Deux jours de septembre 1941
Pour comprendre la portee du geste de Zelensky, il faut revenir a ce que fut Babyn Yar. Un ravin situe a la peripherie nord-ouest de Kyiv, devenu en l’espace de 48 heures le plus grand charnier a ciel ouvert de toute la Seconde Guerre mondiale. Les 29 et 30 septembre 1941, des unites SS appuyees par des collaborateurs locaux y executerent 33 771 Juifs — hommes, femmes, enfants, vieillards. Le chiffre est d’une precision glaçante, consigne avec une meticulosite bureaucratique dans les rapports allemands. Chaque victime comptabilisee. Chaque balle documentee. L’horreur administrative dans toute sa froideur. Les gens avaient ete convoques par des affiches placardees dans toute la ville, leur ordonnant de se presenter munis de leurs papiers, de leur argent et de vetements chauds. Beaucoup crurent qu’il s’agissait d’une deportation, d’un transfert. Ils marcherent en famille, certains portant leurs enfants, d’autres trainant leurs valises. Ils ne revirent jamais le lendemain.
Le temoignage du chauffeur de camion Hofer, enregistre apres la guerre, reste l’un des plus terrifiants documents sur ce massacre. Il decrit comment les victimes furent forcees de se deshabiller, abandonnant leurs affaires en piles separees — chaussures d’un cote, manteaux de l’autre, sous-vetements ailleurs. Comment elles furent ensuite conduites au bord du ravin, forcees de s’allonger sur les corps de ceux qui avaient ete abattus avant elles, avant de recevoir une balle dans la nuque. Les bourreaux marchaient litteralement sur des couches de cadavres pour atteindre leurs prochaines victimes. Et cela dura deux jours entiers. Deux jours ou le ravin se remplit de corps. Deux jours ou le sang coula tant qu’il forma des ruisseaux sur les pentes. Deux jours que le monde choisit d’ignorer. Car c’est peut-etre la le plus troublant dans l’histoire de Babyn Yar : le silence assourdissant qui suivit le massacre.
Je lis et relis ces temoignages, et chaque fois quelque chose en moi refuse d’y croire. Pas parce que je doute de leur veracite — les preuves sont accablantes. Mais parce que mon cerveau, mon coeur, tout en moi resiste a l’idee qu’un tel niveau de barbarie soit possible. Et puis je me souviens que nous sommes en 2026, que des fosses communes sont encore decouvertes en Ukraine, que des enfants sont encore arraches a leurs familles, et cette resistance interieure s’effondre. L’histoire ne repete pas, dit-on. Mais elle rime cruellement.
Un massacre efface, une memoire etouffee
Apres la guerre, le pouvoir sovietique fit tout pour effacer Babyn Yar de la memoire collective. Le ravin fut partiellement comble, transforme en decharge, puis en zone industrielle. Aucun monument ne fut erige pendant des decennies. Les victimes juives furent noyees dans l’anonymat des « citoyens sovietiques » massacres par les nazis, leur specificite juive deliberement occultee. Il fallut attendre 1976 pour qu’un premier monument soit enfin installe — et encore, sans aucune mention du caractere juif des victimes. Ce n’est qu’apres l’independance de l’Ukraine en 1991 que la verite commença lentement a emerger des decombres de la propagande. Aujourd’hui, le Memorial de Babyn Yar s’efforce de preserver cette memoire, de nommer chaque victime, de rendre leur humanite a ces 33 771 personnes reduites a un simple chiffre dans les rapports des bourreaux.
Mais Babyn Yar ne fut pas seulement le lieu d’un massacre unique. Dans les mois et les annees qui suivirent, des dizaines de milliers d’autres personnes y furent executees : prisonniers de guerre sovietiques, Roms, malades mentaux, resistants ukrainiens, communistes, nationalistes. Les estimations varient, mais on estime que le nombre total de victimes pourrait atteindre 100 000 a 150 000 personnes. Et quand, en 1943, les nazis comprirent que la guerre tournait en leur defaveur, ils forcerent des prisonniers a exhumer et bruler les corps pour effacer les traces de leurs crimes. Pendant 40 jours, des buchers geants consumerent les restes de dizaines de milliers de victimes. Les cendres furent dispersees. Comme si on pouvait effacer l’horreur en la reduisant en poussiere. Comme si les morts pouvaient etre tues une seconde fois.
