Soixante-quinze ans de confort sous le parapluie américain
Posons la question qui dérange. Comment un continent de 450 millions d’habitants, doté d’un PIB combiné parmi les plus élevés au monde, a-t-il pu se retrouver si démuni face au retrait de son protecteur historique ? La réponse tient en un mot : habitude. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a vécu sous le bouclier sécuritaire américain comme un locataire sous un toit qu’il n’a jamais payé à sa juste valeur. Les dividendes de la paix après la chute du Mur de Berlin en 1989 ont permis aux États européens de réduire méthodiquement leurs budgets de défense, de fermer des bases militaires, de démanteler des régiments, de transformer des casernes en logements étudiants. En 2023, les dépenses de défense de l’UE ne représentaient que 1,3 % du PIB collectif. Ce chiffre, à lui seul, raconte l’histoire d’un continent qui avait décidé, consciemment ou non, que la guerre était un concept du passé. L’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a administré un premier électrochoc. Mais c’est le retrait américain de 2025 qui a véritablement provoqué le réveil. Comme le dit un adage stratégique souvent attribué à Bismarck : « Les Européens n’apprennent que par la catastrophe. » La catastrophe est arrivée.
Le choc des chiffres entre Washington et Bruxelles
Les données sont implacables. Selon le Kiel Institute, l’Ukraine a reçu au moins 309 milliards d’euros d’aide de 41 pays depuis le début de la guerre. Les États-Unis ont été, pendant trois ans, le premier contributeur. L’UE, en tant qu’institution, arrive en deuxième position avec 63,19 milliards d’euros. Mais le rapport de force a basculé de manière spectaculaire en 2025. Tandis que Washington gelait ses livraisons, l’Europe a collectivement contribué 138 milliards d’euros, combinant l’aide communautaire et les contributions bilatérales. Pourtant, ce chiffre cache une réalité douloureuse : l’Europe n’a alloué qu’environ 4,2 milliards d’euros de nouvelle aide militaire en 2025, un montant que le Kiel Institute juge « largement insuffisant pour compenser l’arrêt du soutien américain ». Le fossé entre la volonté politique affichée et les capacités réelles de livraison reste le talon d’Achille de la réponse européenne. L’Europe veut porter l’Ukraine à bout de bras, mais ses bras ne sont pas encore assez musclés.
Il ne suffit pas de vouloir aider. Il faut pouvoir le faire. Et la différence entre les deux se mesure en usines de munitions, en chaînes de production de blindés, en stocks d’obus de 155 mm. L’Europe redécouvre, dans l’urgence, que la solidarité se forge aussi dans les ateliers industriels.
Les piliers européens du soutien - Berlin, Paris, Londres en première ligne
L’Allemagne, le géant qui se réarme enfin
Le tournant allemand restera dans les livres d’histoire comme l’un des événements géopolitiques les plus marquants de cette décennie. Le chancelier Friedrich Merz a accompli ce que ses prédécesseurs avaient toujours repoussé : briser le frein à l’endettement constitutionnel pour financer le réarmement. Les commandes domestiques liées à l’industrie de défense allemande ont augmenté de plus de 50 % fin 2025 par rapport à des niveaux déjà élevés. Le plan d’acquisition militaire allemand prévoit 154 achats majeurs de défense d’ici 2026, dont seulement 8 % iront à des fournisseurs américains, signe d’une volonté d’autonomie industrielle sans précédent. Berlin consacre désormais environ 28 milliards d’euros à l’aide militaire à l’Ukraine, ce qui en fait le premier contributeur européen en valeur absolue. L’Allemagne prévoit de dépenser 377 milliards de dollars en acquisitions militaires dans le cadre de son budget 2026. Qui aurait imaginé, il y a seulement cinq ans, que le pays du pacifisme constitutionnel deviendrait le moteur du réarmement européen ? Certainement pas Vladimir Poutine, dont l’invasion a produit l’exact inverse de ce qu’il espérait.
