Un piege tendu avec les manieres d’un diplomate
Inviter le president d’un pays que l’on bombarde quotidiennement a venir negocier dans sa propre capitale, il fallait oser. Le geste est aussi audacieux sur le plan diplomatique qu’il est revelateur sur le plan psychologique. En choisissant Moscou comme lieu de rencontre, le Kremlin ne propose pas un terrain neutre, il impose un terrain de domination. Le message sous-jacent est limpide : si Zelensky accepte, il legitimise de facto la position de force russe, se rendant dans la taniere du loup en supplicant. S’il refuse, la Russie peut le presenter devant la communaute internationale comme celui qui refuse la paix. C’est un piege a double detente, et chaque branche est acere. L’analyste militaire russe Petr Koltchine a lui-meme reconnu aupres de Pravda.ru que les declarations sur une eventuelle visite de Zelensky a Moscou « n’avaient aucune base reelle et relevaient d’une campagne d’information » plutot que d’une veritable disposition au dialogue. Quand vos propres experts admettent que l’invitation est un outil de propagande, la cause est entendue. Zelensky l’a compris depuis longtemps. Des la premiere invitation formulee en 2025, il avait retorque qu’il ne pouvait pas « se rendre dans la capitale d’un pays qui lance des missiles sur l’Ukraine chaque jour ». En janvier 2026, il a repondu avec une ironie mordante : « Si vous voulez que la rencontre n’ait pas lieu, invitez-moi a Moscou. » Puis, dans une pique qui fera date : « Il peut venir a Kyiv. »
Le precedent historique de la soumission deguisee en negociation
L’histoire de la diplomatie russe est jalonnee de ces invitations empoisonnees. De l’epoque tsariste aux sommets sovietiques, le lieu de la negociation n’a jamais ete un detail anodin dans la tradition politique de Moscou. Convoquer l’adversaire sur son propre sol est un acte de pouvoir, pas un geste de bonne volonte. Les negociations de Brest-Litovsk en 1918, les accords de Yalta en 1945, les sommets du Kremlin pendant la guerre froide : a chaque fois, le choix du lieu a structure le rapport de force. Inviter Zelensky a Moscou s’inscrit dans cette genealogie du pouvoir par la geographie. La proposition est d’autant plus ironique que la Cour penale internationale a emis un mandat d’arret contre Vladimir Poutine pour deportation d’enfants ukrainiens, lui interdisant de fait tout deplacement dans les pays signataires du Statut de Rome. Le president russe est prisonnier de ses propres frontieres, mais il invite le president d’un pays en guerre a venir dans les siennes. L’asymetrie est vertigineuse. Ouchakov a assure que « la securite de Zelensky serait garantie ». On se souviendra que Alexandre Litvinenko avait lui aussi recu certaines assurances avant de boire un the au polonium 210 a Londres en 2006. Que Sergei Skripal vivait tranquillement en Angleterre avant l’attaque au Novitchok de Salisbury en 2018. Les garanties de securite du Kremlin ont un historique que meme les plus optimistes des diplomates auraient du mal a ignorer.
Washington entre mediation et pression, l'equilibrisme de Trump
Witkoff et Kushner, les architectes d’un accord sous haute tension
Donald Trump veut son accord. Il veut l’image, la poignee de main, le titre de faiseur de paix. Et pour cela, il a deploye un dispositif inhabituel. Steve Witkoff, envoye special aux dents longues, a mene des discussions marathon de quatre heures avec Poutine au Kremlin avant les sessions d’Abou Dabi. Jared Kushner, dont l’experience diplomatique remonte aux accords d’Abraham au Moyen-Orient, apporte son carnet d’adresses et sa proximite avec les monarchies du Golfe. Trump lui-meme a declare que « de tres bonnes choses » se passaient, avec cette capacite unique de transformer toute situation en victoire personnelle avant meme qu’un resultat concret n’emerge. La methode Trump est connue : proclamer le succes, forcer le rythme, placer les parties devant le fait accompli. A Davos, lors du Forum economique mondial, Witkoff a affirme que la negociation se resumait desormais a « une seule question ». Cette question, c’est le territoire. Et c’est precisement la question sur laquelle aucune des deux parties ne peut ceder sans perdre la face, voire perdre la guerre. Trump a recu Zelensky en marge du Forum, qualifiant la rencontre de « bonne », ajoutant que les documents-cadres entre les Etats-Unis et l’Ukraine etaient « en phase finale ». Mais derriere les sourires de Davos, la pression americaine sur Kyiv est reelle. Washington veut un cessez-le-feu rapide, et si l’Ukraine hesite, Trump n’a pas exclu de reduire son soutien militaire. Le protecteur se transforme en huissier.
