Commençons par l’érosion spectaculaire de l’influence régionale iranienne. Pendant des décennies, Téhéran a construit patiemment un réseau de milices et de proxies à travers le Moyen-Orient — ce que le régime appelle pompeusement l’« Axe de la Résistance ». Le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les milices chiites en Irak, les Houthis au Yémen, et bien sûr le régime d’Assad en Syrie formaient un arc de cercle menaçant entourant Israël et permettant à l’Iran de projeter sa puissance sans exposer directement ses propres forces.
Cet édifice patiemment construit s’est effondré comme un château de cartes en l’espace de quelques mois. En décembre 2024, le régime d’Assad est tombé en seulement onze jours face à l’offensive du groupe sunnite Hayat Tahrir al-Sham (HTS), soutenu par la Turquie. Des milliards de dollars d’investissements iraniens se sont évaporés du jour au lendemain. L’Iran a perdu son corridor terrestre vers le Liban et sa principale porte d’entrée vers le monde arabe.
Le Hezbollah a subi des pertes catastrophiques : l’ensemble de son haut commandement a été éliminé, des milliers de ses combattants ont été tués, et une portion significative de son arsenal a été détruite par les frappes israéliennes. La chute d’Assad menace désormais la position même du Hezbollah au Liban, car sans la Syrie comme conduit logistique, il est difficile de voir comment l’Iran pourrait reconstruire cette milice.
Quant au Hamas, il a été « vidé de sa substance en tant qu’organisation militaire capable de menacer Israël », selon les termes d’analystes du Stimson Center. Israël a éliminé la direction militaire du Hamas, y compris Yahya Sinwar et Mohammed Deif, et a assassiné son chef politique Ismail Haniyeh à Téhéran même. L’invasion terrestre massive de Gaza a transformé une grande partie de l’enclave en ruines et infligé des pertes dévastatrices aux capacités militaires du Hamas.
La Guerre des Douze Jours : un tournant historique
Mais c’est sans doute la war »>Guerre des Douze Jours de juin 2025 qui a porté le coup le plus sévère au régime iranien. Du 13 au 24 juin 2025, Israël et l’Iran se sont affrontés dans ce qui constitue la première guerre ouverte entre les deux pays.
Tout a commencé par une attaque surprise israélienne contre les installations militaires et nucléaires iraniennes. Israël a assassiné des dirigeants militaires de premier plan, des scientifiques nucléaires et des responsables politiques, tout en endommageant ou détruisant les défenses aériennes iraniennes. L’Iran a riposté avec plus de 550 missiles balistiques et plus de 1 000 drones kamikazes, frappant des centres de population civile, un hôpital et au moins douze sites militaires, énergétiques et gouvernementaux.
Les États-Unis sont intervenus le 22 juin en bombardant trois sites nucléaires iraniens. L’Iran a riposté en tirant des missiles sur une base américaine au Qatar. Finalement, sous la pression américaine, Israël et l’Iran ont accepté un cessez-le-feu le 24 juin.
Au total, Israël a mené près de 360 attaques dans 27 provinces iraniennes, ciblant plus de 150 sites distincts en douze jours. Selon les estimations, les frappes ont fait au moins 657 morts et 2 037 blessés côté iranien, bien que le ministère iranien de la Santé évoque plus de 2 500 blessés.
Plus significatif encore, le directeur de la CIA John Ratcliffe a révélé aux législateurs américains que les frappes militaires américaines avaient détruit la seule installation de conversion de métal d’Iran, un revers pour le programme nucléaire qui prendrait des années à surmonter. La communauté du renseignement estime que la grande majorité de l’uranium enrichi accumulé par l’Iran reste probablement ensevelie sous les décombres d’Ispahan et de Fordo.
Le soulèvement populaire de décembre 2025 - janvier 2026
C’est dans ce contexte de faiblesse régionale et militaire qu’a éclaté, le 28 décembre 2025, le plus grand soulèvement populaire depuis la Révolution islamique de 1979. Les Iranianprotests »>manifestations ont commencé dans le Grand Bazar de Téhéran, où les commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’effondrement du rial iranien, qui a perdu environ la moitié de sa valeur en 2025.