La France et le Royaume-Uni, alliés indispensables mais contraints
La France et le Royaume-Uni occupent des positions distinctes mais complémentaires dans cette architecture de soutien européen. Le président Emmanuel Macron a annoncé en mars 2025 une enveloppe supplémentaire de 2 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine, portant la contribution française totale à 7,56 milliards d’euros. Paris fournit notamment du renseignement stratégique, une ressource que Zelensky lui-même a publiquement saluée. Le Royaume-Uni, bien que non membre de l’UE, a signé avec l’Ukraine un accord de partenariat centenaire, promettant une aide militaire annuelle d’au moins 3 milliards de livres sterling jusqu’en 2030-2031. La contribution totale britannique atteint 18,61 milliards d’euros, faisant du Royaume-Uni le deuxième contributeur européen. Mais ces deux puissances font face à un obstacle commun : l’endettement. La France et l’Italie, note un rapport du Goldman Sachs, « peinent à lever les fonds nécessaires ne serait-ce que pour atteindre les objectifs de dépenses de l’OTAN ». Le courage politique ne suffit pas quand les finances publiques sont exsangues. C’est tout le paradoxe d’une Europe riche mais endettée, puissante mais financièrement entravée.
Les petits géants - comment les pays baltes et nordiques montrent la voie
L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, sentinelles de l’Est
Adressons-nous un instant à ceux qui pensent que la taille d’un pays détermine son engagement. Les pays baltes administrent chaque jour la preuve du contraire. L’Estonie, 1,3 million d’habitants, a porté son objectif de dépenses de défense de 3,35 % du PIB en 2025 à 5,37 % pour 2026, soit plus de 10 milliards d’euros entre 2026 et 2029. La Lituanie, avec un budget de défense dépassant 3,3 milliards d’euros en 2025 et une trajectoire vers 4 % du PIB, se classe parmi les premiers contributeurs de l’OTAN. La Lettonie consacre 3,73 % de son PIB à la défense. Ces trois États, qui totalisent à peine 6 millions d’habitants, dépensent proportionnellement davantage pour la sécurité européenne que des pays dix fois plus peuplés. Pourquoi ? Parce qu’ils vivent avec la Russie comme voisin immédiat. Parce que leurs grands-parents ont connu l’occupation soviétique. Parce que pour eux, la guerre en Ukraine n’est pas un conflit lointain diffusé aux informations de 20 heures, mais une menace existentielle palpable, tangible, quotidienne. Leur engagement n’est pas de la générosité. C’est de la survie.
Le bloc nordique-balte, laboratoire de la défense européenne
En novembre 2025, les huit pays nordiques et baltes (Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège, Suède) ont annoncé un paquet conjoint de 500 millions de dollars d’équipements militaires et de munitions pour l’Ukraine, dans le cadre de l’initiative PURL (Prioritised Ukraine Requirements List) de l’OTAN. Ce qui frappe dans cette coalition, c’est sa cohérence et sa constance. Le Danemark a engagé 8,5 milliards d’euros via son Fonds de soutien à l’Ukraine jusqu’en 2028. La Suède a promis 6,5 milliards d’euros d’aide militaire de 2024 à 2026. La Norvège a plus que doublé son aide pour atteindre 7,8 milliards de dollars en 2025, investissant ses revenus pétroliers dans l’industrie de défense ukrainienne. La Lettonie pilote le programme d’acquisition de drones le plus dynamique d’Europe pour l’Ukraine. La Lituanie ancre les efforts multinationaux de déminage. L’Estonie consacre une part fixe de son PIB au soutien militaire durable. Les six premiers donateurs par rapport au PIB sont tous membres de ce groupe nordique-balte. Ces nations se décrivent elles-mêmes comme « parmi les plus grands contributeurs par habitant d’aide militaire à l’Ukraine ». Ce ne sont pas de vains mots. Ce sont des faits vérifiables.
Il existe un contraste saisissant dans cette crise. D’un côté, l’Italie réduit son aide militaire de 15 % et l’Espagne n’enregistre aucune nouvelle allocation en 2025. De l’autre, l’Estonie, petit pays de 1,3 million d’âmes, s’engage à consacrer plus de 5 % de son PIB à la défense. La géographie dicte le courage. La distance engendre la complaisance.
