Pour comprendre la portée de cette stratégie d’attrition, il faut d’abord saisir l’ampleur des pertes déjà subies par les belligérants. Selon un rapport récent du Center for Strategic and International Studies (CSIS), publié à l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle, les pertes combinées russes et ukrainiennes pourraient atteindre 1,8 million de personnes et franchir le seuil des 2 millions au printemps 2026.
Du côté russe, les estimations sont proprement stupéfiantes. Les forces de Moscou auraient subi près de 1,2 million de pertes depuis le début de l’invasion, dont jusqu’à 325 000 soldats tués. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, citant des données internes de l’Alliance, a déclaré que la Russie avait subi des pertes catastrophiques sur le champ de bataille en décembre 2025, avec jusqu’à 1 000 soldats tués chaque jour.
Le rapport du CSIS est sans appel : « Aucune grande puissance n’a subi un nombre de pertes ou de décès approchant ces chiffres dans aucune guerre depuis la Seconde Guerre mondiale. » Cette affirmation mérite d’être méditée. L’armée russe subit actuellement des pertes supérieures à celles de toutes les guerres post-1945 combinées — Vietnam, Corée, Afghanistan soviétique, guerres du Golfe, Afghanistan américain. Nous assistons à un carnage d’une ampleur que l’humanité n’avait plus connue depuis 80 ans.
L’Ukraine, avec son armée et sa population plus modestes, a également payé un prix terrible : entre 500 000 et 600 000 pertes militaires, dont jusqu’à 140 000 morts, selon le même rapport. Ces chiffres, pour épouvantables qu’ils soient, représentent cependant un ratio de pertes favorable à Kyiv — environ 1 Ukrainien pour 2 Russes — ce qui, dans la logique impitoyable de la guerre d’attrition, constitue un avantage stratégique.
La science de l'épuisement : retour aux fondamentaux de la stratégie militaire
La stratégie d’attrition n’est pas une invention moderne. Elle remonte aux théorisations du stratège allemand Hans Delbrück, qui distinguait l’Niederwerfungsstrategie (stratégie d’anéantissement) de l’Ermattungsstrategie (stratégie d’épuisement). Dans cette seconde approche, l’objectif n’est pas de remporter une bataille décisive qui briserait l’ennemi, mais de l’user progressivement jusqu’à ce qu’il ne puisse plus maintenir l’effort de guerre.
La Première Guerre mondiale reste l’exemple paradigmatique de cette approche. Sur le front de la Somme, de juillet à novembre 1916, les généraux cherchèrent une victoire hypothétique dans l’anéantissement mutuel de l’adversaire. Cette « lutte à mort » eut pour conséquences environ un million de soldats morts ou blessés en quelques mois. La bataille de Verdun, avec son mot d’ordre français « Ils ne passeront pas » et l’objectif allemand de « saigner à blanc » l’armée française, illustre parfaitement cette logique d’épuisement réciproque.
Le stratège soviétique Alexandre Svétchine a par la suite théorisé l’« art opératif », tentant de dépasser le dilemme de l’attrition. Pour lui, l’adversaire devait être considéré comme « un système militaire, politique et économique résilient et robuste qui ne peut plus être renversé par une bataille unique et frontale ». Cette vision systémique de l’ennemi est précisément celle qu’adopte aujourd’hui l’Ukraine : il ne s’agit pas de vaincre la Russie dans une bataille décisive — chose impossible compte tenu du rapport de forces — mais d’éroder méthodiquement sa capacité à poursuivre le combat.
Le professeur William Philpott, dans sa relecture de la Grande Guerre, présente d’ailleurs l’attrition comme « une stratégie militaire délibérée et réussie employée par les Alliés, qui a réussi à épuiser les Allemands jusqu’à la fin ». De ce point de vue, l’attrition n’est pas une erreur tragique mais un moyen efficace — quoique terrible — de vaincre un adversaire supérieur en nombre ou en ressources initiales.
L'équation démographique : le talon d'Achille de Moscou
La stratégie ukrainienne repose sur un calcul démographique précis. En 2025, la Russie a réussi à recruter environ 422 000 soldats sous contrat, un chiffre en baisse de 6% par rapport aux 450 000 de 2024. Or, sur la même période, les pertes totales russes ont dépassé 410 000 hommes. L’équation est simple : Moscou perd plus de soldats qu’elle n’en recrute.
