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OPINION : Trump et son « Très bien » face au cessez-le-feu de Poutine, quand la désinvolture présidentielle écrase la souffrance d’un peuple
Crédit: Adobe Stock

L’hiver comme arme de destruction massive

Pour comprendre la portée réelle de cette annonce, il faut mesurer l’ampleur de la catastrophe humanitaire que traverse Kyiv en ce mois de janvier 2026. La stratégie russe porte un nom que les responsables ukrainiens ont fini par formuler avec une lucidité glacée : « l’instrumentalisation de l’hiver ». Depuis octobre 2025, les forces armées russes ont repris des frappes coordonnées à grande échelle contre les installations énergétiques ukrainiennes. L’objectif est chirurgical dans sa cruauté : priver la population civile de chauffage, d’électricité et d’eau courante au moment précis où les températures plongent sous la barre des moins vingt. En une seule nuit du mois de janvier, Moscou a lancé 242 drones, 14 missiles balistiques et 22 missiles de croisière contre plusieurs villes. Une seule nuit. 278 engins de mort lancés sur des centrales électriques, des réseaux de chauffage, des infrastructures vitales. Le résultat est dévastateur. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a révélé que 70 % de la capitale se retrouvait sans électricité après les dernières salves. 5 600 immeubles d’habitation privés de chauffage. Et un détail qui à lui seul résume l’horreur quotidienne : les autorités ont dû vidanger le système centralisé de chauffage et d’eau de la ville pour empêcher que l’eau gelée ne fasse éclater les canalisations. Quand on en arrive à vider les tuyaux d’une capitale de trois millions d’habitants pour éviter qu’ils n’explosent, on a dépassé le stade de la crise. On est dans la survie.

Les témoignages des habitants sont à la hauteur de cette détresse. Certains résidents ont découvert que l’eau avait gelé dans la cuvette de leurs toilettes. Ce détail, qui pourrait sembler anecdotique vu de loin, est en réalité un marqueur de civilisation. Quand l’assainissement cesse de fonctionner dans une métropole européenne au XXIe siècle, les experts avertissent que le risque épidémique devient imminent. La paralysie du système d’égouts pourrait engendrer une crise sanitaire sans précédent. Plus de 1 200 espaces chauffés fonctionnent dans Kyiv, ces fameux « points d’invincibilité » où les habitants viennent se réchauffer, recharger leurs appareils, travailler. Le terme est beau. La réalité qu’il recouvre est déchirante. Quand une mère de famille doit quitter son appartement gelé pour aller recharger son téléphone dans un gymnase transformé en refuge, le mot « invincibilité » prend une résonance particulière. Il dit à la fois la fierté d’un peuple et la profondeur de son dénuement.

600 000 départs : l’exode silencieux

Le 9 janvier 2026, le maire Klitschko a lancé un appel à la population : quittez la ville si vous le pouvez. En deux semaines, 600 000 personnes ont obéi. Six cent mille. C’est l’équivalent de la population entière de Lyon ou de Toulouse qui se lève, prend quelques affaires et part. Personne ne sait exactement où. Chez des proches dans l’ouest du pays. Dans des centres d’accueil. Dans l’inconnu. Cet exode n’a pas fait la une des journaux télévisés américains. Il n’y a pas eu de couverture en direct, pas de reporters émus devant des files de voitures. C’est un exode silencieux, noyé dans le bruit de fond d’une guerre que le monde a appris à ignorer. Le PDG d’Ukrenergo, Vitaliy Zaichenko, a été explicite : la Russie tente de « déconnecter Kyiv du réseau électrique et de forcer les gens à fuir la ville ». Ce n’est pas une interprétation. C’est une stratégie militaire délibérée. Vider une capitale de ses habitants par le froid, par l’obscurité, par la privation. Et quand 600 000 personnes partent, le Kremlin peut considérer que sa méthode fonctionne. La question qui se pose alors est vertigineuse : quand Trump dit « Très bien » à la promesse de Poutine, à quel point a-t-il conscience de cette réalité ? A-t-il été briefé sur les 600 000 déplacés ? Sur les canalisations vidées ? Sur les toilettes gelées ? Ou bien ces données appartiennent-elles à une catégorie d’informations que le pouvoir suprême juge secondaire ?

Mini éditorial. On mesure la qualité morale d’un dirigeant non pas à ses discours programmés, mais à ses réactions spontanées. Le « Très bien » de Trump, prononcé dans un cadre de routine gouvernementale, révèle une vision du monde où la souffrance humaine est un paramètre secondaire dans l’équation géopolitique. Ce n’est pas de la realpolitik. C’est de l’anesthésie morale.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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