Le spectre des garanties de securite et la mefiance europeenne
Au coeur du bras de fer se trouve la question des garanties de securite pour l’Ukraine. Zelensky a indique que Washington proposait des garanties pour une duree de 15 ans, mais qu’il preferait un engagement de 50 ans. Trump a concede qu’il pourrait envisager une extension, et que ces garanties seraient soumises a l’approbation du Congres americain. Mais que valent des garanties americaines a l’horizon de 15 ans quand la politique etrangere des Etats-Unis change du tout au tout a chaque election presidentielle ? Que vaudront les promesses de Trump si un successeur decide de les ignorer ? C’est la question que posent, a voix basse, les chancelleries europeennes. Lavrov lui-meme s’est empare de cette faiblesse structurelle, declarant avec un cynisme consomme que la Russie « n’avait pas d’information » sur les garanties que les Etats-Unis et l’Ukraine auraient pu convenir, tout en rejetant par avance tout deploiement de troupes de l’OTAN ou de l’Union europeenne sur le sol ukrainien. Pour le chef de la diplomatie russe, meme des soldats operant sous drapeau national ou europeen constitueraient « une menace directe » pour la Russie. La Grande-Bretagne et la France ont propose l’installation de « hubs militaires » en Ukraine dans le cadre d’un plan de paix, mais Moscou a immediatement rejete cette option. L’equation est implacable : l’Ukraine a besoin de garanties credibles pour accepter un cessez-le-feu, mais toute garantie credible est inacceptable pour la Russie. C’est le noeud gordien de cette guerre, et personne ne dispose encore de l’epee d’Alexandre.
Les faucons du Kremlin, quand Kadyrov dit tout haut ce que Poutine pense tout bas
Un chef de guerre tchetchen qui refuse la paix depuis le Kremlin meme
Le meme jour ou Peskov renouvelait l’invitation a Zelensky, Ramzan Kadyrov tenait un discours diamatralement oppose. Le dirigeant tchetchene, present au Kremlin pour une rencontre entre Poutine et le president des Emirats arabes unis, a declare devant les journalistes : « Je suis convaincu que la guerre doit etre menee jusqu’a son terme. Je suis contre les negociations. » La scene est surrealiste. D’un cote du Kremlin, le porte-parole invite le president ukrainien a venir discuter de la paix. De l’autre cote, un allie de Poutine exige la poursuite de la guerre. Les deux messages ne sont pas contradictoires, ils sont complementaires. Kadyrov, qui se qualifie lui-meme de « fantassin de Poutine », represente l’aile dure du pouvoir russe, celle pour qui la guerre est une fin en soi, un instrument de consolidation interne, un business lucratif. Il a revendique l’envoi de 76 000 combattants tchetchenes dans la zone de conflit, dont 14 000 seraient actuellement deployes sur les secteurs les plus critiques du front. Ces chiffres, probablement gonfles, temoignent neanmoins de l’investissement personnel de Kadyrov dans cette guerre et de son interet a la voir se prolonger. Quand un seigneur de guerre s’oppose publiquement a la paix depuis les murs memes du Kremlin, sans etre contredit, c’est que sa voix porte plus loin que celle du porte-parole officiel.
