« Cargo 200 ». Ce code militaire soviétique désigne le transport des dépouilles de soldats dans des cercueils doublés de zinc, hermétiquement scellés pour le transport aérien. Ce terme, les épouses de soldats russes le connaissent bien. Il résonne comme une malédiction dans les oreilles russes depuis la guerre d’Afghanistan des années 1980.
Dans les années 1980, les cercueils de zinc arrivaient en catimini, de nuit, pour ne pas éveiller les soupçons de la population. Le Kremlin cachait ses morts, falsifiait les statistiques, interdisait aux familles de parler. Les mères soviétiques enterraient leurs fils dans le secret et la honte, sommées de se taire au nom du « devoir internationaliste ».
Quarante ans plus tard, rien n’a changé. Ou plutôt, tout a empiré. En octobre 2022, des résidents d’un village près d’Ekaterinbourg ont découvert des centaines de cercueils de zinc abandonnés dans une décharge. « On dirait une sorte de tapis roulant de la mort », a témoigné un habitant. « Ils sont jetés ici comme des ordures, sans aucun égard pour leur élimination appropriée. »
La Russie de Poutine produit tellement de cadavres qu’elle ne sait plus qu’en faire. Les « Cargo 200 » s’empilent, débordent, révèlent l’ampleur d’une catastrophe que le Kremlin s’efforce désespérément de dissimuler. Mais comment cacher 1,2 million de victimes ? Comment faire taire un million de familles endeuillées ?
Les leçons oubliées de l’Afghanistan soviétique
L’histoire de la guerre soviétique en Afghanistan (1979-1989) offre un miroir troublant à la tragédie actuelle. Pendant près d’une décennie, la plupart des Soviétiques sont restés ignorants des réalités brutales de cette occupation. Ce n’est que lorsque les cercueils de zinc des soldats de l’Armée rouge — jusqu’à 25 000 au total — ne purent plus être cachés que le Kremlin commença à chercher une sortie de ce conflit absurde.
Deux facteurs ont précipité ce changement : l’expression croissante des mères soviétiques qui avaient perdu leurs fils et l’influence d’une presse devenue plus critique sous Gorbatchev. En 1985, un « flot » de lettres — principalement de femmes — s’opposant à l’utilisation de conscrits en Afghanistan avait inondé le Comité central et la Pravda dès que Gorbatchev était devenu secrétaire général.
Lors d’une session du Politburo en octobre 1985, Gorbatchev déclara qu’une décision devait être prise concernant l’implication soviétique en Afghanistan, illustrant son propos en lisant à haute voix des lettres de mères de soldats décédés qui remettaient en question la validité du « devoir internationaliste ». Ces mères, par leur douleur et leur courage, avaient contribué à mettre fin à une guerre insensée.
Le Comité des mères de soldats, fondé en 1989, devint l’une des organisations de la société civile les plus puissantes que la Russie ait jamais connues. Ces femmes, armées seulement de leur chagrin et de leur détermination, réussirent à arracher 180 000 soldats au front, à stopper le recrutement d’étudiants universitaires, à forcer le gouvernement à des réformes législatives. Elles incarnaient la puissance morale de la maternité face à la brutalité de l’État.
Mais aujourd’hui, où sont les mères russes ?
Le silence assourdissant des mères de 2026
Lorsque Poutine a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, les journalistes du monde entier ont cherché les voix des Comités des mères de soldats. Ils sont revenus les mains vides. Le silence était assourdissant.
Ce silence n’est pas un accident. C’est le fruit d’une répression méthodique qui a commencé bien avant la guerre. Le gouvernement russe a désigné l’Union des Comités des mères de soldats comme « agent étranger » — une étiquette qui, dans la Russie de Poutine, équivaut à une condamnation à mort civile. Cette désignation, selon les membres de l’organisation, était une punition pour leurs déclarations sur les pertes militaires russes.
