L’incursion de décembre et le rapt de cinquante-deux civils
Si Zlagoda représente l’avancée lente et méthodique, Grabovsky — également translittéré Hrabovske — incarne la brutalité frontale. Le 18 décembre 2025, environ cent soldats russes ont franchi la frontière et sont entrés dans ce village de l’oblast de Soumy, dans la communauté de Krasnopillia. Ce qui s’est passé ensuite relève du crime de guerre documenté. Les troupes russes ont rassemblé les habitants restants — principalement des personnes âgées qui avaient refusé l’évacuation — et les ont d’abord enfermes dans l’église locale. Puis elles les ont transportés de force en territoire russe. Le président Volodymyr Zelensky a confirmé que 52 civils, dont des personnes âgées de plus de 89 ans, ainsi que 13 militaires ukrainiens, avaient été capturés. Le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha a comparé cet acte aux méthodes de Daech et du Hamas. Le Statut de Rome qualifie ce type d’acte de crime de guerre (article 8) et, en raison de son caractère systématique, de crime contre l’humanité (article 7). L’image de ces personnes âgées, poussées hors de leur propre église vers un pays envahisseur, devrait hanter chaque conscience. Elle ne le fait pas. Et c’est peut-être le crime le plus silencieux de cette guerre.
Le minage de Grabovsky et l’échec de l’avancée vers Riasne
Après l’incursion initiale, les forces russes avaient un objectif tactique clair : progresser depuis Grabovsky vers le village voisin de Riasne. Cet objectif a échoué. Comme l’a expliqué Viktor Trehubov, porte-parole militaire ukrainien : « Ils sont entrés et procèdent au minage à distance pour empêcher les contre-attaques ukrainiennes. Il semble qu’ils aient prévu d’avancer plus loin dans Soumy, mais cela n’a pas fonctionné. » La Russie a donc recouru au minage à distance du village de Grabovsky, le transformant en un piège mortel plutôt qu’en un tremplin stratégique. Les forces ukrainiennes ont lancé des contre-attaques depuis Riasne et Taratoutino, mais sans succès. Après deux semaines de consolidation, le ministère russe de la Défense a officiellement annoncé la « libération » de Grabovsky le 5 janvier 2026. L’expert militaire Pavlo Narozhnyi estime toutefois que Grabovsky et Riasne ne présentent pas d’importance stratégique majeure. L’incursion visait plutôt à intimider la population et à servir de diversion. Mais comment peut-on qualifier de « diversion » une opération qui déporte 52 êtres humains ? Quand la tactique militaire engloutit la dignité humaine, les mots eux-mêmes perdent leur sens.
Mini éditorial. Le général Guerassimov s’est vanté de la prise de deux petits villages ruraux frontaliers comme preuve de succès militaires significatifs. Saisissons l’absurdité : la deuxième armée du monde, dotée d’un arsenal nucléaire, brandit la capture de hameaux habités par des retraités octogénaires comme un trophée de guerre. Ce n’est pas de la puissance militaire. C’est l’aveu d’une stratégie d’épuisement qui confond la terre conquise et la guerre gagnée. Les villages ne sont pas des victoires. Ce sont des blessures.
La stratégie des axes multiples, la guerre qui s'étire jusqu'à l'épuisement
L’offensive russe sur tous les fronts simultanément
La Russie ne concentre plus ses forces sur un axe unique. C’est peut-être la donnée stratégique la plus importante de ce début d’année 2026. Les rapports de l’Institute for the Study of War (ISW) et de Critical Threats décrivent une offensive dirigée simultanément dans plusieurs directions : repousser les forces ukrainiennes de la frontière avec l’oblast de Belgorod, capturer le reste de l’oblast de Louhansk, avancer vers l’ouest dans l’oblast de Kharkiv, prendre la totalité de l’oblast de Donetsk, et progresser dans l’oblast de Dnipropetrovsk. En parallèle, les opérations se poursuivent dans l’oblast de Soumy au nord, où Guerassimov revendique l’élargissement de la zone tampon. C’est une stratégie d’étirement qui vise à disperser les défenses ukrainiennes sur une ligne de front de plus de mille kilomètres. Les forces ukrainiennes, en infériorité numérique et en moyens de feu, sont contraintes de répartir leurs ressources sur chaque axe, ce qui rend chaque position plus vulnérable. Pouvons-nous regarder cette réalité en face sans détourner le regard ? L’Ukraine défend simultanément son nord, son est et son sud-est, avec des effectifs diminués et une aide internationale qui fluctue au gré des élections et des humeurs géopolitiques.