Selon le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Boudanov, le plan de mobilisation russe pour 2026 prévoit le recrutement de 409 000 personnes. Si l’Ukraine parvient effectivement à infliger 50 000 pertes mensuelles — soit 600 000 sur l’année — le déficit russe deviendrait structurellement insurmontable. C’est précisément ce point de rupture que vise Kyiv.
Le Kremlin, réticent à décréter une nouvelle mobilisation générale après le fiasco de septembre 2022, mise sur des incitations financières massives pour attirer les volontaires. Les primes d’engagement atteignent parfois 2 millions de roubles (environ 25 000 dollars), et les salaires mensuels des soldats contractuels avoisinent 210 000 roubles (2 100 dollars) — une fortune dans les régions les plus pauvres de Russie. Mais ces incitations commencent à montrer leurs limites : plusieurs régions ont dû réduire les bonus d’engagement en raison de contraintes budgétaires.
Pour tenter de maintenir le flux de recrues, Vladimir Poutine a signé le 29 décembre 2025 un décret transformant le système de conscription traditionnel (printemps-automne) en un cycle administratif permanent. Les bureaux de recrutement opèrent désormais toute l’année, et l’âge limite de mobilisation a été relevé à 40 ans depuis le 1er janvier 2026. Ces mesures témoignent d’une tension croissante dans le système de recrutement russe.
Le drone FPV : l'arme de l'attrition moderne
Comment l’Ukraine compte-t-elle atteindre cet objectif de 50 000 pertes mensuelles infligées à l’ennemi ? La réponse tient en trois lettres : FPV — First Person View. Ces petits drones kamikazes, pilotés à distance grâce à des lunettes de réalité virtuelle, ont révolutionné le champ de bataille ukrainien.
« Aucun autre type d’arme n’a autant changé le visage de la guerre ici, ni aussi rapidement, que le drone FPV », témoigne un lieutenant ukrainien de la 93e Brigade mécanisée. « Pratiquement tout véhicule situé à moins de 5 kilomètres du front est considéré comme condamné, le danger s’étend jusqu’à 10 kilomètres, et les frappes à 15-20 kilomètres ne sont pas rares. »
L’écosystème ukrainien des drones est devenu un formidable moteur d’innovation. Plus de 300 startups sont désormais dédiées au développement de drones, réunissant jeunes soldats et ingénieurs technophiles. Chaque mois, 200 000 drones sont livrés aux troupes ukrainiennes — contre seulement 20 000 par mois en 2024. Et l’Ukraine dispose désormais de la capacité de produire plus de 4 millions de drones par an.
L’innovation est constante et rapide. Les drones à fibre optique, qui utilisent un câble physique au lieu de signaux radio, sont devenus quasiment impossibles à brouiller. Les modifications d’intelligence artificielle, ne coûtant que 100 à 200 dollars par unité, permettent aux drones d’identifier et de verrouiller leurs cibles avec une précision redoutable. Des drones intercepteurs kamikazes, capables d’atteindre des vitesses supérieures à 300 km/h, traquent désormais les drones ennemis.
Le ministre Fedorov a souligné que l’atteinte de l’objectif de 50 000 pertes mensuelles passera « principalement par les drones de différents types, une analyse approfondie et des conclusions tirées des opérations de combat, ainsi qu’un haut niveau d’entraînement et de coordination entre les unités ». La guerre des drones est devenue le cœur de la stratégie ukrainienne d’attrition.
Le paradoxe de l'avance russe : conquérir en mourant
Malgré ces pertes astronomiques, les forces russes continuent d’avancer — lentement, très lentement. Les analystes du CSIS ont calculé que les troupes de Moscou progressent à un rythme moyen de 15 à 70 mètres par jour dans leurs offensives les plus ambitieuses. C’est plus lent que « les campagnes offensives les plus brutales du siècle dernier, y compris la bataille de la Somme, tristement célèbre pour ses pertes sanglantes, pendant la Première Guerre mondiale ».
Le bilan territorial est révélateur : malgré des pertes moyennes de 35 000 hommes par mois, les forces russes n’ont conquis que 0,8% du territoire ukrainien en 2025 (environ 4 831 kilomètres carrés) et 0,6% en 2024. Rapporté aux pertes, cela représente au minimum 83 soldats tués ou blessés pour chaque kilomètre carré conquis.
Cette lenteur d’avance n’est pas un signe de faiblesse tactique russe — c’est la conséquence directe de la densité défensive ukrainienne et de l’omniprésence des drones. Le champ de bataille est devenu « transparent » sur une profondeur de 10 à 20 kilomètres : tout mouvement de troupes ou de véhicules est immédiatement détecté et ciblé. Dans cet environnement, l’infanterie russe avance en petits groupes dispersés, acceptant des pertes effroyables pour grignoter quelques centaines de mètres de terrain.