En novembre 2022, peu après l’annonce de la « mobilisation partielle », Poutine a organisé une mise en scène grotesque : une réunion au Kremlin avec un groupe soigneusement sélectionné de mères de soldats. Les images de cette rencontre — des femmes buvant du thé et écoutant le président avec une déférence obséquieuse — contrastaient violemment avec les scènes qui avaient jadis rendu célèbres les mères de soldats russes.
Olga Tsukanova, coprésidente du Conseil des mères et épouses, n’a pas été invitée. Elle affirme que les autorités russes ont ignoré les appels de son groupe et que, ces derniers jours, elle a été suivie et surveillée. « Aujourd’hui, du matin jusqu’à tard le soir, nous avons été suivies. Ils ont simplement mis des masques pour cacher leurs visages. Et, voyant la caméra dans nos mains, ils se sont retournés et sont partis. Cela ne peut être que le travail des services secrets. »
Le message du Kremlin est clair : les mères qui pleurent en silence sont tolérées. Celles qui osent parler sont des traîtresses.
La peur comme instrument de contrôle
La modératrice d’un canal Telegram pour les familles de soldats a confié à CNN que les mères et les épouses craignent souvent des « représailles répressives » contre leurs proches si elles s’expriment. Cette peur n’est pas irrationnelle. Olga Kuznetsova, résidente d’Arkhangelsk, a été reconnue coupable de « discréditer les forces armées russes » après avoir collecté des signatures contre la mobilisation. Elle a été condamnée à une amende de 15 000 roubles (environ 250 dollars).
Poutine lui-même a reconnu ces craintes, déclarant aux mères : « Je comprends parfaitement que pour vous, comme pour tant d’autres femmes en Russie dont les fils sont dans la zone de guerre, l’attitude envers cette fête… est liée à un sentiment d’inquiétude et d’anxiété. » Des mots de compassion feinte prononcés par l’homme qui envoie leurs fils à la mort.
Pourtant, malgré la répression, des voix s’élèvent. En septembre 2024, un groupe d’épouses, de mères et d’enfants de soldats mobilisés a protesté devant le ministère de la Défense à Moscou. Des arrestations ont été signalées, mais le mouvement persiste. Ces femmes ne réclament pas la fin de la guerre — elles réclament le retour de leurs hommes. C’est une distinction cruciale : le mouvement n’est pas anti-guerre, il est anti-mobilisation. Et c’est précisément ce qui le rend dangereux pour le Kremlin, car ses participants incluent des personnes issues de la base électorale de Poutine.
La chair à canon des régions oubliées
Si toutes les mères russes pleurent, certaines pleurent plus que d’autres. Les statistiques des pertes révèlent une réalité obscène : les minorités ethniques et les régions pauvres de Russie paient un tribut disproportionné dans cette guerre.
Au tout début de la guerre, en mars 2022, les Bouriates représentaient jusqu’à 3,5 % des pertes russes totales — un chiffre stupéfiant pour un peuple qui ne constitue que 0,3 % de la population russe. Les Bouriates, un groupe ethnique mongol originaire du sud-est de la Sibérie, sont les plus surreprésentés parmi les victimes de guerre russes, suivis de près par les Touvains, les Kalmouks, les Tchouktches et les Nenets.
La Bouriatie et Touva, deux républiques ethniques de Sibérie orientale, affichent des taux de mortalité d’environ 240 pour 100 000 hommes en âge de travailler. À titre de comparaison, Moscou affiche un taux de 3,1 pour 100 000. Un homme de Bouriatie a 75 fois plus de chances de mourir qu’un homme de Moscou.
