De 2019 a 2026, une montee en puissance methodique
Il serait tentant de traiter cet exercice comme un evenement isole. Ce serait une erreur d’analyse fondamentale. Les manoeuvres navales conjointes Iran-Chine-Russie existent depuis 2019, et leur evolution raconte une histoire de consolidation militaire acceleree. En 2022, les trois marines ont organise un exercice dans le golfe d’Oman. En mars 2024, l’exercice « Marine Security Belt 2024 » a mobilise plus de vingt navires, des batiments de soutien et des helicopteres navals des trois pays. En mars 2025, l’edition « Security Belt-2025 », organisee pres du port iranien de Chabahar, a franchi un nouveau palier : quinze navires de combat, des batiments de soutien, des vedettes et des helicopteres ont participe aux manoeuvres, selon le ministere russe de la Defense et l’agence TASS. La Chine a deploye le destroyer lance-missiles Type 052D Baotou et le navire ravitailleur Gaoyouhu. Des navires observateurs de l’Azerbaidjan, de l’Afrique du Sud, d’Oman, du Kazakhstan, du Pakistan, du Qatar, de l’Irak, des Emirats arabes unis et du Sri Lanka etaient egalement presents. Cette trajectoire ascendante revele une planification strategique deliberee, pas une improvisation diplomatique.
Un exercice qui depasse largement la dimension symbolique
Quand des marines de trois pays differents operent ensemble, elles doivent resoudre des problemes concrets : interoperabilite des systemes de communication, coordination des manoeuvres de formation, protocoles de ravitaillement en mer, procedures d’identification ami-ennemi. Chaque exercice conjoint permet de lisser ces frictions operationnelles. En repetant ces manoeuvres annuellement depuis six ans, les marines russe, chinoise et iranienne ont construit une familiarite tactique qui, en cas de crise reelle, pourrait se transformer en capacite de combat coordonnee. Est-il exagere de parler d’une alliance navale en devenir ? Les faits suggerent que la question merite d’etre posee avec serieux. La presence de pays observateurs aussi divers que le Pakistan, le Qatar et l’Afrique du Sud indique par ailleurs que cette initiative seduit au-dela du seul trio fondateur. Le Sud global, comme on l’appelle desormais, observe avec interet cette alternative a l’architecture de securite maritime dominee par les Etats-Unis, et certains pays semblent tentes de s’y associer.
Le Mi-28NE, symbole concret d'une cooperation militaire qui ne fait plus semblant
Quand des helicopteres de combat traversent la Caspienne dans des avions-cargos
La livraison des helicopteres d’attaque Mi-28NE « Night Hunter » a l’Iran constitue un evenement militaire de premiere importance, trop souvent reduit a une simple ligne dans les depeches d’agence. Voici les faits, tels qu’ils ont ete documentes. Debut janvier 2026, des avions de transport strategique russes Il-76 et Il-96 ont effectue des sorties repetees le long d’un corridor aerien au-dessus de la mer Caspienne pour acheminer discretement du materiel militaire vers l’Iran. Le 28 janvier 2026, des photographies prises dans un hangar de la societe Pars Aerospace Services, basee a l’aeroport international de Mehrabad, pres de Teheran, ont revele la presence d’au moins un Mi-28NE peint en camouflage desert numerique. Cette livraison concretise un accord d’armement conclu en 2023 entre Moscou et Teheran, qui inclut egalement des chasseurs multiroles Su-35SE. La discretion de l’operation, l’utilisation d’un pont aerien strategique plutot que d’un transport maritime, tout indique que les deux parties sont parfaitement conscientes de la portee politique de cette transaction.
Une revolution pour les capacites aeriennes iraniennes
Pour mesurer l’impact de cette livraison, il faut connaitre l’etat de l’aviation militaire iranienne. Pendant des decennies, l’Iran a du se contenter de maintenir en vol des AH-1J Cobra, des helicopteres d’attaque americains livres dans les annees 1970, avant la revolution islamique. Moderniser ces appareils vieillis a ete un exercice de bricolage industriel heroique, mais les limites etaient evidentes. Le Mi-28NE represente un saut generationnel : equipe d’un canon de 30 mm, de missiles air-sol, de roquettes non guidees, et surtout de missiles anti-aeriens Igla-V et R-73, il peut engager des cibles au sol et dans les airs. Cette derniere capacite en fait un chasseur de drones particulierement efficace, une qualite cruciale dans un environnement de combat ou les drones constituent une menace omnipresente. Le radar embarque et les capacites d’operation nocturne du Mi-28NE offrent a l’Iran une dimension tactique qu’il n’avait jamais possedee auparavant. En clair, Teheran passe du maintien en condition de reliques au deploiement d’un appareil de combat contemporain et specialise.