La guerre presente : quand le passe eclaire l'actualite
Fevrier 2022, le spectre du ravin
Le 1er mars 2022, une semaine apres le debut de l’invasion russe, un missile frappa les environs du Memorial de Babyn Yar. L’ironie tragique de voir des bombes russes tomber sur un lieu consacre a la memoire des victimes de la barbarie nazie ne fut pas perdue pour le monde. Zelensky reagit immediatement, accusant la Russie de vouloir « effacer l’histoire ukrainienne ». Le parallele qu’il traçait alors, certains le jugerent excessif. Comparer Poutine aux nazis, vraiment ? Mais depuis, les preuves se sont accumulees. Boutcha et ses civils executes les mains liees dans le dos. Marioupol et son theatre bombarde malgre le mot « enfants » ecrit en enormes lettres sur le sol. Les deportations d’enfants ukrainiens vers la Russie, documentees par la Cour penale internationale qui a emis un mandat d’arret contre Poutine. L’histoire ne se repete pas a l’identique, mais ses echos sont parfois si forts qu’ils en deviennent assourdissants.
Quand Zelensky se tient a Babyn Yar en ce 27 janvier 2026, il ne fait pas seulement acte de memoire. Il pose une question brutale au monde entier : avez-vous vraiment tire les lecons du passe ? Ou allez-vous, une fois de plus, detourner le regard pendant qu’un peuple est massacre ? La question est inconfortable, derangeante. Elle met mal a l’aise tous ceux qui prefereraient que l’Ukraine negocie, qu’elle cede du territoire pour avoir la paix, qu’elle cesse de nous rappeler que la guerre existe et que la barbarie n’est pas une relique du siecle dernier. Mais c’est precisement parce qu’elle derange que cette question merite d’etre posee. Et reposee. Jusqu’a ce qu’on y reponde autrement que par des platitudes et des expressions de « profonde preoccupation ».
Il y a quelque chose de profondement troublant a voir le monde hesiter, tergiverser, calculer, alors que des civils meurent chaque jour en Ukraine. Je pense a cette phrase qu’on attribue parfois, peut-etre a tort, a differents temoins de l’Holocauste : « Ce qui m’a le plus choque, ce n’est pas la mechancete des mechants, mais le silence des bons. » Et je me demande : dans quel camp serons-nous places quand nos petits-enfants liront cette periode dans leurs livres d’histoire ? Parmi ceux qui ont agi, ou parmi ceux qui ont regarde ailleurs ?
Un president juif face a la propagande du Kremlin
L’un des aspects les plus absurdes de cette guerre reste la pretention russe de vouloir « denazifier » l’Ukraine — un pays dirige par un president juif dont plusieurs membres de la famille perirent dans l’Holocauste. La famille de Zelensky, originaire de Kryvyi Rih, fut durement touchee par la Shoah. Son grand-pere, Semyon Zelensky, servit dans l’Armee rouge et combattit les nazis. Trois de ses freres furent tues pendant la guerre. Quand Poutine invoque la « denazification » pour justifier son invasion, il insulte non seulement l’intelligence du monde entier, mais aussi la memoire des millions de victimes juives de l’Europe de l’Est. Cette manipulation grotesque de l’histoire, Zelensky la denonce inlassablement. Et sa presence a Babyn Yar en ce jour de commemoration est la plus eloquente des refutations a cette propagande obscene.
Le president ukrainien a toujours ete prudent dans ses references a l’Holocauste. Il sait que les comparaisons historiques sont un terrain mine, que chaque souffrance merite d’etre reconnue dans sa singularite. Mais il sait aussi que l’histoire offre des lecons que seuls les imbeciles ou les complices choisissent d’ignorer. Quand il declare que « la haine contre un peuple, si elle n’est pas arretee, finit par menacer tous les autres », il ne se compare pas aux victimes de la Shoah. Il rappelle simplement un mecanisme universel : l’indifference face au mal encourage le mal. Le silence devant l’injustice nourrit l’injustice. Et ceux qui pensent pouvoir rester neutres face a l’agression finissent toujours par en payer le prix.