Le plan ReArm Europe, un réveil industriel à 800 milliards d'euros
L’architecture d’un réarmement continental
En mars 2025, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a présenté un plan dont l’ambition n’a d’égale que l’urgence qui l’a engendré : ReArm Europe. Ce programme en cinq points vise à libérer environ 800 milliards d’euros de dépenses de défense sur les quatre prochaines années. Von der Leyen a déclaré que le monde entrait dans « une ère de réarmement » et que le bloc des 27 nations était prêt à « massivement » augmenter ses investissements de défense. Les deux piliers fondamentaux du plan sont, premièrement, l’assouplissement des règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance, permettant aux États membres d’activer une clause de sortie nationale représentant environ 650 milliards d’euros de marge fiscale collective. Deuxièmement, l’instrument SAFE (Security Action for Europe), un mécanisme d’emprunt de 150 milliards d’euros sur les marchés de capitaux, offrant des prêts à long terme aux États souhaitant investir dans la production industrielle de défense. Les domaines prioritaires incluent la défense aérienne et antimissile, les systèmes d’artillerie, les drones et systèmes anti-drones, la cyberdéfense et la mobilité militaire. En 2024, les investissements de défense de l’UE ont déjà crû de 42 % par rapport à 2023, atteignant le record de 106 milliards d’euros. Ce montant devrait atteindre 130 milliards d’euros en 2025.
De la théorie à l’épreuve des faits industriels
Les ambitions sont vertigineuses, mais comment l’industrie européenne peut-elle absorber un tel afflux de commandes ? Voilà la question que tout analyste de défense se pose. Les budgets de défense européens sont passés de 218 milliards d’euros en 2021 à 392 milliards d’euros projetés pour 2025, soit un quasi-doublement en quatre ans. Le ratio dépenses de défense / PIB de l’UE est passé de 1,3 % en 2023 à 1,5 % en 2024, avec une projection de 1,6 % pour 2025 et 2026. Selon Goldman Sachs, l’UE devrait progressivement augmenter ses dépenses annuelles de défense d’environ 80 milliards d’euros d’ici 2027, avec un multiplicateur fiscal estimé à 0,5 sur deux ans : chaque 100 euros dépensés en défense générerait environ 50 euros de PIB supplémentaire. Le sommet de l’OTAN à La Haye en 2025 a fixé un nouvel objectif : 5 % du PIB consacré aux besoins fondamentaux de défense et aux dépenses de sécurité d’ici 2035. Pour 2025, 23 des 32 membres de l’OTAN atteignent le seuil des 2 %. L’effort est réel. Mais entre les objectifs proclamés et les capacités livrées sur le terrain en Ukraine, le chemin reste long et semé d’obstacles industriels, logistiques et bureaucratiques.
L'idée d'une armée européenne, utopie ou nécessité vitale
La proposition Zelensky, catalyseur du débat continental
Lorsque Volodymyr Zelensky a pris la parole à Davos en janvier 2025, au lendemain même de l’investiture de Donald Trump, il a lancé un avertissement que l’Europe ne pouvait pas ignorer : le continent devait s’établir comme un « acteur mondial puissant et indispensable ». Puis, à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025, il a formalisé sa proposition : « Nous devons bâtir les forces armées de l’Europe, pour que l’avenir de l’Europe ne dépende que des Européens et que les décisions sur l’Europe soient prises en Europe. » Le président ukrainien a détaillé le déséquilibre militaire du continent avec une précision chirurgicale. La Russie peut aligner 1,3 à 1,5 million de soldats. L’Ukraine dispose de plus de 800 000 militaires. La France suit avec 200 000, puis l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni. Tous les autres en dessous. Et malgré un potentiel économique global bien inférieur à celui de l’Europe, la Russie produit plusieurs fois plus de munitions et d’équipements militaires que l’ensemble du continent européen. Ce constat est un acte d’accusation contre des décennies d’aveuglement stratégique.
