Pokrovsk : 87 assauts en une journée, 70 mètres par jour
Le secteur de Pokrovsk reste, et de loin, le point le plus chaud de toute la ligne de front ukrainienne. Ce 30 janvier, l’état-major a enregistré 87 attaques russes dans cette seule direction. Quatre-vingt-sept. Dans le même temps, 279 engagements au total ont été recensés sur l’ensemble du front. Le secteur de Pokrovsk représente donc à lui seul près du tiers de tous les combats. La Russie y a déployé, selon l’analyste militaire ukrainien Kostiantyn Machovets, entre 110 000 et 112 000 soldats, appuyés par 500 à 520 chars, 680 à 700 véhicules blindés, plus de 560 pièces d’artillerie et plus de 180 MLRS. Une concentration de puissance de feu colossale, inédite depuis les grandes batailles de 2022. Et pour quel résultat ? Depuis fin février 2024, les forces russes ont progressé d’à peine 50 kilomètres dans le secteur de Pokrovsk, soit une vitesse moyenne de 70 mètres par jour. Soixante-dix mètres. Un terrain de football. Par jour. Avec plus de cent mille soldats.
La situation sur le terrain est d’une complexité effroyable. Fin décembre 2025, la Russie contrôlait la majeure partie de Pokrovsk et de Myrnohrad, réduites à l’état de décombres fumants. Mais l’Ukraine maintient des positions dans le nord, les deux armées cohabitant dans les mêmes rues. Les combats se sont déplacés vers les flancs, autour de Rodynske, où les quartiers changent de mains chaque semaine. Le bastion de Hryshyne est devenu la position clé de la défense ukrainienne. Pourquoi Pokrovsk est-elle si stratégique ? Parce que cette agglomération bloque l’accès russe à un terrain opérationnel ouvert et empêche une avancée vers Kramatorsk-Sloviansk.
Houliaïpole : le nouveau cauchemar du sud
Mais Pokrovsk n’est plus seul au sommet du classement macabre. Le secteur de Houliaïpole, dans la région de Zaporijjia, est devenu en quelques semaines l’autre fournaise du front. Ce 30 janvier, 42 assauts russes y ont été enregistrés – un chiffre qui rivalise désormais avec Pokrovsk. Depuis novembre 2025, la Russie y a intensifié son offensive, avançant d’environ 18,5 kilomètres en deux mois, à un rythme de 297 mètres par jour – plus rapide que Pokrovsk, ce qui traduit soit une concentration de forces accrue, soit des défenses ukrainiennes plus fragiles dans ce secteur. Le Conflict Intelligence Team (CIT) estime que les forces ukrainiennes ne tiennent peut-être plus que la partie ouest de Houliaïpole. La ville, comme Pokrovsk, pourrait être « effectivement capturée ». Et le danger ne s’arrête pas là : au sud, dans le secteur de Dorojnianka, les troupes russes ont déjà franchi la rivière Haïtchour et progressent vers le nord, tentant d’encercler les défenseurs de Houliaïpole par Zaliznitchne.
Houliaïpole illustre une réalité que beaucoup refusent de voir : la Russie, malgré des pertes ahurissantes, conserve la capacité d’ouvrir de nouveaux axes offensifs. Ce n’est pas de la résilience — c’est la logique glaçante d’un régime qui dispose d’un réservoir humain encore vaste et d’une indifférence totale envers la vie de ses propres soldats.
Cher lecteur, arrêtez-vous un instant sur cette carte mentale. Pokrovsk au centre-est. Houliaïpole au sud. Deux mâchoires qui se referment sur le Donbass ukrainien. L’objectif numéro un de Moscou pour 2026 reste la prise complète de la région de Donetsk, et ces deux axes convergent vers ce but. La prochaine étape dans le sud serait un assaut sur Orikhiv, verrou de la défense ukrainienne dans la région de Zaporijjia. Des images géolocalisées confirment déjà le contrôle russe de Dobropillia, au nord de Houliaïpole, et l’Institute for the Study of War (ISW) évalue que les forces russes ont aussi pris Varvarivka. Le front sud, longtemps plus calme, est en train de devenir un théâtre majeur. Et l’Ukraine, selon CNN, fait face à une « pression intense » dans ce secteur, aggravée par une pénurie chronique de troupes.