Initialement déclenchées par la frustration face à l’inflation record, aux prix alimentaires exorbitants et à la dépréciation de la monnaie, les protestations se sont rapidement transformées en un mouvement plus large exigeant la fin du régime actuel. Des bazaaris aux étudiants universitaires, les manifestations se sont propagées aux grandes villes puis aux petites localités, touchant les trente et une provinces du pays.
Un élément remarquable de ce soulèvement : le rôle joué par le prince Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran. Selon Iran International, des manifestations de masse coordonnées se sont déroulées dans tout le pays en réponse à un appel direct du prince qui spécifiait non seulement l’action mais aussi le moment. « Reza Pahlavi a franchi une ligne que beaucoup avant lui n’avaient pas réussi à atteindre — ce n’était pas du symbolisme, de la nostalgie ou du bruit numérique. C’était un acte réussi de commandement politique. »
L’émergence de slogans tels que « C’est la dernière bataille, Pahlavi revient », scandés par une jeune génération sans souvenir vécu de l’ère pré-1979, signale une réévaluation politique façonnée par les réalités présentes plutôt que par la nostalgie du passé.
Une répression d’une violence inouïe
La réponse du régime a été d’une brutalité sans précédent. Le 21 janvier, les autorités iraniennes ont annoncé que les protestations avaient été réprimées suite à une répression sévère menée sur ordre direct d’Ali Khamenei et de hauts responsables pour ouvrir le feu sur les manifestants.
Les chiffres sont glaçants. Selon le Iranmassacres »>bilan des massacres de 2026, les estimations du nombre de morts varient de 3 117 (selon le gouvernement iranien) à plus de 36 500, incluant 209 membres du personnel militaire et non-militaire affilié au gouvernement. Des estimations internes du ministère iranien de la Santé indiquaient qu’au moins 30 000 personnes avaient été tuées dans les premières 48 heures.
Le régime a également coupé internet et les communications téléphoniques le 8 janvier pour limiter la diffusion d’informations. Au 18 janvier, selon l’agence HRANA, 24 669 manifestants avaient été arrêtés.
Pour écraser le soulèvement, le régime a dû faire appel à environ 5 000 terroristes déployés depuis le réseau de milices régionales de Téhéran, utilisant des équipements militaires lourds contre des manifestants pacifiques. C’est un aveu de faiblesse : sans ces renforts extérieurs, les forces de sécurité iraniennes auraient été débordées.
La stratégie de « pression maximale » de Trump
Face à cette situation, l’administration Trump a intensifié sa campagne de « pression maximale » contre l’Iran. Depuis le retour de Trump au pouvoir, son administration a sanctionné plus de 180 navires responsables du transport de pétrole et de produits pétroliers iraniens, augmentant les coûts pour les exportateurs de pétrole iranien et réduisant les revenus que l’Iran reçoit pour chaque baril vendu.
Le 15 janvier 2026, l’administration a émis sa première série de sanctions liées aux droits de l’homme en Iran, sanctionnant des hauts responsables iraniens considérés comme responsables de la répression des manifestants pacifiques. Le 23 janvier, de nouvelles sanctions ont ciblé la « flotte fantôme » utilisée par l’Iran pour générer « des fonds utilisés pour réprimer son propre peuple », selon les termes du secrétaire au Trésor américain.
Trump a également annoncé un tarif de 25 % sur tout pays faisant des affaires avec l’Iran. « Immédiatement effectif, tout pays faisant des affaires avec la République islamique d’Iran paiera un tarif de 25 % sur toutes les affaires avec les États-Unis d’Amérique », a déclaré Trump sur sa plateforme Truth Social. Cette mesure vise particulièrement la Chine, qui a importé 80 % du pétrole iranien l’année dernière.
