Commençons par ce qui fonctionne déjà. GOVSATCOM représente la première pierre d’un édifice que l’Europe construit pierre par pierre, avec la lenteur caractéristique de ses processus décisionnels, mais aussi avec une détermination nouvelle. Le système regroupe actuellement huit satellites provenant de cinq États membres différents : l’Espagne avec ses deux satellites SpainSat NG, le Luxembourg, la France avec sa constellation Syracuse, la Grèce et l’Italie avec le système Sicral.
Le principe est élégant dans sa simplicité : ces pays mettent à disposition des capacités que l’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial (EUSPA) achète et redistribue gratuitement à l’ensemble des vingt-sept États membres. Une forme de mutualisation qui, pour une fois, ne se heurte pas aux égos nationaux habituels. Tous les États membres peuvent désormais accéder à des communications satellitaires souveraines pour leurs usages militaires et gouvernementaux – des communications sécurisées, chiffrées, construites en Europe, opérées en Europe et sous contrôle européen.
L’expansion est déjà programmée : une couverture et une bande passante accrues sont prévues pour 2027. C’est encourageant, mais soyons honnêtes : face aux milliers de satellites Starlink qui quadrillent déjà l’orbite terrestre basse, ces huit satellites font figure de modeste début. L’Europe a du retard à rattraper, et elle le sait.
IRIS² : la constellation qui doit changer la donne
C’est là qu’intervient IRIS², acronyme d’Infrastructure pour la Résilience, l’Interconnectivité et la Sécurité par Satellite. Ce projet pharaonique, dont le contrat de concession a été signé en décembre 2024 entre la Commission européenne, l’Agence spatiale européenne et le consortium SpaceRISE, représente l’ambition européenne dans toute sa démesure – et, espérons-le, dans toute son efficacité future.
Les chiffres donnent le vertige : 290 satellites au total, répartis entre 264 en orbite basse (LEO) à 1 200 kilomètres d’altitude et 18 en orbite moyenne (MEO) à 8 000 kilomètres. Un coût total de 10,6 milliards d’euros, financé selon un modèle de partenariat public-privé qui voit l’Union européenne, les États membres et l’ESA contribuer à hauteur de 6,5 milliards d’euros, tandis que le consortium SpaceRISE apporte les 4,1 milliards restants.
Ce consortium rassemble les trois grands opérateurs européens de satellites : Eutelsat (environ 2 milliards d’euros d’investissement), SES (1,8 milliard) et Hispasat (600 millions). Derrière eux, une équipe de sous-traitants qui représente le fleuron de l’industrie spatiale européenne : Thales Alenia Space, OHB, Airbus Defence and Space, Telespazio, Deutsche Telekom, Orange, Hisdesat et Thales SIX.
La mission d’IRIS² est double. D’une part, fournir aux agences gouvernementales des services de communications sécurisées, de géolocalisation et de surveillance – un équivalent européen du projet américain Starshield de SpaceX. D’autre part, offrir une connectivité haut débit aux entreprises privées et aux citoyens, notamment dans les zones blanches qui persistent encore sur le territoire européen.
Le calendrier prévoit une revue critique de conception début 2028, des lancements en 2029-2030 et des premiers services gouvernementaux en 2030. C’est ambitieux, peut-être trop. Le projet a déjà connu des glissements successifs : initialement prévu pour 2024, puis repoussé à 2026, puis 2028, puis 2030, et potentiellement 2031 selon certaines analyses. L’Europe a une fâcheuse tendance à sous-estimer la complexité de ses grands projets spatiaux. Espérons que cette fois sera différente.
Le Space Command virtuel : une idée révolutionnaire ou un voeu pieux
L’idée la plus audacieuse lancée par Kubilius reste celle d’un Space Command européen virtuel. Le concept mérite qu’on s’y attarde, car il révèle à la fois l’ambition et les limites actuelles de la coopération européenne en matière de défense spatiale.
Un Space Command, dans sa conception classique telle qu’on la trouve aux États-Unis, en France ou au Royaume-Uni, est une structure de commandement dédiée aux opérations spatiales militaires. Elle coordonne la surveillance de l’espace, la protection des satellites, et potentiellement leur utilisation offensive en temps de guerre. Créer un tel commandement au niveau européen impliquerait un transfert de souveraineté que peu d’États membres sont prêts à accepter.