Le devoir de memoire : plus qu'une ceremonie, un acte politique
Pourquoi se souvenir ne suffit pas
Les commemorations, aussi sinceres soient-elles, courent toujours le risque de devenir des rituels vides. On se souvient, on depose des fleurs, on prononce des discours, et puis la vie reprend. Jusqu’a l’annee suivante. Zelensky semble vouloir rompre avec cette mecanique. Pour lui, le devoir de memoire n’est pas une obligation passive mais un engagement actif. Se souvenir de l’Holocauste ne consiste pas simplement a honorer les morts — c’est un engagement a agir pour les vivants. C’est pourquoi son message de ce 27 janvier 2026 insiste tant sur l’action, sur l’unite, sur la responsabilite collective. Les victimes de Babyn Yar ne demandent pas seulement qu’on se souvienne d’elles. Elles exigent qu’on fasse en sorte que leur sacrifice n’ait pas ete vain. Que les lecons de leur mort servent a sauver d’autres vies.
Cette conception active du devoir de memoire trouve un echo particulier dans le contexte actuel. L’Ukraine ne demande pas la charite du monde. Elle demande des armes pour se defendre, des sanctions pour affaiblir l’agresseur, une solidarite concrete plutot que des larmes de crocodile. Et quand Zelensky invoque la liberation d’Auschwitz par l’Armee rouge en 1945, le parallele implicite est clair : a l’epoque aussi, il a fallu se battre pour vaincre le mal. Les nazis n’ont pas ete defaits par des resolutions, des communiques de presse ou des expressions de « vive inquietude ». Ils ont ete defaits par la force des armes, par le sacrifice de millions de soldats, par une alliance de nations qui avaient compris que la neutralite face au fascisme equivalait a la complicite.
Je me demande parfois ce que diraient les liberateurs d’Auschwitz s’ils voyaient le monde d’aujourd’hui. Ces soldats sovietiques, americains, britanniques, français, qui ont verse leur sang pour ecraser le nazisme — que penseraient-ils de nos hesitations, de nos calculs, de notre peur d’aller « trop loin » ? Je n’ai pas la pretention de repondre a leur place. Mais je suis convaincu qu’ils ne reconnaitraient pas leur heritage dans nos pusillanimites contemporaines.
La memoire comme arme de resistance
Dans le contexte de la guerre actuelle, la memoire devient pour l’Ukraine une veritable arme de resistance. Chaque commemoration, chaque rappel historique, chaque reference aux horreurs du passe sert a rappeler au monde ce qui se joue vraiment dans ce conflit. La Russie de Poutine ne cherche pas simplement a annexer des territoires ou a installer un gouvernement fantoche a Kyiv. Elle cherche a effacer l’Ukraine en tant que nation, en tant que culture, en tant qu’identite distincte. Les declarations officielles russes sur l’inexistence supposee de l’identite ukrainienne, les deportations d’enfants, la destruction systematique du patrimoine culturel — tout cela releve d’une logique que les historiens connaissent bien. Une logique qui, sans atteindre les sommets d’horreur de l’Holocauste, participe neanmoins d’une meme volonte d’annihilation.
Zelensky comprend instinctivement que la bataille pour la memoire est indissociable de la bataille pour l’avenir. C’est pourquoi il ne cesse de rappeler l’histoire, de tracer des paralleles, de convoquer les fantomes du passe pour eclairer le present. Certains l’accusent d’instrumentaliser la Shoah a des fins politiques. Mais n’est-ce pas precisement le sens du « plus jamais ca » ? N’est-ce pas pour eviter de nouvelles tragedies qu’on commemore les anciennes ? Si la memoire de l’Holocauste ne sert qu’a pleurer les morts sans proteger les vivants, alors elle n’est qu’un rituel sterile, une ceremonie vide de sens. Zelensky, en se tenant a Babyn Yar pendant que son pays brule, refuse cette memoire passive. Il exige une memoire combattante.
L'appel au monde : responsabilite et inaction
Le silence complice des nations
L’un des aspects les plus troublants de l’histoire de Babyn Yar est le silence qui entoura le massacre pendant des decennies. Certains historiens suggerent meme que ce silence encouragea les nazis a passer a la vitesse superieure. Si le monde ne reagissait pas au massacre de 33 771 personnes en deux jours, pourquoi se soucierait-il de ce qui suivrait ? La Conference de Wannsee de janvier 1942, ou fut planifiee la « solution finale », eut lieu quelques mois seulement apres Babyn Yar. Le chercheur Yohanan Petrovsky-Shtern a pose cette question terrible : « Et si Babyn Yar avait ete un test pour Hitler ? Si la reaction du monde avait ete differente, la Conference de Wannsee aurait-elle abouti aux memes conclusions ? » Nous ne le saurons jamais. Mais cette hypothese donne le vertige.