Le Daghestan, république du Caucase du Nord, détient le record absolu des pertes : plus de 560 morts confirmés, le bilan le plus élevé de toutes les régions russes depuis les premiers jours de l’invasion. Le BBC Russian Service a examiné des rapports sur plus de 6 000 pertes confirmées au combat et a découvert qu’au début de septembre 2022, les troupes du Daghestan, de Bouriatie et de Krasnodar avaient perdu le plus de soldats — plus de 200 morts de chaque région. En comparaison, seulement 15 personnes de la région de Moscou, qui représente près d’un dixième de la population russe, avaient été tuées au combat.
Le cynisme économique du recrutement
Cette disparité n’est pas un hasard. Le Kremlin préfère recruter des troupes dans des régions reculées, appauvries et peu peuplées pour des raisons à la fois politiques et économiques. Dans ces régions, les niveaux élevés de pauvreté rendent les primes d’engagement et de décès particulièrement attrayantes.
La Bouriatie est l’une des régions les plus pauvres du pays et possède « l’une des plus fortes concentrations d’unités militaires ou de bases militaires par habitant ». L’armée est depuis longtemps l’un des employeurs les plus importants et les plus stables de la région, offrant des avantages tels que « le logement, les hypothèques et d’autres privilèges » particulièrement attrayants pour les jeunes hommes avec des familles.
« La plupart des soldats et officiers des forces terrestres et des forces aéroportées viennent de villes et villages russes pauvres », a noté le spécialiste militaire Pavel Luzin. « Cette stratification socio-économique a une longue tradition dans les forces armées russes parce que les jeunes hommes des villes avec une éducation relativement bonne servent dans d’autres branches militaires… mais l’infanterie est composée de soldats mal éduqués issus de familles et de régions pauvres. »
Dans la région de Khabarovsk, où les pertes militaires parmi les hommes autochtones sont disproportionnellement élevées, les communautés autochtones ont été ciblées pour le recrutement près de trois fois plus souvent que les communautés non autochtones. Pendant la campagne de « mobilisation partielle » de 2022, dans un village, l’ensemble de la population masculine âgée de 18 à 50 ans a été recruté, ne laissant que des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Alexandra Garmazhapova, de la Fondation Bouriatie Libre, a résumé cette réalité avec une lucidité glaçante : « Les peuples autochtones ne sont nécessaires qu’à une seule fin : mourir pour l’empire. Vladimir Poutine agit de manière très cohérente à cet égard. »
1,2 million de victimes : l'ampleur du désastre
Les chiffres globaux de cette guerre défient l’entendement. Selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), la Russie a subi 1,2 million de victimes, dont jusqu’à 325 000 morts, entre février 2022 et décembre 2025. Le ministère britannique de la Défense estime que la Russie a probablement subi plus de 1,2 million de victimes sur le champ de bataille depuis le lancement de son invasion à grande échelle, avec une moyenne de 1 100 soldats tués et blessés chaque jour le mois dernier.
Le CSIS note que « les victimes et les décès russes sont également remarquables d’un point de vue historique russe et soviétique. Les décès russes sur le champ de bataille en Ukraine sont plus de 17 fois supérieurs aux décès soviétiques en Afghanistan pendant les années 1980, 11 fois supérieurs à ceux des première et deuxième guerres de Tchétchénie dans les années 1990 et 2000 respectivement, et plus de cinq fois supérieurs à toutes les guerres russes et soviétiques combinées depuis la Seconde Guerre mondiale. »
Dix-sept fois les pertes d’Afghanistan. Onze fois les guerres de Tchétchénie. Plus de cinq fois toutes les guerres post-1945 combinées. Ces chiffres ne sont pas des statistiques — ce sont des accusations. Chaque unité représente un fils, un père, un frère, un mari. Chaque unité représente une mère qui pleure, une épouse qui attend en vain, des enfants qui grandiront sans père.
En 2025 seulement, la Russie aurait perdu environ 415 000 soldats tués ou blessés, soit une moyenne d’environ 35 000 victimes par mois. Al Jazeera rapporte que plus de 400 000 Russes ont été tués ou blessés pour seulement 0,8 % du territoire ukrainien conquis en 2025. Le rapport coût-bénéfice est astronomique : des centaines de milliers de vies pour des gains territoriaux dérisoires.