Les chiffres de la guerre d’usure en janvier 2026
Les chiffres sont impitoyables. En 2025, la Russie a conquis 4 336 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit presque le double des pertes combinées de 2023 et 2024. Au 1er janvier 2026, selon DeepState, la Russie occupe 116 165 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit environ 19,25 % de la superficie totale du pays. Un cinquième de l’Ukraine. Pourtant, il faut nuancer cette avancée apparemment massive. L’ISW note que les forces russes n’ont jamais avancé de plus de 40 kilomètres dans une seule direction opérationnelle en 2025. Guerassimov a affirmé le 15 janvier 2026 que les forces russes avaient saisi plus de 300 kilomètres carrés au cours des deux premières semaines de janvier. Mais l’ISW n’a pu confirmer qu’un gain de 73,82 kilomètres carrés — soit un quart de ce que revendique Moscou. La différence entre la propagande et la réalité est un gouffre. Mais la réalité elle-même est suffisamment brutale : entre le 9 décembre 2025 et le 6 janvier 2026, les forces russes ont gagné 74 miles carrés, un rythme qui, même ralenti par rapport à la moyenne mensuelle de 2025 (171 miles carrés), reste une progression lente mais continue qui saigne les défenses ukrainiennes.
Les tactiques de l'ombre, entre brouillard et drones
Quand le brouillard devient une arme de guerre
Les conditions météorologiques ne sont pas un détail dans cette guerre. Elles en sont un acteur. La prise de Zlagoda a été facilitée par un brouillard dense qui a rendu les systèmes de surveillance ukrainiens partiellement aveugles. Ce n’est pas un hasard : les forces russes ont appris à exploiter chaque variable climatique, chaque fenêtre d’opportunité naturelle, pour compenser leurs propres faiblesses tactiques. L’hiver 2025-2026 a introduit un autre facteur : la neige utilisée comme camouflage. Les rapports de janvier 2026 décrivent une tactique surnommée « zombie » par les observateurs ukrainiens : des groupes de cinq à six soldats russes avancent à pied, équipés de systèmes de guerre électronique et de fusils anti-drones, avec l’espoir que deux ou trois d’entre eux atteignent les positions ukrainiennes. Deux ou trois sur six. C’est le coût humain accepté par le commandement russe pour gagner quelques centaines de mètres. Ces soldats, souvent des conscrits ou des prisonniers recrutés, marchent vers une mort probable pour que la carte de DeepState se teinte d’une nouvelle nuance de rouge. Cher lecteur, imaginez un instant marcher dans la neige en sachant que la moitié de votre groupe ne reviendra pas. C’est la réalité quotidienne de cette guerre, pour les deux camps.
La révolution des drones Molniya-2 et la guerre d’interdiction
En décembre 2025, le Centre Rubikon russe a commencé à déployer des variantes du drone Molniya-2, équipées de terminaux Starlink, augmentant leur portée opérationnelle à plus de 230 kilomètres. Cette avancée technologique transforme la guerre de l’arrière. La campagne d’interdiction aérienne de la Russie ne vise plus seulement le front, mais la logistique profonde ukrainienne : les routes, les voies ferrées, les ponts. L’objectif est de dégrader la capacité de l’Ukraine à alimenter ses forces de première ligne en munitions, carburant et renforts. Un centre de contrôle de drones près de Velyka Novosilka et un poste de commandement de bataillon près de Berezove, tous deux dans l’oblast de Dnipropetrovsk occupé, ont été visés par des frappes ukrainiennes en janvier. La guerre des drones est devenue le nouveau visage de ce conflit : silencieuse, précise, mortelle. Chaque drone abattu est remplacé par un autre. Chaque noeud logistique détruit est conttourné. C’est une guerre de résilience technologique où l’innovation n’est plus un avantage mais une condition de survie. La question qui se pose est vertigineuse : jusqu’à quand l’Ukraine pourra-t-elle maintenir cette course technologique sans un soutien international massif et constant ?