L'économie de guerre russe : un colosse aux pieds d'argile ?
La stratégie d’attrition ukrainienne ne vise pas seulement à tuer des soldats — elle cherche à épuiser l’ensemble du système militaire, politique et économique russe. Et sur ce front, des fissures commencent à apparaître.
Le budget fédéral russe pour 2026 révèle l’ampleur de l’effort de guerre : près de 40% de toutes les dépenses fédérales sont consacrées à la défense et à la sécurité — un niveau sans précédent dans l’histoire russe moderne. Officiellement, les dépenses de défense nationale sont fixées à 13 500 milliards de roubles (168,8 milliards de dollars) en 2025 et 12 930 milliards de roubles (161,6 milliards de dollars) en 2026. Mais les dépenses réelles, incluant les budgets classifiés (84% du budget de défense est secret), sont probablement bien supérieures.
Cette militarisation de l’économie a un coût. Le rouble a perdu de sa valeur, l’inflation reste obstinément élevée, et la Banque centrale de Russie a dû porter ses taux d’intérêt à un sommet de 21%. Le taux de chômage, à peine supérieur à 2%, témoigne paradoxalement d’une économie en surchauffe qui a épuisé ses réserves de main-d’œuvre. Le Fonds national de bien-être, la tirelire de Moscou, a été ponctionné de plus de 7 500 milliards de roubles (93 milliards de dollars) pour financer le budget, et ses fonds liquides ont chuté de près de 60%.
Les revenus pétroliers et gaziers, traditionnellement la colonne vertébrale du budget russe, ne représenteront plus que 22% des recettes totales en 2026, contre 42% en 2022. Pour compenser, le Kremlin a annoncé une hausse de la TVA de 20% à 22% — une mesure impopulaire qui fait porter le fardeau de la guerre aux consommateurs russes.
Selon l’Institut de prévisions économiques de l’Académie des sciences de Russie, la croissance du PIB ne devrait atteindre que 0,7% en 2025 et 1,4% en 2026. Le Fonds monétaire international est encore plus pessimiste, prévoyant 0,6% et 1,0% respectivement. L’économie russe glisse de la phase de « refroidissement maîtrisé » vers une véritable stagnation.
Davos 2026 : l'Ukraine entre guerre et diplomatie
C’est dans ce contexte que le président Zelensky s’est rendu au Forum économique mondial de Davos, le 22 janvier 2026. Il avait failli annuler sa venue, restant à Kyiv le mardi précédent pour gérer une crise énergétique aiguë : plus de la moitié de la capitale ukrainienne était privée d’électricité suite aux bombardements russes incessants. Le système énergétique ukrainien ne peut désormais satisfaire que 60% de la demande nationale, avec des coupures allant jusqu’à quatre jours consécutifs dans certaines régions.
À Davos, Zelensky a livré un discours cinglant, critiquant l’inaction européenne. « L’Europe a encore l’air de n’être qu’une géographie, une histoire, une tradition, pas une véritable force politique, pas une grande puissance », a-t-il lancé. Faisant référence au film « Un jour sans fin » avec Bill Murray, il a déclaré : « Nous vivons exactement comme ça maintenant, répétant la même chose pendant des semaines, des mois et, bien sûr, des années. »
Mais derrière la rhétorique combative, la diplomatie avance. Zelensky a annoncé avoir conclu un accord avec le président américain Donald Trump sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine. « Les garanties de sécurité, c’est prêt », a-t-il déclaré. Le mécanisme envisagé s’inspirerait de l’article 5 de l’OTAN sans impliquer une adhésion formelle à l’Alliance, avec une coalition européenne menée par la France et le Royaume-Uni participant au déploiement de forces de maintien de la paix.
Des négociations trilatérales se poursuivent à Abou Dhabi, avec des discussions prévues le 1er février. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff a indiqué que « de grands progrès » avaient été réalisés et que les discussions ne portaient plus que sur une « dernière question » — vraisemblablement le statut territorial des régions orientales occupées par la Russie.
L'attrition comme levier de négociation
C’est ici que l’objectif des 50 000 pertes mensuelles prend tout son sens stratégique. L’Ukraine ne cherche pas à conquérir Moscou ni même à libérer tout son territoire par la force — objectif irréalisable face à une puissance nucléaire. Elle cherche à rendre le coût du conflit insupportable pour le Kremlin, à créer les conditions d’une négociation favorable.
