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OPINION : Le reve d’une armee europeenne, chimere eternelle ou sursaut historique force par Zelensky et l’abandon americain
Crédit: Adobe Stock

Un rejet diplomatique, mais pas un rejet strategique

La reaction de Kaja Kallas, Haute Representante de l’Union europeenne pour les affaires etrangeres, a ete rapide et sans ambiguite. « Chaque pays europeen a une armee, et les armees de 23 pays font deja partie de la structure de l’OTAN. Je ne peux pas imaginer que des pays creent une armee europeenne separee », a-t-elle declare. Son argument central repose sur la chaine de commandement : dans le domaine militaire, il faut savoir immediatement qui donne les ordres a qui. Creer des structures paralleles ne ferait que « brouiller le tableau », selon ses termes. Cette position n’est pas surprenante. Kallas, ancienne Premiere ministre d’Estonie, un pays frontalier de la Russie et profondement atlantiste, incarne la ligne des pays baltes et d’Europe de l’Est pour qui l’OTAN et la presence americaine restent la garantie ultime de survie. Pour elle, affaiblir le lien transatlantique en creant des structures concurrentes serait un cadeau strategique a Moscou. Il est cependant essentiel de distinguer le rejet de la forme et l’adhesion au fond. Kallas ne dit pas que l’Europe n’a pas besoin de renforcer ses capacites de defense. Elle dit que ce renforcement doit s’inscrire dans le cadre de l’OTAN, pas en dehors. La nuance est considerable. Par ailleurs, rappelons que son propre plan de 40 milliards d’euros d’aide militaire a l’Ukraine avait ete accueilli avec une tiedeur glaciale lors d’un sommet europeen precedent, certains diplomates declarant le projet « mort » avant meme qu’il ne soit vote. La solidarite europeenne envers l’Ukraine reste donc un sujet de tensions internes majeures, que la proposition de Zelensky ne fait qu’amplifier.

L’ombre portee de l’echec des 40 milliards

L’echec du plan Kallas est revelateur d’un probleme plus profond. L’Europe n’arrive meme pas a s’accorder sur le financement de l’aide militaire a l’Ukraine, alors comment pourrait-elle s’accorder sur la creation d’une armee commune ? Le plan prevoyait de lever jusqu’a 40 milliards d’euros en soutien militaire supplementaire. Lors du sommet europeen ou il devait etre discute, la reaction des Etats membres a ete si tiede que des diplomates l’ont declare mort-ne. Certains pays, notamment ceux du sud de l’Europe, estiment que les priorites budgetaires doivent aller ailleurs. D’autres craignent d’etre entraines dans une escalade qu’ils ne peuvent pas maitriser. Ce fiasco financier illustre une verite structurelle : l’Union europeenne fonctionne par consensus, et le consensus sur la defense est le plus difficile a obtenir. Chaque Etat membre a sa propre culture strategique, ses propres interets industriels de defense, sa propre relation avec Washington. La France se voit comme une puissance nucleaire autonome. L’Allemagne, longtemps pacifiste par culture politique, effectue un virage historique mais lent. La Pologne, premier contributeur europeen en pourcentage du PIB consacre a la defense, privilegiera toujours le lien avec les Etats-Unis. L’Italie et l’Espagne trainent les pieds sur les objectifs de depenses. Dans ce kaeidoscope de positions, l’idee d’une armee unique releve effectivement de la quadrature du cercle. Mais cette impossibilite apparente n’a jamais ete aussi dangereusement confrontee a l’urgence du reel.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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