La spirale de la mobilisation
Face à ces pertes, le Kremlin est pris dans un dilemme infernal. S’il permet aux soldats mobilisés de rentrer chez eux, il fera face à une pénurie aiguë de troupes. Cela pourrait nécessiter une deuxième mobilisation — encore plus impopulaire — qui pourrait conduire à encore plus de troubles sociaux. Mais si les autorités ne permettent pas aux soldats de rentrer, elles font face à la colère croissante d’une section influente de la société russe — y compris des partisans auparavant loyaux de Poutine.
La mobilisation partielle de septembre 2022 a été profondément impopulaire. De nombreux Russes — en particulier les jeunes hommes — ont fui le pays pour éviter d’être appelés. Des milliers ont été arrêtés pour avoir protesté contre la mobilisation, et la cote de popularité de Poutine a subi un coup évident.
Les familles des hommes russes mobilisés ont critiqué la mobilisation, affirmant qu’elle est en proie à des problèmes tels que des questions de discipline et un manque de leadership de la part des officiers de rang intermédiaire, une formation inexistante ainsi que des difficultés logistiques comme des uniformes insuffisants, une mauvaise nourriture et un manque de fournitures médicales.
En octobre 2022, quelques semaines après la mobilisation de leurs proches masculins, des femmes à Voronej et Pavlovsk, affolées d’inquiétude, ont été filmées en train de protester auprès des autorités. Leurs hommes, disaient-elles, étaient presque non entraînés, « sans nourriture, sans eau, sans vêtements adéquats », et avaient été envoyés en première ligne comme chair à canon.
Les drones : la nouvelle faucheuse
Un aspect particulièrement frappant de cette guerre est le rôle des drones dans le carnage russe. Selon Zelenskyy, au moins quatre frappes ukrainiennes réussies sur cinq contre les forces russes sont désormais effectuées par des drones. Ce chiffre représente l’une des estimations officielles les plus élevées de l’implication des drones dans les opérations de combat ukrainiennes.
Le major Robert « Madyar » Brovdi, commandant des Forces de systèmes sans pilote de l’Ukraine, a déclaré que ses unités étaient responsables d’un tiers des frappes ukrainiennes par drones et avaient blessé ou tué une moyenne quotidienne de 388 soldats russes en décembre. Cela représente environ 34 900 victimes pour le mois — un chiffre qui corrobore la déclaration de Zelenskyy.
La technologie des drones a transformé ce conflit en un abattoir numérique. Les soldats russes ne sont plus simplement des combattants — ils sont des cibles traquées par des essaims de machines volantes, jour et nuit, sans répit. La mort peut venir de n’importe où, à n’importe quel moment, sous la forme d’un bourdonnement sinistre suivi d’une explosion.
Au printemps 2025, les responsables ukrainiens estimaient qu’environ 70 % des victimes russes étaient infligées par des drones. Ce pourcentage a maintenant dépassé les 80 %. L’infanterie russe, composée de ces « soldats mal éduqués issus de familles et de régions pauvres » dont parlait Pavel Luzin, est décimée par une technologie contre laquelle elle n’a que peu de défense.
L'écho des générations perdues
Il y a quelque chose de profondément tragique dans cette répétition de l’histoire. Les mères soviétiques des années 1980 tenaient des vigiles dans les cimetières, aux tombes de leurs fils, maris, frères et autres membres de leur famille morts en Afghanistan. Elles utilisaient les normes de genre présentes dans la société soviétique, s’appuyant sur une stratégie de non-violence entremêlée de stéréotypes de genre normatifs, ce qui leur permettait d’exploiter le poids moral et l’idéalisation de la maternité.
Ces mères ont contribué à mettre fin à une guerre. Leur douleur exprimée publiquement a ébranlé un empire. Trois ans après le retrait soviétique d’Afghanistan, l’URSS n’existait plus.