L'équation matérielle : quand les MLRS et les défenses aériennes tombent
Deux MLRS et un système anti-aérien en 24 heures
Au-delà des pertes humaines, le bilan matériel de cette journée du 30 janvier mérite une attention particulière. La destruction de deux systèmes MLRS en une seule journée n’est pas anodine. Les lance-roquettes multiples – BM-21 Grad, BM-27 Ouragan, BM-30 Smerch ou leurs successeurs – sont des armes de saturation capables de déverser en quelques secondes des dizaines de roquettes sur une zone. Leur perte affaiblit directement la capacité russe à mener des préparations d’artillerie massives avant ses assauts. Depuis le début de l’invasion, la Russie a perdu 1 631 systèmes MLRS. Mille six cent trente et un. Pour un pays qui en possédait environ 3 500 à 4 000 en stock (dont beaucoup datant de l’ère soviétique et nécessitant une remise en état), c’est une hémorragie significative. La capacité de remplacement de l’industrie de défense russe, bien qu’en mode guerre, ne peut indéfiniment compenser un tel rythme de destruction.
Quant au système de défense aérienne détruit, le chiffre cumulé atteint désormais 1 289 unités. Chaque système anti-aérien éliminé – qu’il s’agisse d’un Pantsir, d’un Buk ou d’un Tor – ouvre une fenêtre dans le bouclier russe que les forces ukrainiennes peuvent exploiter pour des frappes de drones, des missions aériennes ou des attaques de missiles. La défense aérienne est l’épine dorsale de toute opération militaire moderne, et sa dégradation progressive expose les lignes arrière russes à des frappes de plus en plus profondes. Combien de temps la Russie pourra-t-elle maintenir un parapluie anti-aérien cohérent sur un front de mille kilomètres si elle continue à perdre ses systèmes à ce rythme ? La question n’est pas rhétorique – elle est opérationnelle.
L’artillerie et les drones : la guerre des flux
Les 15 systèmes d’artillerie détruits ce jour-là portent le total cumulé à 36 748 pièces. Le chiffre est stupéfiant. Il faut se rappeler que la Russie possédait, au début de la guerre, l’un des arsenaux d’artillerie les plus vastes au monde, héritage direct de la doctrine soviétique qui faisait de l’artillerie le « dieu de la guerre ». Aujourd’hui, cet arsenal fond comme neige au soleil. La Russie a dû ressortir des hangars de stockage des pièces datant des années 1960 et 1970, les remettre en état de marche tant bien que mal, et les envoyer au front. La qualité du matériel se dégrade, la précision diminue, la fiabilité s’effrite. Mais les obus continuent de pleuvoir – 3 802 frappes d’artillerie et de roquettes rien que le 30 janvier. La Russie compense la qualité par la quantité, le chirurgical par le brutal.
Côté drones, le chiffre du jour est tout aussi éloquent : 555 drones opérationnels-tactiques détruits, pour un cumul de 119 234 depuis le début du conflit. La Russie a déployé 5 583 munitions rôdeuses en une seule journée. Le ciel ukrainien est devenu un océan de drones – FPV kamikazes, Shahed iraniens, Lancet – dans une guerre aérienne à basse altitude d’une intensité jamais vue. Cette saturation du champ de bataille transforme la nature même du combat. Chaque mouvement de troupe est détecté, filmé, ciblé. Le champ de bataille est devenu transparent, et cette transparence tue davantage l’attaquant, qui doit se découvrir pour avancer.
La tactique russe : des escouades de chair dans un corridor de mort
L’infanterie jetable du XXIe siècle
Comment la Russie se bat-elle ? Le rapport du CSIS décrit une méthode glaçante. Les forces russes utilisent de l’infanterie démontée en petites escouades – souvent quatre à huit hommes – envoyées en vagues successives contre les positions ukrainiennes. Ces soldats, souvent mal entraînés, parfois recrutés en prison, avancés appuyés par des véhicules blindés ou des buggys légers. La doctrine est d’une simplicité terrifiante : envoyer une vague, voir où l’ennemi tire, envoyer la suivante. Les premiers servent de détecteurs humains pour les positions défensives ukrainiennes. Leur survie n’entre tout simplement pas dans le calcul opérationnel. Un officier ukrainien du secteur de Pokrovsk a rapporté le 13 janvier que les Russes utilisent des tactiques d’infiltration en petits groupes, mais attaquent moins fréquemment en raison des mauvaises conditions météorologiques. Même le froid et la boue ne suffisent pas à arrêter complètement cette logique de submersion.