Zelensky l’a explicité sans ambiguïté : « C’est précisément le niveau auquel la Russie commencera à reconsidérer ce qu’elle fait et ce pour quoi elle se bat. » L’objectif n’est pas la victoire militaire totale mais la victoire politique — forcer Moscou à la table des négociations dans une position de faiblesse relative.
Cette stratégie n’est pas sans risques. Elle repose sur plusieurs hypothèses fragiles : que l’Ukraine puisse maintenir un tel rythme d’attrition, que les alliés occidentaux continuent à fournir armes et financements, que la société ukrainienne supporte le coût humain et économique d’une guerre prolongée, que le Kremlin ne choisisse pas l’escalade nucléaire face à l’accumulation des pertes.
La députée ukrainienne Anna Skorokhod a d’ailleurs critiqué l’« objectif stratégique » de Fedorov, le qualifiant de « malade » et soulignant que l’Ukraine devrait aspirer non pas au meurtre mais à la paix. Cette critique, si elle peut sembler naïve face à la réalité d’une guerre d’agression, pose néanmoins une question morale fondamentale : peut-on fonder une stratégie nationale sur un objectif exprimé en nombre de morts ?
Les leçons de l'histoire : quand l'attrition mène à la paix
L’histoire militaire offre des précédents où la stratégie d’attrition a effectivement conduit à la négociation et à la paix. La guerre de Corée (1950-1953) s’est enlisée dans une guerre de tranchées après les offensives initiales, avec des pertes massives des deux côtés, jusqu’à ce que l’armistice de Panmunjom fige les positions. La guerre Iran-Irak (1980-1988) a vu huit années d’attrition mutuelle avant que l’épuisement des deux belligérants ne conduise au cessez-le-feu.
Plus récemment, la guerre d’Afghanistan (2001-2021) illustre comment une force technologiquement inférieure — les Talibans — a utilisé l’attrition pour épuiser la volonté politique américaine sur deux décennies. Le coût humain et financier de l’occupation a fini par devenir insupportable pour Washington, conduisant au retrait de 2021.
L’Ukraine tente d’appliquer cette leçon à l’inverse : utiliser sa supériorité technologique (drones, guerre électronique) pour infliger à la Russie des pertes insoutenables, dans l’espoir que le Kremlin, comme Washington en Afghanistan ou l’URSS dans les années 1980, finisse par conclure que le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Le coût humain : au-delà des statistiques
Derrière les chiffres — 50 000 par mois, 1,2 million de pertes russes, 600 000 pertes ukrainiennes — il y a des êtres humains. Des jeunes hommes arrachés à leurs familles, des pères qui ne reverront jamais leurs enfants, des fils dont les mères porteront le deuil jusqu’à leur dernier souffle.
La guerre d’attrition est, par nature, une abomination. Elle transforme l’être humain en ressource consommable, en unité comptable à soustraire du bilan ennemi. Le fait que cette stratégie soit rationnelle ne la rend pas moins monstrueuse. Le fait qu’elle soit peut-être la seule option disponible pour l’Ukraine ne la rend pas moins tragique.
Il faut cependant rappeler qui est l’agresseur dans ce conflit. L’Ukraine n’a pas choisi cette guerre — elle lui a été imposée par l’invasion russe du 24 février 2022. Le peuple ukrainien n’a pas demandé à devenir un laboratoire de la guerre moderne, un champ d’expérimentation pour les drones FPV et les tactiques d’attrition. Il défend sa terre, sa souveraineté, son existence en tant que nation.
La responsabilité du carnage repose entièrement sur le Kremlin. Chaque soldat russe qui meurt en Ukraine est une victime de la décision de Vladimir Poutine d’envahir un pays voisin. La stratégie d’attrition ukrainienne n’est que la réponse — terrible mais logique — à une agression impérialiste.
Vers un point de rupture ?
La question centrale demeure : à quel moment les pertes deviendront-elles insoutenables pour la Russie ? Le seuil de 50 000 morts par mois évoqué par Zelensky et Fedorov est-il réaliste ? Et surtout, ce seuil suffira-t-il à modifier le calcul du Kremlin ?
Certains analystes doutent. Le régime de Poutine a démontré une capacité remarquable à absorber les pertes sans que cela n’affecte significativement le soutien populaire — ou du moins ce qui en tient lieu dans une autocratie. La société russe, soumise à une propagande intense et privée d’information indépendante, semble accepter le sacrifice comme un devoir patriotique. Les familles des soldats tués reçoivent des compensations financières substantielles, ce qui achète leur silence sinon leur consentement.