D’où l’idée du « virtuel ». Plutôt qu’une structure centralisée et permanente, Kubilius envisage un mécanisme de coordination qui permettrait, en cas de crise, de partager rapidement les capacités spatiales des différents pays. Une sorte de mise en commun à la demande, qui respecterait les susceptibilités nationales tout en permettant une action collective efficace.
La formule du commissaire mérite d’être citée intégralement : « Si vous protégez uniquement votre propre pays, votre propre armée, nous n’apprendrons jamais à combattre en tant qu’Europe. Nous ne dissuaderons pas Poutine. Nous n’aurons pas de succès dans notre défense. » Des mots forts, qui tranchent avec le langage diplomatique habituel des institutions européennes.
Cette proposition s’inscrit dans une vision plus large de la défense européenne que Kubilius défend avec constance depuis sa prise de fonction. Le commissaire lituanien, ancien Premier ministre d’un pays qui connaît mieux que quiconque la menace russe, plaide pour la création d’une armée européenne permanente de 100 000 soldats, capable de remplacer les troupes américaines stationnées sur le continent si nécessaire. Il appelle également à la création d’un Conseil de sécurité européen, incluant le Royaume-Uni, pour coordonner les efforts de défense du continent.
L'Ukraine : le laboratoire tragique de la guerre spatiale moderne
Pour comprendre l’urgence de ces développements, il suffit de regarder ce qui se passe en Ukraine depuis quatre ans. Ce conflit est devenu, qu’on le veuille ou non, le premier véritable laboratoire de la guerre spatiale moderne. Et les leçons qui en émergent sont aussi claires qu’inquiétantes pour l’Europe.
La dépendance de l’Ukraine envers Starlink est devenue un cas d’école en matière de vulnérabilité stratégique. Elon Musk est, de facto, le gardien de la connectivité ukrainienne sur le champ de bataille, comme l’a souligné Arthur De Liedekerke, directeur senior des affaires européennes chez Rasmussen Global. Starlink fournit plusieurs centaines de fois plus de bande passante que son concurrent le plus proche, tout en étant moins cher et plus facile à utiliser. Aucune alternative viable n’existe actuellement.
Cette situation crée une dépendance qui confine à l’absurde géopolitique. En mars 2025, des informations ont circulé selon lesquelles Musk envisageait de couper les terminaux Starlink pour forcer l’Ukraine à signer un accord de 500 milliards de dollars avec l’administration Trump concernant les terres rares. Musk a démenti, affirmant qu’il ne « couperait jamais les terminaux », quelle que soit son désaccord avec la politique ukrainienne. Mais le simple fait que cette menace soit crédible illustre le problème fondamental : la sécurité nationale d’un pays en guerre dépend du bon vouloir d’un milliardaire américain aux positions politiques fluctuantes.
L’Europe a tenté de fournir des alternatives. L’Allemagne finance depuis environ un an l’accès de l’Ukraine au réseau satellitaire d’Eutelsat, via son service OneWeb. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Ukraine dispose de moins de 1 000 terminaux connectés au réseau Eutelsat, contre des centaines de milliers pour Starlink. Eutelsat vise 5 000 à 10 000 terminaux « relativement rapidement », mais avec seulement 648 satellites contre plus de 7 000 pour Starlink, la constellation européenne ne peut tout simplement pas offrir la même couverture.
Le PDG d’Eutelsat l’a reconnu avec une franchise brutale en avril 2025 : « Nous ne pouvons pas remplacer Starlink en Ukraine. » Cette admission d’impuissance devrait hanter les responsables européens de la défense.
GOVSATCOM et IRIS² : une porte de sortie pour Kyiv
C’est dans ce contexte que l’invitation faite à l’Ukraine de rejoindre les programmes spatiaux européens prend tout son sens. En octobre 2024, la Commission européenne a proposé aux États membres d’approuver des négociations avec l’Ukraine pour sa participation à GOVSATCOM. L’objectif est de garantir que l’Ukraine puisse accéder à des communications satellitaires rapides, fiables et sécurisées depuis les installations des États membres, pour soutenir sa défense et sa résilience face à la Russie.