Utiliser des êtres humains comme capteurs jetables pour localiser les positions ennemies — voilà qui résume la valeur que le Kremlin accorde à la vie d’un soldat russe. Zéro. Moins que zéro. Un obus coûte plus cher qu’un conscrit dans les livres comptables de cette armée.
Le CSIS identifie plusieurs raisons à ce taux de pertes astronomique : l’échec de la Russie à mener des opérations interarmes efficaces, des tactiques et un entraînement déficients, une corruption endémique, un moral au plancher, et surtout la stratégie ukrainienne de défense en profondeur dans un conflit qui favorise structurellement le défenseur. Lisez-vous bien : chaque facteur qui explique les pertes russes est un facteur structurel, pas conjoncturel. Ce n’est pas un problème passager. C’est l’ADN même de l’armée russe qui produit cette hécatombe. La corruption qui détourne les fonds d’entraînement. La culture hiérarchique qui interdit toute initiative au niveau du terrain. Le mépris systémique pour le soldat de base.
Les bombes planées et les frappes massives
En parallèle de cette infanterie sacrificielle, la Russie déploie une puissance de feu aérienne considérable. Le 30 janvier, 41 frappes aériennes ont été enregistrées, avec le largage de 123 bombes guidées – les fameuses bombes planées (KAB) qui sont devenues l’une des armes les plus redoutées de cette guerre. Ces bombes, souvent des munitions de 500 ou 1 500 kg équipées de kits de guidage UMPK, sont larguées depuis des Su-34 ou des Su-35 volant hors de portée des défenses ukrainiennes. Leur puissance destructrice est énorme : un seul impact peut anéantir un bâtiment entier, une position fortifiée, un nœud logistique. Et 123 en une journée, c’est un rythme de bombardement qui rappelle les campagnes aériennes les plus intenses de l’ère moderne.
C’est ici que la perte d’un système de défense aérienne prend tout son sens. Chaque bulle anti-aérienne qui disparaît du côté russe, c’est un secteur où les drones ukrainiens peuvent opérer plus librement, où les rares avions ukrainiens – et peut-être bientôt les F-16 – peuvent s’aventurer plus profondément. La guerre aérienne au-dessus de l’Ukraine est une guerre d’attrition symbiotique : la Russie bombarde massivement, l’Ukraine grignote les défenses aériennes russes, ce qui à terme pourrait ouvrir la voie à des contre-offensives plus ambitieuses. Chaque Pantsir, chaque Buk, chaque Tor détruit est un investissement dans la liberté de manœuvre future.
L'économie de guerre russe : la machine grince
Une croissance en panne, une industrie sous pression
L’économie de guerre russe, longtemps présentée par le Kremlin comme un modèle de résilience, montre des signes d’essoufflement inquiétants. Le rapport du CSIS souligne que le secteur manufacturier russe est en déclin, que la croissance a ralenti à un maigre 0,6 % en 2025, et que la Russie ne dispose d’aucune entreprise technologique compétitive au niveau mondial. La Russie consomme ses réserves à un rythme qu’elle ne peut pas soutenir indéfiniment. L’industrie de défense tourne à plein régime, cannibalisant les ressources des autres secteurs économiques. Les sanctions occidentales compliquent l’approvisionnement en composants électroniques et en machines-outils. La Russie compense par des importations parallèles via la Chine et la Turquie, mais ces circuits sont plus lents, plus coûteux, et ne remplacent pas un accès direct aux marchés technologiques mondiaux.