Trois millions de soldats, rêve ou programme politique
À Davos 2026, Zelensky a franchi un pas supplémentaire en avançant un chiffre concret : « La Russie prévoit d’avoir une armée de 2 à 2,5 millions de personnes d’ici 2030. Une armée européenne, tout en préservant les forces souveraines de chaque pays, doit pouvoir répondre. Elle ne devrait pas compter moins de 3 millions. » Il a proposé que les forces armées ukrainiennes constituent l’ossature de cette future force unifiée européenne, en raison de leur expérience au combat, de leurs technologies militaires et de leur expertise logistique. Zelensky a précisé que cette armée ne viserait pas à concurrencer les États-Unis et n’exigerait pas la dissolution de l’OTAN. L’ancien ambassadeur américain en Ukraine William Taylor a qualifié cette proposition de « rêve, mais un rêve de longue date, et quelque chose qui doit commencer. Et cela a commencé. » Mais la réalité politique européenne est moins enthousiaste. Zelensky lui-même a admis que les dirigeants européens n’ont pris « aucune mesure concrète » vers la création de forces armées européennes unifiées. Le chemin entre la vision et la réalisation reste parsemé de souverainetés nationales jalousement gardées, de doctrines militaires divergentes et de cultures stratégiques incompatibles.
Trump et Poutine, la négociation qui exclut l'Europe
Des accords dans le dos du continent
En novembre 2025, la révélation d’un plan de paix en 28 points apparemment rédigé à huis clos entre les États-Unis et la Russie, sans la moindre consultation de l’Ukraine ou de l’Europe, a provoqué une onde de choc à Bruxelles. Kaja Kallas a été catégorique : les pays de l’UE n’ont « pas participé à l’élaboration du plan de paix de Donald Trump » et n’ont « pas été autorisés à en discuter ». Elle a averti : « Un accord conclu dans notre dos ne fonctionnera tout simplement pas. Pour que tout accord tienne, il faut que les Européens soient impliqués, il faut que les Ukrainiens soient impliqués. » Du côté russe, Kallas a noté que seuls des « militaires sans mandat pour convenir de quoi que ce soit » étaient présents aux négociations, preuve selon elle que Moscou n’était « absolument pas sérieux au sujet de la paix ». Cette analyse a été partagée par de nombreux analystes qui estiment que la Russie ne fait que gagner du temps tout en poursuivant son effort de guerre. Kallas a formulé le verdict le plus tranchant sur la stratégie Trump : la pression américaine sur l’Ukraine est « la voie la plus facile » pour mettre fin au conflit, mais « ce n’est pas dans l’intérêt de l’Europe ni de Kiev ».
L’OTAN en question, entre promesses et renoncements
L’un des développements les plus alarmants de cette séquence concerne la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Kallas, qui avait longtemps maintenu que « la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ne peut être retirée de l’ordre du jour », a opéré un virage notable après l’arrivée de l’équipe de négociation américaine en Europe : « La question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’est plus en discussion. » Ce glissement sémantique traduit une réalité brutale : face à la pression de Washington, même les voix les plus fermes finissent par moduler leur discours. Mais si l’Ukraine ne rejoint pas l’OTAN, quel cadre de sécurité peut garantir sa protection à long terme ? Voilà la question fondamentale que l’Europe devra résoudre, avec ou sans l’Amérique. Les services de renseignement européens estiment que la Russie sera en mesure de mener une guerre conventionnelle contre l’Europe d’ici environ cinq ans. Ce n’est plus de la prospective. C’est un compte à rebours.
Quand votre allié le plus puissant négocie avec votre adversaire sans vous inviter à la table, il ne reste que deux options : accepter le sort que d’autres décident pour vous, ou prendre votre destin en main. L’Europe a choisi. Reste à savoir si elle a les moyens de cette ambition.