Le chemin sera long. Pour que l’Ukraine obtienne un accès opérationnel à GOVSATCOM, puis éventuellement à IRIS², plusieurs étapes institutionnelles et procédurales sont nécessaires. Kyiv doit d’abord soumettre une demande formelle de soutien européen. L’UE évaluera ensuite les besoins spécifiques en capacités pour l’Ukraine et la région plus large de la mer Noire. L’accès à GOVSATCOM nécessitera un accord international formel, l’acquisition de ressources de communication gouvernementales et commerciales auprès de fournisseurs européens, et une accréditation de sécurité par le Conseil d’accréditation de sécurité du programme spatial de l’UE.
C’est bureaucratique, c’est lent, c’est typiquement européen. Mais c’est aussi la seule voie vers une véritable souveraineté dans les communications de l’Ukraine. Comme l’a noté Dario Garcia de Viedma, de l’Institut royal Elcano : « Il y a évidemment des préoccupations concernant la souveraineté technologique, car on ne dépendrait que d’un seul fournisseur, Starlink… mais la souveraineté devient à ce stade une priorité secondaire… la priorité numéro un est de gagner la guerre. L’Ukraine fait définitivement des concessions en matière de souveraineté pour gagner la guerre, et l’Europe aussi. »
La menace russe : l'espace comme nouveau champ de bataille
Si l’Europe se réveille enfin à la réalité de la guerre spatiale, c’est aussi parce que la menace russe dans ce domaine est devenue impossible à ignorer. L’année 2025 a été marquée par une intensification de l’activité hostile russe dans l’espace. En septembre, les États-Unis ont accusé la Russie d’avoir lancé un satellite qui était probablement une arme spatiale. En octobre, le chef du commandement spatial britannique a averti des attaques de brouillage russes contre les actifs spatiaux du Royaume-Uni.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a été particulièrement direct lors d’une conférence de l’industrie spatiale à Berlin en septembre 2025 : « Les actions de la Russie, en particulier dans l’espace, représentent une menace fondamentale pour nous tous – une menace que nous ne pouvons plus ignorer. » Cette déclaration faisait suite à des observations répétées de satellites de reconnaissance russes suivant de près ceux exploités par IntelSat, un fournisseur majeur de services satellitaires pour les gouvernements et entités commerciales en Europe et aux États-Unis.
Plus inquiétant encore, selon des renseignements de l’OTAN examinés par l’Associated Press, la Russie développerait une arme à « effet de zone » capable de cibler les satellites Starlink avec des nuages orbitaux de shrapnels destructeurs. Cette arme inonderait les orbites de centaines de milliers de projectiles à haute densité pour désactiver plusieurs satellites simultanément. Le fait que la Russie soit prête à poursuivre une stratégie d’attaque qui pourrait mettre en danger ses propres satellites et ceux de ses alliés en dit long sur le niveau de risque que Moscou est disposée à accepter.
L’OTAN a pris la mesure de cette menace. Lors du sommet de Bruxelles en 2021, les dirigeants de l’Alliance ont déclaré que « les attaques vers, depuis ou dans l’espace présentent un défi clair pour la sécurité de l’Alliance, dont l’impact pourrait menacer la prospérité, la sécurité et la stabilité nationales et euro-atlantiques, et pourrait être aussi nocif pour les sociétés modernes qu’une attaque conventionnelle. De telles attaques pourraient conduire à l’invocation de l’Article 5. »
L’Allemagne a réagi en annonçant un engagement de 35 milliards d’euros d’investissement dans ses programmes spatiaux nationaux sur les cinq prochaines années. Mais l’action nationale, aussi importante soit-elle, ne suffira pas. Seule une réponse coordonnée au niveau européen peut offrir l’échelle nécessaire pour rivaliser avec les capacités russes – et chinoises, car Pékin développe également une gamme étendue de technologies anti-spatiales.
