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CHRONIQUE : Zelensky a Babyn Yar, quand le devoir de memoire devient un acte de resistance
Crédit: Adobe Stock

Deux jours de septembre 1941

Pour comprendre la portee du geste de Zelensky, il faut revenir a ce que fut Babyn Yar. Un ravin situe a la peripherie nord-ouest de Kyiv, devenu en l’espace de 48 heures le plus grand charnier a ciel ouvert de toute la Seconde Guerre mondiale. Les 29 et 30 septembre 1941, des unites SS appuyees par des collaborateurs locaux y executerent 33 771 Juifs — hommes, femmes, enfants, vieillards. Le chiffre est d’une precision glaçante, consigne avec une meticulosite bureaucratique dans les rapports allemands. Chaque victime comptabilisee. Chaque balle documentee. L’horreur administrative dans toute sa froideur. Les gens avaient ete convoques par des affiches placardees dans toute la ville, leur ordonnant de se presenter munis de leurs papiers, de leur argent et de vetements chauds. Beaucoup crurent qu’il s’agissait d’une deportation, d’un transfert. Ils marcherent en famille, certains portant leurs enfants, d’autres trainant leurs valises. Ils ne revirent jamais le lendemain.

Le temoignage du chauffeur de camion Hofer, enregistre apres la guerre, reste l’un des plus terrifiants documents sur ce massacre. Il decrit comment les victimes furent forcees de se deshabiller, abandonnant leurs affaires en piles separees — chaussures d’un cote, manteaux de l’autre, sous-vetements ailleurs. Comment elles furent ensuite conduites au bord du ravin, forcees de s’allonger sur les corps de ceux qui avaient ete abattus avant elles, avant de recevoir une balle dans la nuque. Les bourreaux marchaient litteralement sur des couches de cadavres pour atteindre leurs prochaines victimes. Et cela dura deux jours entiers. Deux jours ou le ravin se remplit de corps. Deux jours ou le sang coula tant qu’il forma des ruisseaux sur les pentes. Deux jours que le monde choisit d’ignorer. Car c’est peut-etre la le plus troublant dans l’histoire de Babyn Yar : le silence assourdissant qui suivit le massacre.

Je lis et relis ces temoignages, et chaque fois quelque chose en moi refuse d’y croire. Pas parce que je doute de leur veracite — les preuves sont accablantes. Mais parce que mon cerveau, mon coeur, tout en moi resiste a l’idee qu’un tel niveau de barbarie soit possible. Et puis je me souviens que nous sommes en 2026, que des fosses communes sont encore decouvertes en Ukraine, que des enfants sont encore arraches a leurs familles, et cette resistance interieure s’effondre. L’histoire ne repete pas, dit-on. Mais elle rime cruellement.

Un massacre efface, une memoire etouffee

Apres la guerre, le pouvoir sovietique fit tout pour effacer Babyn Yar de la memoire collective. Le ravin fut partiellement comble, transforme en decharge, puis en zone industrielle. Aucun monument ne fut erige pendant des decennies. Les victimes juives furent noyees dans l’anonymat des « citoyens sovietiques » massacres par les nazis, leur specificite juive deliberement occultee. Il fallut attendre 1976 pour qu’un premier monument soit enfin installe — et encore, sans aucune mention du caractere juif des victimes. Ce n’est qu’apres l’independance de l’Ukraine en 1991 que la verite commença lentement a emerger des decombres de la propagande. Aujourd’hui, le Memorial de Babyn Yar s’efforce de preserver cette memoire, de nommer chaque victime, de rendre leur humanite a ces 33 771 personnes reduites a un simple chiffre dans les rapports des bourreaux.

Mais Babyn Yar ne fut pas seulement le lieu d’un massacre unique. Dans les mois et les annees qui suivirent, des dizaines de milliers d’autres personnes y furent executees : prisonniers de guerre sovietiques, Roms, malades mentaux, resistants ukrainiens, communistes, nationalistes. Les estimations varient, mais on estime que le nombre total de victimes pourrait atteindre 100 000 a 150 000 personnes. Et quand, en 1943, les nazis comprirent que la guerre tournait en leur defaveur, ils forcerent des prisonniers a exhumer et bruler les corps pour effacer les traces de leurs crimes. Pendant 40 jours, des buchers geants consumerent les restes de dizaines de milliers de victimes. Les cendres furent dispersees. Comme si on pouvait effacer l’horreur en la reduisant en poussiere. Comme si les morts pouvaient etre tues une seconde fois.

Sources

Sources primaires

Ukrinform – Zelensky honors memory of Holocaust victims in Babyn Yar – 27 janvier 2026
https://www.ukrinform.net/rubric-society/4084825-zelensky-honors-memory-of-holocaust-victims-in-babyn-yar.html

Page Facebook officielle de Volodymyr Zelensky – Declaration du 27 janvier 2026
https://www.facebook.com/reel/2381582435590363

Resolution 60/7 de l’Assemblee generale des Nations Unies – Etablissement de la Journee internationale de commemoration en memoire des victimes de l’Holocauste – 1er novembre 2005

Sources secondaires

Memorial de Babyn Yar – Documentation historique sur le massacre des 29-30 septembre 1941
https://babynyar.org

United States Holocaust Memorial Museum – Babi Yar historical documentation
https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/babi-yar

Yad Vashem – The World Holocaust Remembrance Center – Documentation sur les massacres en Ukraine
https://www.yadvashem.org

Signé Maxime Marquette

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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