La fracture entre les faucons et les pragmatiques de Moscou
Kadyrov n’est pas un cas isole. Le canal Telegram « Dva Maiora » (Deux Majors), influent aupres des milieux militaires russes, a publie le 26 janvier une analyse affirmant que « la guerre sera longue et les declarations sur la paix sont tout simplement nefastes ». Cette ligne dure reflecte un courant profond au sein de l’establishment militaire et securitaire russe, celui qui considere que la Russie est en train de gagner sur le terrain et qu’un accord de paix reviendrait a sacrifier l’avantage acquis au prix du sang. L’analyste du CSIS Mark Cancian a resume cette posture : les Russes sont intransigeants parce qu’ils « sont convaincus d’etre en train de gagner », et leurs « objectifs declares sont totalement inacceptables » pour l’Ukraine. Vous, lecteur, mesurez-vous l’impasse dans laquelle cette conviction place toute negociation ? Si le Kremlin est persuade de sa victoire militaire, pourquoi accepterait-il un compromis diplomatique ? L’invitation a Moscou prend alors une dimension supplementaire : ce n’est pas un geste de paix, c’est un geste de victoire anticipee. On n’invite pas un adversaire a sa table quand on est pret a faire des concessions, on l’invite quand on veut lui dicter ses conditions. Ruth Deyermond, chercheuse specialisee dans la politique russe, a pose le diagnostic sans detour : « La Russie ne semble avoir aucun interet a mettre fin aux combats, et encore moins a la guerre », ajoutant que l’occupation et le « desir imperialiste de controler l’Ukraine » constituent une menace existentielle pour ce pays. La paix, dans le vocabulaire du Kremlin, est un synonyme de capitulation ukrainienne.
Zelensky face au dilemme existentiel, refuser sans perdre Washington
La reponse ukrainienne entre fermete et pragmatisme contraint
La position de Zelensky est celle d’un funambule marchant sur un fil de rasoir au-dessus d’un precipice. D’un cote, il ne peut pas accepter l’invitation a Moscou sans se delegitimer aux yeux de son propre peuple et de son armee. Quel message enverrait-il aux soldats qui meurent chaque jour dans les tranchees du Donbass s’il se rendait dans la capitale de l’agresseur pour quemander la paix ? De l’autre, il ne peut pas rejeter toute forme de negociation sans risquer de perdre le soutien de Washington, dont l’aide militaire reste le poumon de la resistance ukrainienne. Zelensky a choisi la voie de l’ironie mordante : en retorquant que Poutine « pouvait venir a Kyiv », il a retourne le piege avec elegance. Mais l’elegance ne gagne pas les guerres. En interne, le president ukrainien a procede a des remaniements significatifs. Le 2 janvier 2026, il a nomme le general Kyrylo Boudanov, patron du renseignement militaire, au poste de chef de cabinet presidentiel, en remplacement d’Andrii Yermak, demissionnaire en novembre 2025 a la suite d’une enquete anticorruption. Ce choix n’est pas anodin : en placant un chef du renseignement a la tete de son cabinet, Zelensky signale que la guerre reste sa priorite, meme au milieu des pourparlers. Son discours s’est assombri ces dernieres semaines. « Je ne veux pas et je ne vais pas attendre six mois de plus en esperant que peut-etre cela fonctionnera », a-t-il declare, affirmant que l’Ukraine devait poursuivre deux voies simultanement : mettre fin a la guerre comme priorite, et se preparer a ce que la Russie refuse de le faire.
L’accusation de Zelensky et le jeu de dupes
Zelensky a accuse Poutine de « jouer avec les Etats-Unis », une formulation qui en dit long sur la perception ukrainienne de la dynamique en cours. Dans cette lecture, l’invitation a Moscou n’est qu’un element d’un theatre plus vaste, ou la Russie utilise la rhetorique de la paix pour manipuler l’opinion internationale tout en poursuivant ses objectifs militaires. L’analyste Mick Ryan a pousse l’analyse plus loin, observant que Poutine avait « colonise avec succes et en profondeur l’esprit de Trump » en projetant des « affirmations exagerees sur les avances militaires russes » que le president americain avait ensuite reprises a son compte. Si cette analyse est juste, et plusieurs indices la corroborent, la mediation americaine est deja biaisee en faveur de Moscou. Trump a d’ailleurs reproche a l’Ukraine de « freiner la paix », une accusation qui temoigne d’une vision du conflit ou l’agresse est traite comme l’obstacle principal au reglement. Vous avez bien lu : dans cette logique, ce n’est pas celui qui envahit qui empeche la paix, c’est celui qui resiste a l’invasion. Le renversement moral est complet. L’Atlantic Council a produit une analyse sans equivoque : « Poutine ne peut accepter aucun accord de paix qui garantisse la souverainete ukrainienne. » Ce n’est pas une question de territoire, de zones tampon ou de mecanismes de verification. C’est une question d’existence. Pour le Kremlin, une Ukraine souveraine, democratique, tournee vers l’Ouest est en soi une menace. Aucun accord ne peut resoudre ce que la Russie percoit comme un probleme ontologique.