Le réveil américain comme électrochoc
L’évolution de la politique américaine sous l’administration Trump a servi d’électrochoc pour de nombreux responsables européens. En mars 2025, la décision des États-Unis de cesser de partager des renseignements et des images satellitaires avec l’Ukraine a constitué un rappel brutal de la dépendance européenne envers les capacités spatiales américaines. Cette dépendance ne concerne pas que l’Ukraine : de nombreux pays membres de l’OTAN comptent sur les États-Unis pour des capacités spatiales essentielles à leur propre défense.
Kubilius ne mâche pas ses mots sur ce sujet. Il estime que les 100 000 soldats américains stationnés en Europe devraient être remplacés par une force militaire combinée de l’UE de même taille. Cette proposition, qui aurait semblé utopique il y a quelques années, commence à gagner en crédibilité dans un contexte où la fiabilité de l’engagement américain envers la défense européenne est de plus en plus questionnée.
La Commission européenne estime que des investissements supplémentaires en matière de défense d’environ 500 milliards d’euros sont nécessaires au cours de la prochaine décennie. L’Europe doit trouver les moyens de financer des centaines de milliards de dépenses militaires en l’espace d’un an pour se défendre contre d’éventuelles attaques russes d’ici la fin de la décennie. « Tout doit être fait avant ou autour de 2030 », a déclaré Kubilius à Reuters, appelant à un « big bang » de financements supplémentaires et d’achats d’armes.
Car c’est là l’horizon qui obsède les planificateurs européens : 2030. Selon les services de renseignement, la Russie prépare une éventuelle offensive contre les pays de l’UE d’ici cette date. Moscou a considérablement augmenté sa production d’armements malgré les sanctions. Selon les experts, la Russie produit plus d’armes en trois mois que l’industrie de défense européenne ne peut en produire. Ce déséquilibre est vertigineux.
Les défis qui attendent l'Europe
Soyons lucides sur les obstacles qui se dressent sur le chemin de l’ambition spatiale européenne. Le premier est chronologique : IRIS² ne sera pas pleinement opérationnel avant 2030 au plus tôt, peut-être 2031. D’ici là, l’Europe restera dépendante de Starlink et d’autres services américains pour ses besoins les plus critiques. Si la guerre en Ukraine se prolonge, ou si un nouveau conflit éclate, cette vulnérabilité sera exposée au grand jour.
Le deuxième défi est financier. Malgré les 10,6 milliards d’euros mobilisés pour IRIS², le projet a déjà connu des difficultés de financement. Eutelsat a dû obtenir une bouée de sauvetage de 1,5 milliard d’euros menée par la France pour renforcer sa capacité à défier Starlink. Dans un contexte de budgets publics contraints et de priorités concurrentes (transition énergétique, santé, éducation), maintenir l’engagement financier nécessaire sera un défi politique constant.
Le troisième défi est industriel. L’Europe dispose d’excellentes capacités dans le domaine spatial, mais elle part avec un retard considérable sur SpaceX en matière de lanceurs réutilisables et de production en série de satellites. La cadence de déploiement de Starlink – des dizaines de satellites lancés chaque semaine – est pour l’instant hors de portée des capacités européennes. Rattraper ce retard nécessitera des investissements massifs dans l’innovation et l’infrastructure de production.
Le quatrième défi est politique. L’idée d’un Space Command européen, même virtuel, se heurtera inévitablement aux réticences de certains États membres jaloux de leur souveraineté en matière de défense. La France, en particulier, dispose de ses propres capacités spatiales militaires significatives et pourrait être réticente à les mutualiser pleinement. L’unanimité requise dans les décisions de politique étrangère et de sécurité commune reste un obstacle structurel à toute avancée rapide.
Une fenêtre d'opportunité historique
Malgré ces défis, il existe aujourd’hui une fenêtre d’opportunité historique pour l’Europe spatiale. La conjonction de plusieurs facteurs – la guerre en Ukraine, l’incertitude américaine, la menace russe croissante, le Brexit qui a simplifié certains processus décisionnels – a créé un moment politique unique où des avancées autrefois impensables deviennent possibles.