Vous pensez que les sanctions ne fonctionnent pas ? Détrompez-vous. Elles ne tuent pas l’économie russe d’un coup – elles l’étouffent lentement. La Russie produit encore des chars, des obus, des missiles. Mais elle les produit moins vite, moins bien, et à un coût croissant. Quand vous perdez 11 614 chars depuis le début de la guerre et que votre industrie en produit peut-être 200 à 300 par an (le reste étant de la remise en état de vieux stocks), les mathématiques sont impitoyables. Le stock soviétique est vaste mais pas infini. Les 23 969 véhicules blindés perdus, les 76 319 véhicules militaires détruits – chaque chiffre est un clou supplémentaire dans le cercueil de la puissance militaire conventionnelle russe.
Le coût humain invisible : la démographie comme arme de destruction lente
La Russie ne perd pas seulement des soldats. Elle perd une génération. Les hommes envoyés au front sont ceux qui auraient dû construire, innover, élever des enfants. Le Kremlin hypotheque l’avenir démographique d’un pays déjà en déclin pour conquérir des villes en ruines.
Parlons de ce que les chiffres bruts ne disent pas. 1 238 710 pertes, cela signifie 1 238 710 familles touchées. Des mères qui attendront toute leur vie un fils qui ne reviendra pas. Des enfants qui grandiront sans père. La Russie, déjà confrontée à une crise démographique majeure avant la guerre – taux de natalité en chute, exode des cerveaux depuis 2022 – s’inflige une blessure démographique dont elle mettra des décennies à se remettre. Jusqu’à 325 000 morts, selon le CSIS, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers de blessés graves. Et des centaines de milliers de jeunes Russes qualifiés qui ont fui le pays pour éviter la mobilisation. Le coût réel de cette guerre se mesurera sur cinquante ans.
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Ce silence, là, c’est celui des cimetières russes qui s’étendent. Celui des familles à qui l’on demande de ne pas poser de questions. Celui d’un pays où porter le deuil publiquement est devenu un acte de subversion. La Russie de Poutine ne pleure pas ses morts – elle les efface. Et pendant que les cimetières poussent, la télévision d’État diffuse des talk-shows où des propagandistes en costume célèbrent des « victoires » qui n’existent que dans leurs studios climatisés. Le gouffre entre la réalité du front et le récit officiel n’a jamais été aussi béant.
Le front long de mille kilomètres : une guerre d'usure sans fin visible
La défense en profondeur ukrainienne
L’Ukraine se bat avec une stratégie fondamentalement différente. Là où la Russie privilégie les assauts frontaux massifs, l’Ukraine a adopté une défense en profondeur qui oblige l’attaquant à payer le prix maximal pour chaque mètre conquis. Le commandant en chef Oleksandr Syrsky a déclaré qu’en 2025, les soldats ukrainiens avaient neutralisé près de 420 000 soldats russes. La logique ukrainienne est celle du ratio d’échange : tant que chaque mètre cédé coûte plus cher à la Russie qu’à l’Ukraine, le temps joue théoriquement en faveur du défenseur. Mais cette logique a ses limites. L’Ukraine aussi subit des pertes considérables – entre 500 000 et 600 000 pertes militaires selon le CSIS, dont jusqu’à 140 000 morts. Et sa population, trois fois plus petite que celle de la Russie, ne lui offre pas le même réservoir humain.
Quand se terminera cette guerre d’usure ? C’est la question que chacun pose et à laquelle personne ne peut répondre. Le CSIS décrit une stratégie russe d’attrition délibérée, qui accepte des pertes énormes dans l’espoir d’user l’armée et la société ukrainiennes. La Russie parie que sa masse finira par l’emporter sur la résilience ukrainienne. Que les alliés occidentaux se lasseront. Que le soutien militaire diminuera. Que le moral ukrainien craquera. C’est un pari sanglant, cynique, et dont l’issue n’est pas écrite. Mais les chiffres du 30 janvier 2026 montrent que le coût de ce pari reste astronomique pour Moscou.
Le piège de la mobilisation
L’Ukraine fait face à un problème crucial de mobilisation. Sur certains segments du front, les troupes ukrainiennes sont largement inférieures en nombre. La pénurie de troupes, signalée par CNN dès début janvier 2026, est particulièrement aiguë dans le sud. Le dilemme est cruel : mobiliser davantage signifie retirer des hommes de l’économie, affaiblissant la capacité du pays à financer son effort de guerre. Ne pas mobiliser assez signifie laisser des trous dans la ligne de front que la Russie exploite, comme à Houliaïpole.