Sur le plan militaire, Trump a annoncé qu’une « armada massive » se dirigeait vers l’Iran. « Une armada massive se dirige vers l’Iran. Elle avance rapidement, avec une grande puissance, enthousiasme et détermination. C’est une flotte plus importante, menée par le grand porte-avions Abraham Lincoln, que celle envoyée au Venezuela », a-t-il déclaré.
La question nucléaire : l’urgence absolue
Au cœur de cette confrontation se trouve la question du programme nucléaire iranien. Les experts de la FDD, notamment Mark Dubowitz et Richard Goldberg, ont constamment averti des dangers de permettre à l’Iran de se rapprocher de la capacité nucléaire.
La situation actuelle est préoccupante. Bien que les frappes de juin 2025 aient causé des dommages significatifs aux installations nucléaires iraniennes, le directeur de l’AIEA a indiqué que l’Iran ne semble pas enrichir activement de l’uranium, mais que l’agence a récemment détecté des mouvements renouvelés sur les sites nucléaires du pays.
Selon les analyses, l’Iran peut convertir son stock actuel d’uranium enrichi à 60 % en 233 kg d’uranium de qualité militaire en trois semaines à l’usine d’enrichissement de Fordo, assez pour 9 armes nucléaires. L’Iran pourrait produire sa première quantité de 25 kg d’uranium de qualité militaire à Fordo en aussi peu que deux à trois jours.
L’AIEA a perdu la « continuité de la connaissance » concernant la production et l’inventaire actuel des centrifugeuses, des rotors et soufflets, de l’eau lourde et du concentré de minerai d’uranium, une perte qu’il ne sera pas possible de restaurer. En d’autres termes, l’agence internationale ne peut plus garantir que l’Iran n’a pas détourné de matériaux enrichis vers des sites inconnus.
Les restrictions du JCPOA qui expirent
La timeline de la capacité nucléaire iranienne devait commencer à diminuer après l’expiration des restrictions du JCPOA sur la capacité d’enrichissement de l’Iran en janvier 2026. Mais l’accord est désormais caduc : en octobre 2025, dans les suites de la Guerre des Douze Jours, l’Iran a officiellement annoncé la résiliation de l’accord après dix ans.
Le Royaume-Uni, aux côtés de ses partenaires E3 (France et Allemagne), a déclenché le processus de « snapback » qui a vu le rétablissement de six résolutions de sanctions de l’ONU précédemment levées contre l’Iran, en raison de « l’échec répété du régime iranien à respecter ses engagements nucléaires ».
Ce qui doit suivre : les recommandations des experts
Face à cette situation sans précédent, que doit faire l’administration Trump ? Les analystes de la FDD et d’autres experts en politique étrangère avancent plusieurs recommandations claires.
1. Maintenir et intensifier les sanctions économiques
La stratégie de pression maximale fonctionne. L’économie iranienne est en ruines, le rial s’est effondré, l’inflation est hors de contrôle. Il faut maintenir cette pression et même l’intensifier. Comme l’ont suggéré Saeed Ghasseminejad et Behnam Ben Taleblu de la FDD, « comme avec le Venezuela, [Trump] peut ordonner la saisie de pétroliers transportant du pétrole en violation des sanctions ».
Le tarif de 25 % sur les pays faisant des affaires avec l’Iran est un outil puissant, mais il doit être appliqué de manière cohérente. La Chine, principal acheteur du pétrole iranien, doit comprendre que les coûts de continuer à soutenir économiquement Téhéran dépasseront les bénéfices.
2. Soutenir le peuple iranien sans intervention militaire directe
Trump a adopté une position prudente concernant le soulèvement iranien. Après avoir menacé d’intervenir si les manifestants continuaient à être tués, il a finalement décidé de ne pas intervenir après que les protestations ont été réprimées sans signes de fracture au sein du régime. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde sortir et voir qui émerge », a-t-il déclaré concernant Reza Pahlavi.
Cette prudence est compréhensible — une intervention militaire américaine directe pourrait unifier le peuple iranien derrière le régime plutôt que contre lui. Mais les États-Unis peuvent faire beaucoup plus pour soutenir le peuple iranien sans mettre de bottes sur le terrain : fournir des technologies de communication pour contourner la censure d’internet, amplifier les voix de la dissidence, sanctionner personnellement les responsables de la répression.
3. Empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire — par tous les moyens nécessaires
« Comme le président Trump l’a dit à plusieurs reprises, les États-Unis ne permettront pas à l’Iran d’avoir une arme nucléaire », a déclaré le sous-secrétaire au Trésor pour le terrorisme et le renseignement financier, John K. Hurley. Cette déclaration doit être plus qu’une rhétorique — elle doit être une politique.
Les frappes de juin 2025 ont causé des dommages significatifs au programme nucléaire iranien, mais celui-ci n’a pas été définitivement neutralisé. Netanyahu et Trump avertissent maintenant que de nouvelles frappes pourraient être nécessaires si Téhéran tente de reconstruire ses capacités nucléaires et balistiques. Le cabinet de sécurité israélien a tenu une réunion de cinq heures le 5 janvier et a autorisé des frappes supplémentaires sur l’Iran.
4. Préparer l’après-régime
C’est peut-être le point le plus délicat. L’opposition iranienne est diverse mais malheureusement aussi dispersée et profondément divisée. Il y a un point de consensus parmi eux : ils ne veulent pas du régime. Mais quant à ce qui le remplacera, ils sont très loin d’un accord.
Reza Pahlavi jouit du soutien de certains politiciens israéliens, mais parmi les Iraniens, il est une figure divisive. Ses partisans viennent d’une seule extrémité du spectre politique et représentent une minorité. Néanmoins, sa capacité récente à coordonner des manifestations de masse suggère qu’il a gagné en crédibilité.
L’administration Trump devrait encourager le dialogue entre les différentes factions de l’opposition — monarchistes, républicains, fédéralistes, etc. — pour qu’elles puissent présenter une vision unifiée d’un Iran post-théocratique. Sans cette vision, même la chute du régime pourrait conduire au chaos plutôt qu’à la démocratie.
La fenêtre d’opportunité
Selon le New York Times, Trump a reçu des rapports de renseignement indiquant que l’emprise de la République islamique sur le pouvoir est à son point le plus faible depuis la Révolution islamique de 1979. C’est une évaluation partagée par de nombreux analystes.
Le régime iranien fait face à une tempête parfaite : son économie est en ruines, son réseau de proxies régionaux a été décimé, son programme nucléaire a été frappé, et son propre peuple s’est soulevé contre lui dans les plus grandes manifestations de son histoire. Le Guide suprême Ali Khamenei, âgé de 86 ans, est en mauvaise santé, et la question de sa succession plane comme une épée de Damoclès sur le régime.
Mais cette fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte indéfiniment. Si le régime parvient à se stabiliser, à reconstruire ses capacités militaires et nucléaires, à restaurer son réseau de proxies, il redeviendra une menace majeure pour la région et pour le monde. L’Iran dispose encore de ressources considérables en pétrole et en gaz, et ses alliés — notamment la Russie et la Chine — ont intérêt à ce qu’il survive.
Les Houthis : le dernier proxy dangereux
Il convient de noter que les Houthis au Yémen constituent une exception au schéma de désarmement des proxies iraniens. Malgré les frappes américaines, britanniques et israéliennes entre 2023 et 2025, les Houthis ont conservé leur pouvoir et leur influence sur la majorité du Yémen. Israël a systématiquement démantelé les infrastructures dirigeantes et opérationnelles du Hamas et du Hezbollah. Cela laisse les Houthis comme le seul proxy iranien avec des capacités offensives sérieuses.
Cette réalité signifie que même un Iran affaibli conserve une capacité de nuisance dans le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge. Toute stratégie visant à neutraliser définitivement la menace iranienne devra également adresser la question des Houthis.