Aujourd’hui, les mères russes pleurent à nouveau. Mais cette fois, l’ampleur du deuil est incomparablement plus grande. Si 15 000 morts en dix ans ont contribué à faire tomber l’Union soviétique, que feront 325 000 morts en moins de quatre ans ?
Le mouvement a changé depuis les années 1990. Il n’est plus « une force cohérente et unifiée » mais a évolué vers un réseau lâche d’organisations. Certains comités expriment un fort soutien aux valeurs traditionnelles, au patriotisme et à l’armée, tandis que d’autres font campagne pour les droits de l’homme progressistes et contre le militarisme.
Mais l’esprit des femmes défendant leurs fils est toujours vivant, malgré une campagne de propagande massive visant à ramener les valeurs soviétiques. Ce ne sont plus les Comités qui portent le flambeau, mais des femmes plus jeunes qui savent utiliser efficacement les médias sociaux et qui se battent pour leurs maris plutôt que pour leurs fils.
Ces femmes ont créé des communautés numériques alternatives aux comités de style ancien. Connectées via les réseaux sociaux, un réseau régional informel croissant a réuni épouses et autres proches des mobilisés. Ce mouvement populaire est uni par un objectif simple : assurer le retour de leurs proches.
Les petits peuples face à l'extinction
Parmi toutes les tragédies de cette guerre, l’une des plus méconnues est la menace existentielle qu’elle pose aux petits peuples autochtones de Russie. Il existe 42 petites nations autochtones vivant en Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe. Parmi celles-ci, 7 comptent moins de 1 000 membres, 12 comptent moins de 2 000, et aucune ne dépasse 50 000.
Pour ces groupes, chaque perte due au recrutement — et certainement chaque mort au combat — constitue une menace potentielle pour la survie de l’ethnie entière. La Fondation Bouriatie Libre a rassemblé des données sur les militaires de Bouriatie en Ukraine et a compté le nombre de morts parce que les autorités ont commencé à le cacher. Ils sont la première organisation ethnique anti-guerre en Russie et ont aidé à établir des organisations anti-guerre dans d’autres régions comme Touva, Kalmoukie, Oudmourtie et Sakha.
Ces peuples, dont beaucoup ont survécu aux purges staliniennes, aux famines organisées et à des décennies de russification forcée, font maintenant face à une nouvelle menace existentielle : être décimés dans une guerre qui n’est pas la leur, pour un empire qui ne les a jamais considérés comme autre chose que des sujets jetables.
Vers un point de rupture ?
Les chercheurs ne s’attendent pas à ce que les mères de soldats mènent des protestations de masse condamnant l’invasion russe de l’Ukraine. Ils voient cependant des formes de résistance plus subtiles qui, avec le temps, contribuent à l’érosion du soutien de la société russe à la guerre en Ukraine.
L’État russe veut l’approbation des mères de soldats et ressent le besoin de répondre à leurs préoccupations parce que, surtout en temps de guerre, elles commandent un grand respect public et une autorité morale considérable. En même temps, il ne leur fait tout simplement pas confiance pour articuler spontanément les vues « correctes ».
Mark Rutte l’a dit clairement : le niveau actuel de pertes est « insoutenable » même du point de vue de la Russie. À un moment donné, quelque chose devra céder. Soit le flux de cercueils de zinc ralentira — ce qui nécessiterait un changement de stratégie militaire ou une fin des hostilités — soit la pression sociale deviendra trop forte à supporter, même pour un régime autoritaire.
L’histoire de l’Union soviétique offre un précédent. Les cercueils de zinc d’Afghanistan, combinés aux voix des mères endeuillées et à une presse plus libre, ont contribué à ébranler un empire qui semblait éternel. Poutine connaît cette histoire — c’est pourquoi il fait tout pour la supprimer, la contrôler, la réécrire.