Mini editorial : Lecteur, ne vous y trompez pas. La livraison du Mi-28NE n’est pas un simple contrat d’armement. C’est le marqueur tangible d’une relation russo-iranienne qui a franchi un seuil. Quand Moscou accepte de livrer l’un de ses helicopteres de combat les plus avances a Teheran, par pont aerien strategique, en pleine tensions regionales, elle fait un choix geopolitique qui engage son propre prestige militaire. Si ces appareils echouent sur le terrain, c’est la reputation de l’industrie de defense russe qui en patira. Ce niveau d’engagement n’est pas celui d’un partenaire de circonstance.
L'Iran, une puissance regionale sous pression maximale
Les cicatrices encore fraiches de la guerre de juin 2025
On ne peut comprendre la signification de cet exercice naval sans rappeler ce que l’Iran a traverse en juin 2025. La guerre Iran-Israel, surnommee la « Guerre de douze jours » (du 13 au 24 juin 2025), a ete un traumatisme strategique pour Teheran. Israel a frappe par surprise des installations militaires et nucleaires iraniennes, assassine des dirigeants militaires, des scientifiques nucleaires et des responsables politiques. L’Iran a riposte avec plus de 550 missiles balistiques et plus de mille drones kamikazes, touchant des centres de population civile, un hopital, et au moins douze sites militaires, energetiques et gouvernementaux israeliens. Les Etats-Unis sont intervenus en interceptant des attaques iraniennes et en bombardant trois sites nucleaires iraniens le 22 juin. L’Iran a riposte en tirant des missiles sur une base americaine au Qatar. Un cessez-le-feu a ete obtenu le 24 juin sous pression americaine. Ces evenements ont laisse l’Iran dans une posture de vulnerabilite strategique sans precedent. Les forces de defense aeriennes iraniennes ont ete devastees : selon des analystes, l’armee de l’air israelienne avait etabli la superiorite aerienne au-dessus de l’ouest de l’Iran et de Teheran en detruisant plus de quarante systemes de defense aerienne dans les premieres vingt-quatre heures du conflit.
Un pays au carrefour de menaces multiples
L’Iran de janvier 2026 fait face a un encerclement strategique qui serait suffocant pour n’importe quelle puissance. Le 5 janvier 2026, le cabinet de securite israelien a tenu une reunion de cinq heures et a autorise des frappes supplementaires contre l’Iran, a la suite de discussions entre Netanyahu et Trump. Ce dernier a declare que les Etats-Unis soutiendraient Israel et envisageraient de « frapper massivement » les cibles militaires iraniennes si Teheran reconstruit ses capacites balistiques ou son programme nucleaire. En reponse, le president iranien Masoud Pezeshkian a menace d’une « reponse severe » a toute attaque. Le president du Parlement iranien a qualifie les troupes americaines et Israel de « cibles legitimes ». Le ministre des Affaires etrangeres Abbas Araghchi a affirme que l’Iran avait « reconstruit tout ce qui avait ete endommage » en juin 2025. Parallelement, des manifestations anti-regime ont eclate dans les trente et une provinces iraniennes depuis le 28 decembre 2025, alimentees par une crise economique severe. Dans ce contexte, l’exercice naval avec la Russie et la Chine n’est pas un luxe diplomatique, c’est une necessite strategique vitale pour un regime qui cherche a signaler qu’il n’est pas seul.
Mini editorial : Imaginons un instant la scene depuis Teheran. Vous etes une puissance regionale dont les defenses aeriennes ont ete detruites il y a sept mois. Votre ennemi principal parle ouvertement de nouvelles frappes. La premiere puissance mondiale promet de vous « demolir ». Votre population descend dans la rue pour protester contre les conditions economiques. Que faites-vous ? Vous organisez un exercice naval avec les deux seules puissances capables de faire hesiter vos adversaires. La logique est d’une redoutable simplicite.