Les vies derrière les coordonnées GPS
Olena, 89 ans, emmenée de force hors de son église
Parmi les 52 civils déportés de Grabovsky, la personne la plus âgée avait 89 ans. Nous ne connaissons pas son nom. Appelons-la Olena, parce qu’il faut un nom pour qu’un visage existe dans l’esprit de ceux qui lisent. Olena avait refusé l’évacuation, comme beaucoup de personnes âgées dans les villages frontaliers ukrainiens. Son raisonnement était probablement simple : cette maison est la mienne, cette terre est la mienne, je suis trop vieille pour recommencer ailleurs. Les forces ukrainiennes avaient proposé l’évacuation. La plupart des habitants avaient accepté. Ceux qui restaient avaient signé des refus formels. C’étaient les obstines, les enracinés, ceux pour qui la terre n’est pas une propriété mais une identité. Le 18 décembre, on les a rassemblés dans l’église du village, puis on les a traînés vers la frontière russe. Le commissaire ukrainien aux droits de l’homme, Dmytro Lubinets, a confirmé que la Russie avait fourni une liste des détenus et indiqué les conditions de détention. Les négociations pour leur retour étaient en cours fin décembre. Mais qu’est-ce qu’un retour quand votre village est désormais un champ de mines ? Ces hommes et ces femmes, s’ils reviennent, retrouveront un lieu qui n’existe plus tel qu’ils l’ont connu. La guerre d’usure ne détruit pas seulement les bâtiments. Elle détruit l’idée même du chez-soi.
Zlagoda, le village dont le nom signifie « concorde »
Le hasard — ou la cruauté de l’histoire — veut que Zlagoda signifie « concorde », « harmonie », « entente » en ukrainien. Un village nommé concorde, occupé par une armée d’invasion. Si un romancier l’avait inventé, on l’aurait accusé de symbolisme excessif. Mais la guerre produit ses propres métaphores, et elles sont toujours plus cruelles que la fiction. Ce village étiré le long de sa rivière unique était, comme tant d’autres localités rurales ukrainiennes, un lieu de vie modeste et résiliente. Des générations y avaient construit, planté, enseigné, enterré leurs morts dans le cimetière local. Le changement de nom, de Pershotravneve à Zlagoda, faisait partie de la vague de décommunisation ukrainienne, un geste de rupture symbolique avec l’héritage soviétique. L’ironie est abyssale : le village s’est libéré de son nom soviétique pour être, quelques mois plus tard, occupé par l’héritier de l’Union soviétique. Les habitants qui n’ont pas fui vivent désormais sous une autorité d’occupation qui nie jusqu’à l’existence de leur nation. Et nous, à des milliers de kilomètres, nous lisons un article, nous soupirons peut-être, puis nous passons au prochain sujet. La concorde mérite mieux que notre indifférence.
Mini éditorial. Vous lisez ces lignes depuis un lieu sûr. Personne ne viendra vous enfermer dans une église demain matin. Personne ne minera votre rue la semaine prochaine. Cette sécurité que vous tenez pour acquise, des millions d’Ukrainiens l’ont perdue. Et chaque village qui tombe repousse un peu plus loin la frontière de la normalité. La question n’est pas de savoir si cela nous concerne. La question est de savoir combien de Zlagoda devront tomber avant que nous acceptions que cela nous regarde.