Aujourd’hui, Zelensky pose implicitement la meme question au monde contemporain. Si l’Ukraine tombe, si l’Occident detourne le regard, si la Russie n’est pas arretee, quel sera le prochain test ? Les Etats baltes ? La Moldavie ? La Pologne ? L’histoire enseigne que les appetits des regimes expansionnistes ne sont jamais rassasies par les concessions. Munich 1938 n’a pas evite la guerre — elle n’a fait que la reporter et l’aggraver. Les lecons sont la, imprimees dans le sang de millions de victimes. Et pourtant, combien de voix s’elevent encore pour suggerer que l’Ukraine devrait « negocier », ceder des territoires, accepter une paix qui ne serait qu’une pause avant la prochaine agression ?
Quand j’entends certains commentateurs expliquer doctement que l’Ukraine devrait « etre realiste » et accepter de perdre des territoires pour avoir la paix, je pense a Chamberlain brandissant son bout de papier a la descente de l’avion. « Peace for our time », disait-il. La paix pour notre temps. On connait la suite. Je ne dis pas que Poutine est Hitler — les comparaisons historiques ont leurs limites. Mais je dis que la lachete deguisee en pragmatisme a toujours le meme gout amer. Et que l’histoire finit toujours par presenter la facture.
Une responsabilite qui nous concerne tous
Le message de Zelensky depuis Babyn Yar ne s’adresse pas seulement aux dirigeants du monde. Il s’adresse a chacun d’entre nous. Car le « plus jamais ca » ne peut pas etre seulement une promesse gouvernementale. C’est un engagement individuel, une responsabilite personnelle. Que faisons-nous, chacun a notre niveau, pour que les horreurs du passe ne se reproduisent pas ? Votons-nous pour des dirigeants qui prennent au serieux les menaces contre la paix ? Soutenons-nous les organisations qui viennent en aide aux victimes de guerre ? Refusons-nous de nous laisser endormir par ceux qui voudraient nous faire croire que tout cela se passe « loin », que ce n’est « pas notre probleme » ? La memoire de l’Holocauste ne sert a rien si elle reste confinee aux ceremonies officielles et aux discours convenus. Elle ne prend tout son sens que lorsqu’elle irrigue nos actions quotidiennes, nos choix politiques, notre refus de l’indifference.
Zelensky a conclu son message par ces mots : « Tous ceux dans le monde qui valorisent vraiment la paix et la tranquillite doivent faire tout leur possible pour s’assurer que la haine ne prevale plus jamais, pour que tous ceux qui la repandent sachent toujours qu’ils perdront inevitablement. » C’est un appel a l’action, pas a la commemoration passive. C’est une exigence, pas une supplication. Et c’est precisement parce que cet appel vient d’un homme dont le pays est en guerre, dont les concitoyens meurent chaque jour, qu’il porte un poids particulier. Nous pouvons choisir de l’entendre ou de detourner la tete. Mais nous ne pourrons pas dire, plus tard, que nous ne savions pas.
Les echos d'Auschwitz a Boutcha
La liberation et ses enseignements
Le 27 janvier 1945, quand les soldats de l’Armee rouge franchirent les portes d’Auschwitz, ils decouvrirent l’impensable. Des monceaux de chaussures, de lunettes, de cheveux humains. Des survivants squelettiques qui tenaient a peine debout. Et partout, les preuves d’un massacre industriel dont l’ampleur depassait l’imagination. Les nazis avaient tente de detruire les preuves avant leur fuite, dynamitant les chambres a gaz, brulant les archives. Mais l’horreur etait trop vaste pour etre entierement effacee. Aujourd’hui, quand Zelensky evoque cette liberation, il rappelle une verite fondamentale : le mal absolu peut etre vaincu. Mais il ne se rend jamais de lui-meme. Il faut le combattre, les armes a la main, jusqu’a sa destruction complete.
