreur. Est-ce vraiment tout ce qu’on peut offrir à l’Ukraine ?
Je n’arrive pas à me réjouir. J’aimerais. Sincèrement. J’aimerais pouvoir écrire que c’est un premier pas, que l’espoir renaît, que la paix est à portée de main. Mais je ne peux pas mentir. Pas sur ça. Une semaine de pause accordée par celui qui bombarde des civils depuis quatre ans, ce n’est pas un cadeau. C’est un rappel brutal de qui tient les cartes. C’est Poutine qui décide quand les Ukrainiens meurent et quand ils respirent. Et nous, spectateurs impuissants, on appelle ça de la « diplomatie ». Alors oui, je souhaite que cette semaine se concrétise. Je souhaite que Leonid Zhurakovskyi, 89 ans, puisse rallumer une lampe. Que le petit bébé d’Inna ait chaud. Que Mykola Vorobjovskii trouve un toit. Mais je refuse de qualifier ça de victoire. C’est juste une pause dans la défaite. Et après, tout recommencera.
La question qui reste
Dans une semaine, si tout se passe comme Trump l’annonce, les missiles recommenceront à pleuvoir sur l’Ukraine. Les sirènes hurleront de nouveau dans la nuit. Les familles se réfugieront dans les stations de métro. Les équipes d’urgence courront vers les incendies. Et le monde continuera de tourner comme si de rien n’était. Les négociations se poursuivront. Les diplomates échangeront des documents. Les experts commenteront les avancées et les reculs. Pendant ce temps, des gens mourront. Des enfants perdront leurs parents. Des villes seront réduites en ruines. C’est ça, la réalité de cette guerre. Une semaine de pause n’y change rien. Elle ne fait que souligner l’ampleur de ce qui se passe le reste du temps.
Alors que faut-il espérer ? Que Poutine découvre soudain la vertu de la paix ? Que Trump parvienne à accomplir ce que personne n’a réussi en quatre ans ? Que l’Europe trouve le courage de s’engager vraiment, avec des troupes et pas seulement des déclarations ? Peut-être. Peut-être que tout est encore possible. Mais ce soir, à Kyiv, il fait -14 degrés. Des familles s’endorment en se demandant si elles auront du chauffage demain. Et quelque part, dans un bureau du Kremlin, quelqu’un décide si les bombes tomberont ou non. Une semaine de répit. C’est tout ce qu’on a obtenu. C’est tout ce qu’on peut offrir. Pour l’instant.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde, particulièrement le conflit russo-ukrainien que je suis depuis son escalade en 2022. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux humanitaires et stratégiques qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et géopolitique, et d’offrir une lecture critique des événements qui touchent des millions de vies humaines.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Donald Trump lors de la réunion du Cabinet du 29 janvier 2026, communiqués de l’administration ukrainienne, rapports du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, données de la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine, dépêches d’agences de presse internationales (Ukrinform, Associated Press, Reuters).
Sources secondaires : analyses de médias reconnus internationalement (CNN, NBC News, Fox News, LBC, NPR, Euronews, Al Jazeera), rapports d’organisations humanitaires (INTERSOS), études d’instituts de recherche (Atlantic Council, Council on Foreign Relations, CSIS).
Les données statistiques sur les victimes civiles proviennent du Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (OHCHR). Les informations météorologiques sont issues des prévisions officielles ukrainiennes et des services météorologiques internationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections éditoriales de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 29 janvier 2026. Les passages en italique reflètent mon opinion personnelle de chroniqueur, distincte des faits rapportés.
Le Kremlin n’ayant pas confirmé officiellement l’accord annoncé par le président Trump au moment de la rédaction, cette information est présentée comme une déclaration américaine non corroborée par la partie russe. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Trump says Putin agreed not to fire on Kyiv and other cities for a week – 29 janvier 2026
UN Human Rights Monitoring Mission – 2025 deadliest year for civilians in Ukraine since 2022 – 12 janvier 2026
UN News – Ukraine: Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis – 14 janvier 2026
Sources secondaires
Fox News – Trump says Putin agreed to halt Kyiv strikes for one week amid brutal cold – 29 janvier 2026
CNN – Russian strikes and the coldest winter in years leave Ukrainians out in the cold, but defiant – 17 janvier 2026
NPR – Ukrainians are sharing hacks online on how to survive winter power cuts – 26 janvier 2026
NBC News – Kyiv is freezing in the dark as Russian strikes leave Ukraine’s capital powerless – 23 janvier 2026
LBC – Trump claims Putin has agreed ceasefire over Ukrainian cities – 29 janvier 2026
Associated Press via Anchorage Daily News – Trump says Putin agreed not to bomb Ukraine cities for a week – 29 janvier 2026
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