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OPINION : Trump s’attribue le mérite d’une pause dans les frappes sur Kyiv, ou l’art de transformer une tragédie en triomphe personnel
Crédit: Adobe Stock

Une ville vidée de ses habitants

Pendant que Donald Trump racontait son exploit téléphonique, la réalité à Kyiv était d’une tout autre nature. Depuis le 9 janvier 2026, 600 000 personnes ont quitté la capitale ukrainienne. Six cent mille. Imaginez un instant l’agglomération de Lyon ou celle de Toulouse qui se vide entièrement en trois semaines. Le maire Vitali Klitschko, l’ancien champion du monde de boxe qui affronte désormais un adversaire autrement plus redoutable que ceux qu’il a croisés sur le ring, a lui-même exhorté les habitants restants à quitter la ville. Ce n’est pas un appel à la prudence — c’est un aveu d’impuissance. La population de Kyiv, qui comptait près de trois millions d’âmes avant la guerre, a connu des fluctuations dramatiques depuis février 2022 : chutant sous le million au printemps de l’invasion, remontant à 3,6 millions fin 2022, pour replonger aujourd’hui dans un exode provoqué non par les chars, mais par le froid et l’obscurité. Car Poutine a trouvé une arme plus efficace que les missiles balistiques : l’hiver lui-même, transformé en instrument de torture collective par la destruction systématique des infrastructures énergétiques.

Moins trente degrés sans chauffage ni électricité

Les chiffres sont glaçants, au sens propre comme au figuré. La moitié de Kyiv se trouve sans électricité ni chauffage. Plus de 5 600 immeubles résidentiels sont privés de chaleur. Les températures prévues pour les jours qui viennent descendent à moins trente degrés Celsius. Les autorités ont dû vidanger le système centralisé de chauffage et d’eau pour empêcher les canalisations de geler et d’éclater — une mesure désespérée qui prive les habitants d’eau courante. Des résidents ont découvert que l’eau avait gelé dans leurs toilettes. Plus de 1 200 espaces chauffés d’urgence ont été ouverts dans la ville, complétés par 68 points de chaleur supplémentaires installés par les services d’urgence et les partenaires humanitaires. Les écoles sont fermées jusqu’en février. L’éclairage public a été réduit pour économiser les ressources énergétiques. Voilà la toile de fond devant laquelle Trump s’attribue le mérite d’avoir obtenu une pause d’une semaine. Une semaine. Sept jours de répit hypothétique pour une ville qui agonise depuis des semaines. Et encore : un répit que personne à Moscou n’a confirmé.

Quand un chef d’État se félicite d’avoir obtenu sept jours de suspension de bombardements dans une ville où les gens meurent de froid depuis trois semaines, la question n’est pas de savoir si c’est un progrès. La question est de savoir à quel point nous avons abaissé la barre de ce que nous considérons comme un succès diplomatique.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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