Les failles de la réponse européenne, entre volonté et capacité
L’écart entre les promesses et les livraisons
Soyons lucides. L’élan européen est réel, mais il ne doit pas masquer les failles profondes qui persistent. En 2025, l’Europe a alloué environ 4,2 milliards d’euros de nouvelle aide militaire, un montant que les analystes du Kiel Institute jugent largement insuffisant pour compenser l’arrêt du soutien américain. Le contraste entre les grandes économies est saisissant. D’un côté, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont sensiblement augmenté leurs allocations militaires par rapport à la période 2022-2024. L’Allemagne a presque triplé ses allocations mensuelles moyennes. La France et le Royaume-Uni ont chacun plus que doublé les leurs. De l’autre côté, ni l’Italie ni l’Espagne n’ont augmenté leurs allocations militaires en 2025. L’Italie a même réduit ses niveaux d’allocation déjà faibles de 15 %, et l’Espagne n’a enregistré aucune nouvelle aide militaire. Cette Europe à deux vitesses dans le soutien à l’Ukraine reflète des fractures politiques anciennes et des calculs électoraux que la gravité du moment ne parvient pas à transcender. Kallas, lors de sa conférence à l’Agence européenne de défense en janvier 2026, a fixé l’objectif de « soutenir l’Ukraine avec 60 milliards d’euros d’aide militaire pour 2026 et 2027 ». Le chiffre est ambitieux. La question est de savoir qui paiera.
Les besoins ukrainiens face aux capacités européennes
L’Ukraine a annoncé que ses besoins de défense pour 2026 s’élèvent à 120 milliards de dollars. Kiev s’engage à couvrir la moitié, soit 60 milliards, sur ses ressources nationales, demandant à ses partenaires de financer le reste, idéalement en consacrant au moins 0,25 % de leur PIB au soutien militaire. Ce calcul, aussi raisonnable soit-il sur le papier, se heurte à une réalité arithmétique implacable. Pour atteindre 60 milliards de dollars, il faudrait que la quasi-totalité des alliés européens augmentent massivement et simultanément leur contribution. Or, comme le montre l’exemple italien et espagnol, la solidarité n’est pas uniformément répartie sur le continent. Chaque semaine, rappelle Kallas, « les bombes russes plongent les villes ukrainiennes dans l’obscurité ». Cette phrase n’est pas une figure de style. C’est la description d’un quotidien où des millions de civils vivent sans électricité, sans chauffage, sous les bombardements. L’Europe ne peut pas se permettre le luxe des demi-mesures. Si elle veut être à la hauteur de ses déclarations, elle doit transformer ses promesses en acier, en munitions, en systèmes de défense aérienne livrés sur le terrain.
L'Europe face à son destin, entre réveil et responsabilité historique
Un continent à la croisée des chemins stratégiques
Chers lecteurs, le moment que nous vivons n’est pas ordinaire. Il s’inscrit dans la lignée des grandes ruptures qui redéfinissent l’ordre mondial pour des décennies. Le retrait américain du soutien à l’Ukraine n’est pas un accident de parcours imputable aux caprices d’un seul président. Kallas elle-même a averti que ce changement dans les relations transatlantiques est « structurel », non conjoncturel. Même si un futur président américain adoptait une posture différente, le précédent est créé : l’Europe sait désormais qu’elle ne peut pas compter aveuglément sur Washington. Cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, porte en elle les germes d’une transformation positive. L’Europe qui émerge de cette crise est une Europe plus lucide, plus déterminée, potentiellement plus unie dans sa politique de défense. Le plan ReArm Europe, les nouveaux objectifs de l’OTAN à 5 % du PIB, la coalition nordique-balte, le réarmement allemand, tout cela constitue un mouvement tectonique dont les effets se feront sentir pendant des décennies. Mais ce mouvement ne réussira que si l’Europe parvient à surmonter ses divisions internes, à harmoniser ses industries de défense fragmentées, et à maintenir sa solidarité face à une Russie qui parie précisément sur l’usure et la division de ses adversaires.