La guerre cognitive, quand la propagande fabrique la victoire
Guerassimov et l’art de gonfler les conquières
Le 15 janvier 2026, le général Valeri Guerassimov, chef de l’état-major général russe, a déclaré que les forces russes avaient saisi plus de 300 kilomètres carrés de territoire en deux semaines. L’ISW, en recoupant les données de terrain, n’a confirmé que 73,82 kilomètres carrés. L’écart est de un à quatre. Ce n’est pas une erreur d’appréciation, c’est une stratégie délibérée. La guerre cognitive est un front à part entière. Moscou ne cherche pas seulement à conquérir du terrain. Elle cherche à conquérir le récit. L’objectif est de créer l’impression que le front ukrainien s’effondre, que les forces armées ukrainiennes perdent le contrôle, que la résistance est vaine. Les analystes de l’ISW ont identifié l’incursion de Grabovsky comme faisant partie de cette campagne de guerre cognitive. Déporter 52 civils, s’emparer de deux villages frontaliers sans importance stratégique, puis les présenter comme des victoires significatives — c’est de la propagande armée. Et cette propagande ne cible pas seulement l’opinion russe. Elle cible aussi l’opinion occidentale, les décideurs européens et américains qui pourraient se lasser de financer une guerre « que l’Ukraine est en train de perdre ». L’Ukraine elle-même conteste certaines données de DeepState : les Forces de défense du Sud ont affirmé que les informations sur certaines localités prétendument capturées dans le Dnipropetrovsk et le Zaporijjia ne correspondent pas à la réalité du terrain. La vérité, dans cette guerre, est elle-même un champ de bataille.
Le rôle irremplacable de DeepState dans la transparence du front
Face à la propagande des deux camps, le projet DeepState joue un rôle singulier. Cette plateforme ukrainienne de cartographie militaire en sources ouvertes (OSINT) met à jour quotidiennement la ligne de front, signalant chaque avancée, chaque recul, chaque zone grise. C’est grâce à DeepState que nous savons que Zlagoda est tombée. C’est grâce à DeepState que nous pouvons mesurer l’écart entre les revendications de Guerassimov et la réalité du terrain. Mais DeepState n’est pas infaillible, et les forces armées ukrainiennes elles-mêmes contestent parfois ses données. Cette tension entre le cartographe indépendant et l’institution militaire est en soi révélatrice : dans une guerre où l’information est une arme, même les alliés ne s’accordent pas toujours sur ce qui constitue la vérité. Le rôle de DeepState va au-delà de la simple cartographie. En nommant chaque village, en documentant chaque mouvement, ce projet accomplit un acte de mémoire collective. Quand la guerre sera finie — si elle finit un jour —, ce sont ces cartes qui permettront de retracer le chemin exact de la destruction, mètre par mètre, village par village. DeepState ne fait pas que cartographier une guerre. Il cartographie une tragédie.
L'évacuation comme dernier geste de souveraineté
Trois mille enfants arrachés à leur quotidien
L’évacuation obligatoire de 44 localités des oblasts de Dnipropetrovsk et de Zaporijjia, décrétée face à la détérioration de la situation sécuritaire, concerne environ 3 000 enfants et leurs familles. Trois mille enfants. C’est l’équivalent d’une petite ville entière mise en mouvement. Chaque enfant évacué laisse derrière lui un monde : une chambre, un chemin vers l’école, un arbre dans lequel il grimpait, un ami avec lequel il jouait. L’évacuation, quand elle fonctionne, est un acte de protection. C’est aussi un acte de déracinement. Les études psychologiques sur les enfants déplacés par la guerre montrent des traumatismes durables qui affectent le développement cognitif, émotionnel et social pendant des décennies. Ce n’est pas un dommage collatéral. C’est une blessure générationnelle. Mais l’évacuation réussie est aussi un geste de souveraineté : c’est l’État ukrainien qui protège ses citoyens, qui anticipe, qui organise. Quand Grabovsky est tombé, les civils évacués avaient été sauvés. Ceux qui sont restés ont été déportés. La différence entre l’évacuation et la déportation est la différence entre la liberté et la captivité. Entre l’État protecteur et l’État prédateur.
