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EDITORIAL : Le silence de Kyiv face a l’invitation russe, ou quand le non-dit devient l’arme diplomatique la plus redoutable
Crédit: Adobe Stock

Ce qui s’est vraiment passe les 23 et 24 janvier

Pour comprendre le silence actuel de Kyiv, il faut revenir a ce qui s’est joue dans les salons climatises d’Abu Dhabi. Les 23 et 24 janvier 2026, pour la premiere fois depuis le debut de l’invasion russe, des delegations russe, ukrainienne et americaine se sont assises autour de la meme table. Cote americain, Steve Witkoff et Jared Kushner etaient accompagnes du secretaire a l’Armee Dan Driscoll et du general Alexus Grynkewich, commandant supreme de l’OTAN. Cote russe, la delegation etait dirigee par le general Igor Kostioukov, directeur du GRU, le renseignement militaire russe, a la tete de cinq generaux. Cote ukrainien, Rustem Umerov, chef du Conseil de securite et de defense nationale, menait les discussions, flanque d’Andrii Hnatov, chef de l’etat-major general, et de Kyrylo Boudanov, chef du bureau presidentiel. La composition de ces delegations en dit long : ce n’etaient pas des diplomates de salon qui se sont retrouves dans les Emirats arabes unis, mais des hommes de terrain, des generaux, des responsables du renseignement. Le signal etait clair : on parlait de choses serieuses.

Les negociations se sont deroulees en deux phases distinctes. La premiere journee a ete consacree a des discussions preliminaires, tandis que la seconde a vu l’emergence de groupes de travail separes, l’un politique, l’autre militaire. Les questions territoriales ont domine les echanges, confirmees comme le noeud gordien de tout accord de paix. Youri Ouchakov a declare que Moscou et Washington s’accordaient sur le fait qu’une solution politique durable serait impossible sans aborder les questions territoriales. Zelensky lui-meme a qualifie le territoire de « question cle ». Les zones tampons potentielles et les mecanismes de controle figuraient egalement a l’ordre du jour, selon l’agence TASS. Witkoff a qualifie les pourparlers de « tres constructifs », annonçant que les discussions se poursuivraient la semaine suivante. Zelensky a note que « beaucoup de choses avaient ete discutees » et que les participants reconnaissaient la necessite d’une supervision americaine du processus de paix et de la mise en oeuvre des arrangements de securite futurs. Le plan de paix initial de 28 points a ete reduit a 20 points, signe d’une tentative de simplification qui pourrait aussi bien refleter un rapprochement qu’un abandon de positions.

Les prochaines consultations du 1er fevrier et l’ombre du calendrier

Le 1er fevrier 2026 se profile comme la prochaine echeance cruciale. De nouvelles consultations sont prevues, et c’est dans ce contexte que le silence de Kyiv prend toute sa dimension strategique. En ne repondant ni par oui ni par non a l’invitation moscovite, l’Ukraine preserve sa marge de manoeuvre pour ces pourparlers a venir. Un refus categorique avant le 1er fevrier risquerait de plomber l’atmosphere des negotiations. Une acceptation prematuree affaiblirait la position de negociation ukrainienne. Le silence, dans ce calcul glacial, est la seule option qui ne ferme aucune porte. Mais ce silence a un cout. Chaque jour qui passe sans reponse alimente les speculateurs diplomatiques, nourrit les interpretations contradictoires et offre a Moscou un argument de communication : voyez, c’est l’Ukraine qui refuse de parler. Dmitri Peskov n’a d’ailleurs pas manque de souligner publiquement l’absence de reponse, transformant le silence ukrainien en piece a conviction dans le tribunal de l’opinion publique mondiale.

Le calendrier joue contre Kyiv, et c’est la tout le paradoxe. Donald Trump a fait de la resolution du conflit ukrainien une priorite de son second mandat, promettant un accord rapide. Chaque semaine sans avancee visible erode la patience d’une administration americaine dont le soutien reste vital pour l’Ukraine. Les livraisons d’armes, le soutien financier, la couverture diplomatique : tout depend de la bonne volonte de Washington. En gardant le silence trop longtemps, Zelensky risque de donner l’impression de freiner un processus que ses allies les plus importants souhaitent accelerer. Mais repondre trop vite, c’est accepter de jouer selon les regles fixees par l’adversaire. C’est ce dilemme temporel, cette horloge qui tourne dans un sens different pour chaque protagoniste, qui rend la situation actuelle aussi fascinante que perilleuse. Imaginez-vous un instant dans cette position : votre pays est en guerre, votre principal allie vous presse d’avancer, et votre ennemi vous invite chez lui en souriant. Que repondez-vous ? Et surtout, quand repondez-vous ?

Le temps diplomatique n’obeït pas aux memes lois que le temps humain. Une semaine de silence peut etre une eternite pour les familles sous les bombes et un battement de cils pour les chancelleries. C’est dans cet ecart insoutenable entre la souffrance immediate et le calcul strategique que se joue le drame de cette guerre.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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