L’Occident parle beaucoup, livre des armes au compte-gouttes, et se demande encore si l’Ukraine mérite d’entrer dans l’OTAN. Pendant ce temps, 1 310 soldats russes tombent en une journée, et des soldats ukrainiens tiennent des positions avec des effectifs squelettiques. L’indécision occidentale a un coût — il se mesure en vies humaines.
Le général Laseychuk a souligné l’importance stratégique de Pokrovsk en rappelant que la ville bloque l’accès russe à un terrain opérationnel ouvert. « Si l’agglomération de Pokrovsk devenait un hub logistique pour l’ennemi, il serait beaucoup plus facile pour une force de 150 000 hommes de progresser à travers un terrain ouvert », a-t-il averti. Cette phrase résume l’enjeu stratégique de tout le front du Donbass. Perdre Pokrovsk complètement, c’est ouvrir une autoroute vers Kramatorsk et Sloviansk. C’est transformer la guerre de positions en guerre de mouvement – et dans une guerre de mouvement, la supériorité numérique russe pèserait bien plus lourd.
Le verdict des chiffres : une armée qui se dévore elle-même
Les totaux cumulés comme acte d’accusation
Récapitulons les pertes cumulées russes depuis le 24 février 2022 : 1 238 710 personnels. 11 614 chars. 23 969 véhicules blindés. 36 748 systèmes d’artillerie. 1 631 MLRS. 1 289 systèmes de défense aérienne. 435 avions. 347 hélicoptères. 119 234 drones. 4 205 missiles de croisière. 28 navires. 2 sous-marins. 76 319 véhicules militaires. Chaque chiffre est un réquisitoire. Chaque chiffre raconte l’histoire d’une machine de guerre dont les rouages grincent de plus en plus fort. La Russie de 2026 n’est plus la Russie militaire de 2022. Son armée est plus nombreuse mais qualitativement dégradée. Ses réserves de matériel soviétique fondent. Ses soldats professionnels ont été décimés et remplacés par des conscrits mal préparés.
Détail tueur : la Russie a avancé de 70 mètres par jour en moyenne dans son offensive la plus ambitieuse – Pokrovsk. C’est, selon le CSIS, « plus lent que presque toute campagne offensive majeure dans n’importe quelle guerre du dernier siècle ». Plus lent que Verdun. Plus lent que la Somme. Plus lent que tout ce que l’histoire militaire moderne a enregistré. Et pour cette progression d’escargot, le prix payé est celui d’une guerre mondiale. Deuxième détail tueur : la dernière communication officielle russe sur ses pertes date de septembre 2022 – 6 000 morts. Nous en sommes à 325 000 selon le CSIS. Le ratio entre la réalité et la propagande est de 54 pour 1. Cinquante-quatre. Le mensonge d’État comme politique de défense.
Le seuil de rupture existe-t-il ?
Tout le monde se demande : existe-t-il un seuil de pertes au-delà duquel la Russie ne pourra plus continuer ? D’un côté, la Russie dispose encore d’un réservoir démographique de 144 millions d’habitants. De l’autre, les signes de tension se multiplient : difficultés de recrutement malgré des primes record, recours croissant à des soldats étrangers (népalais, cubains, indiens), et cette mécanique de rotation infernale où des unités sont envoyées au front, décimées, reconstituées à la hâte, puis renvoyées. Le problème n’est pas le nombre brut – c’est la qualité. Une armée qui perd ses officiers expérimentés et ses spécialistes techniques ne peut pas les remplacer en quelques semaines. Le savoir-faire disparaît avec les morts.
Le contraste est saisissant entre le récit du Kremlin – une Russie forte, invincible, en route vers la victoire – et la réalité d’une armée qui perd 1 310 hommes par jour pour avancer de 70 mètres. L’autre contraste, tout aussi frappant : une Russie qui prétend mener une « opération militaire spéciale » limitée, alors que ses pertes dépassent déjà celles de toutes ses guerres post-1945 combinées. Les mots ne correspondent plus à la réalité. Les mots n’ont jamais correspondu à la réalité. Mais l’écart est désormais si grotesque qu’il en dit davantage sur le régime que n’importe quelle analyse politique.
