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ÉDITORIAL : L’Allemagne blinde ses infrastructures face à la Russie, et l’Europe découvre qu’elle est déjà en guerre
Crédit: Adobe Stock

Des câbles coupés, des pipelines explosés, des navires fantômes

Pour comprendre l’urgence qui a poussé Berlin à légiférer, il faut plonger sous les eaux grises de la mer Baltique. C’est là, dans les profondeurs glacées de cette mer semi-fermée bordée par neuf pays dont la Russie, que se joue depuis quatre ans une guerre invisible contre les artères vitales de l’Europe. Tout a commencé le 26 septembre 2022, lorsque des explosions sous-marines ont détruit trois des quatre conduites des gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Allemagne. Ces infrastructures, construites pour acheminer du gaz naturel russe vers le coeur industriel du continent, ont été réduites au silence en quelques heures. L’enquête, menée par l’Allemagne, la Suède et le Danemark, a donné lieu à l’émission de mandats d’arrêt européens contre des suspects ukrainiens en août 2024, sans que toute la lumière soit faite sur les commanditaires. Puis sont venus les câbles. Le 17 et 18 novembre 2024, deux câbles de télécommunications sous-marins — le BCS East-West Interlink et le C-Lion1 — ont été sectionnés quasi simultanément en Baltique. Le ministre allemand de la Défense de l’époque, Boris Pistorius, a déclaré sans détour : « Personne ne croit que ces câbles ont été coupés accidentellement. » Les investigations se sont concentrées sur le cargo chinois Yi Peng 3, dont l’ancre aurait causé les dommages, potentiellement sous l’influence du renseignement russe. Le jour de Noël 2024, le câble électrique Estlink 2 reliant la Finlande à l’Estonie et quatre câbles internet supplémentaires ont été endommagés, vraisemblablement par le navire Eagle S, identifié comme appartenant à la « flotte fantôme » russe — ces pétroliers vieillissants naviguant sans assurance occidentale, aux propriétaires opaques, servant à contourner les sanctions tout en servant d’instruments de sabotage à bas coût.

Février 2025 et la confirmation d’un schéma systémique

Le 21 février 2025, la société finlandaise Cinia a annoncé la détection de dommages sur un câble de données reliant l’Allemagne à la Finlande, à l’est de l’île de Gotland. Un sabotage de plus. Un incident de trop pour ceux qui voulaient encore croire à la thèse de l’accident. L’International Institute for Strategic Studies a documenté plus de 50 opérations de sabotage en Europe entre 2022 et mi-2025 vraisemblablement liées à la Russie. L’agence Associated Press en dénombre 145 épisodes de sabotage et de déstabilisation depuis février 2022, attribués par les services occidentaux à Moscou. Ces chiffres dessinent une réalité que les communiqués diplomatiques peinent à exprimer : il ne s’agit pas d’incidents isolés. Il s’agit d’une campagne coordonnée, méthodique et croissante visant à tester les seuils de tolérance des nations européennes, à fragiliser leurs interconnexions énergétiques et numériques et à démontrer leur vulnérabilité. Chaque câble coupé est un message. Chaque pipeline saboté est une démonstration de force. Et chaque absence de réponse proportionnée est perçue à Moscou comme une invitation à poursuivre. Vous pensez que cette analyse est alarmiste ? Demandez aux marins finlandais qui ont dû arraisonner le Eagle S le soir de Noël. Demandez aux ingénieurs de Cinia qui replongent réparer les mêmes câbles pour la troisième fois. Demandez aux analystes du BND qui rédigent des rapports de plus en plus sombres que personne ne voulait lire.

Mini-éditorial — La Baltique est devenue le laboratoire grandeur nature de la guerre hybride russe. Chaque opération de sabotage y est calibrée pour rester sous le seuil qui déclencherait une réponse militaire collective de l’OTAN. C’est la stratégie du salami : trancher si finement que personne ne remarque qu’on dévore l’ensemble. Le problème est que l’Europe commence à remarquer. Et que la patience stratégique a ses limites.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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