La diplomatie en parallèle
Paradoxalement, c’est au moment où l’étau se resserre que des canaux diplomatiques semblent s’ouvrir. Trump a signalé que les canaux entre Washington et Téhéran étaient ouverts. « L’Iran veut parler, et nous parlerons », a-t-il déclaré lors d’un discours au Forum économique mondial de Davos.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a également exprimé sa volonté de dialogue avec les États-Unis, tout en affirmant que le pays était prêt à la guerre en cas d’action militaire américaine.
Cette ouverture diplomatique ne doit pas être interprétée comme une faiblesse. Au contraire, c’est précisément parce que l’Iran est dans une position de faiblesse qu’il cherche à négocier. Avec une économie battue, un réseau d’alliés régionaux affaibli et la menace imminente d’une attaque américaine, l’Iran est à la croisée des chemins. Il n’a guère d’autre choix que de faire des compromis difficiles pour obtenir un allègement des sanctions et réparer son économie, ou de faire face à de nouveaux bouleversements.
L’administration Trump doit négocier depuis une position de force. Tout accord doit inclure des garanties vérifiables que l’Iran abandonne définitivement ses ambitions nucléaires militaires, cesse son soutien au terrorisme, et améliore son bilan en matière de droits de l’homme. Des demi-mesures ou des concessions prématurées ne feraient que donner au régime le temps de se reconstituer.
Conclusion : l’heure de vérité
Nous sommes à un moment charnière de l’histoire du Moyen-Orient. La République islamique d’Iran, ce régime qui a exporté la terreur, réprimé son propre peuple et cherché à acquérir l’arme nucléaire, vacille. L’« Axe de la Résistance » qu’elle avait patiemment construit s’est effondré. Son économie est exsangue. Son peuple s’est soulevé contre elle.
L’administration Trump a les moyens de précipiter la chute de ce régime ou, à tout le moins, de le forcer à des concessions majeures sur son programme nucléaire et son soutien au terrorisme. Mais cela exige de la détermination, de la cohérence et de la patience.
Les recommandations de la Foundation for Defense of Democracies sont claires : maintenir la pression économique maximale, empêcher par tous les moyens l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, soutenir le peuple iranien dans son aspiration à la liberté, et préparer une transition ordonnée vers un Iran post-théocratique.
L’étau se resserre sur l’Iran. Ce qui doit suivre, c’est une stratégie cohérente pour transformer cette pression en résultats durables — que ce soit par la négociation ou par d’autres moyens. Le monde libre ne peut pas se permettre de laisser passer cette opportunité historique.
Car si le régime des mollahs survit à cette crise, il en tirera les leçons. Il diversifiera davantage son économie pour échapper aux sanctions. Il reconstruira son réseau de proxies. Il accélérera son programme nucléaire dans des installations encore plus fortifiées et dissimulées. Et la prochaine fois que le peuple iranien se soulèvera, la répression sera encore plus brutale.
L’heure n’est plus à l’hésitation. L’heure est à l’action.
Signé Maxime Marquette
La stratégie de « pression maximale » de Trump
Face à cette situation, l’administration Trump a intensifié sa campagne de « pression maximale » contre l’Iran. Depuis le retour de Trump au pouvoir, son administration a sanctionné plus de 180 navires responsables du transport de pétrole et de produits pétroliers iraniens, augmentant les coûts pour les exportateurs de pétrole iranien et réduisant les revenus que l’Iran reçoit pour chaque baril vendu.
Le 15 janvier 2026, l’administration a émis sa première série de sanctions liées aux droits de l’homme en Iran, sanctionnant des hauts responsables iraniens considérés comme responsables de la répression des manifestants pacifiques. Le 23 janvier, de nouvelles sanctions ont ciblé la « flotte fantôme » utilisée par l’Iran pour générer « des fonds utilisés pour réprimer son propre peuple », selon les termes du secrétaire au Trésor américain.
Trump a également annoncé un tarif de 25 % sur tout pays faisant des affaires avec l’Iran. « Immédiatement effectif, tout pays faisant des affaires avec la République islamique d’Iran paiera un tarif de 25 % sur toutes les affaires avec les États-Unis d’Amérique », a déclaré Trump sur sa plateforme Truth Social. Cette mesure vise particulièrement la Chine, qui a importé 80 % du pétrole iranien l’année dernière.