La Chine, puissance navale en pleine ascension
La plus grande marine du monde par le nombre de coques
La participation chinoise a cet exercice naval n’est pas un geste de solidarite desinteresse. Elle s’inscrit dans une strategie de projection de puissance navale soigneusement orchestree par Pekin. Les chiffres sont vertigineux. La marine de l’Armee populaire de liberation (PLAN) est desormais la plus grande marine du monde par le nombre de coques, avec plus de 370 navires et sous-marins, dont trois porte-avions. La Garde cotiere chinoise est egalement la plus importante au monde, tout comme la milice maritime des forces armees populaires. Selon le dernier rapport du Pentagone, la Chine prevoit de deployer une force de neuf porte-avions d’ici 2035, ce qui constituerait le plus grand programme de construction de porte-avions dans l’Indo-Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2025, la mise en service du Fujian, un super-porte-avions de 80 000 tonnes equipe d’une catapulte electromagnetique, a marque un tournant. Contrairement aux porte-avions precedents equipes de tremplins, le Fujian permet a ses chasseurs d’operer avec des charges utiles plus lourdes sur des distances plus longues. La construction du quatrieme porte-avions, le Type 004, a debute, et des analystes estiment qu’il pourrait etre a propulsion nucleaire. En parallele, la Chine a mis en service plus de 300 chasseurs furtifs J-20 « Mighty Dragon ». Cette accumulation de moyens navals n’est pas defensive. Elle est conque pour projeter la puissance chinoise bien au-dela de ses eaux territoriales.
L’ocean Indien, un espace de projection prioritaire pour Pekin
La presence de navires chinois dans la mer d’Oman et l’ocean Indien repond a une logique strategique precise. L’ocean Indien est la route commerciale vitale par laquelle transite l’essentiel des importations energetiques chinoises. Le fameux « collier de perles » chinois, cette chaine de points d’appui navals et commerciaux de la mer de Chine meridionale au golfe Persique en passant par le Sri Lanka et Djibouti, est concu pour securiser cette artere economique. En participant a des exercices navals dans ces eaux, la marine chinoise ne se contente pas de soutenir son allie iranien. Elle teste ses capacites d’operation loin de ses bases, elle familiarise ses equipages avec un theatre d’operations strategique, et elle signale aux puissances occidentales que l’epoque ou l’ocean Indien etait un « lac americain » est revolue. L’analyse de l’IISS de mai 2025 confirme cette tendance : les deployments chinois dans l’ocean Indien sont devenus plus frequents et plus longs. Les analystes cites par Newsweek s’attendent a ce que cette tendance s’intensifie en 2026, avec des deployments etendus en duree et en frequence. La question n’est plus de savoir si la Chine sera une puissance navale globale, mais a quelle vitesse elle le deviendra.
Mini editorial : Neuf porte-avions d’ici 2035. Trois cent chasseurs furtifs deja en service. Plus de 370 navires. Arretons-nous un instant sur ces chiffres. Ils racontent l’histoire d’une nation qui ne se contente plus de defendre ses cotes. La Chine construit la marine d’un empire global. Et chaque exercice conjoint avec l’Iran et la Russie est un pas supplementaire dans l’apprentissage de la projection de puissance a l’autre bout du monde. Pour ceux qui croient encore que Pekin se contentera de ses mers proches, ces manoeuvres dans l’ocean Indien devraient dissiper toute illusion.
La Russie, partenaire militaire et fournisseur d'armes, malgre ses propres tourments
Une presence navale maintenue envers et contre tout
La participation russe a cet exercice conjoint pourrait surprendre les observateurs qui se concentrent exclusivement sur le conflit en Ukraine. Comment la Russie, engagee dans une guerre terrestre massive en Europe de l’Est, peut-elle encore deployer des navires pour des exercices navals dans l’ocean Indien ? La reponse tient en deux mots : priorite strategique. Pour Moscou, maintenir une presence navale visible aux cotes de la Chine et de l’Iran est un investissement strategique dont le rendement depasse de loin le cout operationnel de quelques batiments de guerre. Chaque exercice conjoint renforce la credibilite de la Russie en tant que puissance globale capable d’operer sur plusieurs theatres simultanement. En mars 2025, le ministere russe de la Defense a confirme l’engagement de quinze navires de combat dans l’exercice « Security Belt-2025 ». La marine russe, bien qu’affaiblie par les pertes en mer Noire face aux drones navals ukrainiens, conserve une flotte substantielle en Pacifique et dans l’ocean Indien. En participant a ces manoeuvres, Moscou envoie un double message : a ses adversaires occidentaux, elle montre qu’elle n’est pas isolee ; a ses partenaires chinois et iranien, elle prouve qu’elle reste un acteur militaire fiable et engage.
