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OPINION : Friedrich Merz affirme que la clef pour stopper la guerre en Ukraine se trouve en Russie depuis quatre ans
Crédit: Adobe Stock

Quand le commerce devait transformer les autocraties

Pour mesurer la portee des propos de Merz, il faut comprendre d’ou vient l’Allemagne en matiere de politique envers la Russie. Pendant plus de cinquante ans, Berlin a fonde sa doctrine orientale sur un principe seduisant : le Wandel durch Handel, litteralement le changement par le commerce. L’idee etait elegante dans sa simplicite. En integrant la Russie dans un reseau toujours plus dense d’echanges economiques, en la rendant dependante de la prosperite europeenne autant que l’Europe dependait de son gaz, on finirait par rendre la guerre impensable. Le gaz russe coulait dans les pipelines, les entreprises allemandes investissaient massivement a Moscou et a Saint-Petersbourg, et chacun se felicitait de cette interdependance vertueuse. Wolfgang Schauble, l’ancien ministre des Finances de la CDU, a eu l’honnetete de reconnaitre publiquement : « Je me suis trompe, nous nous sommes tous trompes. » Il a regrette de ne pas avoir ecoute la Pologne et les pays baltes, qui avaient raison depuis le debut. Le president Frank-Walter Steinmeier, l’homme le plus etroitement associe a cette politique, a lui-meme employe le mot « erreurs » pour qualifier ses choix passes. Ce mea culpa collectif de l’establishment politique allemand n’a pas d’equivalent dans l’histoire recente de la diplomatie europeenne.

De la « puissance endormie » a la « puissance dirigeante » selon Merz

Friedrich Merz incarne la rupture avec ce passe. La ou son predecesseur Olaf Scholz avait proclame un Zeitenwende, un tournant historique, sans veritablement le concretiser, Merz a choisi de passer des mots aux actes. Son ambition declaree est de transformer l’Allemagne d’une « puissance moyenne endormie » en une « puissance moyenne dirigeante ». La nuance entre ces deux formulations contient a elle seule tout un programme de politique etrangere. Une puissance endormie regarde le monde bruler depuis son canape confortable. Une puissance dirigeante prend la tete du cortege et fixe la direction. Lors du Forum economique mondial de Davos en janvier 2026, Merz a prononce des mots que l’on n’avait jamais entendus dans la bouche d’un chancelier allemand depuis 1945 : « Nous sommes entres dans une ere de politique de grandes puissances. Ce nouveau monde se construit sur la puissance, sur la force. Ce n’est pas un endroit confortable. » Cette lucidite geopolitique, exprimee sans fard ni euphemisme, marque une transformation profonde de la pensee strategique allemande. L’Allemagne ne se cache plus derriere le commerce pour eviter les questions qui fachent. Elle les pose desormais frontalement, et c’est exactement ce qui se passe lorsque Merz designe Moscou comme le detenteur exclusif de la clef de la paix.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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