Sur le plan militaire, Trump a annoncé qu’une « armada massive » se dirigeait vers l’Iran. « Une armada massive se dirige vers l’Iran. Elle avance rapidement, avec une grande puissance, enthousiasme et détermination. C’est une flotte plus importante, menée par le grand porte-avions Abraham Lincoln, que celle envoyée au Venezuela », a-t-il déclaré.
La question nucléaire : l'urgence absolue
Au cœur de cette confrontation se trouve la question du programme nucléaire iranien. Les experts de la FDD, notamment Mark Dubowitz et Richard Goldberg, ont constamment averti des dangers de permettre à l’Iran de se rapprocher de la capacité nucléaire.
La situation actuelle est préoccupante. Bien que les frappes de juin 2025 aient causé des dommages significatifs aux installations nucléaires iraniennes, le directeur de l’AIEA a indiqué que l’Iran ne semble pas enrichir activement de l’uranium, mais que l’agence a récemment détecté des mouvements renouvelés sur les sites nucléaires du pays.
Selon les analyses, l’Iran peut convertir son stock actuel d’uranium enrichi à 60 % en 233 kg d’uranium de qualité militaire en trois semaines à l’usine d’enrichissement de Fordo, assez pour 9 armes nucléaires. L’Iran pourrait produire sa première quantité de 25 kg d’uranium de qualité militaire à Fordo en aussi peu que deux à trois jours.
L’AIEA a perdu la « continuité de la connaissance » concernant la production et l’inventaire actuel des centrifugeuses, des rotors et soufflets, de l’eau lourde et du concentré de minerai d’uranium, une perte qu’il ne sera pas possible de restaurer. En d’autres termes, l’agence internationale ne peut plus garantir que l’Iran n’a pas détourné de matériaux enrichis vers des sites inconnus.
Les restrictions du JCPOA qui expirent
La timeline de la capacité nucléaire iranienne devait commencer à diminuer après l’expiration des restrictions du JCPOA sur la capacité d’enrichissement de l’Iran en janvier 2026. Mais l’accord est désormais caduc : en octobre 2025, dans les suites de la Guerre des Douze Jours, l’Iran a officiellement annoncé la résiliation de l’accord après dix ans.
Le Royaume-Uni, aux côtés de ses partenaires E3 (France et Allemagne), a déclenché le processus de « snapback » qui a vu le rétablissement de six résolutions de sanctions de l’ONU précédemment levées contre l’Iran, en raison de « l’échec répété du régime iranien à respecter ses engagements nucléaires ».
Ce qui doit suivre : les recommandations des experts
Face à cette situation sans précédent, que doit faire l’administration Trump ? Les analystes de la FDD et d’autres experts en politique étrangère avancent plusieurs recommandations claires.
1. Maintenir et intensifier les sanctions économiques
La stratégie de pression maximale fonctionne. L’économie iranienne est en ruines, le rial s’est effondré, l’inflation est hors de contrôle. Il faut maintenir cette pression et même l’intensifier. Comme l’ont suggéré Saeed Ghasseminejad et Behnam Ben Taleblu de la FDD, « comme avec le Venezuela, [Trump] peut ordonner la saisie de pétroliers transportant du pétrole en violation des sanctions ».
Le tarif de 25 % sur les pays faisant des affaires avec l’Iran est un outil puissant, mais il doit être appliqué de manière cohérente. La Chine, principal acheteur du pétrole iranien, doit comprendre que les coûts de continuer à soutenir économiquement Téhéran dépasseront les bénéfices.
2. Soutenir le peuple iranien sans intervention militaire directe
Trump a adopté une position prudente concernant le soulèvement iranien. Après avoir menacé d’intervenir si les manifestants continuaient à être tués, il a finalement décidé de ne pas intervenir après que les protestations ont été réprimées sans signes de fracture au sein du régime. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde sortir et voir qui émerge », a-t-il déclaré concernant Reza Pahlavi.