D’autres estiment que le point de rupture approche. Le recrutement en baisse, les régions qui réduisent les primes d’engagement, l’économie qui glisse vers la stagnation, l’inflation qui grignote le pouvoir d’achat — autant de signaux que le système russe commence à craquer sous la pression. La question est de savoir si l’Ukraine et ses alliés pourront maintenir la pression assez longtemps pour que ces fissures deviennent fractures.
Conclusion : le prix de la paix
En fixant l’objectif de 50 000 pertes mensuelles infligées à l’ennemi, l’Ukraine a explicité ce que beaucoup savaient déjà : cette guerre ne sera pas gagnée par une percée décisive ou une bataille de chars à la Koursk. Elle sera gagnée — si elle peut l’être — par l’épuisement méthodique de la capacité russe à poursuivre le combat.
C’est une stratégie cruelle mais lucide. Elle reconnaît les réalités du rapport de forces : l’Ukraine ne peut pas envahir la Russie, mais elle peut rendre l’occupation de son territoire trop coûteuse pour être maintenue. Elle accepte que la guerre sera longue, sanglante, et que la victoire ne viendra pas d’un coup d’éclat héroïque mais d’une accumulation de petits succès meurtriers.
La comparaison avec la guerre d’Afghanistan soviétique, évoquée par Zelensky lui-même, est révélatrice de l’espoir ukrainien : que cette guerre devienne pour la Russie de Poutine ce que l’Afghanistan fut pour l’URSS de Gorbatchev — le conflit de trop, celui qui achève un empire déjà fragilisé.
En attendant, les drones continueront à frapper, les obus à exploser, les hommes à mourir. Cinquante mille par mois, dit Kyiv. Tel est le prix que l’Ukraine veut faire payer à la Russie pour chaque jour d’occupation supplémentaire. Tel est, peut-être, le prix de la paix.
Car dans cette logique implacable de l’attrition, la paix ne viendra pas de la bonne volonté des belligérants ni des exhortations de la communauté internationale. Elle viendra quand l’un des deux adversaires ne pourra plus supporter le coût du combat. L’Ukraine parie que ce sera la Russie. L’histoire nous dira si ce pari était fondé.
En attendant, nous assistons, impuissants, à l’une des plus grandes tragédies humaines de notre époque. Une guerre du XXIe siècle menée avec la logique du XXe, où la technologie la plus avancée — drones autonomes, intelligence artificielle, guerre électronique — est mise au service de la stratégie la plus ancienne : tuer plus vite que l’ennemi ne peut remplacer ses morts.
C’est cela, l’attrition comme stratégie de victoire. Ce n’est pas glorieux, ce n’est pas héroïque, ce n’est pas digne d’un film hollywoodien. C’est simplement, terriblement, efficace. Du moins l’Ukraine l’espère-t-elle.
Signé Maxime Marquette
Sources
Ukrinform – Russia must lose 50,000 occupiers per month so it cannot replenish its army – Zelensky
Kyiv Independent – ‘We aim to kill 50,000 Russians a month,’ Ukraine’s new defense minister says
Ukrainska Pravda – Ukraine aims to inflict up to 50,000 casualties on Russia per month
ABC News – Report warns that combined casualties in Russia’s war on Ukraine could hit 2 million
Euronews – Russia suffers more losses in its war against Ukraine than any other country since WWII
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine
Russia Matters – The Russia-Ukraine War Report Card, Jan. 7, 2026
Kyiv Independent – Russia aims to recruit over 400,000 soldiers in 2026, Budanov says
The Moscow Times – Russia’s New Military Recruits Dipped in 2025
Euromaidan Press – I’ve monitored Russian soldiers for 3.5 years. The system is finally cracking
CSIS – The Russia-Ukraine Drone War: Innovation on the Frontlines and Beyond
Washington Examiner – How drone warfare developed in Ukraine in 2025
UkraineWorld – Russia’s 2026 Budget: Built for War, Not Peace
The Moscow Times – Russia’s Economy in 2026: More War, Slower Growth and Higher Taxes
OSW Centre for Eastern Studies – Russia’s 2026 budget: mounting financial challenges
World Economic Forum – Davos 2026: Special address by Volodymyr Zelenskyy
Euronews – Zelenskyy says Europe ‘looks lost’ in Davos address
7758782.html »>France Info – Zelensky annonce un accord avec Trump sur les garanties de sécurité
d’usure »>Wikipédia – Guerre d’usure
Cairn.info – 1914-1918 et la redéfinition de la guerre
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