Mais on ne peut pas faire taire un million de familles. On ne peut pas cacher 325 000 tombes. On ne peut pas effacer la douleur de millions de mères, d’épouses, d’enfants. Cette douleur existe, elle grandit, elle s’accumule comme une dette qui devra un jour être payée.
Le prix de la folie impériale
Volodymyr Zelenskyy, en comparant les pertes russes actuelles à celles de l’Afghanistan soviétique, ne faisait pas simplement un exercice de statistique. Il pointait du doigt une vérité fondamentale : la Russie de Poutine est en train de se saigner à blanc pour une guerre qu’elle ne peut pas gagner.
Les pertes combinées russo-ukrainiennes pourraient atteindre 2 millions au printemps 2026, selon un rapport du CSIS relayé par PBS et Defense News. Deux millions de vies brisées, de familles détruites, de futures jamais vécues. Et pour quoi ? Pour quelques centaines de kilomètres carrés de terre ukrainienne dévastée ?
La guerre d’Afghanistan a été qualifiée de « Vietnam soviétique » — un conflit qui a drainé les ressources, sapé le moral et contribué à l’effondrement d’un empire. Si l’Afghanistan était le Vietnam de l’URSS, l’Ukraine est en train de devenir quelque chose de bien pire pour la Russie de Poutine : un gouffre sans fond qui engloutit une génération entière.
Les mères russes pleurent encore. Elles pleurent dans le silence imposé par la peur, dans l’isolement de leurs villages oubliés, dans la solitude de leur deuil non reconnu. Mais leurs larmes ne sont pas invisibles. Chaque cercueil de zinc qui arrive est un témoignage. Chaque tombe fraîche est une accusation. Chaque fils perdu est une question posée au régime : jusqu’à quand ?
L’histoire nous enseigne que les empires qui se nourrissent du sang de leurs propres enfants finissent par s’étouffer. L’Union soviétique l’a appris en Afghanistan. La Russie de Poutine est en train de l’apprendre en Ukraine — à un rythme dix-sept fois plus rapide.
Les mères russes pleurent encore. Mais un jour, peut-être, leurs larmes se transformeront en colère. Et cette colère pourrait bien être la dernière chose que Vladimir Poutine verra avant que son empire de cartes ne s’effondre.
En attendant, les drones continuent de bourdonner au-dessus des tranchées. Les cercueils de zinc continuent de s’empiler. Et quelque part en Russie, une mère vient d’apprendre que son fils ne rentrera jamais.
Elle pleure. Comme tant d’autres avant elle. Comme tant d’autres après elle.
Les mères russes pleurent encore.
Signé Maxime Marquette
Sources
Militarnyi – NATO Estimates Russian Army’s Monthly Casualties at 20,000-25,000 Killed
Chatham House – Putin faces growing threat from the wives and mothers of mobilized soldiers
The Moscow Times – Soldiers’ Mothers Have Long Been a Thorn in the Kremlin’s Side
Wilson Center – Buryatia and the High Toll of Russia’s War in Ukraine on Ethnic Minorities
Wilson Center – Russia’s Indigenous Communities and the War in Ukraine
Wikipedia – Casualties of the Russo-Ukrainian war
Al Jazeera – Over 400,000 Russians killed, wounded for 0.8 percent of Ukraine in 2025
PBS News – Report warns combined casualties in Russia’s war on Ukraine could soon hit 2 million
Defense News – Casualties in Ukraine war could hit 2 million, report warns
VICE – The Coffins of Russia’s Ghost Soldiers In Ukraine Are Coming Home
WhoWhatWhy – Lessons From Afghanistan for Russia: Open Press and Mothers the Only Way to End War
CNN – Russian wives and mothers call on Putin to stop sending mobilized men ‘to the slaughter’
Radio Free Europe – Mothers, Wives, Children Of Russian Soldiers Protest, Demand Demobilization
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