Le role des Emirats arabes unis, mediateur ou facilitateur de complaisance
Abou Dabi, un terrain neutre qui arrange tout le monde
Le choix d’Abou Dabi comme lieu des consultations trilaterales n’est pas un hasard. Les Emirats arabes unis ont fait de la mediation leur marque de fabrique diplomatique, a mi-chemin entre tous les camps, allies de Washington, partenaires economiques de Moscou, interlocuteurs de Kyiv. Depuis le debut de la guerre, les EAU ont facilite 17 echanges de prisonniers entre la Russie et l’Ukraine, aboutissant a la liberation de 4 641 detenus. Ce bilan humanitaire, impressionnant sur le papier, leur confere une legitimite que peu de mediateurs peuvent revendiquer. Le cheikh Mohamed bin Zayed a accueilli les consultations trilaterales avec la retenue calculee qui caracterise la diplomatie emiratie : ni trop proche de l’Occident pour froisser Moscou, ni trop conciliant envers la Russie pour irriter Washington. Cette neutralite de facade est aussi un produit d’exportation : les EAU vendent leur position d’intermediaire comme ils vendent leur petrole, en maximisant leur influence tout en minimisant leurs risques. Mais la neutralite a ses limites. Les Emirats entretiennent des relations commerciales florissantes avec la Russie, notamment dans le secteur de l’energie et de l’immobilier de luxe, ou des milliards de dollars russes ont trouve refuge depuis 2022. Cette relation economique ne fait pas d’Abou Dabi un mediateur partial, mais elle en fait un mediateur interesse.
Les limites structurelles de la mediation emiratie
Faciliter un echange de prisonniers et faciliter un accord de paix sont deux exercices d’une complexite radicalement differente. Le premier repose sur la logistique et la bonne volonte ponctuelle. Le second exige de trancher des questions existentielles : frontieres, souverainete, securite, reparations. Les EAU peuvent offrir une salle climatisee et un dejeuner de travail, ils ne peuvent pas combler le gouffre entre les positions russe et ukrainienne. Le format d’Abou Dabi presente neanmoins un avantage tactique pour toutes les parties. Pour Washington, c’est un decor exotique qui permet de montrer du mouvement diplomatique. Pour Moscou, c’est un lieu ou la Russie peut negocier sans subir la pression mediatique occidentale. Pour Kyiv, c’est un espace plus sur que Moscou, ou la delegation ukrainienne peut discuter sans avoir le sentiment de capituler. Les prochaines consultations du 1er fevrier diront si Abou Dabi est le berceau d’un processus de paix ou le theatre d’une illusion diplomatique savamment orchestree. La question que chaque observateur devrait se poser est la suivante : qui a le plus a gagner de l’apparence de negociations sans leur substance ? La reponse, helas, ne fait guere de doute.
La question territoriale, le noeud que personne ne peut trancher
Le Donbass, ligne de fracture irreductible
Moscou exige le retrait complet des forces ukrainiennes des portions de la region de Donetsk encore sous controle de Kyiv. Cette demande n’est pas une position de negociation, c’est un ultimatum habille en proposition. L’Ukraine controle encore des pans significatifs du Donbass que l’armee russe n’a pas reussi a conqurir en quatre ans de combats acharnes. Ceder ces territoires sans combat reviendrait a offrir a la Russie ce que ses soldats n’ont pas pu prendre les armes a la main. Pour Kyiv, la ligne rouge est aussi simple que fondamentale : aucune concession territoriale sur des zones non conquises militairement. L’argument ukrainien est strategique autant que moral. Si l’Ukraine cede le Donbass sous la pression diplomatique, qu’est-ce qui empechera la Russie de formuler de nouvelles exigences demain ? La region de Kharkiv ? L’oblast de Zaporijjia tout entier ? Odessa ? La logique de la concession territoriale est une pente glissante qui n’a pas de fond. Graham Allison, professeur a Harvard, a formule le dilemme avec une clarte douloureuse : « Le defi de l’Ukraine est de trouver un moyen d’echanger le reste du Donetsk contre des garanties de securite plus solides. » Mais cette formulation, si elle est intellectuellement seduisante, ignore une realite que les Ukrainiens vivent dans leur chair chaque jour : on ne troquer pas la terre de ses morts contre des promesses de papier. Surtout quand celui qui promet les garanties est un president americain dont le mandat expire dans quatre ans.