Ce que l’histoire retiendra de ce basculement
Si 2024 a marqué l’année où les pays nordiques et baltes sont devenus « visibles et pertinents » dans la sécurité européenne, et 2025 l’année où ils ont émergé comme le « hub de sécurité avancé de l’Europe », alors 2026 sera l’année où ce modèle sera mis à l’épreuve sous pression. La stratégie européenne est claire dans ses deux piliers, formulés par Kallas elle-même : « premièrement, affaiblir la Russie ; deuxièmement, soutenir l’Ukraine ». Le prêt de réparations, adossé aux actifs immobilisés de la Banque centrale russe, représente selon elle « le moyen le plus clair de soutenir la défense de l’Ukraine » et de « montrer à la Russie que le temps ne joue pas en sa faveur ». L’enjeu dépasse largement l’Ukraine. Il s’agit de savoir si l’Europe est capable de garantir l’ordre international fondé sur des règles dans une ère où les grandes puissances privilégient de plus en plus le rapport de force brut. Kallas a rappelé que « soutenir l’Ukraine est une affaire bien plus avantageuse que le coût d’une victoire russe ». Cette phrase devrait être inscrite au fronton de chaque ministère de la Défense européen. Car si l’Ukraine tombe, c’est l’ensemble de l’architecture de sécurité européenne qui s’effondre avec elle. L’Europe l’a compris. Il lui reste à le prouver par des actes à la mesure de l’enjeu.
Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine en croyant diviser l’Occident. Il a réussi à diviser l’alliance transatlantique, certes. Mais il a aussi provoqué le plus grand réarmement européen depuis la Guerre froide. L’histoire a le sens du paradoxe.
Signé Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise reside dans l’observation et l’analyse des dynamiques geopolitiques, economiques et strategiques qui faconnent notre monde. Mon travail consiste a decortiquer les strategies politiques, a comprendre les mouvements economiques globaux, a contextualiser les decisions des acteurs internationaux et a proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redefinissent nos societes.
Je ne pretends pas a l’objectivite froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je pretends a la lucidite analytique, a l’interpretation rigoureuse, a la comprehension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon role est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et strategique, et d’offrir une lecture critique des evenements.
Methodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits verifies et analyses interpretatives. Les informations factuelles presentees proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires verifiables.
Sources primaires : communiques officiels des gouvernements et institutions internationales, declarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, depeches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications specialisees, medias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche etablies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les donnees statistiques, economiques et geopolitiques citees proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’energie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monetaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interpretations et perspectives presentees dans les sections analytiques de cet article constituent une synthese critique et contextuelle basee sur les informations disponibles, les tendances observees et les commentaires d’experts cites dans les sources consultees.
Mon role est d’interpreter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques geopolitiques et economiques contemporaines, et de leur donner un sens coherent dans le grand recit des transformations qui faconnent notre epoque. Ces analyses refletent une expertise developpee a travers l’observation continue des affaires internationales et la comprehension des mecanismes strategiques qui animent les acteurs globaux.
Toute evolution ulterieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives presentees ici. Cet article sera mis a jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiees, garantissant ainsi la pertinence et l’actualite de l’analyse proposee.
Sources
Sources primaires
SEAE – Remarques de Kaja Kallas au Conseil des Affaires etrangeres – janvier 2026
SEAE – Discours de Kallas a la Conference annuelle de l’Agence europeenne de defense 2026 – janvier 2026
OTAN – Les allies nordiques et baltes financent un paquet PURL de 500 millions de dollars – novembre 2025
Forum economique mondial – Discours de Zelensky a Davos 2026 – janvier 2026
Conseil de l’UE – Defense europeenne en chiffres – 2025
Sources secondaires
Obozrevatel – Kallas : les USA ne soutiennent plus l’Ukraine depuis un an – janvier 2026
Kiel Institute – Ukraine Support Tracker : l’Europe ne compense pas la baisse de l’aide americaine – 2025
Fortune – Plan ReArm Europe a 860 milliards de dollars – mars 2025
CNBC – Zelensky appelle a une armee europeenne – fevrier 2025
PBS – L’Allemagne promet plus d’aide militaire, l’Ukraine evalue ses besoins 2026 a 120 milliards – janvier 2026
Atlantic Council – Les pays nordiques-baltes, moteur fiable de la securite europeenne – 2025
Goldman Sachs – Impact des depenses de defense sur l’economie europeenne – 2025
EU Today – Kallas avertit que le changement UE-USA est structurel – 2025
The Moscow Times – Kallas critique les USA sur l’Ukraine – fevrier 2025
ICDS Estonie – Depenses de defense : qui fait quoi – septembre 2025
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