Le parallele avec la situation actuelle en Ukraine n’est pas parfait — aucun parallele historique ne l’est jamais. Mais certains echos sont troublants. Les fosses communes de Boutcha et d’Izioum, avec leurs corps aux mains liees et aux traces de torture. Les temoignages de viols systematiques utilises comme arme de guerre. Les deportations d’enfants vers la Russie, arrachees a leurs familles pour etre « reeduques ». Les bombardements deliberes de civils, d’hopitaux, d’ecoles. Non, ce n’est pas l’Holocauste. Mais c’est suffisamment grave pour que le monde se mobilise. Suffisamment grave pour que les generations futures nous demandent des comptes. Suffisamment grave pour qu’on refuse le confort de l’indifference.
La memoire vivante contre l’oubli programme
Les autorites russes de l’epoque sovietique tenterent pendant des decennies d’effacer Babyn Yar de la memoire collective. Aujourd’hui, la propagande du Kremlin tente de reecrire l’histoire de la guerre en Ukraine, de presenter l’agresseur comme victime, de transformer le massacre de civils en « operation militaire speciale ». La bataille pour la memoire se joue en temps reel, sous nos yeux. Et c’est pourquoi la presence de Zelensky a Babyn Yar est si importante. Elle affirme que certaines verites ne peuvent pas etre effacees. Que certains crimes ne peuvent pas etre relativises. Que la memoire des victimes exige la justice, pas l’amnistie.
Le Memorial de Babyn Yar continue de travailler pour documenter chaque victime, pour mettre un nom et un visage sur les 33 771 Juifs massacres en septembre 1941 — et sur les dizaines de milliers d’autres qui perirent dans ce ravin au cours des mois suivants. Ce travail de memoire est essentiel. Car c’est en restituant leur humanite aux victimes qu’on refuse de les reduire a de simples statistiques. C’est en nommant chaque mort qu’on rend leur massacre impossible a ignorer. Et c’est en transmettant cette memoire aux generations futures qu’on espere — peut-etre naïvement, mais l’espoir est tout ce qu’il nous reste — eviter que l’histoire ne se repete.
Conclusion : Le ravin qui ne se refermera jamais
Un president debout contre l’oubli
Quand Volodymyr Zelensky a quitte Babyn Yar ce 27 janvier 2026, le ravin etait toujours la. Silencieux. Immobile. Comme il l’est depuis 84 ans. Les arbres ont pousse sur les fosses communes. La vie a repris ses droits sur la mort. Mais la memoire demeure, tenace, irreductible. Et tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour se souvenir, pour raconter, pour transmettre, Babyn Yar ne sera jamais completement referme. Les 33 771 victimes des 29 et 30 septembre 1941 ne seront jamais completement mortes. Elles vivront dans notre souvenir, dans notre conscience, dans notre refus de laisser l’histoire se repeter. C’est le sens profond du devoir de memoire : non pas une celebration morbide du passe, mais un engagement pour l’avenir.
Zelensky incarne cette memoire vivante. Un president juif d’un pays en guerre, debout sur les lieux d’un des pires massacres de l’humanite, rappelant au monde que les promesses de « plus jamais ca » ne valent que si elles sont tenues. Son message est simple et terrible a la fois : nous sommes juges non par nos paroles, mais par nos actes. Non par nos commemorations, mais par notre courage a affronter le mal quand il se presente. Et le mal se presente. Maintenant. En Ukraine. Sous nos yeux. La question n’est plus de savoir si nous avons tire les lecons de l’histoire. La question est de savoir si nous aurons le courage de les appliquer.
En terminant cet article, je repense a tous ces noms oublies de Babyn Yar. Ces 33 771 personnes qui, un matin de septembre 1941, se sont levees sans savoir que ce serait leur dernier jour. Ces enfants qui tenaient la main de leurs parents. Ces vieillards qui emportaient leurs souvenirs. Ces jeunes qui avaient encore tant de reves. Ils n’avaient rien fait de mal. Leur seul crime etait d’exister. Et le monde les a laisses mourir dans le silence. Je me demande : combien de fois devrons-nous repeter cette erreur avant d’apprendre ? Combien de Babyn Yar, combien de Boutcha, combien de fosses communes faudra-t-il encore decouvrir pour que le « plus jamais ca » cesse enfin d’etre un voeu pieux et devienne une realite ? Je n’ai pas la reponse. Mais je sais que tant que nous continuerons a poser la question, il restera une chance. Une chance infime, fragile, precieuse. L’espoir que la memoire des morts serve enfin a proteger les vivants.