Zaporijjia, la centrale nucleaire comme monnaie d’echange
Parmi les questions en suspens figure le sort de la centrale nucleaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, occupee par les forces russes depuis les premiers jours de l’invasion. Cette centrale, avec ses six reacteurs, constitue a elle seule un levier de pression monumental. La Russie la detient physiquement, mais n’en tire aucune production energetique, les reacteurs ayant ete mis a l’arret. Sa valeur est donc purement strategique et diplomatique : elle sert de monnaie d’echange, de menace latente, de symbole de l’occupation. Les negociateurs d’Abou Dabi ont aborde la question des zones tampon et des mecanismes de surveillance, deux sujets directement lies au destin de la centrale. Qui controlera Zaporijjia apres un eventuel cessez-le-feu ? Quelles forces internationales pourraient etre deployees pour garantir sa securite ? L’AIEA, presente sur le site depuis 2022, a multiplie les alertes sur les risques nucleaires, mais ses avertissements se sont heurtes a l’indifference des belligerants. La centrale de Zaporijjia est le symbole le plus concentre de l’absurdite de cette guerre : une installation capable d’alimenter des millions de foyers en electricite est paralysee parce que deux armees se disputent le droit de la controler sans l’utiliser. Si les negociateurs ne trouvent pas de solution pour Zaporijjia, ils ne trouveront de solution pour rien d’autre.
Les scenarios du 1er fevrier et au-dela, entre espoir calcule et desillusion programmee
Ce que les consultations d’Abou Dabi II pourraient produire
Le 1er fevrier, les delegations se retrouveront a Abou Dabi pour une deuxieme session de consultations. Les attentes sont encadrees par le realisme. Le scenario optimiste verrait un accord de principe sur un cessez-le-feu temporaire, accompagne d’un mecanisme de verification et d’un calendrier pour des negociations plus approfondies. Le scenario pessimiste, et le plus probable, est celui d’une nouvelle session de discussions techniques sans percee majeure, suivie de declarations positives de Washington et de silences eloquents de Moscou et de Kyiv. L’invitation a Moscou pourrait etre utilisee par la Russie comme test de bonne volonte : si Zelensky refuse, les Russes pourront argumenter qu’il n’est pas serieux dans sa recherche de la paix. C’est le mecanisme du piege diplomatique dans toute sa purete. Plusieurs experts envisagent au mieux un « conflit temporairement gele » en 2026, sans veritable reglement. Le CSIS a publie une analyse intitulee « Evaluer l’accord de paix actuel pour l’Ukraine : opportunite ou piege strategique ? », dont le titre seul resume l’etat d’esprit de la communaute des analystes. La paix reelle supposerait un changement fondamental dans les objectifs de guerre du Kremlin, un changement qu’aucun signal actuel ne laisse presager. Lecteur, ne vous laissez pas bercer par les communiques : la distance entre une session de consultations « constructive » et un accord de paix effectif se mesure en annees, pas en semaines.
La possibilite d’un sommet Poutine-Zelensky et ses conditions impossibles
Un responsable americain a confie a Reuters que les chances d’une rencontre directe entre Poutine et Zelensky avaient « augmente » grace aux efforts de mediation. L’idee d’un sommet entre les deux presidents est la chimere favorite de la diplomatie trumpienne, qui adore les images fortes et les poignees de main historiques. Mais les conditions d’un tel sommet restent impossibles a reunir dans l’etat actuel des choses. Poutine ne peut pas voyager dans la plupart des pays du monde en raison du mandat d’arret de la CPI. Zelensky ne peut pas aller a Moscou sans se suicider politiquement. Un terrain neutre serait necessaire, mais meme le choix de ce terrain deviendrait un champ de bataille diplomatique. Abou Dabi ? Geneve ? Istanbul, ou des negociations avaient presque abouti en mars 2022 avant d’etre torpillees ? Chaque lieu porte sa charge symbolique, et dans cette guerre, les symboles tuent autant que les missiles. La rencontre Poutine-Zelensky, si elle a lieu un jour, ne sera pas le point de depart de la paix, elle en sera la consequence. Pour qu’elle se produise, il faudrait que les contours d’un accord soient deja traces, que les questions territoriales soient tranchees, que les garanties de securite soient credibles. Nous n’en sommes pas la. Nous n’en sommes meme pas pres. La Russie invite Zelensky a Moscou en sachant pertinemment qu’il refusera, et c’est precisement pour cela qu’elle l’invite.