Le pont aerien de la Caspienne, symbole d’une alliance operationnelle
La livraison des Mi-28NE par pont aerien au-dessus de la mer Caspienne illustre la profondeur de la cooperation russo-iranienne. Ce n’est pas un geste anodin. Les avions de transport Il-76 et Il-96 qui ont effectue ces sorties sont des appareils strategiques, normalement reserves aux operations logistiques de haute priorite. Le choix d’un pont aerien plutot que d’un acheminement maritime, plus lent mais moins visible, indique une volonte de rapidite qui trahit un sentiment d’urgence. Moscou semble avoir juge que les besoins militaires iraniens ne pouvaient plus attendre, probablement en raison de la menace renouvelee de frappes israeliennes et americaines. L’accord, qui inclut egalement des chasseurs Su-35SE, s’il est pleinement execute, transformerait fondamentalement l’equilibre des forces aeriennes au Moyen-Orient. La Russie prend un risque calculé en armant l’Iran a ce niveau : elle engage sa reputation technologique et accepte les consequences diplomatiques avec les puissances occidentales. Ce choix revele que Moscou considere desormais l’alliance avec Teheran comme un pilier structurel de sa strategie globale, et non comme un simple expedient tactique.
Un regard depuis Ankara : la Turquie, alliee de l'OTAN et voisine de l'Iran
Pourquoi la source turque est significative
Un detail merite notre attention : l’information initiale sur cet exercice naval provient du quotidien turc Evrensel. La Turquie occupe une position unique dans cette equation geopolitique. Membre de l’OTAN et voisine directe de l’Iran, elle est a la fois un allie formel de l’Occident et un partenaire pragmatique de la Russie. Ankara a acquis le systeme de defense antimissile russe S-400, provoquant l’ire de Washington. Elle entretient des relations commerciales significatives avec l’Iran, malgre les sanctions americaines. Et elle observe avec un melange de fascination et d’inquietude la consolidation de l’axe Moscou-Pekin-Teheran a ses portes. Que la presse turque couvre cet exercice naval avec attention n’est donc pas anodin. Cela reflete la preoccupation d’un pays qui se trouve geographiquement au carrefour de toutes les plaques tectoniques geopolitiques actuelles, et qui doit naviguer entre ses obligations atlantistes et ses interets regionaux avec une habilete diplomatique constante.
La Turquie face a un dilemme strategique permanent
Pour Ankara, l’exercice naval Iran-Chine-Russie souleve des questions fondamentales. Si cet axe tripartite se consolide au point de devenir une veritable alliance militaire, la Turquie se retrouverait encerclee par une coalition potentiellement hostile au sud et a l’est, tout en restant liee a l’OTAN au nord et a l’ouest. Le president Erdogan a toujours cultive une politique de « pivot strategique », cherchant a maintenir des relations fonctionnelles avec toutes les parties. Mais a mesure que la polarisation geopolitique mondiale s’intensifie, cet equilibrisme devient de plus en plus perilleux. La couverture mediatique turque de ces exercices navals peut ainsi etre lue comme un barometre de l’anxiete strategique d’un pays qui refuse de choisir un camp mais que les circonstances pourraient bientot forcer a clarifier ses priorites. Comment Ankara reagira-t-elle si cette alliance navale tripartite devient permanente ? La question reste ouverte, et sa reponse pourrait redefinir l’ensemble de l’architecture de securite regionale.
Ce que cet exercice change dans l'equilibre mondial des puissances
La fin du monopole naval occidental
Pendant des decennies, la maitrise des mers a ete un privilege quasiment exclusif de l’Occident. La US Navy, avec ses onze porte-avions a propulsion nucleaire, ses dizaines de destroyers Aegis et son reseau mondial de bases, a assure une hegemonie navale pratiquement incontestee depuis la fin de la Guerre froide. Les marines britannique et francaise, bien que plus modestes, ont complete ce dispositif dans le cadre de l’OTAN. Cet exercice conjoint dans la mer d’Oman symbolise l’emergence d’un defi credible a cette domination. Certes, la marine iranienne n’a pas la puissance de feu de la US Navy. La marine russe a ete affaiblie par le conflit en Ukraine. Mais la marine chinoise, avec ses 370 navires et ses ambitions de neuf porte-avions, est une force que personne ne peut plus ignorer. La combinaison de ces trois flottes, meme lors d’un exercice, cree une masse critique qui oblige les planificateurs occidentaux a repenser leurs hypotheses de travail. Le centre de gravite naval mondial est en train de se deplacer, et les exercices de la « Ceinture de securite maritime » en sont l’illustration la plus visible et la plus reguliere.