Le lancement de GOVSATCOM, aussi modeste soit-il dans ses capacités actuelles, démontre que l’Europe peut agir de manière coordonnée dans un domaine aussi sensible que les communications satellitaires gouvernementales. Le contrat IRIS², malgré ses retards, représente un engagement financier sans précédent de l’Union européenne dans le domaine spatial. L’idée d’un Space Command virtuel, même si elle reste à concrétiser, montre que les tabous sur la mutualisation des capacités de défense commencent à tomber.
L’invitation faite à l’Ukraine de rejoindre ces programmes est particulièrement significative. Elle démontre que l’Europe est prête à étendre le parapluie de sa future souveraineté spatiale à un pays partenaire en guerre. C’est un signal politique fort, tant envers Kyiv qu’envers Moscou.
Le temps des étoiles ou le temps des regrets
L’Europe se trouve à un carrefour historique. Elle peut saisir l’opportunité de construire une véritable souveraineté spatiale, ou elle peut continuer à dépendre du bon vouloir de puissances étrangères et d’entrepreneurs milliardaires aux agendas personnels. Le choix qui sera fait dans les mois et années à venir déterminera non seulement la capacité de l’Europe à se défendre, mais aussi sa place dans l’ordre mondial du XXIe siècle.
Les initiatives annoncées par le commissaire Kubilius vont dans la bonne direction. GOVSATCOM est un premier pas concret. IRIS² représente une ambition à la hauteur des enjeux. L’idée d’un Space Command virtuel témoigne d’une réflexion stratégique nouvelle sur la coordination des capacités de défense européennes.
Mais les intentions ne suffisent pas. L’Europe a trop souvent excellé dans les déclarations ambitieuses pour ensuite décevoir dans l’exécution. Le programme Galileo, le système de navigation par satellite européen, a mis des décennies à devenir opérationnel. Les projets de défense européenne se heurtent régulièrement aux égoïsmes nationaux et aux querelles industrielles. Le temps n’est plus aux tergiversations.
Car l’horloge tourne. 2030 approche. La Russie se prépare. La Chine avance. Les États-Unis regardent ailleurs. L’Ukraine se bat avec les moyens du bord, dépendante d’un système satellitaire qu’on pourrait lui couper du jour au lendemain.
L’Europe doit choisir : viser les étoiles ou accepter de rester à terre, spectatrice impuissante des conflits qui se dérouleront au-dessus de sa tête. Le Space Command et IRIS² ne sont pas des gadgets technologiques ou des projets de prestige. Ce sont les fondations d’une défense européenne crédible pour les décennies à venir. Le temps est venu de les construire.
Signé Maxime Marquette
Sources
Euromaidan Press – Europe is considering its virtual Space Command and IRIS² system that could also aid Ukraine
Euronews – EU now has its own ‘secure and encrypted’ satellite communication system, Kubilius says
EUSPA – IRIS² Official Page
Wikipedia – IRIS²
SpaceNews – European Commission weighs inviting Ukraine to Europe’s GOVSATCOM platform
Space Intel Report – EU Defence and Space Commissioner: GovSatCom to deploy this year, Ukraine invited to join it and Iris2
en »>European Commission – IRIS² Secure Connectivity
Militarnyi – Europe to Help Ukraine Switch from Starlink to Alternative Satellite Solutions
Euromaidan Press – We can’t replace Starlink in Ukraine, Eutelsat CEO says
Kyiv Independent – Germany finances Ukraine’s use of Starlink alternative Eutelsat
Chatham House – Global security continued to unravel in 2025
Gizmodo – NATO Suspects Russia Is Developing Orbiting Clouds of Shrapnel to Take Down Starlinks
175419.htm »>NATO – NATO’s approach to space
SpaceNews – Europe signs contracts for IRIS² constellation
Business Wire – IRIS2 lifts off as European Commission and SpaceRISE sign contract in Brussels
Militarnyi – European Commissioner for Defense Calls for Unified EU Army Creation
UNN – EU Defense Commissioner: Russia is preparing for a possible attack on European countries by 2030
CEPA – 2026 – Europe’s Year of Living Dangerously
Euronews – Does Ukraine’s first-in-Europe internet deal with Starlink mean more dependence on Elon Musk?
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