Le serment des vivants
Le 27 janvier est passe. Les gerbes deposees a Babyn Yar finiront par faner. Les discours seront oublies. La vie reprendra son cours normal pour la plupart d’entre nous, loin des bombes et des sirenes d’alerte qui rythment le quotidien des Ukrainiens. Mais quelque chose doit rester. Pas seulement le souvenir d’une ceremonie, mais l’engagement qu’elle implique. Le devoir de memoire n’est pas une dette que nous payons au passe. C’est un investissement que nous faisons pour l’avenir. Chaque fois que nous refusons de detourner le regard, chaque fois que nous nommons le mal par son nom, chaque fois que nous agissons pour proteger les innocents, nous honorons la memoire de ceux qui sont tombes a Babyn Yar, a Auschwitz, dans tous les lieux ou la barbarie humaine s’est dechainee.
Zelensky n’a pas simplement rendu hommage aux victimes de l’Holocauste ce jour-la. Il a rappele que leur sacrifice nous oblige. Que nous ne pouvons pas nous contenter de larmes et de belles paroles. Que le « plus jamais ca » exige des actes, pas des incantations. En se tenant dans ce ravin ou tant de sang fut verse, le president ukrainien a pose une question qui nous hantera longtemps : quand le mal frappe a nouveau a notre porte, serons-nous parmi ceux qui agissent ou parmi ceux qui regardent ailleurs ? L’histoire nous regarde. Et elle n’oublie jamais.
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise reside dans l’observation et l’analyse des dynamiques geopolitiques, historiques et humanitaires qui faconnent notre monde. Mon travail consiste a decortiquer les evenements, a les replacer dans leur contexte historique, et a proposer des perspectives analytiques sur les enjeux complexes de notre epoque. Je ne pretends pas a l’objectivite froide du journalisme traditionnel qui se limite au rapport factuel. Je pretends a la lucidite analytique, a l’interpretation rigoureuse, et a la comprehension approfondie des implications morales et politiques des evenements que j’analyse.
Methodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits verifies et analyses interpretatives. Les informations factuelles sur le massacre de Babyn Yar, sur l’Holocauste, et sur les declarations du president Zelensky proviennent de sources primaires et secondaires verifiables. Les donnees historiques sur le nombre de victimes proviennent des rapports officiels allemands d’epoque et des travaux d’historiens reconnus. Les citations du president ukrainien proviennent de ses declarations officielles sur les reseaux sociaux. Les analyses et interpretations presentees dans les passages editoriaux constituent ma lecture personnelle des evenements, fondee sur une observation continue de la situation en Ukraine et une connaissance approfondie du contexte historique.
Nature de l’analyse
Mon role est d’interpreter les faits, de les contextualiser, et de leur donner un sens dans le grand recit de notre epoque. Cette chronique adopte deliberement un ton engage sur la question du devoir de memoire et de la guerre en Ukraine. Cette prise de position editoriale est assumee et transparente. Elle ne diminue en rien la rigueur factuelle des informations presentees, mais elle s’inscrit dans une tradition de journalisme d’opinion qui distingue clairement les faits des commentaires. Toute evolution ulterieure de la situation pourrait naturellement modifier certaines perspectives presentees ici.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Zelensky honors memory of Holocaust victims in Babyn Yar – 27 janvier 2026
https://www.ukrinform.net/rubric-society/4084825-zelensky-honors-memory-of-holocaust-victims-in-babyn-yar.html
Page Facebook officielle de Volodymyr Zelensky – Declaration du 27 janvier 2026
https://www.facebook.com/reel/2381582435590363
Resolution 60/7 de l’Assemblee generale des Nations Unies – Etablissement de la Journee internationale de commemoration en memoire des victimes de l’Holocauste – 1er novembre 2005
Sources secondaires
Memorial de Babyn Yar – Documentation historique sur le massacre des 29-30 septembre 1941
https://babynyar.org
United States Holocaust Memorial Museum – Babi Yar historical documentation
https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/babi-yar
Yad Vashem – The World Holocaust Remembrance Center – Documentation sur les massacres en Ukraine
https://www.yadvashem.org
Signé Maxime Marquette
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