Un modele de cooperation anti-hegemonique qui attire
L’aspect peut-etre le plus significatif de ces exercices navals est leur pouvoir d’attraction sur des pays tiers. Lors de l’edition 2025, des navires observateurs de neuf pays etaient presents : Azerbaidjan, Afrique du Sud, Oman, Kazakhstan, Pakistan, Qatar, Irak, Emirats arabes unis et Sri Lanka. Cette liste est revelatrice. Elle inclut des allies traditionnels des Etats-Unis comme le Qatar et les Emirats, des puissances emergentes comme l’Afrique du Sud et le Pakistan, et des Etats pivots comme Oman. La presence de ces observateurs signale que le modele de cooperation anti-hegemonique propose par le trio Russie-Chine-Iran suscite un interet reel dans le Sud global. Ces pays ne rejoignent pas formellement l’alliance, mais ils en observent le fonctionnement avec une curiosite qui pourrait un jour se transformer en participation active. Pour les strateges occidentaux, c’est peut-etre le signal le plus inquietant de tous : non pas que trois puissances autoritaires cooperent, mais que cette cooperation attire des nations qui, jusqu’ici, gravitaient dans l’orbite occidentale.
Mini editorial : Neuf pays observateurs. Relisez cette liste. Le Qatar, ou se trouve la plus grande base aerienne americaine du Moyen-Orient. Les Emirats arabes unis, partenaire strategique de Washington. Le Pakistan, allie historique des Etats-Unis. Quand des nations liees a l’Amerique envoient des navires observer un exercice de l’axe Russie-Chine-Iran, quelque chose de profond est en train de se produire dans les fondations de l’ordre international. Ce n’est pas une rupture brutale, c’est une erosion lente mais methodique de la loyaute strategique que l’Occident a longtemps tenue pour acquise.
Les questions que cet exercice pose a l'Occident
Une reponse strategique est-elle encore possible
Face a la consolidation de l’axe Russie-Chine-Iran, quelles options reste-t-il aux puissances occidentales ? La question est d’autant plus pressante que les reponses traditionnelles semblent avoir atteint leurs limites. Les sanctions economiques contre la Russie et l’Iran, bien que massives, n’ont pas empeche le renforcement de leur cooperation militaire. La presence navale americaine dans la region, bien que considerable, ne peut pas etre partout a la fois, surtout a un moment ou les Etats-Unis doivent egalement surveiller la mer de Chine meridionale, le Pacifique occidental et l’Atlantique Nord. La diplomatie, souvent presentee comme l’alternative a la confrontation, se heurte au fait que les trois puissances de l’axe ont des griefs profonds et durables envers l’ordre international liberal dirige par Washington. La possibilite d’une course aux armements navale accrue, avec ses couts astronomiques et ses risques d’escalade, est une perspective que les contribuables occidentaux devraient considerer avec sobriete. Quelle est la volonte reelle des democraties occidentales de financer le maintien de leur suprematie navale face a des adversaires determines et de plus en plus coordonnes ? La reponse a cette question definira le paysage geopolitique des prochaines decennies.
Repenser l’architecture de securite maritime du XXIe siecle
Cet exercice naval tripartite devrait egalement inciter a une reflexion plus profonde sur la nature meme de la securite maritime au XXIe siecle. Le modele actuel, herite de la Guerre froide et fonde sur la suprematie navale americaine garantissant la liberte de navigation, est-il encore viable dans un monde ou plusieurs puissances aspirent au statut de grande puissance navale ? La multiplication des acteurs dans des espaces maritimes strategiques comme la mer d’Oman et l’ocean Indien augmente les risques d’incidents navals, de malentendus et d’escalades non desirees. La creation de mecanismes de deconfliction, de codes de conduite navals partages et de canaux de communication d’urgence entre les marines occidentales et celles de l’axe Russie-Chine-Iran devrait etre une priorite diplomatique absolue. Car le danger le plus immediat n’est pas qu’un exercice naval se transforme en confrontation deliberee. Le danger est qu’un incident accidentel, dans des eaux de plus en plus encombrees par des flottes rivales, declenche une escalade que personne ne souhaitait mais que personne ne parvient a arreter. La mer d’Oman est assez vaste pour accueillir plusieurs marines. La question est de savoir si les volontes politiques le sont egalement.