Ceux qui refusent de partir, le choix impossible
À Grabovsky, la plupart des résidents avaient été évacués. Mais des personnes âgées avaient signé des refus formels d’évacuation. Ce choix, qui peut sembler irrationnel vu de l’extérieur, est profondément humain. Pour une personne de 89 ans qui a vécu toute sa vie dans le même village, quitter signifie mourir ailleurs. La maison n’est pas un simple abri. C’est le dernier lien avec une existence qui a du sens. Les autorités ukrainiennes respectent ce choix, même quand il mène au pire. C’est une forme de respect de la dignité individuelle qui contraste violemment avec la déportation forcée pratiquée par les forces russes. Mais ce respect a un prix terrible : les cinquante-deux civils de Grabovsky en sont la preuve vivante. Vous qui lisez ces mots, posez-vous la question sincèrement : si vous aviez 89 ans, si votre village était menacé, si on vous proposait de tout abandonner pour un centre d’hébergement collectif à des centaines de kilomètres, que feriez-vous ? Le courage de ceux qui partent et la résistance de ceux qui restent sont les deux faces d’une même dignité. La guerre ne respecte ni l’un ni l’autre.
Mini éditorial. Il y a quelque chose d’indécent à écrire sur la guerre depuis un bureau chauffé. Mais il y a quelque chose de pire : ne pas écrire du tout. Le silence médiatique sur les villages qui tombent est une forme de complicité passive. Non pas avec l’agresseur, mais avec l’oubli. Et l’oubli, dans une guerre d’usure, est l’arme la plus efficace de celui qui attaque. Parce que tant que personne ne regarde, la carte peut continuer à bouger.
Le front nord, Soumy entre incursions et guerre des nerfs
L’objectif stratégique de la zone tampon
L’oblast de Soumy, frontalier de la Russie au nord, n’a jamais connu de répit depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022. Les forces russes ont traversé cette région lors des premiers jours de l’offensive, avant d’être repoussées. Depuis, la zone frontière est un théâtre d’incursions, de bombardements et de tensions permanentes. La doctrine russe actuelle dans cette zone vise à créer une zone tampon — un espace de territoire occupé ou contesté qui éloigne les forces ukrainiennes de la frontière avec l’oblast de Belgorod. C’est la même logique qui a motivé les opérations dans l’oblast de Kharkiv. Mais créer une zone tampon implique de détruire tout ce qui s’y trouve : les villages, les infrastructures, les vies. Grabovsky et le village voisin de Komarivka, revendiqués par Guerassimov, sont les pièces visibles de cette stratégie. Derrière eux, il y a des dizaines d’autres localités sous pression constante, où les habitants vivent dans des sous-sols, où les écoles fonctionnent en ligne, où chaque nuit apporte la possibilité d’une frappe. La normalité n’existe plus dans la zone frontière de Soumy. Seule persiste une forme de survie organisée que les autorités locales maintiennent avec une détermination qui force le respect.
Les contre-attaques ukrainiennes et la question des effectifs
Après l’incursion de Grabovsky, les forces ukrainiennes ont lancé des contre-attaques depuis Riasne et Taratoutino. Elles ont échoué. Le Service des gardes-frontières a affirmé que la Russie échouait à progresser plus profondément, mais le village est tout de même tombé. DeepState a rapporté — dans un constat rare et sévère — qu’un groupe de soldats ukrainiens chargés de tenir le secteur frontalier de Grabovsky avait « agi de manière irresponsable » dans l’exécution de ses missions, permettant aux forces russes de pénétrer dans la zone. Ce constat, venant d’un projet ukrainien, illustre la transparence douloureuse mais nécessaire qui caractérise la société civile ukrainienne. L’autocritique en temps de guerre est un acte de courage. Mais elle révèle aussi un problème structurel : les forces ukrainiennes sont étirées sur un front immense, avec des effectifs insuffisants, une fatigue accumulée après presque quatre ans de guerre, et des rotations qui n’arrivent pas toujours à temps. Ce n’est pas une question de courage — le courage ukrainien est documenté et indéniable. C’est une question de mathématiques militaires : quand un soldat doit tenir un secteur prévu pour trois, les erreurs deviennent inévitables. Et chaque erreur coûte un village.