Que faudra-t-il pour que cette guerre bascule ? Les pertes russes sont catastrophiques, l’économie craque, l’industrie peine à suivre. Mais Poutine a fait de ce conflit une question existentielle pour son régime. Admettre l’échec signifierait la fin de son pouvoir. Alors les hommes continueront d’être envoyés dans la fournaise, et les compteurs continueront de tourner.
Le bilan du jour comme miroir d'une guerre totale
Ce que le 30 janvier 2026 raconte
Revenons à cette journée du 30 janvier 2026. 1 310 soldats. 2 MLRS. 1 système anti-aérien. 15 pièces d’artillerie. 129 véhicules. 555 drones. 279 engagements. 87 assauts à Pokrovsk. 42 à Houliaïpole. 123 bombes guidées. 5 583 munitions rôdeuses. 3 802 frappes d’artillerie. Chaque chiffre est une fenêtre sur la réalité de cette guerre. Chaque chiffre est un cri que le monde entend de moins en moins, noyé dans le bruit ambiant d’une actualité mondiale qui zappe d’une crise à l’autre. Mais pour ceux qui sont sur la ligne de front – Ukrainiens comme Russes – ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des camarades qui ne reviendront pas. Des corps dans la boue. Des lettres qu’il faudra écrire. Des vies qui se sont arrêtées entre deux lignes de tranchées.
Cette guerre ne se terminera pas par l’épuisement des munitions ou la chute d’une ville. Elle se terminera quand l’un des deux camps – ou leurs soutiens extérieurs – décidera que le coût est devenu insupportable. Ce jour-là n’est pas pour demain. En attendant, l’état-major ukrainien continuera de publier ses chiffres quotidiens. Et nous continuerons de les lire avec un mélange de fascination morbide et d’horreur contenue. Parce que derrière chaque nombre, il y a un nom. Et derrière chaque nom, il y avait une vie.
Le monde regarde-t-il encore ?
Près de quatre ans après le début de l’invasion totale, la guerre en Ukraine a perdu sa place en tête des bulletins d’information. La routine de la mort s’est installée, et avec elle une forme d’indifférence collective qui est peut-être la plus grande victoire que le Kremlin puisse espérer. Car tant que le monde regarde ailleurs, la Russie peut continuer à broyer, à pilonner, à grignoter. Les chiffres du 30 janvier 2026 sont un rappel brutal : cette guerre est la plus grande conflagration militaire en Europe depuis 1945. Elle mérite notre attention. Elle commande notre responsabilité. Et chaque jour où l’Ukraine tient, c’est un jour où le droit international tient aussi – par un fil, mais il tient.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Ce texte est une chronique – il reflète le point de vue de son auteur et ne prétend pas à l’objectivité journalistique au sens classique du terme. L’auteur s’appuie sur des faits vérifiables, mais les interprète librement pour nourrir le débat public.
Maxime Marquette est chroniqueur spécialisé en géopolitique et en questions internationales. Ses textes sont publiés sur la plateforme mad-max.ca.
Sources
Sources primaires
United24 Media – Daily Update: Russia Loses 1,310 Troops, Two MLRS, and an Air Defense System in One Day (30 janvier 2026)
CSIS – Russia’s Grinding War in Ukraine (28 janvier 2026)
CNN – Russia’s 1.2 million casualties in Ukraine dwarf all its post-WWII wars combined (28 janvier 2026)
Sources secondaires
RBC-Ukraine – Russia’s losses in Ukraine as of January 16 (16 janvier 2026)
CNN – Ukrainian forces under ‘intense’ pressure in south, as troop shortage bites (1er janvier 2026)
NV Ukraine – Russia bogged down in Pokrovsk as Ukrainian commander details heavy losses (janvier 2026)
Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessment, January 13, 2026
Defense News – Casualties in Ukraine war could hit 2 million, report warns (28 janvier 2026)
CBC News – Russia denies think-tank assessment that 1.2 million of its troops have been killed or injured (janvier 2026)
Meduza – Analysis of the latest from the front (16 janvier 2026)
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