Conclusion : le monde observe, les flots ne mentent pas
L’exercice naval conjoint Iran-Chine-Russie de janvier 2026 dans la mer d’Oman et l’ocean Indien n’est ni une surprise ni un evenement isole. C’est la sixieme edition d’une serie de manoeuvres lancee en 2019, chaque iteration plus ambitieuse que la precedente. Il intervient dans un contexte ou l’Iran se remet d’une guerre devastatrice avec Israel, ou la Russie arme Teheran avec ses helicopteres de combat les plus avances, et ou la Chine construit la plus grande marine de l’histoire moderne. Pour les capitales occidentales, le message est limpide : l’ordre maritime international tel qu’il a fonctionne depuis 1945 est desormais ouvertement conteste par une coalition de puissances qui ne partagent ni les valeurs ni les interets de l’Occident, mais qui partagent une volonte commune de redistribuer les cartes. Les flots de la mer d’Oman charrient desormais plus que de l’eau salee et du petrole. Ils charrient les courants d’un nouvel ordre mondial en formation. Et ceux qui refusent de le voir navigueront a l’aveugle dans les tempetes a venir.
Signé Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise reside dans l’observation et l’analyse des dynamiques geopolitiques, economiques et strategiques qui faconnent notre monde. Mon travail consiste a decortiquer les strategies politiques, a comprendre les mouvements economiques globaux, a contextualiser les decisions des acteurs internationaux et a proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redefinissent nos societes.
Je ne pretends pas a l’objectivite froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je pretends a la lucidite analytique, a l’interpretation rigoureuse, a la comprehension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon role est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et strategique, et d’offrir une lecture critique des evenements.
Methodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits verifies et analyses interpretatives. Les informations factuelles presentees proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires verifiables.
Sources primaires : communiques officiels des gouvernements et institutions internationales, declarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, depeches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications specialisees, medias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche etablies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les donnees statistiques, economiques et geopolitiques citees proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’energie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monetaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interpretations et perspectives presentees dans les sections analytiques de cet article constituent une synthese critique et contextuelle basee sur les informations disponibles, les tendances observees et les commentaires d’experts cites dans les sources consultees.
Mon role est d’interpreter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques geopolitiques et economiques contemporaines, et de leur donner un sens coherent dans le grand recit des transformations qui faconnent notre epoque. Ces analyses refletent une expertise developpee a travers l’observation continue des affaires internationales et la comprehension des mecanismes strategiques qui animent les acteurs globaux.
Toute evolution ulterieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives presentees ici. Cet article sera mis a jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiees, garantissant ainsi la pertinence et l’actualite de l’analyse proposee.
Sources
Sources primaires
Evrensel.net – Iran, Umman Denizi ve Hint Okyanusu’nda Cin ve Rusya ile askeri tatbikat yapacak – 29 janvier 2026
LiveUAMap – Iranian Navy joint exercises with China and Russia – 29 janvier 2026
Al Jazeera – Iran, Russia, China conduct joint naval drills in Gulf of Oman – mars 2025
Al Jazeera – China, Iran and Russia stage joint naval drills in Gulf of Oman – mars 2024
USNI News – China Wants Nine Aircraft Carriers by 2035 (rapport du Pentagone) – decembre 2025
IISS – China in the Indian Ocean: A Stronger Indo-Pacific Presence – mai 2025
Sources secondaires
Army Recognition – Iran receives first Mi-28NE attack helicopter from Russia – janvier 2026
United24 Media – Iran Receives First Russian Mi-28NE Attack Helicopter – janvier 2026
Defence Express – Iran Got Mi-28 Attack Helicopters on Top of Su-35 from Russia – janvier 2026
Defence Security Asia – Russian Cargo Flights Signal Delivery of Mi-28 Havoc to Iran – janvier 2026
Military Watch Magazine – First Russian Mi-28 Attack Helicopters Land in Iran – janvier 2026
Newsweek – China’s Plans to Dominate at Sea in 2026 – janvier 2026
Geopolitical Monitor – Israel Strike Prospects on Iran in 2026 – janvier 2026
Foreign Policy – The Israel-Iran Detente Won’t Last – janvier 2026
Christian Science Monitor – Israel and Iran talk of war – janvier 2026
Maritime Executive – Iran, Russia and China Plan Joint Naval Drill – janvier 2026
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