Ce que l'avenir réserve, entre négociations et rues minées
Les scénarios pour le Dnipropetrovsk
La progression russe dans l’oblast de Dnipropetrovsk ouvre des perspectives préoccupantes. L’objectif de la 36e armée russe, après Zlagoda, est d’avancer sur un front élargi vers Pokrovske. Si ce centre logistique tombait — hypothèse encore lointaine mais plus envisageable qu’il y a un an —, les conséquences pour la chaîne logistique ukrainienne seraient considérables. La ville de Dnipro elle-même, avec son million d’habitants, se retrouverait dans une situation de vulnérabilité accrue. Les attaques nocturnes russes ont déjà laissé plus d’un million de personnes sans électricité dans la région de Dnipropetrovsk. La guerre ne se joue pas seulement sur la ligne de front. Elle se joue dans les centrales électriques, les transformateurs, les réseaux de chaleur. Couper l’électricité en plein hiver ukrainien, quand les températures descendent sous -15 °C, n’est pas une opération militaire. C’est une forme de torture collective. La Russie le sait et l’exploite systématiquement. La question est de savoir si la communauté internationale est prête à renforcer les défenses anti-aériennes de l’Ukraine assez vite pour protéger ce qui reste de son infrastructure énergétique. Chaque semaine de retard dans les livraisons est une semaine où des familles gèlent dans l’obscurité.
Le piège de la normalisation de la guerre
Le plus grand danger, à ce stade du conflit, n’est peut-être pas militaire. Il est psychologique. La normalisation de la guerre — cette habitude insidieuse qui transforme l’horreur en bruit de fond — est l’alliée objective de l’agresseur. Quand un village tombe et que personne ne réagit, le suivant tombe plus facilement. Non pas parce que les défenses sont plus faibles, mais parce que le monde a cessé de s’en émouvoir. Zlagoda et Grabovsky ne feront pas la une des journaux télévisés. Ils ne déclencheront pas de sessions extraordinaires aux Nations unies. Ils ne provoqueront pas de manifestations dans les capitales européennes. Ils rejoindront la longue liste des localités tombées, une liste que presque personne ne lit. Et c’est précisément ce que Moscou recherche : une guerre invisible, une annexion rampante, un grignotage territorial tellement lent qu’il échappe aux radars de l’attention collective. La carte de DeepState bouge. Chaque jour, elle bouge. Si lentement que vous ne le remarquez pas. Si sûrement que l’Ukraine le sent dans sa chair. C’est la définition même de la guerre d’usure : une victoire trop lente pour être vue, trop réelle pour être niée. La seule question qui vaille désormais est celle-ci : combien de villages devront encore tomber avant que le mot « assez » retrouve un sens ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Censor.net : DeepState, la Russie a occupé Zlagoda dans l’oblast de Dnipropetrovsk
DeepState Map : carte interactive de la guerre en Ukraine
Interfax-Ukraine : DeepState rapporte des avancées près de Zlahoda, Zeleny Hay, Petropavlivka
Ukrainska Pravda : Hrabovske passe sous contrôle russe selon DeepState
Sources secondaires
Critical Threats / ISW : évaluation de la campagne offensive russe, 15 janvier 2026
Euromaidan Press : la Russie mine Grabovsky à distance pour bloquer les contre-attaques ukrainiennes
Euromaidan Press : Hrabovske, la Russie kidnappe 52 civils ukrainiens
Kyiv Independent : la Russie entre dans l’oblast de Dnipropetrovsk
Wikipedia : occupation russe de l’oblast de Dnipropetrovsk
Euromaidan Press : la Russie a saisi 4 336 km² de territoire ukrainien en 2025
The Moscow Times : la Russie annonce la capture d’un village dans l’oblast de Soumy
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