Cette prudence est compréhensible — une intervention militaire américaine directe pourrait unifier le peuple iranien derrière le régime plutôt que contre lui. Mais les États-Unis peuvent faire beaucoup plus pour soutenir le peuple iranien sans mettre de bottes sur le terrain : fournir des technologies de communication pour contourner la censure d’internet, amplifier les voix de la dissidence, sanctionner personnellement les responsables de la répression.
3. Empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire — par tous les moyens nécessaires
« Comme le président Trump l’a dit à plusieurs reprises, les États-Unis ne permettront pas à l’Iran d’avoir une arme nucléaire », a déclaré le sous-secrétaire au Trésor pour le terrorisme et le renseignement financier, John K. Hurley. Cette déclaration doit être plus qu’une rhétorique — elle doit être une politique.
Les frappes de juin 2025 ont causé des dommages significatifs au programme nucléaire iranien, mais celui-ci n’a pas été définitivement neutralisé. Netanyahu et Trump avertissent maintenant que de nouvelles frappes pourraient être nécessaires si Téhéran tente de reconstruire ses capacités nucléaires et balistiques. Le cabinet de sécurité israélien a tenu une réunion de cinq heures le 5 janvier et a autorisé des frappes supplémentaires sur l’Iran.
4. Préparer l’après-régime
C’est peut-être le point le plus délicat. L’opposition iranienne est diverse mais malheureusement aussi dispersée et profondément divisée. Il y a un point de consensus parmi eux : ils ne veulent pas du régime. Mais quant à ce qui le remplacera, ils sont très loin d’un accord.
Reza Pahlavi jouit du soutien de certains politiciens israéliens, mais parmi les Iraniens, il est une figure divisive. Ses partisans viennent d’une seule extrémité du spectre politique et représentent une minorité. Néanmoins, sa capacité récente à coordonner des manifestations de masse suggère qu’il a gagné en crédibilité.
L’administration Trump devrait encourager le dialogue entre les différentes factions de l’opposition — monarchistes, républicains, fédéralistes, etc. — pour qu’elles puissent présenter une vision unifiée d’un Iran post-théocratique. Sans cette vision, même la chute du régime pourrait conduire au chaos plutôt qu’à la démocratie.
La fenêtre d'opportunité
Selon le New York Times, Trump a reçu des rapports de renseignement indiquant que l’emprise de la République islamique sur le pouvoir est à son point le plus faible depuis la Révolution islamique de 1979. C’est une évaluation partagée par de nombreux analystes.
Le régime iranien fait face à une tempête parfaite : son économie est en ruines, son réseau de proxies régionaux a été décimé, son programme nucléaire a été frappé, et son propre peuple s’est soulevé contre lui dans les plus grandes manifestations de son histoire. Le Guide suprême Ali Khamenei, âgé de 86 ans, est en mauvaise santé, et la question de sa succession plane comme une épée de Damoclès sur le régime.
Mais cette fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte indéfiniment. Si le régime parvient à se stabiliser, à reconstruire ses capacités militaires et nucléaires, à restaurer son réseau de proxies, il redeviendra une menace majeure pour la région et pour le monde. L’Iran dispose encore de ressources considérables en pétrole et en gaz, et ses alliés — notamment la Russie et la Chine — ont intérêt à ce qu’il survive.
Les Houthis : le dernier proxy dangereux
Il convient de noter que les Houthis au Yémen constituent une exception au schéma de désarmement des proxies iraniens. Malgré les frappes américaines, britanniques et israéliennes entre 2023 et 2025, les Houthis ont conservé leur pouvoir et leur influence sur la majorité du Yémen. Israël a systématiquement démantelé les infrastructures dirigeantes et opérationnelles du Hamas et du Hezbollah. Cela laisse les Houthis comme le seul proxy iranien avec des capacités offensives sérieuses.
Cette réalité signifie que même un Iran affaibli conserve une capacité de nuisance dans le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge. Toute stratégie visant à neutraliser définitivement la menace iranienne devra également adresser la question des Houthis.