En definitive, l’invitation du Kremlin a Zelensky est un chef-d’oeuvre de cynisme diplomatique. Elle ne vise pas la paix, elle vise la perception de la paix. Elle ne cherche pas le dialogue, elle cherche a placer l’Ukraine dans une position de refus permanent pour mieux la disqualifier. Les consultations d’Abou Dabi ont ouvert une fenetre, mais cette fenetre donne sur un paysage ou les missiles continuent de tomber, ou les tranchees continuent de se creuser, ou les morts continuent de s’accumuler. La prochaine session du 1er fevrier sera un test, non pas de la bonne volonte des parties, mais de la capacite de Washington a transformer la pression en progres reel. Si les Etats-Unis ne parviennent pas a imposer un cadre credible, le processus d’Abou Dabi rejoindra la longue liste des initiatives diplomatiques avortees qui jalonnent cette guerre. Et Moscou continuera d’inviter Zelensky dans sa capitale, avec le sourire du chat qui invite la souris a diner.
Signé Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise reside dans l’observation et l’analyse des dynamiques geopolitiques, economiques et strategiques qui faconnent notre monde. Mon travail consiste a decortiquer les strategies politiques, a comprendre les mouvements economiques globaux, a contextualiser les decisions des acteurs internationaux et a proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redefinissent nos societes.
Je ne pretends pas a l’objectivite froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je pretends a la lucidite analytique, a l’interpretation rigoureuse, a la comprehension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon role est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et strategique, et d’offrir une lecture critique des evenements.
Methodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits verifies et analyses interpretatives. Les informations factuelles presentees proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires verifiables.
Sources primaires : communiques officiels des gouvernements et institutions internationales, declarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, depeches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications specialisees, medias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche etablies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les donnees statistiques, economiques et geopolitiques citees proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’energie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monetaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interpretations et perspectives presentees dans les sections analytiques de cet article constituent une synthese critique et contextuelle basee sur les informations disponibles, les tendances observees et les commentaires d’experts cites dans les sources consultees.
Mon role est d’interpreter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques geopolitiques et economiques contemporaines, et de leur donner un sens coherent dans le grand recit des transformations qui faconnent notre epoque. Ces analyses refletent une expertise developpee a travers l’observation continue des affaires internationales et la comprehension des mecanismes strategiques qui animent les acteurs globaux.
Toute evolution ulterieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives presentees ici. Cet article sera mis a jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiees, garantissant ainsi la pertinence et l’actualite de l’analyse proposee.
Sources
Sources primaires
Pravda — High-Level Talks Between Putin and Zelensky Possible Amid Peace Negotiation Progress
ABC News — Russia, Ukraine and US hold first trilateral talks since start of war
Sources secondaires
India Today — Russia renews invitation to Volodymyr Zelenskyy for Moscow peace talks
Modern Diplomacy — Russia Invites Zelenskiy to Moscow for Peace Talks
Euronews — Abu Dhabi hosts Russia-Ukraine peace talks with territorial issues a priority
Al Jazeera — Russia-Ukraine peace talks down to one issue, says US envoy Witkoff
The National — US hails progress at historic talks with Russia and Ukraine in Abu Dhabi
US News — Chechen Leader Kadyrov Says Russia Should Fight War in Ukraine to the End
The Washington Post — Russia’s Sergei Lavrov shoots down proposal for US-Ukraine security deal
Atlantic Council — Putin cannot accept any peace deal that secures Ukrainian statehood
CSIS — Assessing the Current Peace Deal for Ukraine: Opportunity or Strategic Trap?
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