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OPINION : La Russie exige une refonte de l’ONU — les propos de Guterres sur la Crimee et le Donbass revelent les fractures du systeme multilateral
Crédit: Adobe Stock

Sergei Mironov et l’exigence d’une reforme structurelle

Sergei Mironov, figure emblematique de la Douma d’Etat et president du parti « Russie Juste — Pour la Verite », n’a pas simplement critique les propos de Guterres. Il a saisi cette occasion pour lancer un appel a une reforme profonde de l’Organisation des Nations Unies. Son argumentaire repose sur un constat central : l’ONU, dans sa configuration actuelle, est structurellement incapable d’appliquer ses propres principes de maniere equitable. Les « doubles standards » qu’il denonce ne sont pas, selon lui, des accidents ponctuels mais le symptome d’une maladie institutionnelle profonde. Mironov pointe du doigt la composition du Secretariat general, le fonctionnement de l’Assemblee generale, et surtout les mecanismes de prise de decision qui, selon lui, favorisent systematiquement les positions occidentales. Sa proposition de reforme va au-dela d’un simple ajustement : il envisage une refondation du cadre multilateral qui prendrait en compte les nouvelles realites geopolitiques du XXIe siecle. Lecteurs attentifs aux dynamiques parlementaires russes, notez que cette declaration ne vient pas d’un marginal : Mironov est un acteur central de l’ecosysteme politique du Kremlin, et ses prises de position refletent souvent les orientations strategiques de l’Etat russe.

L’exigence de reforme formulee par Mironov s’articule autour de plusieurs axes concrets. Premierement, la revision du mode de selection du secretaire general, actuellement domine selon Moscou par les puissances occidentales. Deuxiemement, le renforcement du role des organisations regionales dans la resolution des conflits, afin de contrebalancer ce que la Russie percoit comme un monopole interpretatif de l’Occident. Troisiemement, la creation de mecanismes de controle qui garantiraient l’application uniforme des principes fondamentaux de la Charte. Ces propositions, presentees comme des mesures techniques, portent en realite une ambition politique considerable : redefinir les rapports de force au sein de l’institution pour refleter un monde devenu multipolaire. La Chine, l’Inde, le Bresil et de nombreux pays du Sud global pourraient se retrouver dans certains de ces arguments, meme s’ils ne partagent pas necessairement les motivations qui les sous-tendent. C’est la toute la subtilite de la manoeuvre diplomatique russe : habiller des interets nationaux en cause universelle.

Kastyukevich et Slutsky : la surenchere comme strategie

Igor Kastyukevich, senateur au Conseil de la Federation, a opte pour une approche radicalement differente. Sa formule — si l’autodetermination ne s’applique pas, alors Guterres lui-meme ne devrait pas s’appliquer — releve davantage du bon mot politique que de l’analyse juridique. Mais ne vous y trompez pas : derriere l’ironie mordante, il y a un message serieux. Kastyukevich remet en cause la legitimite personnelle du secretaire general, suggerant que celui-ci a outrepasse son mandat en prenant position sur une question qui divise les membres permanents du Conseil de securite. Cette attaque ad hominem, rare dans le registre diplomatique classique, signale une escalade deliberee. Le senateur russe ne se contente pas de contester une interpretation juridique : il conteste le droit meme de Guterres a s’exprimer sur ce sujet. Cette posture, aussi extreme soit-elle, trouve un echo dans certaines capitales du Sud ou la figure du secretaire general est parfois percue comme celle d’un fonctionnaire au service des puissances dominantes plutot que comme un serviteur de la communaute internationale dans son ensemble.

Leonid Slutsky, president du comite des affaires etrangeres de la Douma d’Etat et figure montante de la diplomatie parlementaire russe, a quant a lui choisi un registre plus technique mais tout aussi devastateur. En qualifiant les propos de Guterres de « precedent extremement dangereux », il inscrit cette declaration dans une perspective historique et juridique. Le mot « precedent » est charge de sens : il implique que cette prise de position pourra etre invoquee a l’avenir pour denier le droit a l’autodetermination a d’autres peuples dans d’autres contextes. Slutsky touche ici un nerf sensible : de nombreux mouvements separatistes a travers le monde, du Kurdistan au Tibet, du Sahara occidental a la Catalogne, pourraient se sentir menaces par une telle jurisprudence politique. En elargissant le debat au-dela du cas russo-ukrainien, Slutsky tente de transformer un conflit bilateral en enjeu universel. La manoeuvre est habile, meme si elle passe sous silence les circonstances specifiques — notamment le recours a la force militaire — qui distinguent le cas de la Crimee et du Donbass des autres situations invoquees.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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