La diplomatie en parallèle
Paradoxalement, c’est au moment où l’étau se resserre que des canaux diplomatiques semblent s’ouvrir. Trump a signalé que les canaux entre Washington et Téhéran étaient ouverts. « L’Iran veut parler, et nous parlerons », a-t-il déclaré lors d’un discours au Forum économique mondial de Davos.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a également exprimé sa volonté de dialogue avec les États-Unis, tout en affirmant que le pays était prêt à la guerre en cas d’action militaire américaine.
Cette ouverture diplomatique ne doit pas être interprétée comme une faiblesse. Au contraire, c’est précisément parce que l’Iran est dans une position de faiblesse qu’il cherche à négocier. Avec une économie battue, un réseau d’alliés régionaux affaibli et la menace imminente d’une attaque américaine, l’Iran est à la croisée des chemins. Il n’a guère d’autre choix que de faire des compromis difficiles pour obtenir un allègement des sanctions et réparer son économie, ou de faire face à de nouveaux bouleversements.
L’administration Trump doit négocier depuis une position de force. Tout accord doit inclure des garanties vérifiables que l’Iran abandonne définitivement ses ambitions nucléaires militaires, cesse son soutien au terrorisme, et améliore son bilan en matière de droits de l’homme. Des demi-mesures ou des concessions prématurées ne feraient que donner au régime le temps de se reconstituer.
Conclusion : l'heure de vérité
Nous sommes à un moment charnière de l’histoire du Moyen-Orient. La République islamique d’Iran, ce régime qui a exporté la terreur, réprimé son propre peuple et cherché à acquérir l’arme nucléaire, vacille. L’« Axe de la Résistance » qu’elle avait patiemment construit s’est effondré. Son économie est exsangue. Son peuple s’est soulevé contre elle.
L’administration Trump a les moyens de précipiter la chute de ce régime ou, à tout le moins, de le forcer à des concessions majeures sur son programme nucléaire et son soutien au terrorisme. Mais cela exige de la détermination, de la cohérence et de la patience.
Les recommandations de la Foundation for Defense of Democracies sont claires : maintenir la pression économique maximale, empêcher par tous les moyens l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, soutenir le peuple iranien dans son aspiration à la liberté, et préparer une transition ordonnée vers un Iran post-théocratique.
L’étau se resserre sur l’Iran. Ce qui doit suivre, c’est une stratégie cohérente pour transformer cette pression en résultats durables — que ce soit par la négociation ou par d’autres moyens. Le monde libre ne peut pas se permettre de laisser passer cette opportunité historique.
Car si le régime des mollahs survit à cette crise, il en tirera les leçons. Il diversifiera davantage son économie pour échapper aux sanctions. Il reconstruira son réseau de proxies. Il accélérera son programme nucléaire dans des installations encore plus fortifiées et dissimulées. Et la prochaine fois que le peuple iranien se soulèvera, la répression sera encore plus brutale.
L’heure n’est plus à l’hésitation. L’heure est à l’action.
Signé Maxime Marquette
Sources
FDD – Trump’s noose tightens on Iran — here’s what must come next
Foundation for Defense of Democracies (FDD)
FDD – Mark Dubowitz
FDD – Richard Goldberg
Iranianprotests »>Wikipedia – 2025-2026 Iranian protests
Iranmassacres »>Wikipedia – 2026 Iran massacres
war »>Wikipedia – Iran-Israel war (Twelve-Day War)
Britannica – 2026 Iranian Protests
U.S. Treasury – Sanctions on Iran’s Shadow Fleet
Al Jazeera – US sanctions Iran shadow fleet
Al Jazeera – Trump announces new 25% tariff
CFR – Syria After Assad: What to Know About HTS, Hezbollah, and Iran
Stimson Center – Iran’s Axis of Resistance Weakened But Still Dangerous
Iran International – Iran crossed a political threshold
Washington Institute – Iran Endgame
ACLED – Twelve days that shook the region
JINSA – Operation Rising Lion: Insights from Israel’s 12-Day War Against Iran
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